La Guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux

Publié le par Mordue de theatre

GDT LLG1

 

Critique de La Guerre de Troie n'aura pas lieu, vu le 01 juin 2010 au lycée Louis Le Grand

 

[ Distribution BRISÉIS, plus d'information ici ]

 

Jean Giraudoux, c’est tout nouveau, pour moi. J’en avais entendu parler, mais je n’avais ni lu ni vu. Et là, après avoir assisté à la représentation de ce qui semble être son plus grand succès, je ne suis pas fan. Je n’ai pas trouvé ça extraordinaire. Je me suis même ennuyé. En clair, je ne comprends pas comment Jean Giraudoux a été élevé à l’étage des « Grands ». Pour l’époque, peut-être… La Guerre de Troie n’aura pas lieu, à l’époque de la seconde guerre mondiale ... On peut saisir un double sens. Mais aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi, comment, par quels moyens cette pièce est encore considérée comme « bonne ». Je n’ai vraiment pas aimé ; j'ai trouvé cela très vieillot, très misogyne, très lourd, parfois même, vulgaire.

Pourtant, il faut reconnaître que les élèves du club théâtre du Lycée Louis le Grand ont fait un bon travail ; ce n’était pas facile de s’attaquer à une pièce pareille … De manière général, travailler une pièce "différente" est beaucoup plus dur qu’un texte qui coule tout seul.

Je me suis demandée « Pourquoi ? » . Pourquoi avoir choisi cette pièce ? Je n’ai trouvé qu’une seule réponse : le nombre de personnages. En effet, plus de 25 élèves sont inscrits au club théâtre de LLG. Cette pièce comporte deux distributions différentes (Liste 1 : Achille – Liste 2 : Briséis) et, bien que certains élèves participent aux deux distributions, d’autres ne sont présents que sur une.

Donc, après s’être demandé, à l’entracte, « on part ou on reste ? » (nous sommes restées car je déteste partir lors d’un spectacle – ne pas connaître la fin (même si on peut s’en douter) ou les péripéties qui suivront m’est insupportable), et s’être bien ennuyé, je pense être en mesure de pouvoir détailler le jeu des principaux acteurs : le metteur en scène (Jean Briault) jouait, ici, Hector – il s’est donné le rôle principal, ce qui n’est pas forcément facile – il s’en sortait assez bien, mais il manquait de tension à son personnage (après tout, il est en pleine négociation pour savoir si, oui ou non, il y aura la guerre)… Andromaque (Elisabeth Lacombe), sa femme, n’était pas non plus mauvaise, même si ses intonations de voix m’énervaient un peu trop souvent… J’ai beaucoup aimé Caroline Giraud et Marie Villiers, qui jouaient mère et fille (Hécube et Polyxène), qui étaient très natures sur scène et formaient un vrai petit duo. Un autre, qui n’était pas timide, c’est Samuel Lhuillery, peut-être celui que j’ai préféré, qui incarnait Pâris ; son côté « tombeur de ces dames » ressortait à merveille, et il allait tout à fait bien avec sa partenaire, Hélène (Mathilde Perrot). Cassandre, Galatée Hemery, était peut-être un peu trop statique à mon goût … mais rien de grave.

Une note aussi à Gabriel Lazrak, qui jouait Troïlus (rôle qui ne semble pas du tout essentiel), et dont le jeu était presque irréprochable (peut-être parlait-il un peu trop vite).

Une dernière chose ... Lorsque le rideau s'ouvre, on est étonné de découvrir, de part et d'autre de la scène, des spectateurs, assis sur des chaises, se demandant pourquoi on les a fait venir ici. A vrai dire, je me le suis demandé aussi, car pas à un moment il ne bouge, ne parlent, n'agissent. Je pense donc qu'ils ont le rôle des Dieux, qui observent et s'amusent avec les hommes...


En un mot, le problème venait plus de la pièce que du jeu des élèves ; ceux-ci présentent La Guerre de Troie n’aura pas lieu au festival Off à Avignon cet été, je leur dit donc un gros MERDE car ce ne sera sûrement pas facile …

Publié dans Critiques

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Professeur Nimbus 18/08/2011 13:35


Chère Mordue,

As-tu vu d'autres pièces de Giraudoux ? D'autres de la même époque (Anouilh, Cocteau) ? Cela pourrait être l'occasion d'une mise en perspective, et aboutir à un jugement un peu plus argumenté que
cette "descente en flamme" qui me semble bien légère et injuste, même si je ne suis pas moi même grand fan de Giraudoux.


Mordue de theatre 18/08/2011 15:44



Non, de Giraudoux, je n'ai vu que La Guerre de Troie n'aura pas lieu. Mais pour parfaire cette critique, très critiquée par plusieurs lecteurs, peut-être devrais-je lire la pièce...


Mais de la même époque, je connais Anouilh ! J'ai vu jouer Colombe, et ai lu Oedipe, Médée, et Antigone . C'est un auteur que j'aime beaucoup. Cocteau, en
revanche, je connais beaucoup moins ...



Céline 03/07/2011 01:29


Je trouve en effet votre critique un peu trop catégorique.
C'est tout à fait en votre droit de ne pas aimer le style de Giraudoux, qui, je trouve, pour réemployer les mots d'un autre, est un "excellent écrivain, mais un moins bon dramaturge".
Lu, son texte est incroyablement juste et pertinent. Mais joué, il perd de son immortalité, et devient difficile à jouer, et donc, à écouter. Les paroles prononcées restent d'une beauté et d'une
rhétorique formidables, mais le public (si intelligent soit-il) ne peut littéralement pas, en moins de 3 représentations, le comprendre et le saisir dans toute sa finesse, ce qui le rend, à ses
yeux, en fin de compte plutôt ennuyeux à ses yeux.
C'est l'explication la plus logique que j'aie trouvée pour expliquer le fossé qui peut parfois séparer différentes personnes jugeant Giraudoux.

Je joue moi-même dans cette version de La Guerre de Troie n'aura pas lieu (Iris dans la distribution Briséis, et Polyxène dans la distribution Achille), et, du fait de mes petits rôles, j'ai pu, au
fil des représentations, me faire à cette pièce. A chaque recoin de chaque mot d'une phrase est cachée une idée. Ne serait-ce que la chouette d'Ulysse, ou bien encore le "Hélas!" de Troïlus.

Bref, les interprétations possibles sont infinies, pour la simple et bonne raison que le texte est incroyablement riche. Une richesse qu'il est impossible de faire ressortir sous toutes ses
coutures sur une scène.

Vous pouvez ne pas avoir aimé cette représentation. C'est même tout à votre honneur d'avoir expliqué dans les détails votre avis.

Je me permets encore de revenir sur quelques unes de vos remarques:
- La pièce n'a pas été choisie POUR contenter la foule d'acteurs!!
Pour détailler, depuis le 5 septembre, avant que le metteur en scène n'aie rencontré tous les éventuels candidats, l'affiche était d'ores et déjà affichée sur les poteaux de la cour: "La guerre de
troie n'aura pas lieu, de Giraudoux".
Il s'agit bel et bien d'un choix du metteur en scène. Demandez lui de détailler les raisons si cela vous intéresse: irreeldufutur@live.fr , mais sachez qu'en aucun cas on ne choisit une pièce en
fonction du nombre d'acteurs.
Alors, comme il y avait effectivement beaucoup d'acteurs, il a fini par se décider à faire deux distributions, parce qu'il n'avait pas le coeur à en renvoyer.

- Votre interprétation de la présence de public sur la scène est, à mon sens, très bien trouvée.
Je vous avoue que pour beaucoup d'entre nous ce choix plutôt étrange est demeuré un mystère. Enfin, ce n'est pas peu amusant de voir, quand on est dans les coulisses, les ombres des spectateurs sur
le derrière des décors... ^^

- Deux noms sont mal orthographiés: Gabriel Larzak (sans c), Galatée Hémery (sans h)

- Et merci pour le merde! =D


Mordue de theatre 05/07/2011 16:56



Merci pour votre commentaire, c'est très bien expliqué et je n'ai rien à redire ... malgré tout, mon avis envers Giraudoux ne change pas ... mais vous l'aurez compris, je ne reproche pas le jeu
des acteurs et peut-etre, comme vous le dites, que le problème vient surtout de la difficulté à le jouer ... Qui sait, peut-etre y viendrais-je un jour ?


Bien à vous et encore une fois : Merde pour Avignon !



lafolledeChaillot 23/06/2011 23:17


Absolument aucun mépris !
J’ai juste été heurtée par votre légèreté.
Quant à la folle alchimie de transcendance, c’est la magie du théâtre, celle qui nous fait croire à des personnages, et des situations qui n’existent pas… jusqu’à pleurer parfois… Et ce sont les
comédiens par leur acuité, leur générosité et leur travail qui provoquent cela.
Quant à mon orthographe. Je suis une personne sensible et émotive… et vous m’aviez ébranlée.
Bonne nuit !...
et je vous souhaite de belles prochaines découvertes théâtrales.


LafolledeChaillot 23/06/2011 18:02


Condamner Giraudoux de manière aussi catégorique, après la première d'une représentation d'étudiants... Quelle audace ! Si Jouvet vous entendez !!!
À votre place, puisque vous dites "aimer le théâtre", avant de m'exprimer aussi catégoriquement, j'aurais chercher à en savoir un peu plus !
Dépêchez vous d'aller lire Ondine, Electre, Intermezzo, etc...
C'est une bonne idée de publier vos avis de spectatrice passionnée... mais
dans ce cas prenez une position de Candide, et racontez humblement vos émotions (j'aime) sans en tirer de conclusions universelles (c'est).
Giraudoux faisait dire à Ondine "L'homme a voulu avoir son âme à soi, et Il a morcelé stupidement l'âme générale"...
La manière dont vous apposez vos appréciations de manière aussi péremptoire explique peut être pourquoi vous n'avez pas su estimer la langue d'un humaniste tel que Giraudoux
Sachez rester à votre place. Sans connaitre, on dit forcément des bêtises.
Par exemple il y a de très bonnes pièces qui peuvent être mal jouées, et des textes plus pauvres qui deviennent époustouflants par la magie d'une interprétation, d'une rencontre entre un texte et
un artiste...
Vous qui dites "aimer le théâtre" vous devriez au moins savoir cela...
Car aimer le théâtre, c'est aimer cette folle alchimie de transcendance qui vous faire croire pendant une heure, deux ou plus à des personnages, des situations, des philosophies... à tout un monde
différent !... Et cela pour vous détendre, vous faire rêver ou réfléchir...
J'espère que vous avez gouté à cette magie de l'intérieur (sur scène).
Sinon, rappelez vous que "de la frustration à la critique, il n'y a qu'un pas", et dépêchez vous d'aller mouiller un peu votre chemise sur les planches !


Mordue de theatre 23/06/2011 21:10



Mais après tout, puisque ceci est mon blog, ne puis-je pas y mettre ce que je veux ? Il me semble que je suis dans mon droit, que je peux m'exprimer aussi catégoriquement qu'il me plaît.


De plus, j'ai déjà mouillé un peu ma chemise sur les planches, mais par manque de temps, cela ne se fait plus - je garde cependant un bon souvenir de cette magie intérieure :
qu'est-ce que cela change, enfin ?


Pourriez-vous juste m'expliquer ce que signifie "cette folle alchimie de transcendance" ... Mais peut-être vaut-il mieux que je reste à ma place ; car je ne connais pas bien la
langue, et il est possible que je ne sais pas estimer la vôtre (si quelqu'un m'entendAIT ...) .


Mais peut-être vous sentez-vous agressée par ma réponse ? Pourtant, je n'ai fait que réemployer vos termes ... Relisez alors votre commentaire : j'ai sans doute mal saisi, et cela partait
peut-être d'une bonne volonté, peut-être vouliez-vous m'aider à construire des critiques... Personnellement, j'ai plutôt senti cela comme une attaque, peut-être même un certain mépris, car je
n'avais pas su apprécier un auteur que vous aimiez ...


Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée


MDT



moussier 10/06/2011 20:51


Chère blogueuse,
Je vous trouve sévère avec Jean Giraudoux. Il faut penser au
contexte: 1935. Giraudoux avait fait la Grande Guerre...Pourquoi dites-vous qu'il est misogyne?
Rendez-vous à Avignon.


Minyu 02/06/2011 20:12


Eh bien effectivement, tu n'es pas très enthousiaste ! Pourtant, la mythologie c'est intéressant, non ? Enfin personnellement, j'adore ! ^^ Je crois que je vais lire la pièce, pour pouvoir me faire
mon propre avis...