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43 articles avec comedie-francaise

Un petit pois parfaitement assaisonné au Studio-Théâtre

Publié le par Mordue de theatre

Critique de La Princesse au petit pois, d'Andersen, vu le 15 décembre 2014 au Studio-Théâtre
Avec Elsa Lepoivre, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, et Eliott Jenicot, dans une mise en scène d'Édouard Signolet

Pour la première fois depuis des lustres, je ne fais pas baisser la moyenne d'âge de la petite salle de la Comédie-Française. Aujourd'hui, c'est entourée de spectateurs miniatures que j'entre au Studio-Théâtre. A ceux que cela effraieraient, je vous rassure de suite : ils sont bien moins dérangeant que d'autres, ne passent pas leur temps à commenter la pièce en se croyant devant leur télé. Bien au contraire, une fois le spectacle commencé, on n'entend plus que leurs rires comme des tintements de clochette. Et pour cause.

Andersen, comme Perrault, a bercé notre enfance. Leurs contes sont toujours un plaisir à lire. La Princesse au petit pois met en scène Prince, vivant avec ses parents, Roi et Reine, dans un château où le bonheur fait la loi. Mais Prince est l'inverse d'heureux : il voudrait trouver une princesse, une vraie princesse, pour ne pas rester tout seul. Commence alors une longue quête à travers le monde, pour trouver cette vraie princesse. Il rencontrera des princesses de toutes sortes, affamées, belles mais cruelles, ou froides et bêtes. Mais pas celle qui lui fera comme un tambour dans la poitrine. Jusqu'à ce qu'une princesse toque à la porte du château où Prince est revenu désespéré...

Les acteurs incarnent à tour de rôle leur personnage principal - Roi, Reine, Prince, Princesse -, ainsi qu'un personnage que rencontre Prince sur son chemin, et celui de conteur. Mention spéciale à Eliott Jenicot, ce maître de la gestuelle, ce génie du comique : lors d'une scène d'imitation d'animaux, j'étais pliée de rire ; rarement vu un mimétisme aussi parfait. Le reste de sa prestation n'est pas moins réussi, et il est la preuve vivante que Mayette sait dénicher des perles rares. Jérémy Lopez est touchant en Prince à la recherche du bonheur, encore un peu naïf. On ne le dit pas assez, mais le comédien, découvert dans L'École des Femmes, ne cesse de nous étonner. Depuis son entrée au Français, il fait le grand écart entre Horace, Pierrot, Stan, Prince, et nous a enchanté avec Vian en mai dernier. On attend avec impatience de le retrouver en chanson dans le Cabaret Brassens auquel il participera en juin prochain. Elsa Lepoivre, quant à elle, est délicieuse entre sa Reine un peu hystérique et sa femme fatale solitudophobe,  et sait nous enchanter de sa superbe voix. Georgia Scalliet, enfin, a su nous convaincre dans les diverses princesses qu'elle incarne. La première, tout particulièrement, un peu cruche, a su parfaitement nous convaincre. A deux reprises, elle forme un très joli duo avec Jérémy Lopez qui a su nous attendrire. Un grand bravo à tous les quatre.

La mise en scène d'Édouard Signolet rend ce spectacle le plus réjouissant possible. Les passages chantés ajoutent de l'entrain au tout, déjà merveilleusement rythmé. On début en musique, avec un Cheek to cheek agréable et doux, pour finir avec une ode au petit pois reprise en coeur par les quatre comédiens à une vitesse impressionnante. Le décor, constitué de cube peints représentants les paysages, permet de laisser tout l'espace scénique aux acteurs tout en nous situant. La scène des matelas est une réussite totale - mais je n'en dirais pas plus de peur de gâcher la surprise.

On redevient enfant devant ce joli conte porté par quatre excellents comédiens. Un spectacle drôle et tout en finesse, à déguster en famille ! ♥ ♥ ♥

Le VaudevilLaurentdez-vous du Vieux-Colombier

Publié le par Mordue de theatre

Critique du Système Ribadier, de Feydeau, vu le 16 novembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Martine Chevallier, Christian Blanc, Laurent Stocker, Julie Sicard, Nicolas Lormeau, et Laurent Lafitte, dans une mise en scène de Zabou Breitman.

En entrant dans la salle du Vieux-Colombier, un premier choc. J'ai stoppé net. Sur scène, l'exacte tableau que je viens de franchir. Étrange impression que de se retrouver devant le lieu qu'on a laissé derrière soi. Devant moi donc, la rue du Vieux-Colombier et son théâtre, ses beaux immeubles, et ses bruits ambiants. La surprise passée, l'étonnement atténué, c'est l'interrogation qui prend le relais : pourquoi ? Ne viens-je pas voir Feydeau ? Me suis-je fait à nouveau entourlouper par la Comédie-Française ? Que nenni ! Tout prend sens lors du début du spectacle, quand un premier sourire s'est formé sur mon visage, et qu'il ne m'a quitté pendant les 2h suivantes seulement pour me permettre de reprendre mon souffle entre deux esclaffements. 

C'est donc tout naturellement qu'un homme entre sur scène, un chien pas loin derrière lui. Ce serait gâcher la surprise, ou du moins l'invention, que de trop détailler, alors admettez simplement que le plateau tourne, avec toute la maîtrise que l'on connaît au regretté Jean-Marc Stehlé, maître des décors, cédant alors la place au salon des Ribadier. L'action se déroule ici, dans cet appartement bourgeois. On découvre une femme d'une méfiance maladive envers son deuxième mari, le premier (Robineau) étant mort et ayant laissé derrière lui une livre contenant toutes ses techniques employées pour tromper sa femme. C'est donc pour éviter d'autres cocufiages qu'Angèle (Julie Sicard) file Eugène (Laurent Lafitte) nuit et jour. Seulement lui a son propre système, bien plus inventif que ce qu'on peut trouver dans les livres : par un talent qui lui est propre, il hypnotise sa femme et peut alors vaquer à ses occupations... Mais c'est sans compter l'arrivée de Thommereux, ancien ami de Robineau et amoureux d'Angèle, et qui va perturber l'équilibre qui régnait officiellement dans le couple ...

On retrouve donc dans cette pièce le meilleur de Feydeau, de son rythme effrené et de ses comiques de situation. Comme ça paraît facile, mais qu'est-ce qu'ils sont drôles lorsqu'ils sont bien joués ! J'ai rarement autant ri devant un Feydeau. Peut-être parce que le texte parle ici de lui-même : il n'y a aucune astuce pour faire rire en plus, aucune ruse dans la mise en scène qui n'aurait pas sa place dans la pièce. Tout y est excellent, du choix des acteurs au moindre geste qu'ils exécutent. Je parle de Martine Chevallier, divine femme de chambre à la forte poitrine et au rire si gai, tintant comme des clochettes, et qui, lorsqu'il n'en finit pas, amène de lui-même, naturellement, le rire dans la salle. Que dire de Christian Blanc, de son air constamment éberlué et de ses facéties animalières ? Julie Sicard, quant à elle, nous enchante par son air sévère qui s'éteint souvent pour laisser place à une geignardise comique à souhait ! Nicolas Lormeau, la bedaine en avant, le nez rouge, incarne le mari de la maîtresse d'Eugène, et son jeu de voix est un délice.

C'est dingue, car chaque acteur compose un personnage bien à lui, caractériel, et complètement à l'opposé des autres. Et pourtant, loin de jouer solo, on assiste réellement à un travail de troupe, qui permet les scènes les plus réussies, où l'on rit à s'en décrocher la machoire. Je pense tout particulièrement alors au jeu des deux Laurent, qui portent, en quelque sorte, le spectacle. Je suis convaincue que tout est dans le rythme. Les deux acteurs sont réglés à la microseconde ; les gestes, executés à une vitesse folle, restent d'une netteté impressionnante. Certains aspects de leurs compositions jouent aussi sur l'appréciation de leur jeu : je pense au rire bête de Ribadier qui fait dire à sa femme qu'il a l'air d'un crétin, ou des brusques changements de ton de Thommereux - la spécialité de Stocker ! - qui sont à mourir de rire. Tout est réalisé à la perfection ; je pense par exemple à l'entrée de Thommereux, remarquable, sans défaut : à peine a-t-il franchi la porte que tout l'espace lui appartient, et que les rires fusent... Et cette excellence se retrouve jusque dans le moindre détail : même hors de la maison des Ribadier, Thommereux-Stocker reste génial ! Enfin, ajoutons à cela la folie Feydeau, et l'on trouvera ça normal de voir nos deux Laurent mêlés lors d'une danse savoureuse et tordante !

Le succès, que dis-je, l'ovation ! - qui accueille le spectacle est donc pleinement mérité pour ce qui est de la troupe. Mais ce n'est pas tout ! Le tout est dirigé d'une main de maître par Zabou Breitman, qui en respectant en premier lieu le texte, a su en tirer le meilleur, et ajouter seulement après une touche personnelle en arrière plan : on pense non seulement au clin d'oeil au théâtre, flagrant dans la première scène, et qui est toujours présent en fond de scène le reste du temps, mais aussi à l'utilisation des accessoires - on n'oubliera pas l'utilisation farvelue du furêt empaillé - et la consommation entière du talent des comédiens : Stocker est un maître en gestuelle et en précision ? Il n'a de cesse de nous le montrer : mais je n'en dis pas plus ! Il faut le voir, pour le croire !

C'est 1h50 de rire pur qui nous sont proposés en ce moment au Vieux-Colombier : un Feydeau comme on les aime, élevé au plus haut par une troupe, qui, lorsqu'elle n'abuse pas de son titre de premier théâtre de France, nous prouve à nouveau qu'elle peut faire des merveilles. Courez-y ! ♥ ♥ 

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Jemmett

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Tragédie d'Hamlet, de Shakespeare, vu le 29 octobre 2013 à la Comédie-Française

Avec Eric Ruf, Alain Lenglet, Denis Podalydès, Clotilde de Bayser, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Hervé Pierre, Gilles David, Jennifer Decker, Elliot Jenicot, et Benjamin Lavernhe, dans une mise en scène de Dan Jemmett

Qui n'a pas crié de joie à l'annonce de Hamlet à la Comédie-Française ? Et sauté partout lorsque le nom de Denis Podalydès s'est fait connaître pour endosser le rôle titre ? Allez, on l'a tous fait. Un évènement pareil, ça ne se rate pas. Ce sera l'Hamlet du siècle. Sans aucun doute ... ç'aurait dû l'être.
Hamlet est un héros fou. Tout le pousse à l'être : le roi son père, mort récemment, lui apparaît sous la forme d'un spectre pour lui annoncer la véritable cause de sa mort : il a été assassiné par Claudius, son propre frère. De plus, celui-ci s'est récemment marié à Gertrude, veuve du roi. Hamlet doit venger son père, et pour cela, il se fait passer pour fou. Mais il semble incapable de réellement exécuter sa parole. Si bien que, devant des actions et des dires de plus en plus étranges, on en vient à se demander s'il n'est pas réellement devenu fou. Autour du comportement changeant d'Hamlet, de nombreux personnages : Ophélie, qu'il aime et par qui il est aimé. Laërte, son frère, qui voudra venger la mort de son père Polonius, tué par Hamlet. Et des comédiens. Et des fossoyeurs. Hamlet est une pièce complète, un chef-d'oeuvre de Shakespeare. Ce que j'ai vu ce soir s'en éloignait, et de beaucoup.
C'est dans un décor étonnant que se déroule la pièce. Je dis étonnant, quoique mon esprit me pousserait à direr révoltant. Mais en faisant jouer Hamlet dans un bar miteux, des toilettes pour dames à cour, des toilettes pour messieurs à jardin, un distributeur de préservatif près de celles-ci, et transformant le roi et la reine en ivrogne, peut-être ce cher metteur en scène a-t-il souhaité souligner la souillure de ce royaume de Danemark, la laideur que dénonce Hamlet ? D'après moi, ce décor est une première erreur : il n'apporte rien. Le lieu est pourtant explicite : le royaume de Danemark. Quel rapport entre un royaume et un bar ? 
Je ne pense pas avoir à inculper les comédiens. Oh, non. Ils font ce qu'ils peuvent, et même s'ils pourraient jouer plus ensemble, je ne leur ferai pas porter le chapeau. Denis Podalydès campe un Hamlet honnête, la folie illuminant ses yeux (peut-être un peu tôt, d'ailleurs). Mais il crie trop, ces cris semblent poussés, faux. Et le metteur en scène a sans doute oublié le caractère respectable d'Hamlet. Lui sert la cause qui lui paraît noble. Il veut venger son père. Quel besoin alors de le tourner en ridicule ? Pourquoi lui faire brandir un rouleau de PQ en guise de drapeau blanc devant Claudius ? Pourquoi le faire uriner dans un coin de la scène ? Pourquoi lui faire dire, juste avant le célèbre To be or not to be, "Sex ? Call number ..." ? Pourquoi humilier ainsi un des plus grand personnages de la littérature anglaise ? Monsieur Jemmett, je vous le demande.
Et malheureusement, tous les personnages sont tournés en dérision. Gertrude n'est plus qu'une ivrogne qui se fait peloter par tout le monde : cette pauvre Clotilde de Bayser n'est pas gâtée entre ce rôle et celui d'Oenone qu'elle tenait la saison dernière. Claudius est ridicule avec ses lunettes teintées et son air enthousiaste qu'il affiche pendant tout le spectacle : quand on pense que Hervé Pierre incarnait magnifiquement Peer Gynt il n'y a pas si longtemps... Elliot Jenicot est peut-être excellent avec sa marionnette, c'est vrai, mais ce n'est pas ainsi que doivent être représentés Rosencrantz et Guildenstern, amis d'Hamlet, devenus espions de Claudius. Jérôme Pouly ne parvient pas à transmettre un semblant d'émotion à cause de cette perruque ridicule qui trone sur sa tête : impossible de prendre un tel personnage au sérieux. Dommage, la mort de Laërte peut-être si sublime... Et Éric Ruf ? C'est un acteur que j'adore. Alors le voir tourné en ridicule pareillement, c'est difficile à accepter. Dans son accoutrement jaune, j'ai peine à le reconnaître. Peine à croire qu'il ait pu accepter. 
Pour aller plus loin dans cette tragédie, la pièce est transposée dans les années 70 (d'où les perruques et le style vestimentaire de certains). Chose loin d'être nécessaire, et même complètement absurde : on se demande pourquoi ? Qu'est-ce que cela apporte ? Rien qu'un peu de bouffonnerie supplémentaire, au point où on en est. J'aurais beaucoup de choses à reprocher à Dan Jemmett encore. Comme de faire mourir Ophélie dans les toilettes. De ponctuer chaque vide d'une chanson disco. D'avoir choisi Jennifer Decker pour incarner Ophélie ; l'actrice n'a malheureusement pas le talent nécessaire pour la Maison. Encore moins pour le rôle. Les traits figés, la voix mal posée, les allures constantes, elle n'a pas le potentiel pour une grande actrice. Dommage. De manière générale, je trouve que Dan Jemmett n'a pas su diriger ses comédiens : ils sont tous brouillons. Aucun n'a véritablement de personnalité qui lui est propre. Ils mettent de la musique, ils boivent, ils rient, ils sont habillés comme des clowns et arborent des coiffures ridicules. Hamlet ? Non. Un cirque ? Bien plus. Et si on ajoutait que Hervé Pierre, durant l'entracte, nettoie les toilettes, change les rouleaux de PQ, et recharge le distributeurs de préservatifs, vous y croiriez ?
La salle rit. Personne ne s'émeut. Étrange d'insister sur la Tragédie d'Hamlet, alors. Si c'était une farce qu'on venait voir, il fallait prévenir. Je n'aurais pas été pareillement déçue. Indignée. Après la catastrophe qu'avait été Phèdre la saison dernière, on pensait que tout serait fait pour qu'un échec pareil ne se reproduise pas. Et quand on apprend qu'en plus, le spectacle sera repris, on hallucine.

Lorsque Hamlet clame que Ces pitreries obligées sont à la limite de [ses] forces, le texte résonne à double sens. On aurait aimé n'en entendre qu'un. La Comédie-Française nous déçoit profondément, une fois de plus. Combien d'autres atteintes aux plus grandes oeuvres jamais écrites devra-t-on subir ? pouce-en-bas

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Unhappy Birthday Party

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de L'Anniversaire, de Harold Pinter, vu le 28 septembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez et Marion Malenfant, dans une mise en scène de Claure Mouriéras.

J'ai découvert Pinter lors d'une lecture au festival Nava il y a deux ans, et déjà l'auteur m'avait laissée de marbre. Texte ambigu, tout est dans le sous-entendu mais rien n'est jamais expliqué : on peut s'imaginer tout et son contraire, et le metteur en scène lui-même n'est pas sûr de savoir de quoi il s'agit réellement. Monter un auteur pareil s'avère, d'après moi, dangereux. Et malgré l'excellente distribution qu'a rassemblé Claure Mouriéras sur la scène du Vieux-Colombier, le spectacle ne décolle pas.
Meg Boles et son mari Peter (Cécile Brune et Nicolas Lormeau) tiennent une pension dans un lieu somme toute peu décrit, en bord de mer. Ils n'accueillent qu'un unique pensionnaire depuis un an, Stanley, dont les relations avec Meg sont totalement ambigues. Un jour, deux nouveaux habitants arrivent, qui vont chambouler la vie tranquille de nos trois personnages. Ce sont deux hommes, qui semblent venir dans l'optique de régler leurs comptes avec Stanley. Et justement, ce jour-là, c'est son anniversaire ... Ou du moins, c'est ce que prétend Meg, alors que lui le dément. L'histoire dans sa globalité est donc assez compréhensible. Mais les détails, les explications, ne sont jamais données. Qui sont réellement ces deux hommes ? Qu'a fait Stanley ? Meg se doutait-elle de quelque chose ? Pourquoi a-t-elle décidé de ce jour précis pour imposer son anniversaire à Stanley ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse.
Sur le plan du jeu, rien à reprocher. Cécile Brune interprète une Meg soumise, dont l'attention ne se tourne plus vers son mari mais bien plus vers Stan, à qui elle semble trop dévouée pour une simple relation d'hôte à maîtresse de maison. Sa composition est de qualité, mais le rôle reste bien plat pour une actrice de cette envergure, on l'attendrait dans des pièces où la tension dramatique est plus présente. Jérémy Lopez incarne Stan avec le talent qu'on lui connaît : composant un homme désagréable à la démarche lourde, le ventre gonflé en avant, profitant de la gentillesse de son hôte, mais s'affaiblissant au fil de la pièce avec la venue de ces deux hommes. En maffieux sans scrupule, Nâzim Boudjenah et Éric Génovèse sont parfaitement crédibles. Génovèse joue beaucoup sur sa voix puissante mais calme et posée, aux côtés d'un Boudjenah plus intrigant, semblant attendre les ordres de celui qui semble son supérieur.
Malgré tout le talent de nos acteurs, la tension reste sur la scène. L'émotion ne parvient pas à passer du plateau aux spectateurs, et c'est bien dommage. Le premier problème vient sûrement du texte, que je n'ai pas su apprécier. L'ambiguité, pourquoi pas, mais le manque de compréhension pèse sur le spectacle, et vient un moment où on ne sait plus quoi croire. Les thèmes abordés sont très anglais, et l'importance de la religion dans l'histoire, thème que l'on retrouve moins dans le théâtre français, crée un décalage entre la scène et le spectateur. La mise en scène semble également un problème. Alors qu'on attend quelque chose de très opressant, une montée en puissante ravageuse, les tentatives d'oppression paraissent plutôt faibles, comme si le metteur en scène n'était pas allé au bout des choses. Quitte à monter Pinter, je pense qu'il faut y aller carrément. Que l'angoisse se fasse réellement sentir. Ce qui n'était malheureusement pas le cas ici.
Néanmoins, certaines scènes sont plutôt réussies, comme la fête d'anniversaire de Stanley. Tous les personnages à l'exception de Peter sont présents, l'alcool joue son rôle, et le plateau présente alors un tableau bien conçu : de part et d'autre de la table centrale, où l'on peut voir un Stanley dépité, nos deux mafieux s'amusent en musique avec les femmes présentes. La scène est des plus captivantes du spectacles.

Que ce soit un problème de texte ou de mise en scène, le spectacle tient surtout grâce à la performance d'acteur. Je le conseillerai surtout aux amateurs de l'auteur. 

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Voyage en Villégiature au Français

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Trilogie de la Villégiature, de Goldoni, vu le 21 septembre 2013 à la Salle Richelieu

Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Georgia Scalliet, Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun et Benjamin Lavernhe, dans une mise en scène d'Alain Françon.

Françon. Il est pour moi, comme Peter Stein, un metteur en scène à placer parmi les plus Grands. Pour la troisième fois, en signant la mise en scène de La Trilogie de la Villégiature, il me fait passer un moment inoubliable, privilégiant le texte et sa mise en valeur, recréant l'atmosphère de cette Italie du XVIIIe siècle avec aisance et simplicité. Une fois de plus, il touche à la perfection.
Le spectacle, il faut avoir envie de le voir : 4h30 de spectacle, c'est spécial. Je n'avais testé les spectacles à longue durée qu'une fois, avec Peer Gynt, et j'en gardais un excellent souvenir. Alors, avec une telle distribution et un metteur en scène pareil, l'envie de voir La Trilogie ne s'est pas fait attendre. Si le spectacle est si long, c'est que le metteur en scène a choisi de regrouper les trois comédies en un seul spectacle, à la suite : nous passons donc tout un été en compagnie d'une famille bourgeoise vivant au-dessus de ses moyens mais cherchant à passer outre. Des histoires de mariage, de jalousie, d'amour et d'honneur entrent en jeu. On assiste à la vie de ces personnages entre le moment où ils décident de partir en Villégiature, puis leur séjour à Monténero, et leur retour à Livourne. 
Je me rends compte que j'aime de plus en plus ce genre d'histoire. Ou peut-être est-ce la mise en scène de Françon qui me les fait apprécier ? J'aime voir une tranche de vie se dérouler sous mes yeux, la vie avec ses moments intenses où une certaine tension se fait sentir, avec des choix importants à faire, mais également des moments d'ennui, de paresse et de lenteur. La vie, monotone et pourtant si imprévue, c'est ce qu'on retrouve dans cette Trilogie. Plusieurs histoires de mariages et de couples en parallèles, paraissant si banals, et pourtant ayant chacun sa spécificité, sa beauté ou sa raison.
Et au même titre que ces histoires, chaque personnage est unique, chacun a son propre caractère et se définit sous nos yeux. Je l'avoue, j'ai eu du mal à détacher mes yeux de Laurent Stocker, qui est pour moi un immense acteur. Touchant et attachant, il compose ici un Leonardo jaloux et amoureux, mais qui n'obtient pas l'amour qu'il désire en retour. Entre angoisse et énervement, il ne semble pas un instant accéder au véritable bonheur. Il ne crie pas sur scène, il s'énerve réellement. Il n'aime pas Georgia Scalliet, il dévore Giacinta des yeux. Le talent de ce comédien est incontestable, et il est pour moi un pilier du spectacle. Il forme avec Anne Kessler un très bon duo, qu'on avait déjà su apprécier dans Le Mariage de Figaro. Elle incarne sa soeur, Vittoria, et compose une jeune fille immature et hystérique comique à souhait ... dans ses moments de crise. Lorsqu'elle se voit prise en dépit d'une autre, en revanche, des larmes noient ses yeux et sa petite voix tremble. Hypocrite comme il convient de l'être dans la société où elle se trouve, elle tente de cacher son visage de peste lorsqu'elle est en présence de Giacinta, entre autres, mais les apartés sont hilarantes. Scalliet ... fait, comme à son habitude, du Scalliet : une voix monocorde, dénuée de toute intonation ... qui, pour une fois, s'accorde assez bien au personnage. Il faut avouer que son jeu m'a moins dérangée qu'à l'habitude : peut-être commence-je à m'y faire ? Il faudra bien, puisqu'elle est "la découverte" de Françon et que je compte bien suivre ses futurs mises en scène ! Si Leonardo aime Giacinta et la demande en mariage, celle-ci est également aimée de Guglielmo, incarné par Guillaume Gallienne. Voici un rôle dans lequel je ne l'attendais pas, et où il excelle. Semblant sombre et inquiétant dans la première partie de la pièce, il se dévoile comme amoureux et mélancolique, on finit par s'attacher au personnage et le prendre en pitié. Gallienne est séduisant et impressionnant de tant de retenue, comme s'il voulait se mettre à pleurer à chaque moment de la pièce.  
Pour équilibrer ce côté quelque peu sinistre de la pièce, des personnages à tendance plus comique sont présents. Je pense particulièrement à la si géniale Danièle Lebrun, composant une Sabina se jouant des situations de chacun, taquinant sans limite, abusant des sous-entendus, se complaisant dans la critique d'autrui. A chacune de ses apparitions, un éclat de rire. [J'attends avec grande impatience La Visite de la Vieille Dame en février : elle interprétera le rôle titre.] L'actrice était, comme à son habitude, au sommet. A son bras, un Michel Vuillermoz bien détaché de tous les malheurs qui arrivent autour de lui. Toujours gai, s'amusant aussi des circonstances, mais peut-être avec moins de cynisme, il est un type de personnage à lui tout seul : on ne sait pas grand chose de lui, si ce n'est qu'il profite des situations des autres et que c'est un bon vivant. Le personnage est lui aussi très réussi. Dans cette catégorie "à part", on retrouve également Hervé Pierre, père adorable et souhaitant principalement le bonheur de sa fille - ne pouvant en tout cas rien lui refuser. Sa tendresse et sa gentillesse, trop poussées, font de lui un homme faible, et l'acteur sait jouer de tout cela pour nous rendre son personnage comique et charmant.
On trouve aussi chez Goldoni les vies des valets. Ici, c'est Eric Ruf et Elsa Lepoivre : là encore, on ne les attendait pas dans de tels rôles, qu'ils interprètent pourtant à merveille. Le malheureux Paolo en voit de toutes les couleurs par les demandes contraires de son maître, quand Brigida tente de réconforter sa maîtresse en proie à une passion amoureuse. Ils sont sans cesse occupés et leurs rares moments de libre sont destinés à l'échange de mots doux ... Moments calmes et doux, ils contrastent avec les difficultés qu'ont leurs maîtres à entretenir une relation simple. Sur le même plan, on retrouve Rosina et Tognino (Adeline d'Hermy et Benjamin Lavernhe) qui rient de tout et s'opposent radicalement au reste des couples : pas un instant sombre, que des sourires et des échanges amoureux, les deux tourtereaux sont ravissants et Lavernhe incarne un Tognino à la gestuelle impeccable et remarquable, vif, et au caractère insupportable !
Si la réussite du spectacle réside donc en partie dans la distribution, la mise en scène y est aussi pour beaucoup. L'évolution de la situation, lente, est visible. La tension devient de plus en plus présente, les lumières s'assombrissent, les personnages parlent plus lentement. La gêne des autres, la honte de soi, le choix entre honneur et amour, tous ces sentiments se font omniprésents. Les déplacements se font plus rares, l'entrain se perd. On sombre peu à peu. De la comédie, on passe au drame, et rien n'indiquait qu'on pouvait s'y attendre. 

Un Goldoni sublimé par une performance impeccable. L'esprit de troupe est là. A voir.  ♥ 

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