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43 articles avec comedie-francaise

Laurent Stocker

Publié le par Mordue de theatre

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La première chose qu'on remarque sur cette photo, c'est peut-être le beau sourire de Laurent Stocker. Un sourire et une joie de vivre qui semblent le caractériser si bien. J'aimerais aujourd'hui vous parler de ce comédien que j'admire beaucoup, et dont le nom me réjouit à l'avance lorsque je vais le voir, car je sais qu'il fait partie de ceux qui parviennent toujours à me surprendre, à renouveler leur jeu. C'est un acteur qui se renouvelle constamment, un acteur qui m'étonnera toujours.
Un proverbe arabe dit "Qui veut paraître grand est petit." Pour Laurent Stocker, le procédé est inverse. Ce acteur de 1m67 fait partie des plus Grands. Né en 1973, il est aujourd'hui un acteur complet : sociétaire de la Comédie-Française, apparaissant au cinéma, César du meilleur espoir masculin en 2008 pour son interprétation parfaite de Philibert dans Ensemble c'est Tout, vu récemment, hors Comédie-Française, jouer avec brio un Prix Martin à l'Odéon... Il est plein de ressources, de vie, de talent. 
"Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie." disait Jules Renard. Et cette vie, il l'a. Sans nul doute, il est l'acteur présentant le plus d'entrain et de vivacité que j'ai vu sur scène. Il brille. Il rayonne. Le Figaro qu'il a incarné sur la scène du Français restera dans les meilleurs prestations de ce valet de génie. En plus de la malice et de l'esprit qui caractérisent ce personnage de Beaumarchais, Stocker y ajoutait sa patte : de son Figaro émanait sympathie et joie de vivre, intelligence et amour.
Vittorio Gassman dit qu'"Au théâtre, le langage est tout." C'est simple, lorsque Stocker parle, on boit ses paroles. Diction sans faille, évidemment, voix claire, forte, commune mais malgré tout reconnaissable. Moi qui n'avait jamais réussi à accrocher au monologue de Figaro, j'y ai trouvé de nombreuses réponses en l'écoutant par lui. Il ne le récite pas. Il le raconte, il l'explique, il le vit. Il soutient l'attention du spectateur avec une facilité ... Et je prends l'exemple de Figaro, mais à chaque apparition, c'est un délice que de l'écouter. 
De plus, "L'élément du théâtre est la métamorphose" affirme Heiner Müller. Face à moi, ce n'est jamais le même personnage. Laurent Stocker a une faculté de transformation incroyable. Certes, il est évident que le maquillage aide à se transformer. Mais il y a autre chose. Entre le Mercure d' Amphitryon, ce Figaro dont j'ai déjà parlé, Philibert, son personnage de Ensemble c'est tout, ou encore Agénor dans Le Prix Martin, je n'ai jamais eu le même homme devant moi. J'aimerais déjà souligner que le personnage pour lequel il a obtenu un César était merveilleusement interprété : l'évolution lente et visible de Philibert est signe d'un réel talent, et son bégaiement est des meilleurs et des plus naturels que je connaisse. Quant à ses autres rôles ... J'aurais juré que l'acteur incarnant Agénor avait l'âge du rôle, c'est-à-dire 60 ans. Il avait les difficultés de la vieillesse, le visage marqué, la bouche tirée ... De même, pour Mercure, si sa vivacité était reconnaissable, cet air malsain qu'il affichait était tout sauf habituel. 
Enfin, comme dit Francis Huster, "Un texte de théâtre est à voir. Un texte de théâtre est à écouter. Est-ce qu'un texte de théâtre est à lire ?" Laurent Stocker sait nous donner à voir. Il me semble bien qu'il est 2e dan de karaté (ou excellent en escrime, ça reste à confirmer), ce qui lui confère une agilité ... impressionnante. Sa gestuelle n'en est que plus parfaite. Il faut voir, par exemple son "Qu'il s'avise de parler latin, j'y suis grec, je l'extermine"... La gestuelle est impeccable et produit immanquablement son petit effet comique.

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On pourrait dire bien des choses en somme sur Laurent Stocker. Mais je pense que le mieux est de le voir. Il est formidable, prodigieux, brillant, étonnant, renversant, drôle, grandiose, talentueux. Parfait. Pour moi, il fait partie des plus Grands acteurs français contemporains. Je n'ai jamais été déçue par son jeu, sa présence est toujours un bienfait pour la pièce.

Merci pour toutes ces belles et inoubliables soirées théâtrales que vous nous offrez.

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Lecture d'un soir

Publié le par Mordue de theatre

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"Qui rapportera ces paroles ?"

Fin des cours. Vieux-Colombier. 6 euros. Charlotte Delbo. Déportation. Muriel Mayette.
Noir. Voix. Histoire. Huit femmes. Camps de concentration. Espoir. Catherine Sauval.
Désespoir. Martine Chevallier. Lamentation. Mort. Maladie. Dysenterie. Poux.
Saleté. Résignation. Cécile Brune. Voix claires. Froid glaçant. Fatigue. Appel.
Enfant. Françoise Gillard. Naïveté. Incompréhension. Inhumain. Impensable.
Plaintes. Clotilde de Bayser. Hitler. Juifs. Femmes. Anne Kessler. Fermeté. Claude Mathieu.
Obligations. Barbelés. Dominique Constanza. Talents. Émotion. Devoir de mémoire. Merci.

Quand le duo Brune/Bagda nous en-chante

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de la Carte Blanche de Cécile Brune, "promenade sentimentale", vu le 6 avril 2013 au théâtre du Vieux Colombier

[ Avec Cécile Brune, Serge Bagdassarian et Benoît Urbain, conçu par Cécile Brune et Véronique Vella ]

Voici le genre de spectacles dont on sait à l'avance qu'il va être bien. Reste à voir à quel degré on va aimer : si on aime bien, beaucoup, si on adore ... Nul besoin de se questionner longtemps ici : des applaudissements plus que nourris, des "bravos", et des comédiens divins, le résultat est sans appel : un régal.
Dans tous les spectacles musicaux que j'ai vus à la Comédie-Française, il y avait Cécile Brune. Peut-être à cause de ce timbre de voix que j'essaie toujours de décrire sans pouvoir cependant le représenter correctement : une voix rauque et reconnaissable entre mille, aux intonations élégantes, si précise, si juste ... Si belle. Émouvante lorsqu'elle nous chante La dame au piano (Charles Trenet), cette voix nous emmène loin, et c'est avec les larmes aux yeux parfois que se concluent les chansons. Si elle excelle dans ce type de chanson, douce, tendre, parfois un peu mélancolique, les chansons comiques sont tout aussi réussies : la salle rit aux éclats lors de Mémère dans les orties, où les deux acteurs se crachent des insultes au visage, chantant et jouant la comédie, pour notre plus grand plaisir.
Car Cécile Brune est accompagnée de Serge Bagdassarian, une des magnifiques voix du Français, au talent comique évident. Particulièrement lorsqu'elle entonne "Le feutre taupé" (que je ne connaissais pas, et que je conseille à tous : chanson géniale !), il mime avec brio la chanson derrière elle, la faisant vivre au maximum : son talent comique et la voix de la comédienne élèvent la chanson au plus haut. 
J'admire beaucoup le talent de ces deux comédiens : excellents sur scènes, ils possèdent en plus une voix parfaitement maîtrisée... Chantant sans difficulté à des hauteurs différentes, et même, étrangement, lui chantant plus haut qu'elle : un cas plutôt rare mais très agréable à l'oreille, et plutôt impressionnant. Bravo. (On regrette cependant les petits problèmes techniques dus au micro, nécessaires cependant face au son important du piano - excellent pianiste d'ailleurs, on ne le soulignera jamais assez !)
J'ai beaucoup apprécié les deux chansons en anglais, et particulièrement Perhaps, perhaps. Anglais, oui, mais accessible à tous (moi-même nulle en anglais, j'ai compris), accent et diction impeccables, musique entraînante ... Tout pour plaire ! De même, You and Me, que je ne connaissais pas, m'a beaucoup plu. Mais de manière générale, j'ai beaucoup aimé les chansons au rythme bien défini, telle que "Je suis swing", où, en plus d'être impeccablement chantée, les deux comédiens dansaient en rythme sur scène, se déhanchant, swingant : géniaux. 
Enfin, que c'est bon de découvrir de nouvelles chansons : pour une grande admiratrice de chanson française comme moi, c'est toujours un bonheur que de se voir offrir des chansons pareillement : Mémère dans les orties (Juliette), Sympathie (Louis Hennevé-Louis Palex/Rudolf Friml), ou encore Oh non ce n'est pas toi (Françoise Dorin/Michel Emer), c'est merveilleux. Ou encore entendre des chansons que j'avais pu découvrir par hasard, c'est bon de les retrouver ! comme C'est beau la vie (Michel Emer) ... Ou écouter des chansons qu'on aime chantées à merveilles, comme Gare de Lyon (Barbara). Merci aux comédiens pour les superbes moments qu'ils nous font passer.

On regrette bien que ce spectacle ne dure qu'un jour ... Mais c'est un avant-goût au "Cabaret Boris Vian" (dont fera partie Véronique Vella, ici co-conceptrice du spectacle, et qu'on est impatient d'entendre sur scène), qui aura lieu en juin au Studio Théâtre, et qui promet d'être brillant. ♥  

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Au Vieux Colombier, une comédie grinçante qu'on ne peut qu'Aymé !

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Tête des Autres, de Marcel Aymé, vu le 27 mars 2013 au Vieux Colombier

[ Avec Véronique Vella, Alain Lenglet, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger, Félicien Juttner, et Laurent Laffite, dans une mise en scène de Lilo Baur ]

Ce n'était peut-être pas à la Salle Richelieu qu'il fallait aller cette saison, mais plutôt au Vieux Colombier : loin des déceptions auxquelles il semblait nous avoir habitués, le spectacle que nous présente ici le Français est un régal de bout en bout. Servie par une troupe au meilleur de sa forme et de son talent, et dans une mise en scène d'une justesse impeccable, la pièce dévoile ses recoins les plus sombres avec une pure ironie, passant sans difficulté du comique au sérieux. 
Revenons rapidement sur l'histoire, critique assez violente du monde de la justice : la pièce débute sur le dernier succès de Maillard (N. Lormeau), procureur affirmé, qui vient de condamner à mort un accusé du nom de Valorin (L. Laffite). Cette victoire se fête chez le procureur, avec sa femme (Véronique Vella) et des amis, les Bertolier. Mais bien vite, une autre fête s'organise et Maillard se retrouve seul avec son amante (Florence Viala), épouse de Bertolier. Alors arrive Valorin, surprenant les amants, fraîchement évadé de prison, et tenant à tout pris à faire éclater la vérité : il n'est pas coupable. Intrigue peu complexe, mais l'histoire passe par plusieurs péripéties plus ou moins attendues (mais tout reste très clair !). 
Le choix de mise en scène reflète bien le style de la pièce : Lilo Baur a opté pour un style "film noir" : que ce soit les lumières, qui en fin de scène, tendent à ne laisser qu'un cercle éclairé sur les personnages présents, plongeant le reste de la scène dans le noir, ou encore les musiques, qui reviennent à plusieurs reprises mais sans jamais gâcher le texte ou couvrir les voix des acteurs, ces deux éléments semblent différer de leur utilisation habituelle et tendent vraiment à un autre genre que le théâtre pur : après tout pourquoi pas ? Puisque le texte lui-même tent vers cette option : je ne l'ai en effet pas trouvé extrêmement théâtral, en ce sens qu'à la fois l'intrigue, le thème, ou même les dialogues semblent désorientés sur une scène, et y sont inhabituels : le rideau rouge en fond de scène ne signifie-t-il pas que tout cela n'est qu'une comédie ?
Mais si, pour moi, ce n'est pas un chef-d'oeuvre, elle m'a pourtant été présentée avec talent et j'ai su m'y intéresser sans peine, ne m'ennuyant à aucun moment : la pièce y est pour quelque chose, bien sûr, et avec elle le talent des comédiens, qui la portent avec brio. Ne sont présents sur scène que des valeurs sûres : Laurent Laffite, que l'on a trop peu vu jusqu'à présent, accompli sa mission de justice avec un naturel étonnant, faisant une entrée avec fracas tout à fait réussie. Véronique Vella excelle dans ce rôle de femme partagée entre le devoir et l'amour, finissant par pencher du côté le moins stable : touchante, sincère, poignante, elle compose ici une Juliette Maillard tendre mais affirmée, et transmet ses émotions à la salle avec une facilité qui ne m'étonne plus. Nicolas Lormeau, incarnant son mari, ne perd à aucun moment son sérieux, et parvient à imposer un respect évident, du moins lorsque son rôle le demande. Le plus impressionnant reste les rires qu'il provoque tout en restant extrêmement sérieux, rien qu'avec une intonation de voix, un mot, un mouvement. J'essaie de me reproduire les rires d'Alain Lenglet dans ma tête, mais il faut les voir pour en rire réellement. Florence Viala compose une Roberthe piquante, parfaitement dans le ton du personnage. Clément Hervieu-Léger et Félicien Juttner provoquent les rires par leurs disputes incessantes, en contradiction totale avec le rôle qu'ils devraient tenir. Enfin, Serge Bagassarian. Il n'apparaît que dans une scène : et quelle scène ! Loin de la bâcler, on peut profiter pleinement de son talent comique, qu'il ne retient pas.
Somme toute, une version sans faute de cet Aymé que je ne connaissais pas : malgré un texte qui pourrait s'avérer déroutant, ou sembler long parfois, on ne ressent ni ennui ni impatience, et on se laisse porter par ces comédiens qui tiennent leurs rôles avec brio, portant la pièce bien plus haut que ce Phèdre que l'on essaie d'oublier. Loin de moi l'idée que Aymé écrase Racine en matière de théâtre, mais il semblerait juste qu'une mise en scène et des acteurs bien dirigés peuvent tout changer : j'ai vu et entendu le texte d'Aymé aujourd'hui, alors que je n'ai pas entendu Racine l'autre jour ... 

Cette Tête-là vaut vraiment le détour ! A voir ! ♥  

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Phèdre pédale dans le yaourt. Grec, le yaourt.

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Phèdre, de Jean Racine, vu le 16 mars 2013 à la Salle Richelieu

[ Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Clotilde de Bayser, Elsa Lepoivre, Pierre Niney, Jennifer Decker, Samuel Labarthe, dans une mise en scène (ou plutôt une mise à mort) de Michael Marmarinos ]

Phèdre. Écrire ce nom, le prononcer, le mentionner, ou penser à tout ce qu'il suggère, à la beauté, à la tristesse qui s'en dégage peut nous emmener loin. Phèdre est pour moi la plus belle pièce jamais écrite. Ce personnage est des plus bouleversants. Cette tragédie est un véritable chef d'oeuvre, indéniablement. On s'y attaque lorsqu'on a du talent, du temps, et des comédiens à la hauteur. Le Français semblait tout posséder, sauf peut-être un metteur en scène digne de ce nom. J'accuse Michael Marmarinos de blasphème, de trahison envers Racine, de salissure de son oeuvre, de piétinement de la plus belle pièce du répertoire français. 
Je ne prononce pas cette accusation à la légère, non non. J'estime d'abord que Racine est de ces auteurs qu'on ne peut arranger à son aise, modifier ou même couper. Mais qui êtes-vous pour rajouter du texte aux alexandrins si imposants et sublimes qui composent cette pièce ? Qui êtes-vous pour oser ajouter, avant la réplique de tel ou tel personnage "Et là, un tel dit ..." ? Pourquoi, quel motif vous pousse ? Et pire encore ! Peut-être trouvez-vous le rôle de Panope trop en retrait, mais de quel droit osez-vous lui rajouter du texte ? Faire chanter Panope en pleine tirade ? Indignation. Qu'elle nous rappelle certaines règles de français telles que "Je - première personne du singulier - dis ..." ? Indignation ! Mais enfin, que Panope, lorsqu'elle doit annoncer la mort de Thésée, s'assoie tranquillement et mange un yaourt ! Aucun doute, connaissant bien Phèdre, il n'y a aucune didascalie indiquant "Panope entre. Elle s'assoit et mange un yaourt.". INDIGNATION ! Je ne pensais même pas cela possible : salir à ce point une oeuvre si sérieuse, si touchante. Et ce, dès la scène d'exposition. Phèdre est une tragédie, je ne pense pourtant rien vous apprendre. Dès le début de la pièce, une certaine tension doit se faire ressentir, une appréhension, peut-être même de l'anxiété. Alors là, je vous le dis très honnêtement, faire entrer Hippolyte en train de manger une pomme, c'était peut-être pas l'idée du siècle. Avec la pomme et le yaourt, je me demande si vous n'êtes pas fervent défenseur des règles de bonne nutrition : "5 fruits et légumes et un produit laitier par jour". Etait-ce ça, le but profond de Racine ? Nous faire passer un message nutritif ?
De plus, il faut savoir que le metteur en scène, (a-t-il réellement mis Phèdre en scène ou créé une autre pièce à partir de celle-ci ?), Michael Marmarinos, est grec. Peut-être est-il fier du fait que Phèdre soit une tragédie grecque. Mais, vous savez, peu de gens l'ignorent. Ce n'était peut-être pas la peine de le souligner de toutes les manières possibles : le yaourt, grec bien sûr, le cadre que l'on voit derrière (qui ne semble pas avoir beaucoup de rapport avec l'action, mais j'y reviendrai) avec la mer et le beau ciel bleu, grecs également, l'encens, typique des maisons grecques, des Vénus de Milo affichées sur les murs, et même ces plantes, que, je suppose, on doit retrouver en Grèce. Ok, ok, c'est bon, on a compris. Mais quel besoin d'insister pareillement dessus ? Peut-être me trompe-je (non, en fait je n'en ai aucun doute), mais il me semble que, mis à part le fait que la pièce se déroule à Trézène, Racine n'ait pas franchement insisté sur le cadre, grec sans doute, mais somme toute peu important. Phèdre c'est avant tout une histoire, un texte, et des sentiments. Phèdre n'a pas besoin de cadre pour exister, c'est un fil, un trait fin, qui n'a besoin que du texte pour se sublimer. 
Et j'en viens ici aux derniers outrages que j'ai vus ce soir. Pour compléter votre ignominie, vous avez baffoué les vers de Racine avec une musique continue, forte, insupportable, en bruit de fond permanent. Vous avez placé sur la table un poste de radio, mais oui, un poste de radio ! qui émet souvent des crachottements inutiles et totalement déplacés : pensez-vous sérieusement que Phèdre écoutait la radio ? La météo, les informations ? Les émissions de Meyer ? Enfin ... Comment osez-vous ? Phèdre et un poste de radio. Je ne pensais pas cela envisageable. Mais ce n'est pas tout. Si on trouve ce poste côté cour, on n'est pas moins surpris à jardin, avec la présence incongrue et incompréhensible d'un micro, un micro que j'ai vu utilisé lors de cabarets. Un micro dans lequel les acteurs parlent parfois, et qui cassent le semblant de "pièce" qui pouvait rester. Cela devient ... comme un seul en scène. Et venons-en à la fin. Thésée prononce les derniers vers, puis Panope se lève avec une bâche en plastique. Je ris d'écrire ces mots. "Panope et la bâche en plastique" quelle ironie ! Et on entend alors un bruit de pluie, oui, mais attention : derrière, le cadre avec le beau ciel bleu reste ! Alors, activités paranormales chez Thésée ? Vous ne pouviez pas mieux détruire une pièce, je l'avoue que c'est fait dans les règles de l'art.
Ou si, vous le pouviez. Vous auriez pu faire pire si les comédiens n'avaient pas été bons. Heureusement Phèdre tient la route, et même plus que ça, elle est vraiment bien. Elsa Lepoivre a un port et une voix parfaite, et un charme fou. Les scènes de fureurs sont tenues, les scènes de doutes ou de tristesses également. Merci pour ce petit ajout positif. Merci aussi à Eric Génovèse qui, malgré l'élongation de sa tirade sur Hippolyte, parvient à nous maintenir en haleine. Une petite note pour Pierre Niney, qui nous éblouit tant dans les comédies, et qui, après un départ un peu faux, des alexandrins trop accentués, a su rétablir un ton plus calme et adapté en fin de pièce. J'aimerais remercier Clothilde de Bayser, qui tient son rôle d'un bout à l'autre, mais d'une manière si contraire à ce qu'il devrait être ... Indications de mise en scène bien sûr, mais Oenone semble ici transformée en Toinette, et c'est bien dommage. Les acteurs font ce qu'ils peuvent, c'est vrai, il faut le reconnaître. Mais je ne comprends pas comment il est possible d'accepter de jouer dans pareilles conditions. Comment accepter de manger un yaourt lorsqu'on joue Racine. Comment accepter de parler dans un micro. Comment accepter d'écouter la radio.

Honte. Sacrilège. Dégoût. Comment peut-on présenter cela au Français ? Comment un tel chef-d'oeuvre peut-il être saccagé de la sorte ? N'allez pas vérifier, ce n'est pas nécessaire. Si on pleure, c'est du désastre qui nous est présenté. Et si on rit, c'est pour se moquer de ce qu'on a sous les yeux. Oser tourner une pièce si remarquable en ... dérision ? Je ne m'en remets pas. pouce-en-bas

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