Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute, vu le 30 avril 2011 à l'EABJM

 

[ Avec Arnaud Denis, David Zeboulon, Jocelyne Mucig, et Olivier Bellot, mis en scène par le duo Arnaud Denis et David Zeboulon ] 

 

"6 représentations exceptionnelles" de Pour un oui ou pour un non, avec un de mes acteurs favoris, c'était à ne surtout pas manquer ! J'ai donc réservé des places, et nous nous sommes rendues à l'École Active Bilingue Jeannine Manuel hier soir.

C'est une pièce courte et qui nécessite peu d'acteurs ; 2 principaux, et 2 voisins. Le duo principal représente deux grands amis, dont l'amitié risque d'être brisée à cause d'une légère intonation dans la voix, qui laisserait sous-entendre le mépris, presque la supériorité. C'est donc une amitié qui se déchire "pour un oui ou pour un non".

Ici, on découvre une mise en scène parfaitement au service du texte ; en effet, tout oppose les deux personnages ; l'un est en costume noir avec souliers vernis, l'autre habillé de lin blanc et pieds nus, mais on remarque aussi que tous les gestes sont pensés, et qu'on pourrait, à plusieurs reprises, placer un axe de symétrie entre eux deux, ils seraient parfaitement opposés. Même leurs accessoires sont ajustés ; ils portent tous deux une bague au même doigt, et, à un certain moment, Arnaud Denis, qui est en noir, desserre sa cravate (noire également), et laisse apparaître le revers de celle-ci : elle est blanche ... cela nous montre aussi qu'il possède son "côté blanc". Malgré cet "échange de couleurs", on peut remarquer l'accentuation de l'opposition au fil du spectacle, cet éloignement entre ces amis, ces frères, est marqué aussi par le "jeu" des accessoires ; nos deux personnages utilisent à plusieurs reprises des chaises (pour s'asseoir, pour se tenir ...) ; et on peut remarquer qu'au début de la pièce, le personnage blanc possède la chaise noir, et inversement. Mais, vers les deux tiers de la pièce, sans que le spectateur s'en aperçoive, chacun des personnages retrouve la chaise "de sa couleur" ; les deux hommes sont ainsi plus éloignés, ils se comprennent moins et l'opposition en est d'autant plus réelle.

Le jeu des acteurs suit la qualité de la mise en scène ; ils utilisent beaucoup le jeu de regards, marquant ainsi l'élément principal de la pièce : le sous-entendu, l'implicite ; beaucoup de choses peuvent s'échanger en un regard ... Ils peuvent jouer l'espoir, l'attente de la réponse, l'énervement, la tristesse, tout en nous faisant croire qu'on assiste réellement à une mésentente entre amis, qu'on n'est pas au théâtre, que tout n'est pas pensé, appris, et qu'ils cherchent leurs paroles (pas dans le sens où ils ne connaissent pas leur texte ; mais dans le sens réel et intuitif des choses).

Les deux autres acteurs, dans le rôle des voisins, qui sont beaucoup moins présents, sont en parfait décalage avec le duo principal ; ils ne comprennent pas vraiment ce que nos deux personnages cherchent à expliquer, et ajoutent du comique à la situation.

Enfin, je dois tout de même souligner les conditions, pas très bonne, dans lesquelles jouent les comédiens ; le métro passe assez souvent (remarquez, ça renforce la tension déjà présente), et, la première fois que nous l'avons vu, nous avons eu droit au bruit des agents de service ... auquel se rajoutent les bruits des enfants (enfin, quelle idée d'emmener un gosse de 6 ans voir ce genre de spectacle ?!). Ils ont vraiment du mérite d'arriver à jouer !

 

En un mot, il faut aller le voir et remplir la salle ; la pub manque à ce spectacle, faites-en le plus possible, prévenez famille et amis (plus d'information ici) ... parce que ... et je le dis sans aucun implicite, ni aucun mépris :


C'était vraiment très très bien, ça !

 

Placement : premiers rangs, milieu.

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