Le Mariage, de Nikolaï Gogol

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Mariage, de Gogol, vu le 21 janvier 2012 au Vieux-Colombier

[ Avec Yves Gasc, Catherine Sauval/Véronique Vella, Alain Lenglet, Clotilde de Bayser, Laurent Natrella, Julie Sicard/Jennifer Decker, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger/Nâzim Boudjehnah, Laurent Laffite, mise en scène de Lilo Baur]


Je n'avais jamais vu de pièces de Gogol. Tout ce que je connaissais de lui était ce petit conte qu'est Le nez. Enfin ! Je partais avec un assez bon a priori, bien que pour moi, Laurent Laffite (qui a repris le rôle de Jean-Baptiste Malartre) ne devait pas être à la Comédie-Française.

Comme quoi ... ok, ok, je me suis trompée, ça arrive. Ils sont tous excellents, sans exception. C'est vraiment grâce à la qualité du jeu des acteurs qu'on sort heureux de la salle, car le texte ne semble avoir ni queue ni tête. On part de l'histoire d'un homme (Nâzim Boujenah), célibataire, et qui cherche à se marier sans trop s'investir non plus. Il va finalement tenter sa chance auprès d'une jeune femme (Julie Sicard), belle mais qui ne semble pas avoir inventé la poudre. C'est là que les rires débutent vraiment et que les spectateurs entrent dans "cette aventure parfaitement invraisemblable", comme disait Gogol. 

En effet, bien que je reconnaisse tout à fait le talent de Nâzim Boudjenah, je ne peux nier le fait que l'entrée en scène de Nicolas Lormeau, Laurent Laffite, et Alain Lenglet, est sûrement le moment le plus comique de la pièce. Ces trois autres prétendants à la belle ont chacun un défaut trop mis en valeur : l'un ne pense qu'aux femmes et à raconter sa vie chez les marins, l'autre ne parle que de bienséance et d'éducation, le troisième, au nom si comique, rappelle toujours qu'il est huissier. Ce trio ne cesse de nous impressionner : les personnages sont parfaitement composés et aucun détail n'est oublié (les mouvements de mains sont assez importants). Laurent Laffite est tout à fait à la hauteur, sans aucune difficulté, il a le même talent que ses camarades, ça ne fait aucun doute. Nicolas Lormeau, devenu un homme gros aux cheveux gras, semble si naturel que j'ai dû demander à la personne qui m'accompagnait si ça faisait aussi parti du costume (rembourrage de chemise et de pantalon pour paraître énorme et serré dans ses vêtements) ... Et c'était le cas ! 

Une grande découverte grâce à ce spectacle : Clotilde de Bayser. Elle joue la marieuse manipulatrice qui va proposer aux 4 hommes la même femme en trichant car elle va jusqu'à mentir à tous. Son personnage est une composition complète à laquelle nous n'avons rien à redire : c'est sûrement l'invention la plus maîtrisée de la pièce. Sa voix, sa manière de parler, ses déplacements, ses tics, ses gestes, tout est totalement contrôlé, mais tout paraît extrêmement naturel. C'est quelque chose de difficile, je pense, pour le comédien : qu'un travail long et difficile apparaisse comme trivial et instinctif sur scène.

Je me dois également de parler des deux personnages principaux, incarnés ce soir-là par Nâzim Boudjenah et Julie Sicard. Le premier m'a immédiatement fait penser à deux acteurs connus : il a en effet la même diction que Grégory Baquet (des tics de langage particulier), mais son jeu plus global rappelle celui de Jean Dujardin, comique par les gestes et les mimiques, mais sérieux quand il le faut, et surtout très très bon. Il formait avec sa future femme un très bon duo, dans le genre gênés et timides, et c'est essentiellement par leurs silences que la salle riait. 

Le décor était, comme d'habitude à la Comédie-Française, très bien : il pouvait se transformer et permettait ainsi 3 cadres différents : devant, ou chez Agafia (la fille à marier), et chez Kapilotadov (l'homme à marier). Mais comme je l'ai dit au début, le spectacle tient grâce aux très bonnes performances d'acteur et à leurs inventions et compositions de personnage ! Car Gogol ressemble sur certains points aux auteurs absurdes ... mais reste moins drôle !

Un très bon spectacle !

 

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