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Fin de Partie, de Samuel Beckett

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Fin de Partie, de Samuel Beckett, vu le 21 mai 2011 au théâtre de la Madeleine
Avec Serge Merlin, Jean-Quentin Châtelain, Michel Robin, et Isabelle Sadoyan, mise en scène d' Alain Françon

Pour qui ne connaîtrait pas Beckett, cela pourrait être très déroutant ... Je ne connaissais pas bien Beckett (j'avais juste étudié des extraits d'En attendant Godot), j'ai été déroutée.

Tout d'abord, il faut se faire à l'idée qu'il n'y a pas d'histoires réelle ; on part d'un rien, et je ne sais même pas si l'on peut dire que l'on arrive à quelque chose ... Le temps a passé entre le début de la pièce et la fin, les personnages en sont conscients, ils nous le font d'ailleurs remarquer par des phrases, répétitives, comme "C'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir" ou encore "quelque chose suit son cours" ... Tout tourne autour d'une fin, probable (et même certaine), dans un avenir plus ou moins proche ... Les personnages attendent cette fin, la désirant parfois, ou repoussant le moment à plus tard ... Il n'y a donc pas de réelle histoire, on attend, on se demande à quoi l'auteur essaie de nous mener, on est étonné par le manque de sentiments dans la pièce ... Pas d'amour, pas de gaieté, même pas d'amitié ... Je ne saurais même pas "classer" la pièce ; elle n'est pas tragique car on rit, parfois ; mais elle n'est pas non plus comique, à cause notamment des thèmes abordés, de la vie morne des personnages, de leur lassitude, de leurs problèmes, de leurs maladies. La mort rôde, elle emporte même un des personnages ...

Il faut aussi préciser que, chez Beckett, et c'est un de ses "marqueurs différentiels", les personnages mis en scène sont souvent des SDF, quelquefois avec un fort taux d'alcool dans le sang (pour ne pas dire bourrés), et qui mènent une vie de misère ; ici, 4 personnages : Hamm, un homme aveugle, dans l'incapacité de se lever, en fauteuil roulant, magistralement incarné ici par Serge Merlin ; cet homme, qui m'était tout à fait inconnu, est un véritable monument du théâtre ... Il semble créer la misère autour de lui alors qu'il attend la vie ... Son jeu, et tout particulièrement son jeu de main (il agite beaucoup ses doigts, c'est très particulier à expliquer, mais cela rend très bien sur scène), a retenu mon attention ; il se montre extrêmement autoritaire (comme le veut son rôle) envers Clov, qui sort d'on ne sait où (son fils, peut-être ? Ce n'est pas très clair), qui l'aide dans sa vie quotidienne, et qui est un peu son opposé ; en effet, contrairement à Hamm qui ne voit pas et doit rester assis, lui ne peut se poser sur une chaise et ses sens sont en parfait état de marche, voilà pourquoi il est au service de Hamm depuis un bon nombre d'années, à ce qu'on peut comprendre. Jean-Quentin Châtelain m'a beaucoup étonnée, il semble souffrir le martyre, plié en deux pendant 2 heures, avec des mouvements de l'ordre de ceux d'un rat, ou d'une souris, enfin de ces animaux qui bougent très vite, et dont on ne peut prévoir les intentions. Il est presque le dernier élément qui paraît "en vie" dans cette sorte de trou, de puit, de vide où les personnages vivent. Cette sensation de vide est renforcée par un décor gris, très haut, mais dont les murs sont bien fermés, et qui ne semble laisser aucun échappatoire. Les parents de Hamm sont également présents, Nagg et Nelle, Michel Robin et Isabelle Sadoyan, très naïfs, très âgés, très pâles, affamés, sortant de poubelles, dormant une bonne partie du temps, attendant la mort, ou des confiseries qui ne viendront jamais.

On participe à la misère de ces gens, à leur vie monotone, toujours dans les mêmes tons, enfermés, coupés du monde et de la lumière, quelque part, sur Terre.

En clair, c'était totalement ... Absurde.

Notons également que toutes les mises en scène de Beckett se ressemblent beaucoup, car cet auteur a la particularité d'indiquer absolument tous les détails dans ses pièces ; on peut ainsi lire "Clov va se mettre sous la fenêtre à gauche. Démarche raide et vacillante. Il regarde la fenêtre à gauche, la tête rejetée en arrière. Il tourne la tête, regarde la fenêtre à droite. Il va se mettre sous la fenêtre à droite. Il regarde la fenêtre à droire, la tête rejetée en arrière. Il tourne la tête et regarde la fenêtre à gauche." Cela met déjà dans l'ambiance de répétitions de la pièce !

Malgré tout, il me semble que j'ai assisté à une excellente mise en scène, qui ne laisse pas indifférent.

Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute, vu le 30 avril 2011 à l'EABJM

 

[ Avec Arnaud Denis, David Zeboulon, Jocelyne Mucig, et Olivier Bellot, mis en scène par le duo Arnaud Denis et David Zeboulon ] 

 

"6 représentations exceptionnelles" de Pour un oui ou pour un non, avec un de mes acteurs favoris, c'était à ne surtout pas manquer ! J'ai donc réservé des places, et nous nous sommes rendues à l'École Active Bilingue Jeannine Manuel hier soir.

C'est une pièce courte et qui nécessite peu d'acteurs ; 2 principaux, et 2 voisins. Le duo principal représente deux grands amis, dont l'amitié risque d'être brisée à cause d'une légère intonation dans la voix, qui laisserait sous-entendre le mépris, presque la supériorité. C'est donc une amitié qui se déchire "pour un oui ou pour un non".

Ici, on découvre une mise en scène parfaitement au service du texte ; en effet, tout oppose les deux personnages ; l'un est en costume noir avec souliers vernis, l'autre habillé de lin blanc et pieds nus, mais on remarque aussi que tous les gestes sont pensés, et qu'on pourrait, à plusieurs reprises, placer un axe de symétrie entre eux deux, ils seraient parfaitement opposés. Même leurs accessoires sont ajustés ; ils portent tous deux une bague au même doigt, et, à un certain moment, Arnaud Denis, qui est en noir, desserre sa cravate (noire également), et laisse apparaître le revers de celle-ci : elle est blanche ... cela nous montre aussi qu'il possède son "côté blanc". Malgré cet "échange de couleurs", on peut remarquer l'accentuation de l'opposition au fil du spectacle, cet éloignement entre ces amis, ces frères, est marqué aussi par le "jeu" des accessoires ; nos deux personnages utilisent à plusieurs reprises des chaises (pour s'asseoir, pour se tenir ...) ; et on peut remarquer qu'au début de la pièce, le personnage blanc possède la chaise noir, et inversement. Mais, vers les deux tiers de la pièce, sans que le spectateur s'en aperçoive, chacun des personnages retrouve la chaise "de sa couleur" ; les deux hommes sont ainsi plus éloignés, ils se comprennent moins et l'opposition en est d'autant plus réelle.

Le jeu des acteurs suit la qualité de la mise en scène ; ils utilisent beaucoup le jeu de regards, marquant ainsi l'élément principal de la pièce : le sous-entendu, l'implicite ; beaucoup de choses peuvent s'échanger en un regard ... Ils peuvent jouer l'espoir, l'attente de la réponse, l'énervement, la tristesse, tout en nous faisant croire qu'on assiste réellement à une mésentente entre amis, qu'on n'est pas au théâtre, que tout n'est pas pensé, appris, et qu'ils cherchent leurs paroles (pas dans le sens où ils ne connaissent pas leur texte ; mais dans le sens réel et intuitif des choses).

Les deux autres acteurs, dans le rôle des voisins, qui sont beaucoup moins présents, sont en parfait décalage avec le duo principal ; ils ne comprennent pas vraiment ce que nos deux personnages cherchent à expliquer, et ajoutent du comique à la situation.

Enfin, je dois tout de même souligner les conditions, pas très bonne, dans lesquelles jouent les comédiens ; le métro passe assez souvent (remarquez, ça renforce la tension déjà présente), et, la première fois que nous l'avons vu, nous avons eu droit au bruit des agents de service ... auquel se rajoutent les bruits des enfants (enfin, quelle idée d'emmener un gosse de 6 ans voir ce genre de spectacle ?!). Ils ont vraiment du mérite d'arriver à jouer !

 

En un mot, il faut aller le voir et remplir la salle ; la pub manque à ce spectacle, faites-en le plus possible, prévenez famille et amis (plus d'information ici) ... parce que ... et je le dis sans aucun implicite, ni aucun mépris :


C'était vraiment très très bien, ça !

 

Placement : premiers rangs, milieu.

Publié dans Critiques