Zelda et Scott les Magnifiques

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Zelda et Scott, de Renaud Meyer, vu le 12 octobre 2013 au Théâtre La Bruyère

Avec Sara Giraudeau, Julien Boisselier, et Jean-Paul Bordes, dans une mise en scène de Renaud Meyer

Ce n'était pas forcément un spectacle qui m'aurait attiré, sans ces acteurs que je connais et que j'apprécie beaucoup. Zelda, Scott, un couple mythique que je ne connaissais pas. Mais la bande-annonce ("Zelda Sayre ? A qui ai-je l'honneur ? Scott Fitzgerald" : ah ! je la connais par coeur !), la musique sur scène, l'entrain apparent des acteurs, sont autant de raisons qui m'ont poussée à y aller. Et heureusement ; car j'aurais sinon manqué quelque chose ...
La pièce se divise en deux parties. Avant l'entracte, on fait connaissance de ce couple fêtard, elle profitant de sa liberté et séduisant tout le monde bien que mariée avec Scott, lui fou d'elle, s'inspirant de sa femme pour écrire les romans qui marqueront l'Amérique. L'ambiance est à la fête, à l'alcool et au sexe. Mais la littérature ne se fait pas oublier, en la personne d'Hemingway, auteur encore inconnu du public et qui demande conseille à Scott, déjà adoré des américains. Scott, qui ne lit que ses propres romans, enfonce Hemingway et l'accable de défauts. On retrouve ce même trio après l'entracte, mais quelque chose a changé : la folie de Zelda est bien plus présente, Scott a du mal à la contrôler, ils se disputent sans cesse. Ils ont déménagé et habitent en bord de mer, non loin d'Hemingway. Lui est maintenant un auteur reconnu, alors que Scott, accro à la boisson, commence à avoir du mal à écrire. Il lui demande de l'aider, mais l'écrivain se souvient que pour ses débuts, Scott n'était pas d'une extrême gentillesse, et il n'hésite pas à lui déclarer ce qu'il pense de lui. La tension, qui était sous-jacente lors de la première partie, éclate au grand jour, et le rythme se ralentit : la fête est finie, la joie s'est éteinte. La fin de la vie du couple s'annonce difficile ...
Qui d'autre pour interpréter Zelda que Sara Giraudeau ? Pimpante, séduisante, elle donne tout le caractère enthousiaste et la gaieté de son personnage dès le début. Elle saute partout, court, danse, chante, c'est une Zelda pleine de vie qui nous apparaît, à l'instar de ces années folles. Bien qu'elle passe la moitié du spectacle en sous-vêtements, elle est également d'une élégance incroyable. Mais déjà dans ses yeux, un grain de folie. A côté d'elle, Scott (Julien Boisselier) est plus calme, plus posé. Souvent, il se laisse entraîner par sa femme, mais revient toujours près de sa machine à écrire. Déjà, elle lui donne quelques frayeurs par son extravagance, la conduisant parfois à des actes inconscients. Mais on comprend parfaitement qu'il puise son inspiration dans ce personnage : le couple est parfaitement représenté. Les rapports entre Hemingway et Fitzgerald sont clairs : le premier dominé, le second dominant. J'ai rarement vu Jean-Paul Bordes se faire aussi petit, plié sous le joug de cet auteur de renom. Lorsqu'il entre en scène dans la deuxième partie, c'est un autre Bordes qui fait son apparition. Sûr de lui, la voix forte, quelque chose a même changé dans son regard. Dans celui de Zelda, quelque chose s'est éteint : on n'y retrouve plus que la folie, la colère, le mécontentement. Elle trépigne, elle s'impatiente, elle semble en vouloir au monde entier. La transformation des personnages entre les deux parties est déstabilisante : moi qui d'habitude n'apprécie pas forcément les entractes, il est ici très utile, car il permet de matérialiser le poids des années.
Enfin, si le spectacle est si réussi, c'est également grâce à Renaud Meyer. Sa mise en scène est très esthétique, mettre la musique sur scène était une excellente idée : cela ajoute de la vie à ces années folles, crédibilise encore plus les scène : on se sent dans l'ambiance de ces années là. La vigueur des comédiens aide aussi. Le bruit de la machine à écrire, bien qu'un détail, est pour moi une bonne trouvaille : la manière qu'a Scott de taper son texte est très rythmique, elle entraîne des transitions musicales, elle ajoute encore de l'entrain à ce spectacle. Les décors enfin sont parfaits : un décor pour chaque groupe d'années. On retrouve la chambre de Zelda et Scott en premier, une table et une machine à écrire, leur appartement donnant sur une belle vue de New-York. Au centre de la scène, leur lit trône. On ne le retrouvera plus après : leurs pulsions auraient donc vraiment disparu ? On aperçoit cette fois-ci la mer en fond. Le cadre semble agréable. Enfin, le dernier décor, pour la fin de la vie de Zelda, sa folie, son internement, est simple mais bien trouvé, et je ne veux pas gâcher la surprise.

Le conseil est clair : courez-y !  ♥ 

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