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Andromaque, fantaisie barock', de Pierre Lericq

Publié le par Mordue de theatre

Andromaque

 

Critique d'Andromaque, fantaisie barock', de Pierre Lericq, vu le 21 décembre 2011 au Vingtième Théâtre

[ Avec Anaïs Ancel, Muriel Gaudin, Fabrice Lebert et Pierre Lericq ]


S'il y a bien quelque chose que je n'aime pas, c'est lire des critiques d'un spectacle que je vais voir avant le jour J. J'essaie quand même au maximum d'éviter les pièces catégorisées comme "nulles", c'est-à-dire mêlant ennui et lenteur. Voire pire. Bref, lorsque j'entre dans le Vingtième Théâtre, comme à mon habitude je vais jeter un coup d'oeil sur les critiques placardées à côté de la salle. C'est plutôt fourni, elles sont toutes très bonnes. Je reconnais certains de ceux qui, d'habitude, sont du même avis que moi en matière de spectacle. C'est donc en toute confiance que j'entre dans la salle.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Mais qu'est-ce que c'est que ça ? C'est une honte, c'est un scandale ! Où est la poésie du texte de Racine ? Envolé. Que reste-t-il de l'histoire ? Pas grand chose. Le fond, un peu. Pyrrhus est devenu frère d'Oreste, Hermione couche avec ce dernier, la mort est présente, elle parle et enchaîne les jeux de mots trop faciles ... Mais où sommes-nous ? Bien loin du grand auteur et de la pièce grandiose que l'on connaît (à qui soit dit en passant est consacrée la première critique de ce blog).

Mais je devais m'attendre à ce que l'histoire change, un peu ... Par contre, j'espèrais que ce qu'ils appelaient "baroque" allait un peu remonter le tout, donner une contenance au spectacle ... Ce "petit quelque chose" qui fait la différence entre une pièce banale et une bonne pièce. Malheureusement, là, les parties chantées enlèvent plus qu'elles n'ajoutent quelque chose au spectacle. D'abord car les paroles sont de très mauvaise qualité. Ensuite car la musique est du même niveau que les paroles. Et enfin car ils passent leur temps à crier. Des choses et d'autres. Ah non, pendant 5 minutes, Hermione chante quelques alexandrins de la belle pièce dont est (normalement ?) tiré ce ... show ? mais elle revient bien vite aux cris habituels.

Pas de texte, trop de cris, trop de fumée (quel besoin d'entrer dans une salle où on ne peut quasiment plus respirer ?), trop de vulgarité (pourquoi insulter Andromaque de pute ? J'ai dû rater quelque chose ...), trop de bruit (non, je n'ose pas appeler ça "musique") ... 

Comment un spectacle pareil a-t-il pu obtenir de telles critiques ? Mon avis est sans appel : se déplacer pour cela est une grave erreur. Et je pèse mes mots.


 

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Publié dans Critiques

Cabaret

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Cabaret, d'après le film du même nom, vu le 20 décembre 2011 au théâtre Marigny

[ Acteurs : Claire Pérot, Emmanuel Moire, Geoffroy Guerrier, Patrick Mazet, Catherine Arditi, Pierre Reggiani, Delphine Grandsart, Cathy Arondel, Joseph-Emmanuel Bascardi, Vanessa Cailhol, Pia Lustenberger, Franck Mignat, Amélie Munier, Xavier Rachet, Tristan Robin, Audrey Senesse, Camille Artichaut, Adrien Biry, Marianne Devos, Julie Galopin, Pierre Lamiraud, Lionel Losada, Marie-Laure Ravau, Orchestre : Jean-Philippe Batailley, Philippe Cadou, Stan Cramer, Benoît Dunoyer de Segonzac, Marc Giglio, Daniel Glet, Didier Guazzo, Olivier Moret, Xavier Pebayle, Erick Poirier, Davier Pouradier-Duteil, Lorenz Rainet, Mathieu Serradell ]


J'avais vu ce spectacle lors de son premier passage à Paris en 2008 ... J'avais à peine 12 ans, et j'avais déjà adoré. Mais là ! Je me demande même si je vais arriver à dormir... Je vote sans hésiter pour Cabaret comme meilleur spectacle de la saison (aux côtés de Diplomatie, dans un genre très différent) ! C'est superbe, merveilleux, magnifique, extraordinaire, génial, spendide, indépassable, fabuleux, prodigieux, sensationnel, formidable ... Et j'en passe.

C'est l'histoire de Cliff Bradshaw, jeune écrivain américain, qui vient chercher l'inspiration dans la capitale allemande, dans les années 30. Il y rencontrera entre autres Sally Bowles, qui se produit dans le Kit Kat Klub, un cabaret allemand, où se passe une grande partie de l'action ... Les deux jeunes gens deviendront bien vite amants, mais leur histoire et celle de ceux qui les entourent seront bien vite tourmentées par la montée du nazisme ... 

C'est donc dans un cabaret que l'on arrive, lorsqu'on entre dans la salle. Une atmosphère un peu enfumée, des lumières assez "flashy", des femmes plutôt aguicheuses avec le spectateur, tout est fait pour nous mettre dans l'ambiance. Le décor est impeccable, car il est simple mais ne manque de rien : on distingue aisément les 3 tableaux différents, à savoir le Kit Kat Klub, la chambre de Cliff, et le hall de l'auberge que tient Fraulein Schneider (Catherine Arditi), où la majorité des personnages logent. L'orchestre joue "en live", en "haut" de la scène (voir photo ci-dessous), ce qui rend l'histoire encore plus "vraie" ... 

Toute la pièce est menée, en quelque sorte, par le Maître de Cérémonie (Emcee), incarné par Emmanuel Moire. J'avais assisté à la performance de Fabian Richard, et je craignais un peu le changement. Mais l'acteur qu'on connaissait surtout en tant que jeune Louis XIV fait des merveilles ; dans un autre genre que son prédecesseur, il tient parfaitement ce rôle et est cynique, étrange, et excentrique à souhait. Son talent est indéniable, et il chante aussi bien qu'il joue, ce qui n'est pas peu dire ; il nous fait passer du rire aux larmes, et le spectateur rit beaucoup durant la chanson d'entrée en scène, celle que tout le monde connaît, "Wilkommen", alors qu'il est particulièrement émouvant lorsqu'il chante "Je m'en fous", une des dernières chansons de la pièce. 

L'autre personnage phare de la pièce, c'est bien sûr Sally Bowles, rôle tenu depuis la création par Claire Pérot. On n'imagine pas une autre actrice, le rôle semble fait pour elle... Elle est tout simplement épatante : c'est elle qui tient le plus de parties chantées après Emcee, et sa voix est fabuleuse... Je me demande d'ailleurs comment une voix aussi puissante et sublime peut-elle sortir d'un corps aussi menu ? Le fait est que lorsqu'elle chante Cabaret, on est ému aux larmes : c'est absolument remarquable. De plus, elle a un jeu parfait et ne semble avoir aucune faiblesse ; elle est aussi talentueuse sur les dialogues plutôt gais que ceux dont le ton est plus grave. 

Le duo Catherine Arditi (Fraulein Schneider) et Pierre Reggiani (Herr Schultz) est également excellent : ces deux amants dépassés par le temps et qui aimeraient se marier, mais que les nouvelles politiques allemandes empêchent ... C'est un véritable déchirement de les voir obligés de se séparer, alors qu'ils étaient si prêt d'un but qui était apparu si long à atteindre ... Jeux et voix à nouveau sans défaut ...

Trouvera-t-on enfin une faille dans ce spectacle ? Je ne pense pas. A vrai dire, c'est impossible. Tout est parfait. Les danseuses sont brillantes, l'orchestre est grandiose, et tous les autres personnages sont tout aussi admirables : je pourrais encore parler de Geoffrey Guerrier, alias Cliff, amoureux de Sally, jeune et naïf au début, mais qui évolue rapidement et finit par choisir de fuir l'Allemagne qui dérape... ou encore de Patrick Mazet, ami de Cliff, mais qui se verra éloigné de ce dernier à cause de ses opinions politiques, ce qu'il ne souhaitait pourtant pas ... J'aurais encore tant de choses à écrire, mais je pense que le théâtre est fait pour être vu, donc ... 


COUREZ-Y !

 

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Publié dans Critiques

Tout fout l'camp ! Flannan Obé

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Tout fout l'camp ! de Flannan Obé, vu le 19 décembre 2011 au Vingtième Théâtre

[ Flannan Obé seul en scène accompagné de Yves Meierhans, mis en scène par Jean-Marc Hoolbecq ] 

Flannan Obé est un acteur que j'avais déjà vu lors d'un autre spectacle chanté : Lucienne et les garçons. J'avais déjà beaucoup aimé son jeu et sa voix. Ici, il nous présente un court récital de mélodies françaises, de chansons, et de texte de sa composition. Le répertoire est varié, et il chante aussi bien du Hugo que du Francis Blanche ou Rita Mitsuko.

Il a une voix absolument sublime, digne d'un chanteur d'opéra comme lorsqu'il entre sur un air de ravel au début du spectacle. Le rythme est bon, on ne s'ennuie à aucun moment ; il joue, il chante, il danse même parfois, sans montrer un signe de fatigue. Au milieu du spectacle, une "surprise" arrive : on entend alors un duo pour piano et violoncelle, que je ne saurais décrire autrement que par le mot "magnifique" ... Je n'ai malheureusement pas le titre de ce morceau, ni le compositeur.

Les textes sont parfaitement choisis, les morceaux s'enchaînent bien. Cet acteur m'est très sympathique, surtout après son discours de fin, lorsqu'il a remercié différentes personnes dans la salle ; il était très naturel, semblait avoir beaucoup d'humour et surtout ne pas avoir les chevilles enflées, ce qui est un détail à ne pas négliger. 

Encore un artiste à suivre ! Vivement le prochain spectacle !

 

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Publié dans Critiques

L'École des Femmes, Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de L'École des femmes, de Molière, vu le 03 décembre 2011 à la Comédie-Française

[ Avec Yves Gasc, Simon Eine, Thierry Hancisse, Céline Samie, Pierre Louis-Calixte, Gilles David, Julie-Marie Parmentier, et Jérémy Lopez, mise en scène de Jacques Lassalle ]

 

Quel dur regarde porte Arnolphe sur Agnès, cette jeune femme qu'il élève depuis ses 4 ans ! Quelle sévèrité ! Il peut sembler mauvais à premier abord, mais il est juste dominé par l'amour. Car il l'aime, Agnès, et compte bien l'épouser ... malheureusement pour lui, il vient d'apprendre qu'elle avait un amant.

Remontons un peu dans le temps. Il l'adopte, et fait d'elle une femme totalement innocente, naïve, heureuse d'un rien, et sotte ("Épouser une sotte, est pour n’être point sot", Adolphe, Acte I scène 1) : c'est pour cela qu'il la garde dans un endroit très reculé. Il pense que là est toute la méthode pour faire un bon mariage. Il se ravit du fait qu'Agnès lui a demandé, un jour, "Si les enfants qu’on fait, se faisaient par l’oreille". La pièce débute sur son retour de voyage. Il ne va pas tarder à apprendre qu'Agnès a rencontré un jeune homme, Horace, pendant son absence, et qu'elle en est tombée amoureuse. Cela le met dans une fureur épouvantable, et il passera toute la pièce à essayer vainement de se marier avec Agnès, malgré son refus et les nombreux essais d'Horace à revoir sa bien-aimée.

Cette mise en scène a quelque chose de nouveau, dès le commencement : le lieu où est enfermée Agnès est une île, sur laquelle se trouve un petit fort. Ici habitent Agnès, Arnolphe, et ses deux servants, Alain et Georgette. Etrange, mais pourquoi pas ? Cela n'est pas contraire au texte, et on évoque justement au début de la pièce un "Monsieur de l'Isle". Le décor est digne de la Comédie-Française, et certaines scènes évoquent des tableaux (je cherche les photos).

Thierry Hancisse (Arnolphe) est tout simplement ... incroyable, éblouissant. Sa diction, son port, ses gestes, ses mimiques, ses rires, tout est parfait. Le metteur en scène ayant choisi de tirer la pièce vers le drame, quelque chose de plus sombre que ce qu'une comédie de Molière devrait être (j'y reviendrai), on le voit à plusieurs reprises se décomposer, pleurer, devenir fou, s'inquiéter, supplier Agnès. A plusieurs reprises, on a les larmes aux yeux, il est déchirant. Il forme avec Julie-Marie Parmentier un beau duo : en effet, il paraît très grand à côté d'elle, et montre bien ainsi l'autorité qu'il a sur elle. Cette actrice, que je n'appréciais pas particulièrement, se révèle être une excellente Agnès. On observe une réelle évolution entre le premier acte, où elle est sans arrêt joyeuse, puis le troisième où elle est déjà plus renfermée sur elle-même, et enfin le dernier acte, où elle défie clairement Arnolphe du regard, dès que leurs yeux se croisent. Jérémy Lopez, dans le rôle d'Horace, est un très bonne découverte aussi : il est amoureux puis triste et redevient confiant, il est comique sans en faire trop, et a une parfaite diction. Le duo de servants, (Pierre Louis-Calixte et Céline Samie), qui est un plus petit rôle, attire trop souvent l'attention à mon goût. Mais ils restent d'excellents acteurs et nous font tout de même rire par leurs actions, un peu décalées par rapport à la situation.

Bref, pour l'instant, on ne voit que d'excellents acteurs, tout est bien. Mais la mise en scène ne suit pas. Quelque chose risque d'étonner, c'est la durée de la pièce. 3h. 3h, pour un Molière, n'est-ce pas TRÈS étonnant ? Oui, la pièce se traîne, le rythme n'est pas "moliéresque" et le dernier acte est presque ennuyeux. Cela est causé par plusieurs éléments ; tout d'abord le passage de la ville à l'île, qui se fait par une barque (les acteurs montent dessus et se tirent sur une corde) : le manège est assez long et se répète au cours de la pièce. De plus, dans le dernier acte, le metteur en scène désirait vraiment, à mon avis, faire passer le message suivant : finalement, Agnès n'est plus amoureuse d'Horace. Le rythme, lent, montre alors la fin d'un amour. 

Enfin, le comique est trop souvent absent : la pièce devient un véritable drame. Et c'est là qu'on perd une partie du talent de Molière, qui faisait passer des sujets plutôt graves dans des pièces drôles. Là, on est trop souvent triste à mon goût...

Malgré cette lenteur, je conseille tout de même la pièce : rien que pour avoir le plaisir de voir ce très Grand acteur qu'est Thierry Hancisse, déséspéré, s'effondrer sur l'avant-scène, ainsi que constater le talent de Julie-Marie Parmentier ...

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Publié dans Critiques