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Le Bourgeois Gentilhomme, Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Bourgeois Gentilhomme, de Molière, vu au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 27 janvier 2012

 

Je pense qu'on peut mesurer la qualité d'une comédie de Molière au nombre de rires dans la salle .. et tout particulièrement le rire des enfants. Ça devait faire plusieurs années que je n'ai pas entendu ces rires-là ... Mais dans la salle, ils étaient nombreux : quel souvenir agréable ! quelle beauté, des rires francs, enthousiastes, clairs, qui accentuent l'ambiance joyeuse et presque enfantine du spectacle !

Et pourtant, Le Bourgeois Gentilhomme n'est pas une pièce que je porte spécialement dans mon coeur ... On sent que Molière l'a écrite un peu à la va-vite, avec la contrainte de la musique, comme c'est une comédie-ballet, et cela ressemble plus à un assemblage de sketchs plutôt qu'une histoire continue. L'histoire, je pense que tout le monde la connaît, mais ça ne coûte rien de la répéter une fois encore : Monsieur Jourdain est un bourgeois, riche, qui cherche à tout pris à vivre comme un noble.

On peut envisager ce personnage de plusieurs façons. Ici, Catherine Hiegel choisit de nous montrer un bourgeois naïf et presque enfantin, qui attire à lui la sympathie de chaque spectateur, et qui finalement conquiert aisément toute la salle ! Il faut dire que l'acteur y est pour quelque chose : en effet, François Morel a vraiment un quelque chose qui empêche quiconque de le châtier ... un air d'innocence dans le regard ... des mimiques bien à lui, soulignant son inexpertise en la matière, sa découverte de tous les instants ... rien n'est trop exagéré, tout est dosé de manière à attirer le rire du spectateur à tous moments ... Par exemple, les scènes avec le maître de philosophie, excellent Alain Pralon, touchant, semblant être retombé en enfance, sont absolument hilarantes !

Mais ils sont tous excellents dans leur jeu, que ce soit celui de Nicole, lors de la célèbre scène du rire, qui parvient à rendre tout à fait euphoriques les specateurs, Cléonte et Covielle, le duo "maître-valet" dont le premier cherche à séduire la fille de Monsieur Jourdain, ou encore Mme Jourdain, représentée dans une attitude complètement hystérique. On regrette peut-être l'interprétation de Dorimène, femme que Mr Jourdain cherche à séduire par son célèbre "Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour", rendue ici totalement cruche, on ne sait trop pourquoi ... mais son personnage étant secondaire, cela ne choque pas non plus.

Puisqu'on en est au aspects négatifs, je poursuivrais par un certain contraste entre la première partie du spectacle et celle qui se déroule après l'entracte. En effet, on a un peu de mal (mais je suis vraiment pointilleuse) à totalement "entrer dans" la pièce, et la scène entre le Maître à danser et le Maître de musique, une des premières scènes pouvant être hilarante grâce à leur comportement ridicule, n'est pas tordante ... Peut-être à cause de trop d'exagération ... En revanche, directement après l'entracte, on est pris dans cette histoire absurde de Turcs, de grand Mamamouchis, et on rit d'un bout à l'autre !  

Enfin, pour ce qui est du décor : personnellement je l'ai trouvé assez laid, mais il est plutôt représentatif de la mode de l'époque, dans les couleurs et les motifs. Il est également conçu de manière à mettre en valeur la richesse du Mr Jourdain, avec de part et d'autre de la scène des fausses fontaines ... et quant aux musiques, et bien elles sont magnifiques ! Lully, c'est quelque chose ! Et la chanteuse a une voix absolument merveilleuse ...

Un excellent Bourgeois, comme on en voit de plus en plus rarement ... à ne pas rater !


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Publié dans Critiques

Nuremberg, la fin de Goering, d'Arnaud Denis

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Nuremberg, la fin de Goering, d'Arnaud Denis, vu 2 fois, au Vingtième Théâtre

[ Avec Götz Burger, Jean-Pierre Leroux, Jonathan Max-Bernard, Arnaud Denis/David Zeboulon, et Raphaëlle Cambray, mis en scène par Arnaud Denis ]

 

Arnaud Denis semble se lancer des défis de difficultés croissantes chaque année ... Ainsi, après avoir monté Ionesco, Molière, Voltaire, Besset, il enchaîne tout simplement en nous présentant une pièce ... qu'il a écrite. Quoi de plus normal, quand tout semble lui réussir ?

Mais à vrai dire, "sembler" n'est pas le verbe qu'il convient : et une fois de plus, il nous prouve son talent. Car quoi de plus difficile que de tenir un public en haleine pendant plus de 2 heures, sur un sujet des plus glauques ? Il a en effet choisi, pour sa première pièce, de faire du théâtre documentaire, c'est-à-dire que tout ce qu'il nous présente est réel. Cela s'est produit, et on a trop souvent tendance à l'oublier. Le spectateur est là, et, tout comme dans Autour de la Folie, il est obligé d'assister à ce procès, à ces injustices, à ces abominations, à la défense de ces menteurs assassins.

Entre un excellent choix des comédiens, et une maîtrise parfaite de la mise en scène, on commence à se poser des questions quant aux éventuelles faiblesses d'Arnaud Denis. Car, si on connaissait déjà son talent au théâtre en tant que metteur en scène et comédien, rien n'indiquait qu'il excellerait également dans l'écriture théâtrale. Et pourtant ... Le texte tient parfaitement la route, le texte coule tout seul, et on sent pas le travail, les nombreuses recherches, les choix, bien qu'on les suppose nombreux. Il y a une ligne directrice, un très bon début, et une excellente fin, les deux sont inventifs et surprenants.  Pour faire simple, malgré certains passages un peu longs, je n'ai rien à redire, si ce n'est qu'il joue avec le feu en présentant une telle pièce : c'est très spécial, le théâtre documentaire. Différent de tout ce que j'avais vu auparavant. Il y a bien une histoire, mais on sent le côté réel des choses, et avec l'accent allemand de l'acteur jouant Goering, qui rend le procès encore plus authentique, on a vraiment l'impression de se retrouver au coeur du jugement.

Vous l'aurez compris, avec un nom pareil, c'est bien sûr du Procès de Nuremberg que traite la pièce d'Arnaud Denis. Un procès des vainqueurs sur les vaincus, les accusant de crime contre l'humanité. La pièce est entièrement portée sur le déroulement du procès de Goering, de son arrestation jusqu'à sa mort. Les scènes de jugement sont interrompues par des scènes se déroulant dans la cellule du principal accusé.

Que dire des acteurs, si ce n'est qu'ils ont tous trouvé le ton exact de leur personnage ... Jean-Pierre Leroux est excellent comme à son habitude : il a toujours cette voix si belle et puissante, cette magnifique voix de théâtre qui le rend si reconnaissable. Mais si on omet ce caractère spécifique, il s'est transformé depuis le Besset de l'an passé : dans son costume de procureur, il impose le respect et le silence. Pour moi, il est un personnage très intéressant de par son évolution au cours de la pièce, mais je n'en dis pas plus ... Arnaud Denis et Jonathan Max-Bernard sont deux excellents seconds rôles : le premier, psychiatre américain chargé d'observé les accusés et plus particulièrement Goering, mettra en lumière le caractère caché de celui-ci. Quant au second, je ne peux pas en dire trop de peur de gâcher la surprise : c'est un lieutenant américain. Tout deux sont d'une extrême justesse tant dans leur ton que dans leurs gestes ou leurs mimiques, exprimant haine, parfois dégoût, ou même la gène. Raphaëlle Cambray, actrice que je découvre, est formidable : elle brille particulièrement lors de sa description des camps de concentration en tant qu'ex-déportée, qu'elle raconte avec une dignité impressionnante. Avec son articulation impeccable et son incroyable présence, elle contribue également à ce sentiment de mal aise chez le spectateur, qui ne se représente que trop bien ce qu'elle décrit. Et enfin Götz Burger, acteur allemand incarnant le rôle éponyme : l'idée d'engager un acteur étranger à l'accent marqué est excellente. Cela met vraiment en situation ! Et malgré quelques fautes de français et des trous à peine perceptibles, sans doute dus à un grand stress (c'était la première), c'est un très bon acteur, et on perçoit l'évolution du personnage sans aucun problème !

Quant au décor... et bien il n'y en a pas, enfin pas à proprement parler, car ce sont plutôt des éléments qui le constituent et qui bougent : quelques tables et des chaises lorsqu'a lieu le procès, et un plateau rectangulaire représentant la cellule de Goering. On comprend très bien les changements, aucun problème de ce côté-là non plus.

Arnaud Denis réussit avec aisance ce nouveau défi qu'est l'écriture, et à tous les vrais amateurs de théâtre, amoureux d'histoire, ou juste curieux, ce spectacle est plus que conseillé ! 

 

 

 

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Publié dans Critiques

Il faut je ne veux pas, Musset-Besset

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Il faut je ne veux pas, de Musset et Besset, vu le 22 janvier 2012 au TOP, puis à 2 nouvelles reprises au Théâtre de l'Oeuvre

[ Avec Adrien Melin, Blanche Leleu, et Chloé Olivères, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset ]


C'est encore avec le sourire aux lèvres que je commence cet article. Voilà pourquoi j'aime tant le théâtre, voilà pourquoi j'y vais tant. Une salle que je ne connaissais pas, et un horaire que je n'apprécie pas vraiment (dimanche en matinée). Et pourtant, quel spectacle !

Jean-Marie Besset met ici en scène quelque chose d'original et que je n'avais jamais vu auparavant, auquel même je n'avais jamais songé : on assiste, durant la première partie du spectacle, à une représenation de Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée de Musset. Et pour la seconde partie, Besset nous présente une de ses pièces, écrite en écho à celle de Musset : Je ne veux pas me marier. Les deux pièces, ou scènes, (elles sont de courte durée), traitent du mariage, mais, et c'est là tout le génie de Besset, la manière de l'aborder est différente sur certains points ... et identique sur d'autres ! En effet, les deux courtes pièces représentent un couple abordant la question du mariage. Chez Musset, il s'agit d'une demande d'un homme à une femme : la femme semble garder le dessus et jouer avec cet amant qui est entré chez elle, se plaignant de ce que les hommes sont toujours les mêmes, faisant toujours les même compliments, sans renouvellement. N'empêche, dès qu'il lui demande sa main, elle se plie à son désire : elle place toute sa confiance en cette convention qu'est le mariage. Dans la seconde pièce, Jean-Marie Besset met en scène un couple de 2008, la veille de leur mariage. Le futur mari rend visite à sa future femme. Mais tout d'un coup elle hésite sur le mariage et ce qu'il implique, les changements qui le suivent, tout cela la stresse et elle se pose beaucoup de questions. Là aussi, le mari est un peu débordé. 

Ainsi, les deux pièces peuvent s'étudier en parallèle : l'homme reste le même, ou presque, et est d'ailleurs interprété par un même acteur : Adrien Melin. La femme, en revanche, évolue, et va même jusqu'à dire tout et son contraire entre les deux scènes. 

Dans la première scène, qui met en scène un Comte et une Marquise, c'est Blanche Leleu qui tient le rôle de la femme. Son jeu n'est pas toujours très juste et rappelle presque par instants celui qu'elle avait dans Ce qui arrive et ce qu'on attend alors que les deux pièces n'ont rien en commun. Elle reste quand même bonne actrice et son personnage est crédible malgré quelques manières trop contemporaines. C'est comme si elle avait juste enfilé un costume de Marquise pour la forme, mais sans travailler vraiment le fond. Enfin, j'exagère, car on perçoit le travail derrière tout ça, mais peut-être pas entièrement fini ... Mais il faut avouer que son rôle n'est pas évident à interpréter et que Musset est extrêment difficile et délicat à jouer et à mettre en scène ...

Dans la seconde scène, cette femme stressée en plein préparatifs de mariage, pleine de doutes et de question sur elle, sur son mari, sur eux deux et leur avenir, est interprétée par Chloé Olivères. Je ne l'avais jamais vue jouer, et je suis très contente de l'avoir découverte : c'est une excellente actrice ! Enervée puis aimante, avec des appétits sexuels variés, elle va au fond des choses et est très nature sur scène ; elle ose tout et fait même des abdominaux tout en parlant avec Tigrane, son futur mari.

Mais celui qui semble porter le spectacle, celui qui enchaîne le Comte et Tigrane, soit des personnages vivant dans des époques différentes, dont les moeurs et les types de dialogues ont changé, c'est Adrien Melin. Cet acteur, que j'avais déjà vudans plusieurs pièces, est extraordinaire. Il a beau jouer dans les deux scènes, lorsqu'il arrive dans la seconde après avoir changé de costume, on en vient à se demander si c'est le même acteur. Il faut dire qu'il ressemble vraiment à un Comte dans la première. Poli, respectueux, amoureux, au ton courtois et aux manières élégantes, il ne ressemble plus au Adrien Melin que j'avais l'habitude de voir au théatre. Mais lorsqu'il arrive après la courte pause musicale ... Il s'est littéralement transformé ! Il parle d'un ton plus pressé, peut-être moins charmeur, sa gestuelle et sa manière d'occuper l'espace n'ont plus rien à avoir avec "avant" : il bouge plus, s'agite, s'énerve aussi. Son jeu est sans cesse renouvelé, tout est inattendu et on est sans cesse étonné : d'abord il s'entête car il ne comprend pas ce que souhaite Vivien, sa future femme. Puis il finit par lui faire avouer qu'elle ne veut pas se marier ... Finalement, on entend la chanson de Julio Iglesias, Vous les femmes. Et, tout d'un coup, il se met à danser sur scène. Mais il ne fait pas qu'esquisser pas quelques pas, non ! Ce qu'il fait est digne d'un véritable danseur ! Ces gestes, sa précision, et son rythme sont absolument parfaits. C'est sans doute mon moment préféré du spectacle ... Je ne m'y attendais pas et l'effet était évident : on est subjugué par son talent.  Une telle perfection est quasi-inexplicable et je risque de gâcher le passage en essayant de le raconter. C'est incroyable, il faut le voir le pour le croire.

Au final, si l'on compare les deux scènes, on peut dire que la seconde déborde d'idées concernant le mariage ... Se marier ?Ne plus se marier ? Partir en voyage ? Rester ici finalement ? Toutes ces questions que l'on ne retrouve pas dans la première scène, où il se contente de courtiser la Marquise jusqu'à lui demander sa main, qu'elle accepte presque immédiatement ... Mais d'un autre côté, la première scène est plus en finesse, et semble peut-être plus légère, en tout cas en surface ... C'est également là qu'Adrien Melin excelle : ce changement de genre ne semble lui poser aucun problème et il affronte la difficulté avec tant d'expertise qu'aux yeux du spectateur, cela paraît presque naturel et facile. Un grand bravo pour ce Grand acteur qui a une magnifique carrière devant lui !

Donc, même si on sent que la seconde pièce est dirigée par la main de l'auteur lui-même, et que celle de Musset semble moins travaillée, ou moins approfondie, peut-être n'est-il pas allé totalement au fond des choses, le spectacle reste un vrai moment de plaisir ! Voir de telles performances et découvrir de si jolies et intéressantes pièces est toujours une joie pour une passionnée ...

Un excellent spectacle : à voir et à revoir au Théâtre de l'Oeuvre à partir du 14 février 2012 !

(J'ai revu le spectacle et ai rédigé un court article en conséquence : ici)

 

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Le Mariage, de Nikolaï Gogol

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Mariage, de Gogol, vu le 21 janvier 2012 au Vieux-Colombier

[ Avec Yves Gasc, Catherine Sauval/Véronique Vella, Alain Lenglet, Clotilde de Bayser, Laurent Natrella, Julie Sicard/Jennifer Decker, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger/Nâzim Boudjehnah, Laurent Laffite, mise en scène de Lilo Baur]


Je n'avais jamais vu de pièces de Gogol. Tout ce que je connaissais de lui était ce petit conte qu'est Le nez. Enfin ! Je partais avec un assez bon a priori, bien que pour moi, Laurent Laffite (qui a repris le rôle de Jean-Baptiste Malartre) ne devait pas être à la Comédie-Française.

Comme quoi ... ok, ok, je me suis trompée, ça arrive. Ils sont tous excellents, sans exception. C'est vraiment grâce à la qualité du jeu des acteurs qu'on sort heureux de la salle, car le texte ne semble avoir ni queue ni tête. On part de l'histoire d'un homme (Nâzim Boujenah), célibataire, et qui cherche à se marier sans trop s'investir non plus. Il va finalement tenter sa chance auprès d'une jeune femme (Julie Sicard), belle mais qui ne semble pas avoir inventé la poudre. C'est là que les rires débutent vraiment et que les spectateurs entrent dans "cette aventure parfaitement invraisemblable", comme disait Gogol. 

En effet, bien que je reconnaisse tout à fait le talent de Nâzim Boudjenah, je ne peux nier le fait que l'entrée en scène de Nicolas Lormeau, Laurent Laffite, et Alain Lenglet, est sûrement le moment le plus comique de la pièce. Ces trois autres prétendants à la belle ont chacun un défaut trop mis en valeur : l'un ne pense qu'aux femmes et à raconter sa vie chez les marins, l'autre ne parle que de bienséance et d'éducation, le troisième, au nom si comique, rappelle toujours qu'il est huissier. Ce trio ne cesse de nous impressionner : les personnages sont parfaitement composés et aucun détail n'est oublié (les mouvements de mains sont assez importants). Laurent Laffite est tout à fait à la hauteur, sans aucune difficulté, il a le même talent que ses camarades, ça ne fait aucun doute. Nicolas Lormeau, devenu un homme gros aux cheveux gras, semble si naturel que j'ai dû demander à la personne qui m'accompagnait si ça faisait aussi parti du costume (rembourrage de chemise et de pantalon pour paraître énorme et serré dans ses vêtements) ... Et c'était le cas ! 

Une grande découverte grâce à ce spectacle : Clotilde de Bayser. Elle joue la marieuse manipulatrice qui va proposer aux 4 hommes la même femme en trichant car elle va jusqu'à mentir à tous. Son personnage est une composition complète à laquelle nous n'avons rien à redire : c'est sûrement l'invention la plus maîtrisée de la pièce. Sa voix, sa manière de parler, ses déplacements, ses tics, ses gestes, tout est totalement contrôlé, mais tout paraît extrêmement naturel. C'est quelque chose de difficile, je pense, pour le comédien : qu'un travail long et difficile apparaisse comme trivial et instinctif sur scène.

Je me dois également de parler des deux personnages principaux, incarnés ce soir-là par Nâzim Boudjenah et Julie Sicard. Le premier m'a immédiatement fait penser à deux acteurs connus : il a en effet la même diction que Grégory Baquet (des tics de langage particulier), mais son jeu plus global rappelle celui de Jean Dujardin, comique par les gestes et les mimiques, mais sérieux quand il le faut, et surtout très très bon. Il formait avec sa future femme un très bon duo, dans le genre gênés et timides, et c'est essentiellement par leurs silences que la salle riait. 

Le décor était, comme d'habitude à la Comédie-Française, très bien : il pouvait se transformer et permettait ainsi 3 cadres différents : devant, ou chez Agafia (la fille à marier), et chez Kapilotadov (l'homme à marier). Mais comme je l'ai dit au début, le spectacle tient grâce aux très bonnes performances d'acteur et à leurs inventions et compositions de personnage ! Car Gogol ressemble sur certains points aux auteurs absurdes ... mais reste moins drôle !

Un très bon spectacle !

 

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Les Caprices de MDT

Publié le par Mordue de theatre

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Petit article inattendu sur ce que j'aime et ce qu'au contraire je ne peux pas supporter au théâtre :

 

Top 5 des détails susceptibles de m'énerver :

- 5e position : la fumée ... quelle est donc cette nouvelle mode de mettre toujours de la fumée ? Entrer dans une salle pour être immédatement asphyxié ne sert absolument à rien ...

- 4e position : les applaudissements pendant la pièce. Ça peut arriver que j'applaudisse également, comme après la tirade d'Harpagon par Denis Podalydès (lire ici) ou je peux comprendre cette réaction, comme ici, mais par exemple, applaudire Pierre Arditi lorsqu'il entre sur scène dans La Vérité n'a rien d'essentiel, et ça gâche 

- 3e position : les tousseurs ...

- 2e position : ... et leurs amis les commentateurs

- et le grand vainqueur : une mise en scène à base de "théatre dans le théâtre". Ça devient trop facile et ça m'énerve immédiatement : je pars alors avec un très mauvais a priori pour ce qui va suivre.

 

Top 5 de ce qui me met de bonne humeur :

- 5e position : une pièce absolument nulle. C'est plus facile à critiquer et c'est plutôt rare (de moins en moins malheureusement).

- 4e position : des applaudissements nourris et des spectateurs allant jusqu'à se lever pour remercier les acteurs. J'ai rarement été à ce genre de représentation mais je trouve ça vraiment dommage, car la fin du spectacle est le seul moment où le spectateur fait part de ses impressions aux acteurs. Il faut oser !

- 3e position : de belles musiques de transition entre les scènes.

- 2e position : entrer dans la salle avec une allergie (oui je suis très allergique) qui me fait éternuer toutes les 10 secondes et ne pas me moucher une fois durant la pièce : la magie du théâtre fonctionne et c'est le seul remède qui marche à ce jour (si jamais je continuais d'éternuer je sors de la salle, bien sur).

- et en 1ère position ... : une bonne mise en scène, d'excellents acteurs et un texte parfait : là est tout mon bonheur.

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