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Pourquoi le théâtre ?

Publié le par Mordue de theatre


Merci à Véronique Vella pour cette superbe photo de la Salle Richelieu

Prépa scientifique et passionnée de théâtre. Cette description est quelque peu oxymorique. Et pourtant, l'un n'empêche pas l'autre. J'apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d'un grand Seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! - Las d'attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre. Ah mon petit Fifi, il t'a causé bien des problèmes, le théâtre ! Alors pourquoi est-il autant un bienfait pour moi ? Pourquoi le théâtre ?

Parce que le théâtre est une échappatoire. Un moyen de s'extraire de la vie quelques instants. D'échapper au stress et au travail qui nous entourent. D'oublier, le temps d'une soirée, une khôlle qui s'est mal déroulée ou un DM qu'on n'a pas fini. Mais si, si, c'est ça, entre autres choses. Que ce soit Racine ou Feydeau, lorsqu'ils sont bien joués, on oublie tout, on entre dans l'action pour n'en ressortir qu'après la fin du spectacle. Alors le sort de Phèdre occupe toutes nos pensées, alors on se demande ce que ce Bois d'Enghien va bien pouvoir inventer pour sortir de la situation dans laquelle il se trouve. Et le Grand théâtre, c'est aussi le plaisir des mots, des chocs, des paradoxes qu'on peut y voir et y entendre. 

Parce que j'aime par dessus tout la belle langue théâtrale. Lavoisier a dit : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Soit, mais au théâtre, la règle ne s'applique pas. D'un rien, on fait un tout. D'un texte brillant et d'une voix adéquate, et les plus beaux sentiments peuvent déferler. Quels frissons devant ces vers :

C'est craindre menacer, et gémir trop longtemps.
Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends.

Quelle beauté. Quelle perfection. Lire ou écouter Racine, mieux : le voir bien joué sur scène, est un plaisir tel qu'il n'y a pas de mots pour le décrire. De manière plus générale, je dirais que je suis très sensible aux vers, peut-être plus qu'à la prose. Ils sont une manière de s'exprimer au rythme doux et au son si agréable... Ceux de Corneille me font peut-être moins d'effet, mais ils restent spectaculaires. Quelle force dans ceux-ci :

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton coeur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

Mais il n'y a pas qu'eux ! Deux des plus grandes pièces que je connaisse sont Cyrano et Le Misanthrope, et le texte y est un pur délice pour l'oreille. Et je ne dénigre pas la prose pour autant. A titre d'exemple, Penthésilée, de Kleist, est une immense pièce, d'une puissance, d'une intensité, et d'une grandeur rare. Enfin cette réplique de Fantasio de Musset, que je trouve à la fois simple et déchirante : 

Hartman - Tu as le mois de Mai sur les joues.
Fantasio - C'est vrai ; et le mois de Janvier dans le coeur.

Parce que j'ai toujours aimé écrire, partager ce que j'aime, et me plaindre. D'où l'idée de la critique. J'en ai reçu des mots assassins, me disant que je n'étais pas dans mon droit de considérer tel ou tel spectacle comme mauvais. A ceux-ci, je réponds que ce n'est que mon ressenti que j'essaie d'exprimer, ma vision des choses. Alors oui, j'estime qu'il y a une ligne directrice, et qu'on peut dire "Tel auteur ne peut être monté ainsi". Je ne critique sévèrement que parce que je suis déçue de n'avoir pas vu un bon spectacle : quoi de plus désillusionnant que d'avoir faim, de voir un gâteau qui a l'air appétissant, et qui en fin de compte s'avère immangeable ? C'est pareil ! C'est de la déception que provient la colère, et même si les beaux mots ont de l'effet sur moi, certaines mises en scènes ont tout pour me déplaire, et gâcher un beau texte me fait trembler d'effroi. C'est pourquoi, humblement, j'essaie de donner Un avis objectif, argumenté, sensé, et que mon but n'a jamais été de blesser Acteurs, metteurs en scène, tous ces gens que j'adore, mais bien à mes confrères spectateurs d'éviter, une soirée gâchée ou un spectacle hardcore.

Parce qu'au théâtre, contrairement au cinéma, on est en face du vrai. Le théâtre a cette authenticité là que j'apprécie énormément. Ce n'est pas comme derrière une caméra, on ne peut pas feindre, on ne peut pas recommencer. Enfin, je dis on... Je parle d'eux, des acteurs bien sûr, mais également de ceux qu'on ne voit pas, cachés derrière des manettes, ces personnes qui permettent à tous nos sens d'être enchantés à l'unisson en manoeuvrant les sons et les lumières avec une précision drastique. Ce qui me rappelle une anecdote, racontée par Fabrice Luchini : "Un jour, durant une répétition d'un spectacle que Terzieff mettait en scène, le technicien des lumières a fait une très légère erreur, il a fait son effet lumineux deux secondes et demi plus tard, ce qui fait que l'acteur qui jouait a été dans l'ombre trop longtemps. Et là, la colère de Terzieff était shakespearienne, il a convoqué ce technicien, et celui-ci lui a demandé "qu'est-ce que j'ai fait ?" et Terzieff lui a répondu : "Tu as retardé de 3 secondes l'effet de lumière. Si tu conduisais un boeing, combien de morts tu aurais fait ? 1000 morts. Tu dois rentrer dans le théâtre, qui est un lieu sacré, avec l'urgence et la responsabilité, que ta décision est une question de vie ou de mort." 

Parce que je ne me sens véritablement bien, heureuse, entière, et à ma place, que dans un fauteuil de théâtre. C'est un très bon moment, l'avant représentation. C'est agréable d'être assis là, entouré de personnes inconnues et pourtant réunies ici dans un seul et même but : assister à une représentation théâtrale. Peut-être sont-ce des acteurs autour de moi ? J'adore observer les autres spectateurs. Parfois, je reconnais une tête connue. Parfois, je m'exaspère de voir un tel poser ses pieds sur la scène. J'aime aussi observer ce qui m'entoure : les belles salles de spectacles ravissent mes yeux : des lustres imposants, de belles peintures, un rideau rouge comme dans un rêve, retombant sur la scène avec grâce. C'est mon monde, ou du moins, celui auquel je veux appartenir.

Un grand Monsieur, amateur de mots, pianiste de métier, m'a dit un jour : Dernier domaine où l'on ne peut pas mentir, l'art est un allié, un ami parfois redoutable, mais capable de tant de joies. Et je crois que tout est dit.

Publié dans MDT divague

Quand le Français donne une âme à un texte qui en manque

Publié le par Mordue de theatre


 

Critique de Psyché, de Molière, vu le 21 décembre 2013 à la Salle Richelieu de la Comédie-Française

Avec Claude Mathieu, Sylvia Bergé, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Benjamin Jungers, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Pierre Hancisse, Claire de la Rüe du Can, Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matëj Hofmann, Paul McAleer, Pauline Tricot, Gabriel Tur, et au piano, Véronique Briel et Vincent Leterme, dans une mise en scène de Véronique Vella

De Psyché, je ne connaissais qu'une réplique : la déclaration d'amour de Psyché à Éros, dans laquelle on entend ces vers, il faut le dire, si touchants et si beaux :

Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer :
Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même,
Et je dirais que je vous aime,
Seigneur, si je savais ce que c'est que d'aimer.

Je trouve ces vers frappants de véracité, d'authenticité. On ne peut parler de l'amour en meilleurs termes, me semble-t-il. Voilà pourquoi j'ai été si déçue d'entendre des vers plutôt plats, bien moins profonds que ceux qu'on peut attendre de Molière. Mais l'explication est simple : ce n'est pas DE Molière, mais bien de Molière, Corneille et Quinault, ce dernier étant plus un versificateur qu'un poète. Le trio d'écriture est dû au fait que Psyché est une commande de Louis XIV à Molière, quelque chose qui devait être réalisé très vite, d'où l'appel à l'aide de Poquelin à Corneille et Quinault. C'est donc à cause des délais que les vers sonnent si mal, ils sont écrits à la va-vite. On entend des vers, soit, mais ils heurtent l'oreille ; moi qui pensais que tous les vers étaient beaux, quelle naïveté ! Lorsqu'on devine aisément la fin d'un vers, où est toute la particularité que l'on cherche dans la versification ? Pourquoi ne pas rester alors en prose ? Les seuls beaux vers qu'on a pu entendre sont ceux ci-dessus, écrits par Corneille. Et lorsqu'on sait que la pièce originale, "tragi-comédie ballet" - vaste programme ! - dure 5 heures, on comprend pourquoi elle est si peu jouée. Alors pourquoi la ressortir de l'ombre ?

Psyché est une jeune femme d'une beauté incroyable, de sorte que tous les hommes sont à ses pieds, toutes les femmes la jalousent, de ses soeurs à Vénus, déesse de la beauté. Pour la punir de tant de charmes, de tant de faveurs des autres mortels, Vénus lui envoie son fils Éros, pour qu'il la charme, et qu'elle en tombe amoureuse, sans être aimée en retour. Mais devant tant de beauté et de grâce, Éros n'est pas plus fort qu'un autre, et tombe fou de la jeune femme, ce qui provoquera la fureur de sa mère. La pièce a donc quelque chose de merveilleux, puisqu'elle se déroule autant sur Terre qu'à l'Olympe, qu'elle fait intervenir des mortels et des immortels.

Parmi les immortels, citons immédiatement Sylvia Bergé. L'actrice incarne avec brio la grâce et les fureurs de la déesse de la beauté, et surtout, surtout, quelle voix ! A partir du moment où on l'entend une fois, on attend ses parties chantées avec une impatience démesurée ! Je savais qu'elle chantait bien, mais c'est un véritable talent de cantatrice qu'elle dévoile sous ses habits de déesse. L'émotion traverse la salle à chaque vibrato de sa voix, les frissons nous parcourent le corps, c'est un moment de plénitude totale. Benjamin Junger est un Amour plus que crédible, tant par son physique de petit ange que par un jeu d'acteur qui ne nous a jamais déçus. Il a cette beauté des hommes romantiques, une forme d'innocence dans le regard, et, il faut le dire, son costume lui va comme un gant. Plus encore, il feint l'amour sans artifice, transmettant son émotion, ses sentiments, dans des regards emplis d'ébahissements et de tendresse. Et Françoise Gillard, sa Psyché, le lui rend bien. Je n'avais pas pensé à l'actrice dans le rôle, et à présent c'est comme une évidence. Lorsqu'elle entre en scène pour la première fois, lorsqu'elle dit sa première réplique, avec cette voix comme des clochettes, c'est un véritable enchantement. Le contraste est d'autant plus important qu'elle parle après Jenifer Decker, à la voix si plate. Psyché entre, amenant avec elle une certaine grâce, de la beauté et de la finesse, sa naïveté d'enfant et son sourire lumineux. Le reste de sa prestation suit cette entrée si réussie. Son duo avec Jungers est ravissant et envoûtant, son affrontement avec Vénus assez électrique. Elle donne à Psyché l'âme qu'on attendait. Je me dois également de parler de Coraly Zahonero, soeur jalouse et géniale dans l'incarnation de ce sentiment. Je l'ai souvent vue interpréter ce genre de rôle, un peu peste, où elle excelle tout particulièrement. Ses geignements sont hilarants, ses mimiques tout à fait dans le ton de jeu, tout jusqu'à sa démarche trahit une jalousie à peine cachée. Dommage qu'on lui ait assigné comme partenaire Jennifer Decker qui, même si son ton geignard s'accorde assez bien à ce rôle-là, continue de savonner son texte, de jouer platement, de ne transmettre aucune émotion. Seul leur numéro de claquette - muet donc - montre le duo sous un beau jour. 

Véronique Vella a su tirer le meilleur de chacun : je pourrais parler de l'humanité du grand Laurent Natrella, roi obéissant et père torturé, de l'imposant Jérôme Pouly, un Zéphire sans accroc et à la facheuse manie de souffler sur tout le monde, ou encore du duo de jeunes prétendants, Pierre Hancisse et Félicien Juttner, tous deux très justes dans leur interprétation de ces princes courageux et guidés par l'amour. Elle signe une mise en scène respectueuse de l'oeuvre, et qui sauve cette pièce réputée immontable - et pour cause. Les coupes, obligatoires pour raccourcir ce texte qui s'étire, entraînent malheureusement parfois quelques incompréhensions de l'action. Mais l'invention, le merveilleux, la grâce sont tout de même présents, et ce également grâce aux costumes. Je les ai trouvés ravissant, et tout particulièrement celui de l'Amour, qui lui sied à merveille. Psyché est également à tomber dans sa robe blanche et parme, légère, aérienne et délicate. Mais ils nous éblouissent tous, et nous ravissent les yeux. 

Cependant, en plus d'un bémol lié au texte, ce spectacle présente un défaut non négligeable, en l'utilisation de micros. Je peux concevoir que les micros soient indispensables lors des parties chantées, pour éviter que la voix ne soit couverte par le son du piano. Mais pourquoi ne pas les désactiver le reste du temps ? Cela éviterait les craquements désagréables à l'oreille d'un micro mal réglé. De plus, on sait tous que les comédiens Français n'ont pas besoin de tels appareils ! Et quelle cristallisation de leurs voix... Le spectacle gagnerait à voir ces micros utilisés seulement le temps des parties chantées. Parties chantées, dont je ne dirai qu'un mot : entraînantes et enthousiasmantes, sans être d'une grande qualité musicale, mais tous les comédiens se prêtent au jeu et le résultat est agréable à l'oreille.

Cette fois, le spectacle est l'inverse absolue d'Hamlet, que l'on a vu il y a quelque temps. L'oeuvre qui nous est présentée ne trouve plus beaucoup d'intérêt à nos yeux, c'est une pièce qui aurait pu rester dans l'ombre, mais elle est tout de même sauvée par une mise en scène et des acteurs dignes du Français. Le ♥ manquant sera donc dû à la pauvreté du texte, le texte étant, selon moi, la base de toute création théâtrale. ♥ ♥ 

Pourquoi participer à la collecte pour le Dom Juan mis en scène par Arnaud Denis ?

Publié le par Mordue de theatre


 

C'est vrai, j'ai déjà consacré un article à Arnaud Denis et aux Compagnons de la Chimère sur mon blog. Mais si je reprends ma plume pour vanter leur talent aujourd'hui, c'est qu'ils ont besoin de vous : en effet, Arnaud Denis monte en mars prochain Dom Juan, au Théâtre 14. J'ai confiance en son travail, puisque je le suis depuis 8 ans déjà. Je sais qu'il montera quelque chose de respectueux de l'oeuvre de Molière, quelque chose de sensé, d'intelligent, de réfléchi et d'abouti.  Mais je sais aussi qu'un spectacle sans décor, c'est comme Cyrano sans sa tirade des nez : on peut jouer sans, seulement ça laissera comme un vide : il manquera quelque chose.

Et monter un spectacle a un coût, et les décors, tout particulièrement, tournent autour de 20 000€. Sacré somme ! C'est pourquoi la troupe fait appel à nous, spectateurs, et amateurs de théâtre. On peut donner à partir de 5€ pour les aider à financer ce projet, grâce au site kisskissbankbank.com. Je sais que pour ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas le comédien et sa troupe, ce n'est pas évident. Mais pour moi, c'est une évidence. Arnaud Denis mérite qu'on lui donne à nouveau une chance de faire ses preuves, de se faire connaître pour son talent de metteur en scène autant que celui d'acteur. Pour moi, il sera l'un des plus grands metteurs en scène du XXIe siècle.. Et il est encore jeune. A force de travail et de ténacité, il sera sur le devant de la scène d'ici quelques années.

Mais pour cela, il a besoin de vous. N'hésitez pas à faire vos dons ici.

Un petit pois parfaitement assaisonné au Studio-Théâtre

Publié le par Mordue de theatre

Critique de La Princesse au petit pois, d'Andersen, vu le 15 décembre 2014 au Studio-Théâtre
Avec Elsa Lepoivre, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, et Eliott Jenicot, dans une mise en scène d'Édouard Signolet

Pour la première fois depuis des lustres, je ne fais pas baisser la moyenne d'âge de la petite salle de la Comédie-Française. Aujourd'hui, c'est entourée de spectateurs miniatures que j'entre au Studio-Théâtre. A ceux que cela effraieraient, je vous rassure de suite : ils sont bien moins dérangeant que d'autres, ne passent pas leur temps à commenter la pièce en se croyant devant leur télé. Bien au contraire, une fois le spectacle commencé, on n'entend plus que leurs rires comme des tintements de clochette. Et pour cause.

Andersen, comme Perrault, a bercé notre enfance. Leurs contes sont toujours un plaisir à lire. La Princesse au petit pois met en scène Prince, vivant avec ses parents, Roi et Reine, dans un château où le bonheur fait la loi. Mais Prince est l'inverse d'heureux : il voudrait trouver une princesse, une vraie princesse, pour ne pas rester tout seul. Commence alors une longue quête à travers le monde, pour trouver cette vraie princesse. Il rencontrera des princesses de toutes sortes, affamées, belles mais cruelles, ou froides et bêtes. Mais pas celle qui lui fera comme un tambour dans la poitrine. Jusqu'à ce qu'une princesse toque à la porte du château où Prince est revenu désespéré...

Les acteurs incarnent à tour de rôle leur personnage principal - Roi, Reine, Prince, Princesse -, ainsi qu'un personnage que rencontre Prince sur son chemin, et celui de conteur. Mention spéciale à Eliott Jenicot, ce maître de la gestuelle, ce génie du comique : lors d'une scène d'imitation d'animaux, j'étais pliée de rire ; rarement vu un mimétisme aussi parfait. Le reste de sa prestation n'est pas moins réussi, et il est la preuve vivante que Mayette sait dénicher des perles rares. Jérémy Lopez est touchant en Prince à la recherche du bonheur, encore un peu naïf. On ne le dit pas assez, mais le comédien, découvert dans L'École des Femmes, ne cesse de nous étonner. Depuis son entrée au Français, il fait le grand écart entre Horace, Pierrot, Stan, Prince, et nous a enchanté avec Vian en mai dernier. On attend avec impatience de le retrouver en chanson dans le Cabaret Brassens auquel il participera en juin prochain. Elsa Lepoivre, quant à elle, est délicieuse entre sa Reine un peu hystérique et sa femme fatale solitudophobe,  et sait nous enchanter de sa superbe voix. Georgia Scalliet, enfin, a su nous convaincre dans les diverses princesses qu'elle incarne. La première, tout particulièrement, un peu cruche, a su parfaitement nous convaincre. A deux reprises, elle forme un très joli duo avec Jérémy Lopez qui a su nous attendrire. Un grand bravo à tous les quatre.

La mise en scène d'Édouard Signolet rend ce spectacle le plus réjouissant possible. Les passages chantés ajoutent de l'entrain au tout, déjà merveilleusement rythmé. On début en musique, avec un Cheek to cheek agréable et doux, pour finir avec une ode au petit pois reprise en coeur par les quatre comédiens à une vitesse impressionnante. Le décor, constitué de cube peints représentants les paysages, permet de laisser tout l'espace scénique aux acteurs tout en nous situant. La scène des matelas est une réussite totale - mais je n'en dirais pas plus de peur de gâcher la surprise.

On redevient enfant devant ce joli conte porté par quatre excellents comédiens. Un spectacle drôle et tout en finesse, à déguster en famille ! ♥ ♥ ♥

Le Poche en Magruscule

Publié le par Mordue de theatre

Critique des Dramuscules de Thomas Bernhard, vu le 7 décembre 2013 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Catherine Salviat et Judith Magre, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

C'est uniquement sur des noms que le spectacle m'a attirée : Catherine Hiegel, sociétaire honoraire du Français, ex-doyenne de la Maison de Molière, et remerciée pour des raisons peu valables, est une immense actrice, et une grande metteur en scène. Ici, elle s'entoure des plus grandes, à savoir Judith Magre et Catherine Salviat, deux actrices d'expérience et de renom. Le seul nom qui m'attirait moins, dans ce spectacle, c'est celui de Thomas Bernarhd : j'avoue que je ne le connaissais que de nom, et son oeuvre ne m'attirait pas particulièrement.

Les Dramuscules qui nous sont présentés ne m'ont pas vraiment parlé, ne m'ont pas touchée. Il y est question, entres autre, de racisme.. Un premier tableau dans lequel deux femmes découvrent un corps mort dans la rue en sortant de l'Église, qui s'avère finalement être des affiches nazis, ce qui a pour conséquence de les rassurer - inquiétant ! -, un deuxième se déroulant au cimetière, deux femmes déblatérant autour d'un homme qui vient de mourir, écrasé par un Turc, source de haine chez les deux commères, et un dernier dans la maison d'un vieux couple, où la femme repasse les habits troués de son mari, policier, et qui s'est une nouvelle fois battu lors d'une manifestation qui a mal tourné. Soit, mais après ? Le racisme est omniprésent, les scènes apparemment quotidiennes, familières, regorgent de propos déplacés, dérangeant... mais la langue n'est pas convaincante. Elle ne touche pas comme elle devrait le faire. Les propos ne m'ont pas assez atteinte ; j'ai eu plutôt du mal mal à rentrer dans ces Dramuscules.

Mais j'ai tout de même pu admirer une performance d'acteur ... impressionnante. A quelques pas de moi seulement, Judith Magre, 87 ans, en paraît 15 de moins. Elle a conservé sa voix, si belle, profonde et grave, et bien qu'un peu enrhumée ce soir-là, elle était pleine de vie et interprétait avec simplicité mais exactitude cette femme aux propos, cruels pour nous, naturels à ses yeux. A ses côtés, Catherine Salviat campe une femme toujours bien d'accord avec son amie, et, si elle semble passive, ce n'est qu'une intériorisation de ses pensées les plus sombres... Qui finiront par déborder, et la faire exploser à la fin de la 2e saynète, et hurle le fond de ses pensées avec une telle vigueur qu'on sursaute de surprise. On aurait peut-être aimé plus découvrir leur complice, Antony Cochin, surtout présent lors des courtes transitions entre les scènes, comme une espèce de métalleux fou, qui finira assis devant sa télé à maugréer des "quel con !" dans son coin. 

J'aimerais dire que je n'ai rien à reprocher à la mise en scène de Catherine Hiegel. Mais je ne peux pas : un détail me turlupine. Le voici : entre la 2e et la 3e saynète, Judith Magre sort de scène pour aller changer de costume. Catherine Salviat reste donc seule, sort ses lunettes, son calepin, et commence un "quizz interactif" : elle lit des citations d'hommes politiques, écrivains... en tous les cas, de personnalités célèbres, ayant toute comme point commun un caractère raciste évident, et nous, spectateurs, devons deviner qui a dit quoi. Je n'ai vu en ce quizz, je dois l'avouer, qu'une tentative de remplissage... C'est vrai qu'on passe un bon moment, que Catherine Salviat s'amuse avec nous et se plaît à entendre des réponses farfelues : mais quel besoin d'interrompre pareillement le spectacle ? Ce n'était pas nécessaire. De plus, une des citations me semble mal choisie : elle est extraite de De l'esclavage des nègres, de Montesquieu et, effectivement, sortie de son contexte, elle paraît raciste : mais c'est à prendre au second degré. Et ça, tous les spectateurs ne le savent pas forcément - peut-être serait-il bon de le préciser, non ?

Mis à part ce détail, il faut reconnaître que la mise en scène est à la hauteur de nos espérance. L'ambiance, le cadre, sont définis dès notre entrée dans la salle du Poche-Montparnasse : en effet, c'est par une musique militaire que nous sommes accueillis. Par la suite, je pense que sa réussite réside dans la simplicité : un unique décor, mobile, pour les 3 scènes, un texte, et des acteurs, on ne cherche pas la complication ou les rires par des gestes appuyés ou des sous-entendus dans un regard. Rien que des acteurs de haut talent, faisant de leur mieux avec ce texte, pas toujours brillant.

Malgré quelques réticences devant l'oeuvre de Thomas Bernhard, c'est pour cette performance d'acteur indéniable qu'on vous conseille ces Dramuscules. ♥ ♥

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