Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg, vu le 21 février 2012 au théâtre du Rond-Point

[ Avec Pierre Arditi et Catherine Hiegel, dans une mise en scène de Charles Tordjman ]

 

Je n'étais jamais allée au Rond-Point. Quelle belle salle ! Splendide ! Et vaste ... Nous étions plutôt bien placées, 4e rang, un peu trop sur le coté peut-être. Mais les acteurs sont talentueux, devraient avoir une certaine présence sur scène, leurs voix portent sûrement, le spectacle peut donner quelque chose de bien.

Le rideau s'ouvre. La scène est à la hauteur de la salle : longue et imposante. Le décor est blanc, assez simple : des murs, un canapé au centre. De belles lumières entourent Catherine Hiegel et Pierre Arditi. Les deux acteurs sont assis sur le canapé. Elle lit le journal Télé. Il semble réfléchir. Et le spectacle commence : "Moi j'crois pas que les fayots font péter". Le public rit. Je m'insurge intérieurement mais ne dis rien. Le dialogue continue. Les répétitions sont au rendez-vous. "Moi j'crois. - Tu crois quoi ? - Je crois que les fayots font péter. - Tu crois que les fayots font péter ? - Oui." On pourrait espérer une amélioration. Mais non. Les erreurs de dialogue sont énormes. C'est inintéressant, bas, lourd, redondant ... vulgaire. En effet, quel besoin de ponctuer les phrases d'un "t'es conne" ou d'un "t'en as rien à branler" ? Franchement aucun. Même quand on sent une idée, un brin d'inspiration derrière leurs paroles, ce manque de vocabulaire fait tout retomber.

Le principe est simple : un vieux couple est assis sur le canapé, et va s'affronter sur 11 idées, formant 11 sketchs, l'un "croyant" et l'autre "ne croyant pas". Chaque sketch commence par l'habituel "Moi j'crois pas ..." du mari, sa femme répond, ils dialoguent, finissent par se questionner sur le repas et le programme télé, puis allument cette dernière, et le sketch se finit. Déjà, rien que l'idée de base, j'ai du mal... c'est en effet assez étrange de commencer toujours par cette phrase, qui en général est plutôt l'aboutissement d'une pensée, que nous, spectateurs, ne connaissons pas ... On se prend donc un sujet en pleine face, plus ou moins intéressant (vous savez, moi, les fayots ...), mais qui sera traité de manière telle qu'il deviendra, de toute façon, ennuyeux, répétitif, lent : en un mot, ce n'est pas du tout ce qu'on attendait d'un tel spectacle.

Car les acteurs en scène sont des Noms du théâtre : qui n'a jamais entendu parler de Pierre Arditi ou de Catherine Hiegel ? Il suffit que le menton de l'un apparaisse sur l'affiche de La Vérité la saison dernière pour attirer les foules, quand l'autre met magnifiquement en scène Le Bourgeois Gentilhomme à la Porte Saint-Martin. Leur talent est incontestable... ou du moins, l'était ...

Ce n'est effectivement pas la première fois que Pierre Arditi me déçoit. Déjà dans la pièce de Florian Zeller, j'avais trouvé cela étrange qu'il choisisse un tel texte ... Mais à côté du texte de Grumberg, celui de Zeller s'approchait d'un Feydeau. Ici, Arditi "fait du Arditi", tout comme dans le Zeller. Si il arrive à redresser un peu le texte à l'aide de sa partenaire, son jeu reste un peu "fade" et on en attendait plus de sa part. Quant à Catherine Hiegel, que je voyais jouer pour la seconde fois (quelle désastreux souvenir que celui des Oiseaux à la Comédie-Française ...), elle est dans le ton, évidemment, mais ça paraît si facile ... Elle n'a qu'à approuver ou contrer son mari, il n'y a pas de véritable performance d'acteur, quelle déception ...

Rien que de me dire que je n'ai pas ri une fois ... C'est à peine si j'ai esquissé un sourire. Le seul moment qui m'a fait tirer la bouche en un vague sourire, c'est lors de leur apparent fou rire : peut-être se rendaient-ils compte du niveau de la pièce qu'ils nous présentaient ? 
Décevant et déconseillé. 

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Publié dans Critiques

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arlette 15/12/2013 15:23

arditi fait du arditi, la pièce est nulle! pauvreté du théatre pseudo-bobos c'est de l'alimentaire pour les comédiens quelle tristesse!

Nadège 10/12/2012 18:27


Réaction à retardement, mais j'ai vu cette pièce cette semaine et c'est la même déception. La présentation dans le programme m'avait intriguée, je connaissais les acteurs (distribution belge).
J'y suis allée en confiance, dans l'espoir d'une agréable soirée dans la bonne humeur. Et force est de constate que je me suis bien ennuyée.


J'ai ri une fois, je pense. Quand la femme dit à son mari d'essayer d'avoir raison s'il ne veut pas avoir tort (ou de ne pas avoir tort s'il veut avoir raison, qqch du genre...).


 


Moi, j'crois pas non plus qu'il soit nécessaire d'aller voir cette pièce... Le texte n'en vaut vraiment pas la peine...

Bruno Loiseau 11/03/2012 02:54


Quand on prétend s'insurger parce qu'on entend la phrase "Moi j'crois pas que les fayots font péter", on évite au moins les fautes d'orthographe ("Je m'insurge intérieurement mais ne dit rien").
Merci pour votre commentaire à la Ran Tan Plan (entendez : la boussole qui indiquerait toujours le sud). Vous m'avez convaincu d'aller voir ce spectacle.

Serge 23/02/2012 22:59


Bravo pour cette critique, à laquelle je souscris à 200%: pourquoi un texte si plat, si bête, pourquoi de tels acteurs embarqués dans une pièce qui voudrait dénoncer on ne sait quoi dans une
gratuité totale. 


A déconseiller sans modération. 

Minyu 22/02/2012 11:47


Bravo pour l'article, que j'ai franchement trouvé très drôle !


Je crois que je vais sagemement respecter ces conseils... (de toute façon même si j'avais voulu, je n'aurais pas pu la voir, alors ce n'est pas compliqué...)

Séverine 22/02/2012 10:26


D'abord merci et bravo pour votre blog très bien écrit.


Je suis d'accord avec vous sur le début: moi aussi, j'ai eu très peur en entendant parler de haricots péteurs! Et puis les séquences suivantes sont devenues de plus en plus drôles (37
centimètres, le Yéti), et même émouvantes avec Lobby (une charge glacée sur l'antisémitisme ordinaire), et les allusions au vieillissement et à la démence sénile (Le doyen de l'humanité et Tu te
souviens). Ce n'est pas du niveau de Vers Toi Terre Promise, je l'accorde, parce que l'auteur n'aime pas autant ses personnages (donc on ne les aime pas vraiment non plus), sauf à la fin. Un bon
moment quand même.

Mordue de theatre 22/02/2012 12:10



Merci pour votre commentaire :) .


C'est vrai que quelques sketchs sont un peu au-dessus des autres ... Mais le niveau global reste si bas que je n'ai pas souhaité écrire quelque chose de positif sur cette pièce.