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Les Menteurs, d'Anthony Neilson

Publié le par Mordue de theatre

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Critique des Menteurs, d'Anthony Nelson, vu le 30 octobre 2012 au Théâtre de la Porte St-Martin

[ Avec Philippe Chevallier, Régis Laspalès, Antoinette Moya, Roger Van Hool, Sophie Gourdin, Bruno Chapelle, Nell Darmouni, dans une mise en scène de Jean-Luc Moreau ]

Je rassure immédiatement ceux qui suivent mon blog et donc connaissent un minimum mes goûts en matière de théâtre, c'est parce qu'on m'a proposé une invitation que je suis allée voir ce spectacle. J'avais en effet le choix entre celui-ci, Volpone, que j'avais déjà reservé, et Doris Darling au Petit St-Martin. Ne connaissant Chevallier et Laspalès que de nom, et ce genre de spectacle changeant de mes habitudes, j'ai finalement opté pour celui-ci. Mauvais choix.

Étrangement, j'étais une des seules à ne pas rire dans la salle. Peut-être fallait-il au préalable connaître le duo comique pour pouvoir pleinement apprécier, peut-être les rôles qu'ils jouaient faisaient écho à leur rôle dans leur propres sketchs ... Mais je n'ai pas réussi à entrer dans ce spectacle, certaines répliques provoquant en moi un rire de pitié ("- Do you speak english ? - A little bit. - Comme la mienne.") ... Genre de réplique qui faisait s'écrouler de rire la salle. De plus, j'avoue que j'ai eu du mal avec l'histoire ... Complètement tarabiscotée, comme le soulignent les comédiens au milieu de la pièce. Deux policiers qui doivent annoncer à un vieux couple la mort de leur fille dans un accident de voiture, qui rencontrent tout d'abord une hystérique dont le rôle me semble inutile, qui enchaînent mensonge sur mensonge une fois entrés dans la maison, qui ont affaire à une vieille femme complètement folle, à un papi très gentil, à des situations grotesques, et finalement à une fin prévisible. Dommage.

Je venais aussi pour des acteurs que je ne connaissais pas, ces fameux Chevallier et Laspalès. Déçue, puisque je ne les ai pas trouvés bons, un peu lent, pas naturels ... Peut-être encore une fois ce genre de jeu faisait écho à leur duo comique ... Et je n'ai donc pas pu apprécier. Le reste des acteurs n'était pas vraiment meilleur ... Je n'ai apprécié que l'homme du couple, puisque la voix de sa femme ne portait pas assez, que l'hystérique en faisait trop ... 

Je ne vais pas m'attarder pour cette critique ... J'étais apparemment des seuls à ne pas apprécier le spectacle, il ne servirait donc à rien de m'acharner encore.


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Comment ? 2 ans déjà ?

Publié le par Mordue de theatre

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Et oui ! Déjà 2 ans que MDT critique les spectacles parisiens !
Et que c'est bon d'écrire ! Je vous avoue que je suis rarement pleinement satisfaite de mes critiques, mais j'essaie toujours de faire au mieux.
2 ans c'est plus de 70 spectacles vus (et encore je ne compte pas tous ceux vus en Avignon ou à Limoux)... Un bonheur !
J'ai aujourd'hui plus de 2000 visites par mois, et plus de 1300 visiteurs uniques, et ça fait vraiment plaisir, merci à tous !
Merci également aux personnes qui m'envoient des invitations, même si je ne peux pas toujours y répondre positivement, j'essaie de faire de mon mieux et ça me touche toujours beaucoup !
Enfin, ce blog sera sûrement moins actif l'an prochain, puisque démarreront pour moi les dures années de prépa ... Il ne sera pas totalement mis au repos pour autant (je l'espère) !

MERCI BEAUCOUP

ET VIVE LE THÉÂTRE

Publié dans MDT divague

Miss Knife chante Olivier Py, d'Olivier Py

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Miss Knife chante Olivier Py, d'Olivier Py, vu le 27 octobre 2012 au théâtre de l'Athénée

[ Avec Olivier Py, et, au piano, Stéphane Leach, à la batterie Julien Jolly, au saxo et à la flûte Olivier Bernard,et à la contrebasse Sébastien Maire ]

Miss Knife est le personne qu'a créé Olivier Py il y a 25 ans. Personnage qui l'accompagne depuis un certain temps donc, personnage qui a probablement évolué et qui fait partie de lui. C'est une femme, cette Knife, une chanteuse de cabaret. Elle lui est si intimement liée qu'on devine que les chansons qu'elle chante si bien sont les siennes autant que celles d'Olivier Py. Oui, je différencie les deux personnages, même si je sais qu'ils ne font qu'un seul corps. Je pense que Py en fait autant. Du moins, c'est possible. Il dit que Knife est une "créature" plus qu'une femme. Qu'elle soit l'un ou l'autre, ce que j'en dis, moi, c'est qu'elle est grandiose, autant que son parolier.

Au moment où j'écris ces mots, j'écoute le CD acheté à la sortie du spectacle. J'écoute une voix maîtrisée et juste, une voix travaillée mais qui malgré tout, cela s'entend de temps à autres, manque un peu de technique. Py n'a pas une formation de chanteur. Qu'importe ? Il joue son rôle jusqu'au bout, il se déchaîne, il y met de la passion et le résultat est formidable. 

Ses chansons, autour des thèmes de la mort, de l'amour perdu, du temps qui passe, ne sont pas franchement gaies. Le spectacle en général tourne autour de la vie d'Olivier Py, grand dépressif d'après ce que j'ai pu percevoir. Les paroles sont magnifiques, certains touchant plus que d'autres ... Je retiens particulièrement Le rôle est trop court, qui commence ainsi : "Un jeune premier déjà rance, chante sur un air de tango, la mort de ses belles espérances, à jamais dans le marigot, et sous le fard qui dégouline, il se souvient de ses amours, il pleure sur sa mandoline et dit que le rôle est trop court ..." Excellent parolier. Entre deux chansons, Knife s'adresse à son public ... Ces intermèdes sont excellents. Py nous y dévoile son talent de comédien, son naturel sur scène, son entente avec le public. Est-ce lui ou Knife qui s'adresse au public ? Plutôt lui je pense, puisqu'il cherche du regard d'autres dépressifs dans la salle. Elle, elle boit beaucoup, et elle chante. Lui, il parle. Miss Knife, c'est une nature. Et sa plus grande force, je pense, c'est sa folie, son extravagance, le fait qu'elle se lâche sur scène : c'est grâce à cela qu'on peut y croire, que j'admire Py et que ce spectacle est grandiose. Parce que le voir se déhancher sur scène, se moquer parfois de lui-même, jouer avec son public, prendre son pied dans ses chansons, tout donner, et par-dessus tout entendre ses chansons et recevoir le message qu'il nous envoie, tout cela est synonyme d'un spectacle réussi.

Py est également entouré d'excellents musiciens. Connaissant moi-même la musique, je peux un peu critiquer dans ce domaine là ... Principalement le pianiste, puisque c'est mon instrument aussi. Lorsque Py présente ses musiciens, chacun a droit a un petit moment de gloire, un petit solo. Celui du pianiste est mémorable, de tant de musicalité, de technique, de facilité dans une partition si difficile ... j'ai hurlé "Bravo !". C'est également lui qui signe la musique du spectacle. Mais les autres musiciens sont bien sûr tout aussi bons.

Je ne faisais pas partie du "public acquis" de Py, je ne l'avais jamais vu. J'avais entendu parler de son côté un peu extravagant, de ses mises en scène particulière, que je ne peux juger puisque je n'en ai vu aucune. J'étais intriguée. Et j'ai trouvé ce spectacle excellent. Ce qui m'a par-dessus tout plu, je pense, c'est le culot de Py. Pour moi, un spectacle pareil, autour de thèmes aussi glauques, autour de la chanson mais sans véritable chanteur, avec un homme travesti sur scène, c'est un pari. Un challenge. Relevé sans problème.

Bravo. Monsieur Py, je m'incline. ♥  

 

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Publié dans Critiques

Antigone, d'Anouilh

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Antigone d'Anouilh, vu le 6 octobre 2012 au Théâtre du Vieux Colombier

[ Avec Françoise Gillard, Bruno Raffaelli, Véronique Vella, Nâzim Boudjenah, Stéphane Varupenne, Clotilde de Bayser, Benjamun Jungers, Marion Malenfant, et Laurent Cogez, Carine Goron, Maxime Taffanel, dans une mise en scène de Marc Paquien ]

 

Qui ne connaît pas l'histoire d'Antigone ? Cette fille en retrait, différente, que personne ne remarque ? Qui coûte que coûte tentera d'enterrer Polynice, son frère, malgré l'interdiction du roi son oncle. Certains diront qu'elle est folle. D'autres qu'elle ne fait que suivre ses convictions. Que ce soit l'un ou l'autre, l'Antigone d'Anouilh est une pièce remarquable. Servie par le Français, le résultat est immense.

La plus grande réussite de ce spectacle réside peut-être dans le choix des acteurs incarnant Antigone et Créon. En nommant dans ces rôles Françoise Gillard et Bruno Rafaelli, Marc Paquien nous montre son talent de metteur en scène. Tout d'abord, parce que tous deux sont d'excellents acteurs. Elle, aussi brillante dans les scènes romantiques que celles de folie, aussi convaincante en Antigone desespérée qu'en passionnée, elle et ses yeux brillants comme ceux des enfants lorsqu'elle s'emporte seule dans ses idées, elle et sa petite voix de fille qui peut soudain devenir grave et inquiétante. Lui, homme immense et imposant mais qui passe pourtant aisément du dominant au dominé, lui et sa voix grave et si belle, ses "r" roulés", sa douceur ne tardant pas à devenir dureté, lui, ses devoirs et ses envies, son dilemme constant, sa tristesse profonde mais cachée, lui qui parvient à nous transmettre tout cela. Grandiose.

Mais ce choix est d'autant plus intelligent par les contrastes flagrants entre ces deux acteurs : tout d'abord leur carrure ; lui est grand et fort, elle, maigre, frêle, comme si elle pouvait tomber à tous moments. L'un a la voix grave et qui porte très loin sans qu'il la pousse, l'autre une voix plus douce et plus faible. Cela accentue la tension lors de la scène entre ces deux personnages cruciaux. Scène que je vais à présent aborder. Scène d'une parfaite réussite. Scène qui nous cloue sur notre chaise et nous emmène vraiment loin. Scène immense. Pourtant Marc Paquien n'a pas le même avis que moi sur le texte : dans sa version, c'est Créon qui est raisonnable, Antigone qui est folle et hors norme. Cette folie la rend supérieure aux autres, puisqu'elle n'est déjà plus là, plus grand chose ne semble pouvoir l'atteindre. Et si, au début de cette scène, Créon la toise de toute sa hauteur et la plaque sur sa chaise, peu à peu, elle reprend le contrôle et, débout sur cette même chaise, elle peut le regarder droit dans les yeux. Alors les deux sont au même niveau, alors plus aucun n'est en position de force. Sauf que Créon, lasse de tant de disputes, de contradictions, parfois sans doute de vérités blessantes dans la bouche d'Antigone, finira par plier sous le poids de cette dernière. Alors Antigone se révèle plus courageuse que jamais. Elle s'adresse au roi comme si il n'occupait pas cette fonction. Folle, mais brillante. Françoise Gillard est l'Antigone parfaite, alternant moments d'emportement et retour à la réalité. Scène inoubliable. Grandiose.

Mais une pièce ne serait pas aussi brillante si seuls ses deux personnages principaux étaient aussi resplendissants. Tout le monde suit cette excellence. A commencer à Véronique Vella, nourrice attentionnée et complètement envoutée par Antigone. Tellement qu'elle est dans une angoisse folle dès le début de la pièce, angoisse qui par la suite affectera le public. Véronique Vella, des larmes de stress dans les yeux, des gestes si rapides et nombreux qu'ils semblent dus à la nervosité, est par dessus tout attendrissante, de tant d'affection pour Antigone. Nâzim Boudjenah, Hémon touchant par son amour et sa perplexité devant les actions d'Antigone, l'acteur paraît perdre plusieurs années sur scène, et nous fait fondre lors de la confrontation avec son père, lorsqu'il quitte, triste - je devrais dire desespéré -, la scène. Encore une belle réussite de cette pièce : cet attendrissement qu'il provoque en nous est en parfait décalage avec l'atittude désinvolte et presque "je m'en foutiste" des gardes, et particulièrement de celui qu'incarne Stéphane Varupenne. Le ton las, la voix monocorde, les traits sans beaucoup de vie, le visage marqué par le métier, il compose un garde des plus réalistes, qui jure avec la tension présente dans la pièce. Pour lui, rien ne changera. Rien n'a d'importance. J'aimerais également souligner la belle performance de Marion Malenfant, que je découvrais ici. Elle nous apparaît en Ismène torturée par ses pensées, et, peut-être me suis-je emportée, mais il me semble qu'on sent et de la peur et de l'admiration face à l'audace de sa soeur ... Une belle prestation. Enfin, pour structurer tout ce spectacle, on assiste à l'excellente performance de Clothilde de Bayser en Choeur. Vive, étonnante, parfois menaçante, et surtout très crédible, elle est épatante et ajoute à la tension déjà présente un je-ne-sais-quoi de réel, d'inquiétant. Grandiose.

Que dire ? Grandiose. ♥  

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