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43 articles avec comedie-francaise

Troïlus et Cressida, de Shakespeare

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Troïlus et Cressida, de Shakespeare, vu le 23 février 2013 à la Salle Richelieu

[ Avec Yves Gasc, Michel Favory, Éric Ruf, Bruno Raffaelli/Laurent Natrella, Michel Vuillermoz, Christian Gonon, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Gilles David, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Louis Arene/Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Akli Menni, Carine Goron, Laurent Cogez, Lucas Hérault, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, et Maxime Taffanel, dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf ]

Étrange pièce que Troïlus et Cressida : durant la guerre de Troie, Cressida et Troïlus, Troyens, tombent amoureux. Mais ils seront vite séparés par certains malencontreux évènements ... Étrange traduction également. Plusieurs phrases semblent être traduites quasiment au mot à mot, ce qui, de Shakespeare au français, donne quelque chose d'assez incompréhensible. A plusieurs reprises, on passe au-dessus de certains passages, ce qui est bien dommage. Et si, malgré ce que j'avais pu entendre dire, on comprend parfaitement qui sont les Grecs et qui sont les Romains, j'ai mis un peu de temps à intégrer la raison de la séparation de Cressida et Troïlus ...
Les décors sont plutôt intéressants : lorsqu'on se trouve derrière les remparts, alors nous sommes chez les Troyens. Lorsqu'ils disparaissent, que nous sommes sous les tentes, alors nous sommes près de la mer, chez les Grecs. Les changements de décors se font rapidement et aisément, rien n'est en trop, rien ne manque. Agréable à regarder, vraiment, pour une fois, la Comédie-Française ne me déçoît pas de ce côté-là.
Mais passé les décors, plus grand chose ne va. J'aurais aimé pouvoir dire qu'il y a une meilleure acoustique, mais je n'ai pas vu grand changement : c'est surtout pour les acteurs et leur voix que le changement doit être important. Parlons-en, des acteurs. Stéphane Varupenne, en Troïlus, est crédible et même vraiment bon. Michel Vuillermoz est un bon Hector, au regard intelligent et aux muscles convaincants. Eric Ruf, le ton posé et les pensées malicieuses, incarne un Ulysse respectable. Il en va de même pour Laurent Natrella, Gilles David, Christian Gonon ou encore Michel Favory. Certains aussi dépassent ce stade de "simplement bon", comme Jérémy Lopez, Thersite remarquable : l'acteur semble toujours meilleur suivant les pièces, il fait clairement partie des Grands du Français. Quel clivage alors entre ces acteurs de talent, faisant avancer l'action avec brio, et d'autres, bien moins bons, dont je me demande la raison de leur présence à la Comédie-Française. Je pense notamment à Sébastien Pouderoux, Achille mou, ne sachant pas se tenir sur scène, n'élevant pas assez la voix, monocorde d'ailleurs. Je pense aussi à Georgia Scalliet, qui, pour moi, joue toujours le même personnage, quelle que soit la pièce : qu'elle soit Alcmène, Cressida, ou Viviane, je ne vois pas de différence. L'air niais, la voix sans intérêt, le jeu bancal et semblant amateur, j'ai vraiment du mal avec cette actrice. Loïc Corbery enfin, tirant comme à son habitude la couverture à lui, ne crée pas un Ajax intéressant, tant on reconnaît Corbery sous son masque, par sa diction si peu naturelle, et ses cabotineries. Dommage, on s'attend à mieux lorsqu'on se rend à la maison de Molière ...

Une pièce somme toute peu intéressante ; et, même si la deuxième partie rattrape un peu la première, je n'y vois pas énormément de raison pour vous pousser à la voir ... 

Quatre femmes et un piano

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Quatre femmes et un piano, vu le 19 janvier 2013 au Théâtre Éphémère

[ Avec Cécile Brune, Sylvia Bergé, Julie Sicard, et Martine Chevallier, sous la direction artistique de Sylvia Bergé ]

La première chose à laquelle j'ai pensé en voyant la distribution, c'est que ça manquait d'hommes. Je pensais que cela se sentirait, que le fait que ces voix masculines que j'apprécie tant au Français soient absentes ici (celles de Clément Hervieu-Léger, Serge Bagdassarian, Michel Favory, entre autres) soit regrettable. Point du tout. Non pas que leurs voix ne seraient pas à la hauteur, non non. C'est que ce cadre intimiste n'est pas si déplaisant : il n'y a que des femmes, chantant des chansons sur la vie des femmes, leurs sentiments, leurs émotions et leurs maux. 
Le rideau se lève, les chansons commencent. Elles ouvrent le cabaret avec une chanson des Parisiennes, "C'est tout de même malheureux". Les costumes sont sobres, robes et collants rouges et noirs. L'entrain est là, les voix aussi. Même si ce sont quatre femmes devant nous, elles ne chantent pas à la même hauteur, ce qui est le fruit d'un grand travail, à mon avis ; c'est toujours difficile de chanter à une hauteur différente des autres.
Chacune des actrices se distingue, leur manière de s'approprier chaque chanson est différente : j'ai adoré, comme d'habitude, Cécile Brune. Dès qu'elle se se met à chanter, dès que le son de sa voix se fait entendre, on est scotché. Cette voix, unique, si reconnaissable, ce timbre un peu rauque ... quel don ! Et puis, Cécile Brune s'approprie entièrement les chansons : lorsqu'elle chante la chanson sur les échalottes de Patachou, elle vit son personnage, elle joue autant qu'elle chante : elle est tout simplement géniale ! Mais ses partenaires ne restent pas en arrière, au contraire ! Julie Sicard excelle dans tous genres de chansons : si émouvante dans une chanson triste et romantique sur les odeurs, si drôle dans la chanson d'Yvette Guilbert "Quand on vous aime comme ça", elle resplendit. Brillant ! Martine Chevallier réalise une très belle performance également : bien que sa voix semble moins travaillée que les actrices, elle n'en tient pas compte, ce qui la rend encore meilleure : elle compose si bien son personnage de "La Servante du Château" que le chant suit facilement, tout comme les rires. J'ai aussi beaucoup aimé "La Décadente", qu'elle chantait avec émotion. Le public semblait de mon avis puisque, lorsqu'une vilaine quinte de toux a eu raison d'elle et que, malgré tous ses efforts, elle a du se retourner pour tousser, les applaudissements ont fusé ! Enfin, je clos mon article en louant la voix de Sylvia Bergé. Les larmes ont coulé lorsqu'elle a chanté "Mon Enfance", de Barbara, chanson que je connaissais et qui ne m'a jamais fait autant d'effet. Des "bravo !" à foison lorsque l'actrice chantait "Le Concerto" ; "bravo !" que j'ai moi-même bien nourris, tant les paroles de la chanson était bien déclamées, avec tant de talent. De plus, c'est elle qui a supervisé le spectacle : les chansons, très bien choisies, et l'ambiance intimiste que j'ai tant apprécié, on le lui doit. Bravo !

Bien que le spectacle soit sur les femmes, aucune raison pour qu'il ne soit réservé qu'à elles : alors courez-y !  ♥  

Un chapeau de paille d'Italie, de Labiche

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Un Chapeau de Paille d'Italie, d'Eugène Labiche, vu le 1er Novembre au Théâtre Éphémère (Comédie-Française)

[ Avec Véronique Vella, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly/Nâzim Boudjenah, Laurent Natrella, Léonie Simaga, Nicolas Lormeau, Gilles David, Christian Hecq, Félicien Juttner, Pierre Niney, Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun, Eliott Jenicot, et Louis Arene, dans une mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti ]

Labiche, c'est un peu un symbole pour moi. Mon premier coup de coeur théâtral a été pour un Labiche : j'avais 7 ans et j'ai vu Doit-on le dire ? dans la mise en scène de Cochet ... J'ai tellement aimé que je l'ai revu 3 fois. Tout me plaisait : l'histoire un peu compliquée mais où tout est expliqué et clair, la musique, les acteurs, le comique. J'espérais retrouver tout cela en allant voir Un chapeau de paille d'Italie au Français. Je n'ai pas été déçue.
Il s'agit ici d'une noce, la noce de Fadinard et d'Hélène, fille de Nonancourt. Au matin de cette noce, le cheval de Fadinard mange le chapeau de paille d'Anaïs, alors avec son amant. Celle-ci ne peut donc rentrer chez elle sans le chapeau, son mari risquant de s'énerver. Elle va donc chez Fadinard avec son amant, en l'obligeant à aller chercher un nouveau chapeau pour remplacer l'autre. Celui-ci doit donc jongler entre sa noce qui le suit partout où il va et le chapeau qu'il doit retrouver impérativement. S'ensuit de nombreuses péripéties, où le talent de tous les acteurs du Français se fait bien ressentir : on rit énormément, il n'y a pas un instant où ma bouche ne formait pas au moins un immense sourire !
La mise en scène n'est pourtant pas ... classique. J'aurais pu penser que ça me déplairait. Pas du tout, puisqu'elle est tout à fait au service du texte. Les parties musicales ne sont pas chantées sur des airs classiques mais accompagnées par une guitare, une basse, et une batterie ... Souvent, on reconnaît du jazz manouche. Les acteurs, dont les micros ne fonctionnent que durant ces parties chantées (heureusement !) chantent pour la plupart bien, certaines voix étant excellentes (Véronique Vella, par exemple). Des petites chorégraphies sont ajoutées à ces chansons, ajoutant encore une dose de comique (voir Christian Hecq danser, dans son rôle de père grincheux, était hilarant !).
Il faudrait que je détaille le jeu de tous les acteurs, que je trouve pour chacun un compliment, un superlatif différent, au lieu de me contenter d'un "ils sont tous excellents". Je vais essayer. Et je vais commencer par Pierre Niney. Cet acteur, que j'avais déjà beaucoup aimé dans Une Histoire de la Comédie-Française, incarne ici le personnage principal, Fadinard. Pierre Niney n'a que 23 ans, et possède déjà l'étoffe d'un Grand. Durant plus de 2h30, il court, il chante, il danse, il saute, il crie, il craint, il tente de tout résoudre, avec une rapidité, une justesse, une technique, ... un véritable talent, enfin ! Il n'y a rien à reprocher à son jeu, si ce n'est peut-être qu'on craint pour sa voix, qui semblait un peu s'altérer - il faut attendre de voir. Et, en plus de tout cela, il possède un véritable talent comique. Que demander de plus ? Qu'il soit entouré de comédiens aussi bons que lui ... C'est le cas. L'actrice incarnant sa femme, Adeline d'Hermy, est très bonne aussi dans son genre : on lui demande de jouer les fifilles un peu niaises et fille à papa, elle le fait à merveille. Je le reconnais, bien que je n'aime pas ce genre de rôle. Le couple d'amants, Véronique Vella (Anaïs) et Laurent Natrella (Tavernier), suit parfaitement cette excellence. Natrella dans son rôle de brute sans cesse enervée, Vella tentant d'aplanir les choses, les deux sont parfaits. Jérôme Pouly, dans le rôle du mari trompé, Danièle Lebrun en baronne, Félicien Juttner en cousin, Louis Arene en domestique, Coraly Zahonero en modiste, Nicolas Lormeau en teneur de livres, tous ceux-ci excellent également : de belles voix, une articulation parfaite, une gestion de leur corps étonnante (particulièrement pour Louis Arene), et un jeu sans faute. Gilles David également : cet acteur que j'adore à la voix si forte et au jeu si bon incarne ici un sourd : son rôle est donc pleinement comique, et il le joue avec un tel naturel qu'on rit aux éclats. Enfin, moi qui adore Léonie Simaga, je pense pouvoir dire qu'elle est meilleure dans la tragédie ; n'allez pas me faire dire ce que je n'ai ni dit ni pensé, elle est très bonne en domestique d'Anaïs. Néanmoins, son jeu n'est pas pleinement impliqué comme il l'était dans Andromaque. Comme si elle jouait "en surface" ... Comme si elle n'était pas aussi à l'aise chez Labiche que chez Racine. Possible, après tout ?
Je me dois de mentionner Christian Hecq à part. C'est un acteur que je n'aimais pas au début, je l'avais vu dans Un fil à la patte, et trouvais qu'il tirait trop la couverture à lui. L'erreur est humaine, et je me trompais. Cet acteur à la formation de clown est éblouissant ici, dans le rôle de Nonancourt, père grincheux. Tics de langage, de mouvements, démarche drôle, sens du rythme impeccable, jeu remarquable, il semble posséder tous les talents : et quand on pense qu'il nous a montré l'étendu de ses capacités, il arrive sur scène avec un instrument à vent aussi grand que lui. Une immense performance d'acteur : Bravo ! Dans cette catégorie d'acteur à formation de clown, on retrouve également Eliott Jenicot, cousin de la Baronne, qui lui aussi possède un talent comique, et une gestuelle impeccable. J'ai énormément ri lorsque l'un ou l'autre était présent. 
Enfin, il y avait une véritable mise en scène et des idées dans ce Labiche : il n'était pas monté "comme ça", juste sur le talent des acteurs. J'ai beaucoup apprécié les décors des 2e, 3e, 4e, et particulièrement 5e acte, où la maison de Fadinard était représentée comme un empilement de meubles. Au premier, il y a un peu trop de mouvements inutiles, peut-être. Mais rien de grave. D'autres idées m'ont beaucoup plu, mais je n'en dévoilerai pas plus ici, de peur de gâcher la surprise à d'éventuels lecteurs.

On applaudit à tout rompre, on crie Bravo ! et on vous ordonne d'y courir ! ♥  

Antigone, d'Anouilh

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Antigone d'Anouilh, vu le 6 octobre 2012 au Théâtre du Vieux Colombier

[ Avec Françoise Gillard, Bruno Raffaelli, Véronique Vella, Nâzim Boudjenah, Stéphane Varupenne, Clotilde de Bayser, Benjamun Jungers, Marion Malenfant, et Laurent Cogez, Carine Goron, Maxime Taffanel, dans une mise en scène de Marc Paquien ]

 

Qui ne connaît pas l'histoire d'Antigone ? Cette fille en retrait, différente, que personne ne remarque ? Qui coûte que coûte tentera d'enterrer Polynice, son frère, malgré l'interdiction du roi son oncle. Certains diront qu'elle est folle. D'autres qu'elle ne fait que suivre ses convictions. Que ce soit l'un ou l'autre, l'Antigone d'Anouilh est une pièce remarquable. Servie par le Français, le résultat est immense.

La plus grande réussite de ce spectacle réside peut-être dans le choix des acteurs incarnant Antigone et Créon. En nommant dans ces rôles Françoise Gillard et Bruno Rafaelli, Marc Paquien nous montre son talent de metteur en scène. Tout d'abord, parce que tous deux sont d'excellents acteurs. Elle, aussi brillante dans les scènes romantiques que celles de folie, aussi convaincante en Antigone desespérée qu'en passionnée, elle et ses yeux brillants comme ceux des enfants lorsqu'elle s'emporte seule dans ses idées, elle et sa petite voix de fille qui peut soudain devenir grave et inquiétante. Lui, homme immense et imposant mais qui passe pourtant aisément du dominant au dominé, lui et sa voix grave et si belle, ses "r" roulés", sa douceur ne tardant pas à devenir dureté, lui, ses devoirs et ses envies, son dilemme constant, sa tristesse profonde mais cachée, lui qui parvient à nous transmettre tout cela. Grandiose.

Mais ce choix est d'autant plus intelligent par les contrastes flagrants entre ces deux acteurs : tout d'abord leur carrure ; lui est grand et fort, elle, maigre, frêle, comme si elle pouvait tomber à tous moments. L'un a la voix grave et qui porte très loin sans qu'il la pousse, l'autre une voix plus douce et plus faible. Cela accentue la tension lors de la scène entre ces deux personnages cruciaux. Scène que je vais à présent aborder. Scène d'une parfaite réussite. Scène qui nous cloue sur notre chaise et nous emmène vraiment loin. Scène immense. Pourtant Marc Paquien n'a pas le même avis que moi sur le texte : dans sa version, c'est Créon qui est raisonnable, Antigone qui est folle et hors norme. Cette folie la rend supérieure aux autres, puisqu'elle n'est déjà plus là, plus grand chose ne semble pouvoir l'atteindre. Et si, au début de cette scène, Créon la toise de toute sa hauteur et la plaque sur sa chaise, peu à peu, elle reprend le contrôle et, débout sur cette même chaise, elle peut le regarder droit dans les yeux. Alors les deux sont au même niveau, alors plus aucun n'est en position de force. Sauf que Créon, lasse de tant de disputes, de contradictions, parfois sans doute de vérités blessantes dans la bouche d'Antigone, finira par plier sous le poids de cette dernière. Alors Antigone se révèle plus courageuse que jamais. Elle s'adresse au roi comme si il n'occupait pas cette fonction. Folle, mais brillante. Françoise Gillard est l'Antigone parfaite, alternant moments d'emportement et retour à la réalité. Scène inoubliable. Grandiose.

Mais une pièce ne serait pas aussi brillante si seuls ses deux personnages principaux étaient aussi resplendissants. Tout le monde suit cette excellence. A commencer à Véronique Vella, nourrice attentionnée et complètement envoutée par Antigone. Tellement qu'elle est dans une angoisse folle dès le début de la pièce, angoisse qui par la suite affectera le public. Véronique Vella, des larmes de stress dans les yeux, des gestes si rapides et nombreux qu'ils semblent dus à la nervosité, est par dessus tout attendrissante, de tant d'affection pour Antigone. Nâzim Boudjenah, Hémon touchant par son amour et sa perplexité devant les actions d'Antigone, l'acteur paraît perdre plusieurs années sur scène, et nous fait fondre lors de la confrontation avec son père, lorsqu'il quitte, triste - je devrais dire desespéré -, la scène. Encore une belle réussite de cette pièce : cet attendrissement qu'il provoque en nous est en parfait décalage avec l'atittude désinvolte et presque "je m'en foutiste" des gardes, et particulièrement de celui qu'incarne Stéphane Varupenne. Le ton las, la voix monocorde, les traits sans beaucoup de vie, le visage marqué par le métier, il compose un garde des plus réalistes, qui jure avec la tension présente dans la pièce. Pour lui, rien ne changera. Rien n'a d'importance. J'aimerais également souligner la belle performance de Marion Malenfant, que je découvrais ici. Elle nous apparaît en Ismène torturée par ses pensées, et, peut-être me suis-je emportée, mais il me semble qu'on sent et de la peur et de l'admiration face à l'audace de sa soeur ... Une belle prestation. Enfin, pour structurer tout ce spectacle, on assiste à l'excellente performance de Clothilde de Bayser en Choeur. Vive, étonnante, parfois menaçante, et surtout très crédible, elle est épatante et ajoute à la tension déjà présente un je-ne-sais-quoi de réel, d'inquiétant. Grandiose.

Que dire ? Grandiose. ♥  

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Dom Juan, de Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Dom Juan, de Molière, vu le 29 septembre au Théâtre Éphémère (Comédie-Française)

[ Avec Alain Lenglet, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Clément Hervieu-Léger, Pierre Louis-Calixte, Suliane Brahim, Jennifer Decker, Jérémy Lopez, et Jean-Michel Rucheton, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent ]

Je disais dans ma précédente critique, qu'il existait ce genre de pièce où il fallait trouver L'Acteur. Il me paraît évident que Dom Juan en fait partie. Le personnage éponyme mène le jeu, il est en quelque sorte le metteur en scène de cette histoire. Du moins pense-t-il l'être. Il doit tout de même guider ses personnages, et donc jouer avec eux. D'après moi, c'est impératif. Et l'un des principaux problèmes était que, ce soir là, lors du 1er acte surtout, les acteurs n'étaient pas ensemble.
Séparément ? Un régal. Mention spéciale à Serge Bagdassarian, très grand Sganarelle. Peureux, craignant le Ciel et son courroux, mais attachant, j'ai découvert une facette de son personnage que je ne connaissais pas : il semblait très attaché à son maître. Mais LA scène de Sganarelle, son petit moment de gloire à lui, toujours relégué derrière son maître, c'est sans doute la scène où il cherche à démontrer le fond de sa pensée à ce dernier, et où, embrouillé, il finit par tomber. D'une légereté impressionnante, il se met à danser devant nous, à sautiller, de plus en plus vite, toujours avec autant de précision : la salle rit aux éclats, c'est vraimnet réussi. On retrouve également une excellente Suliane Brahim, sa voix et son jeu si touchants se prêtant ici merveilleusement à son rôle d'Elvire, femme épousée puis rejetée, qui suit Dom Juan alors qu'il la fuyait. Comme à l'habitude, j'ai adoré Julie Sicard, qui, avec Jérémy Lopez, compose une paysanne tellement crédible qu'on a du mal à croire que Dom Juan puisse en tomber amoureux. Ou même la trouver jolie, puisqu'elle se crée même un visage, boudeur et renfermé, peu séduisant. Jérémy Lopez, quant à lui, est vraiment ... adorable. Je ne saurais trouver d'autre mot. Son amour pour Charlotte (Julie Sicard), compromis par Dom Juan, le rend tout triste, tout peiné, et la manière dont il cherche à la reprendre à Dom Juan, peu convaincante, reste touchante.
Pour ce qui est des personnages un peu plus secondaires à présent .. Clément Hervieu-Léger est parfait. Il joue Don Carlos (frère d'Elvire) avec tant de conviction et de vivacité qu'on pourrait prendre son personnage pour le rôle principal. Son timbre de voix, ses intonations de fin de phrase, et sa diction, sont parmi les plus belles du Français. Enfin, c'est là un de ses nombreux talents, et il est avant tout un excellent comédien. Comme à son habitude également, Pierre Louis-Calixte compose différents personnages comiques très réussis.
Oui mais, vu comme ça, le spectacle a l'air très bon. Ce n'est pas le cas. En effet, comme je l'ai souligné précédemment, les acteurs ne jouent pas franchement ensemble (enfin, soyons honnête, plus le spectacle avance et mieux c'est !). Et puis, point négatif assez important : Loïc Corbery. Embêtant lorsqu'on incarne le rôle principal. Dérangeantes, l'articulation bien trop exagérée et les intonations "fausses" de fin de phrases. Agaçant, ses cris incessants. Décevantes, ses longues tirades dont le sens n'est pas bien mis en lumière. C'est dommage, car il peut être très bon, mais ce défi, de lui confier le rôle, semblait perdu d'avance ... Il n'est définitivement pas convaincant.
Et puis ... Comment interpréter la fin ? Oui, car Jean-Pierre Vincent a décidé que, après avoir serré la main au Commandeur et s'être effondré sur le sol, Dom Juan se relèverait, comme si de rien était. J'ai pensé un instant que cette fin signifiait une absence de "Ciel", mais cela ne convient pas, puisque le Commandeur est présent dans la pièce, et que Dom Juan lui serre la main à la fin. L'idée semblait bonne, mais malheureusement assez mal menée ...
Enfin, pour conclure sur une note (un peu) positive, on ne peut pas dire qu'on s'ennuie durant ces 3 heures. C'est un Dom Juan plus comique que sombre, ce qui rappelle le Tartuffe de Marion Bierry : serait-ce à la mode de traiter Molière de manière légère ? 

Assez délicat pour moi de noter ce spectacle ... Je n'en ai pas un immense souvenir, mais ce n'était pas non plus mauvais. De plus, j'aurais vraiment souhaité voir un très bon Dom Juan, pour me réconcilier avec cette pièce que j'ai du mal à apprécier ... Peut-être en attendais-je trop ? ♥ 

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