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43 articles avec comedie-francaise

Nos plus belles chansons, de Philippe Meyer

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Nos plus belles chansons de Philippe Meyer, vu 2 fois, au Théâtre Éphémère

[ Avec Michel Favory, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Laurent Natrella, Julie Sicard, Loïc Corbery, Léonie Simaga, et Clément Hervieu-Léger, dans une mise en scène de Philippe Meyer ]

 

Faire chanter les comédiens du Français, en voilà une merveilleuse idée ! Surtout que beaucoup sont dotés d'une voix plus qu'agréable ! C'est Philippe Meyer, journaliste que l'on peut entendre à la radio les samedis dans son émission "La prochaine fois je vous le chanterai" qui est à l'origine de cette idée.

Le plateau est presque vide. Des chaises pour les excellents musiciens, un micro central, une guirlande façon cabaret et une lumière travaillée, tout est en place pour attendre nos acteurs. Les comédiens ont préparé 37 chansons, et varient ce qu'ils présentent suivant les jours, en choisissant dans cette liste. Pour faire simple, et même si j'ai utilisé cette même technique pour mon précédent article, je vais critiquer chaque comédien séparément.

Le premier à entrer en scène, lors de la première, a été Michel Favory. Un Favory peu assuré comme on le connaissant dans Le Malade Imaginaire. Un Favory victime de trous de mémoire dans cette touchante chanson qu'est le Moucheur de Chandelles. Un Favory qui, semble-t-il, n'a pas assez travaillé son texte, et ne comptait que sur sa (magnifique, il est vrai) voix. Malheureusement, ça ne suffit pas, et lorsqu'il revient pour sa deuxième chanson, Totor t'as tort, il bafouille, il tremble beaucoup, il se reprend, il laisse des blancs, tout en nous faisant de grands sourires. De temps à autres, il jette des coups d'oeil à droite : oui, c'est bien son texte qu'il tient dans la main. Pour sa troisième apparition, dans La Branche, c'est le premier vers qu'il modifie, ce qui le destabilise sûrement pour le reste de la chanson. Il la reprendra plus tard, lors d'un rappel du public, et la chantera bien mieux, encouragé de ses camarades. Malgré tout, cela reste vraiment dommage, car sa voix profonde et grave peut faire des merveilles, lorsqu'il est sûr de lui ... Après avoir revu la pièce, c'est un Michel Favory plus assuré qui monte en scène ... Peut-être simplement le trac d'une première ; malheureusement nous n'en connaîtrons jamais les véritables causes : cela fait partie des mystères du théâtre !

C'est avec une immense joie que j'ai écouté Cécile Brune, ce soir. Cette actrice, à la voix si caractéristique, vit sa chanson, transmet aisément ses émotions, et a un talent comique évident. C'est lors de ses deux premières chansons, Les progrès d'une garce et L'enterrement de belle-maman, que c'est le plus visible. Alors, la salle rit aux éclats, tout en écoutant cette voix, rauque et puissante mais pourtant douce comme une caresse. Elle excelle également dans les chansons plus tragiques, aux paroles peut-être plus profondes, à la mélodie plus noire. Quand elle chante Les cimetières militaires, la salle écoute sans oser remuer un sourcil. Cette voix seule remplit toute la salle d'émotion. Et peut-être de larmes. Une actrice complète, puisqu'elle réussit dans tous les genres.

Comment ne pas mentionner la voix si particulière de Clément Hervieu-Léger ? Il possède un timbre extrêmement aigu pour un homme, ce qui fait sa singularité. De plus, il n'est pas inutile de le mentionner, il chante extrêmement bien, et lors de son interprétation de Merde à Vauban, m'a tiré les larmes. Pourtant, je la connais bien cette chanson, puisqu'elle est dans le premier CD de l'émission. Elle me touche habituellement, mais pas jusqu'à en pleurer. Mais à croire que le direct augmente les sensations, j'étais réellement émue. Et ce à chacune de ses apparitions. Même lors de chansons plus joyeuses et drôles, telle que Le tango stupéfiant, il est absolument remarquable ! J'aime énormément sa voix et ses intonations, ses appuis marqués sur certaines voyelles, cette voix "ouverte" est ensorcelante. Merveilleuse.

En voilà une actrice qui commençait à me manquer : Léonie Simaga. Cela faisait un bon moment que je n'avais pas eu cette comédienne à l'immense talent devant mes yeux. Je l'avais entendue à la radio, dans l'émission, chanter Les p'tits enfants d'verre, et j'avais alors reconnu qu'en plus de l'art de jouer, elle possédait l'art de chanter. Ce n'était rien à côté de l'entendre et la voir chanter devant soi. Elle semble possédée par la chanson, très émue parfois, mais à aucun moment sa voix ne tremble. Le public, lorsqu'elle entonne cette même chanson, reste sans voix (évidemment, me direz-vous) mais surtout suspendu à ses lèvres. Passionné. Envouté. Sa voix, grâcieuse, légère, mais toujours surprenante, nous emmène loin, très loin. Lorsqu'elle revient pour Tant pis pour la rime, chanson moins émouvante, elle semble prendre un réel plaisir et s'amuser sur scène : elle joue avec ses mots et avec le public, qui rit avec elle. Merci pour ce moment inoubliable.

Tout comme lors de mon précédent article, j'ai encore du mal avec Loïc Corbery. Lorsqu'il est entré sur scène ce soir-là, il était déjà trop cabotin. Il se met en valeur dès qu'il le peut ... D'accord, ça lui réussit. Mais c'est génant. Il pourrait se faire un peu plus petit ... M'enfin. Puisqu'ici c'est sa voix qui compte, commentons la ! De tous les acteurs présents sur scène, il est sans doute celui qui a le moins de voix. Qu'importe, il compense en jouant sans cesse lors de ses chansons ! Par exemple, lorsqu'il entamme Tout est au duc, il faut avouer qu'il la joue extrêmement bien, qu'il est plein d'entrain, et que cela plaît beaucoup au public ... Et ose se reprendre lorsque le trou arrive : il demande au pianiste de revenir au début de la chanson, sans gène. Bravo ! Il a d'ailleurs fait un duo avec Julie Sicard : On s'ra jamais vieux. Moment émouvant, duo réussi, belles voix : que dire de plus ?

Julie Sicard m'étonne toujours ... Ce petit bout de femme a donc une telle voix ? Une voix si puissante et si riche en émotions ? Oui. Quand elle chante Si tu me payes un verre, elle ne se ressemble plus. Elle n'est plus cette petite femme pimpante et enthousiaste, elle a changé et semble réellement en attente de ce fameux verre. Mais lorsqu'elle revient pour entonner La gérontophile, je la reconnais mieux. Rieuse, jouant de tout, chantant avec un rythme parfait, mimant dès qu'elle le peut ... Le public n'en attendait pas moins, et, pour moi qui ne connaissait pas la chanson, je riais aux larmes (oui, j'ai beaucoup pleuré ce soir là !).

Ah ! Laurent Natrella et sa voix (et ses cheveux) magnifiques ! On l'entendait déjà beaucoup dans les CDs de Philippe Meyer ! Ici, en quelques apparitions, il séduit le public. Il alterne des chansons comiques, comme Ne me dis pas, dans laquelle il semble réellement s'énerver, puis déclame à merveille le "coup de théâtre" de cette chanson, et des chansons parlant d'amour, au ton plus doux, et sa voix suit très bien cette tonalité ... J'ai beaucoup aimé son interprétation de L'Amour en 19 ponts, par exemple. Et je regrette de ne pas le voir plus souvent sur la scène du Français, c'est un excellent acteur !

Il ne reste plus qu'une actrice ... Une actrice au grand talent, la fille d'un grand monsieur Arsène Lupin ... Oui, Sylvia Bergé, c'est elle. Cette grande blonde que je ne connais que très peu brille également dans ce spectacle. Voix douce, comme une berceuse. Voix tendre et chaleureuse. Elle interprète avec beaucoup d'émotion, et tout particulièrement lors de Bilou. Émotion qui gagne bien vite le public ... et même si je l'avais déjà entendue à la radio, ça m'a fait encore plus d'effet de la voir chanter, devant moi. Une voix splendide également, bravo.

Soirée magnifique. Les comédiens chantent également ensemble à plusieurs reprises, et cela donne très bien : j'ai particulièrement apprécié Méli Mélo, où chaque comédien semble vouloir se démarquer, avec beaucoup d'humour, c'est excellent ! Courez-y !  ♥ 

Une Histoire de la Comédie-Française, de Christophe Barbier

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Une Histoire de la Comédie-Française de Christophe Barbier, vu le 16 juin 2012 au Théâtre Éphémère.

[ Avec Bruno Raffaelli, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Pierre Niney, et Elliot Jenicot, dans une mise en scène de Muriel Mayette ]

 

Dis comme ça, c'est sûr que ça ne fait pas forcément envie ... Cela peut paraître trop "scolaire", on n'a pas souvent envie de se rendre au théâtre pour y apprendre l'histoire de la Comédie-Française, me direz-vous ... Et puis, les mises en scène de Muriel Mayette, on les connaît (Andromaque, Bérénice ...). Mais non, point du tout. On en apprend, certes, mais ce n'est pas du bourrage de crâne, c'est fait tout en légèreté et en humour !

On trouve tout d'abord Bruno Raffaelli, représentant le XVIIe siècle, qui, pour le coup, est peut-être le plus proche du genre "apprentissage". Bien sûr, c'est Molière qui domine cette partie. Mais je n'ai pas tout compris : qui parle ? à qui ? et les choix de mise en scène sont peut-être discutables. De plus, Bruno Raffaelli, pourtant excellent acteur, ne semble pas enthousiaste pour ce rôle. Il ne donne pas tout, cela se sent. Un manque de rythme, peut-être. Enfin il est clair que le spectacle ne s'annonçait pas génialissime ... Et pourtant.

C'est ensuite Loïc Corbery qui entre en scène. Le XVIIIe siècle est très riche en grands hommes. Il les enchaîne tous les uns après les autres, créant différents personnages, différentes voix, différentes manies. Malheureusement, il semble tirer la couverture à lui : d'accord, il est seul en scène, mais il n'empêche qu'il en fait trop, par moments. Il saute beaucoup, il bouge beaucoup. Mais il fait ainsi de sa partie quelque chose de très intéressant, qui se laisse très bien écouter ... Et qui m'en a appris beaucoup ! Sur Voltaire, sur Diderot, sur leurs relations ... Il se démarque en tous les cas de son prédecesseur, et met le public dans une meilleure position d'écoute !

C'est ensuite une femme qui entre sur scène. Elsa Lepoivre nous présente le XIXe siècle. Que d'immenses actrices ont marqué le siècle de Victor Hugo ! Elle excelle en parvenant aisément à différencier Rachel, Mademoiselle Mars, Sarah Bernhardt, et Mademoiselle Georges : par exemple, elle nous présente 4 versions de Phèdre qui se démarquent les unes de autres, malgré le fait que ce soit toujours le même passage présenté : j'ai su en apprécier l'une d'entre elles (j'avoue avoir oublié laquelle), mais les autres me paraissaient en faire "trop", et je ne doute pas de l'exactitude de ses imitations : ces actrices ont peut-être eu tendance à en faire trop ... Même si leur talent était indiscutable.

Nous nous rapprochons peu à peu de notre époque. Nous voici au XXe siècle. Il paraît que la Comédie-Française a tout raté à cette époque là. Celui qui ne rate rien, en revanche, c'est le jeune acteur qui nous présente ce siècle là. Pierre Niney, un nom à retenir. Lui ne semble pas, à l'opposé de Corbery, se mettre en valeur, mais il brille simplement. Il excelle notamment dans sa gestuelle, et tout particulièrement lors d'une scène se passant à Avignon, et où il est victime du mistral ... C'est à mourir de rire ! Il passe aussi par la 2nde Guerre Mondiale : La Comédie-Française sous l'occupation, ça avait vraiment l'air sympa ... Il continue ses critiques de la Comédie-Française, en mentionnant le fait qu'elle a manqué Ionesco, Beckett, Vauthier, Audiberti ... Et que tous les autres théâtres ont compris, avant elle, qu'ils n'étaient pas seulement des noms ...

C'est assez délicat de créer un siècle qui n'a pas encore eu lieu ... Pourtant, Christophe Barbier l'a fait ... En s'appuyant sur quelques clichés, c'est vrai. La Comédie-Française serait rachetée par TF1 ... Un peu trop gros peut-être. Mais bon. C'est Elliot Jenicot qui nous présente la dernière partie de ce spectacle ... et merveilleusement bien ! Il a une formation de clown, et ça se sent (enfin, ça se voit) : sa gestuelle, ses mimiques, ses bruits de bouche, extrêmement précis et travaillés, sont hilarants ! Il occupe aisément toute la scène, se déplace beaucoup, et ne semble pas montrer signe de faiblesse. Il clot en beauté cet excellent spectacle !

C'est donc une très belle histoire que nous dévoile la Comédie-Française. Le lieu change, mais on trouve des éléments du passé, et cela est très bien rendu dans le spectacle : en effet, chaque personnage a avec lui son chat : à la base, l'animal est un clin d'oeil au "petit chat est mort" de l'École des Femmes, puis on comprend qu'il est en fait le symbole de la continuité de la Comédie-Française, de manière à montrer qu'elle est toujours aussi brillante et inventive qu'à son premier jour, et que parallèlement, un certain bagage est transféré des anciens au plus jeunes. Voilà pourquoi chaque personnage a son chat, et joue, différemment, avec la peluche.

Si il est repris pour quelques dates l'an prochain, n'hésitez-pas, c'est génial !  ♥ 

 

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Peer Gynt, d'Ibsen

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Peer Gynt, d'Ibsen, vu le 14 juin 2012 au Grand Palais

[ Avec Catherine Salviat, Catherine Samie, Claude Mathieu, Michel Favory, Éric Génovèse, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Gilles David, Suliane Brahim, Nâzim Bouudjenah, Jérémy Lopez, Adeline d'Hermy, Romain Dutheil, Cécile Morelle, Émilie Prevosteau, Samuel Rogger, Julien Romelard, Floriane Bonnani, Hervé Legeay, Vincent Leterme, Françoise Rivalland, dans une mise en scène d'Éric Ruf ]

 

Les premières impressions sont bonnes ... Les impressions au premier entracte sont excellentes ... Les impressions au deuxième entracte sont magiques ... Les applaudissements finaux se font debout, criant "BRAVO !", acclamant Eric Ruf et toute la troupe réunie sur scène pour cette dernière, défilant sur cette scène si peu commune et saluant le public à la manière d'une troupe de cirque. 

Éric Ruf, par ce spectacle, nous montre l'étendu des talents de la Comédie-Française. On assiste presque à du théâtre total. Tout est travaillé : les lumières déterminent les différentes ambiances, tantôt sombres et inquiétantes, tantôt plus lumineuses et presque magiques. Elles montrent le monde de rêve de cette histoire, un monde presque imaginaire parfois. Les décors sont merveilleusement bien pensés : la scène est en longueur telle une scène de défilé de mode, et les spectateurs sont disposés de chaque côté : cela permet, en quelque sorte, de représenter le chemin que parcourt Peer Gynt, notre héros : sa vie défile sous nos yeux. Les costumes (signés Christian Lacroix, assis juste derrière moi durant la représentation) sont absolument dingues, tant les trolls et leurs visages déformés, que la robe que porte Serge Bagdassarian lors d'une des dernières scènes. Tout est là pour nous éblouir, et c'est vraiment réussi.

Bien sûr, il faut en venir à la pièce, rapidement. Peut-on vraiment apprécier une pièce qu'on ne comprend pas entièrement ? Eh bien oui, avec une certaine ouverture d'esprit. Ici, il est clair que beaucoup de détails m'ont échappé. Peer Gynt, c'est tout d'abord un jeune homme, racontant de nombreux mensonges, et s'enfuyant dans la forêt après avoir déshonoré une jeune mariée. Il y rencontre alors le roi de Troll, après avoir séduit sa fille. Acceptant le rituel pour devenir Troll à son tour, il finit cependant par changer d'avis et retourne chez sa mère, en Norvège. Cette dernière est à la fin de sa vie, ce qui marque la fin de la première partie. On retrouve alors Peer Gynt, vingt ans plus tard, en Afrique : il est devenu marchand d'esclaves. Cette partie du spectacle est complètement folle et fantasque, puisque Peer se retrouve entouré de jeunes sortis de l'asile, tous plus étranges les uns que les autres. Enfin, pour la troisième partie, on retrouve un Peer bien plus vieux, marqué par les années, tentant de revenir à son pays natal par la mer. Pris dans une tempête, il rencontra un étrange personnage, ressemblant étrangement à la Mort.

Et encore, c'est résumé. Cela peut paraître étouffant, mais à voir, ça passe très bien ! Surtout lorsqu'on additionne les talents de metteur en scène d'Eric Ruf avec les talents des différents acteurs de la Comédie-Française ... Dont un bon nombre était présent.

Tout d'abord, il faut saluer le merveilleux jeu d'Hervé Pierre. Présent sur la plateau pendant plus de 4 heures, il livre sous nos yeux une performance remarquable. Premièrement jeune homme, il se transforme dans la deuxième partie pour devenir un homme mur, et enfin se présente comme un vieil homme durant la troisième partie. Si la différence est peu perceptible entre la première et la seconde partie, on retrouve en revanche lors de la dernière un homme changé, comme un autre acteur. Il faut se concentrer pour y déceler les traits d'Hervé Pierre. Il est transformé, littéralement. Son timbre de voix a changé, son port de tête a changé, sa manière de marcher a changé : tout est différent, tout est travaillé, tout est parfait. De plus, tout au long du spectacle, il n'arrête pas. Il court, il saute, il crie, il porte d'autres acteurs, il se dandine, il chante ... Sans marquer un seul signe de faiblesse. Rappelons quand même que cet acteur a presque 60 ans ! Et pourtant il continue de jouer comme s'il en avait 30 de moins ! C'est éblouissant. Il faut le voir pour le croire .. Et malheureusement, j'ai assisté à la dernière de cet exploit.

Mais Hervé Pierre n'est pas le seul à briller. Tous les citer serait trop long, alors je ne passerai que rapidement sur les acteurs qui m'ont le plus marquée. Serge Bagdassarian, bien sûr, qui a fait rire aux éclats Eric Ruf placé derrière moi. Il a un véritable talent comique, surtout lorsqu'il joue le roi des Trolls, personnage aux nombreux tics et aux manières assez spéciales, peut-être caricaturales, mais souvent à mourir de rire. Le passage où il chante (il a une voix magnifique) tout en mendiant est tout aussi excellent ! Suliane Brahim, avec qui j'ai toujours un peu de mal, fait ici aussi une grande performance. Touchante, sincère, et même si elle frole la tendance à "faire du Suliane Brahim", elle nous présente une Solvejg attachante, émotive, intelligente mais timide et craintive. On retient également la grande Catherine Samie, jouant la mère de Peer, qui nous livre durant la première partie l'étendue de son talent, tirant nos larmes lors de sa mort.

Je sais qu'on pourrait me dire "C'est un peu court, jeune fille !" : c'est vrai qu'un petit article paraît bien faible pour résumer 4h d'un spectacle si abondant. Mais j'ai l'impression que l'essentiel est dit, il ne me reste qu'à ajouter un mot.

Formidable ♥ 

 

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Amphitryon, de Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Amphitryon, de Molière, vu le samedi 26 mai 2012 au théâtre du Vieux-Colombier

[ Avec Sylvia Bergé, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Benjamin Jungers, Adrien Gamba-Gontard, Christian Hecq, Georgia Scalliet, Guillaume Mika, et Antoine Formica, dans une mise en scène de Jacques Vincey ]

 

Etrange, étrange ... Toujours étrange, la Comédie-Française. Et n'allez pas dire que j'exagère ! Avez-vous déjà vu la déesse de la Nuit sur un engin qui sert habituellement aux distributeurs de tracts (représentant ici son char) ? Ou Mercure sur des échasses ? Et derrière ces deux Dieux, des bonshommes tout de noir habillés, chantant vaguement quelque chose ? Non, hein ? Bien ce qu'il me semblait.

Bon, dit comme ça, on pourrait croire que je n'ai pas aimé. Que nenni ! Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Tout d'abord, puisqu'il faut être un peu méchant, soyons-le. Nous connaissons tous l'histoire d'Amphitryon, pauvre mortel dont Jupiter prend l'apparence sur Terre dans le but de séduire sa femme, Alcmène. Jupiter amène avec lui Mercure, qui prendra l'apparence de Sosie, esclave d'Amphitryon. Les rôles sont donc plutôt bien répartis et ont tous une importance plus ou moins égales. Voilà pourquoi il est primordial de ne pas rater la distribution. ET LÀ ! Mais quelle erreur ... Que fait Georgia Scalliet ? Elle est vide, parle d'un ton monotone, ne parvient pas à bien lier ses mots et semble avoir (beaucoup) du mal à bien dire les vers ... Et elle joue Alcmène. C'est-à-dire que dès qu'elle entre en jeu, la scène perd toute sa beauté, toute sa vigueur, et l'on n'attend plus que sa sortie. Bien dommage.

Car à côté, tous les acteurs sont excellents. Moi qui n'aime pas beaucoup Hecq, car je trouve qu'il a tendance à tirer la couverture à lui, j'ai été favorablement impressionnée par sa prestation : il est extraordinaire. Combinant une gestuelle impeccable et une diction parfaite, cet ancien clown nous livre une interprétation de Sosie absolument remarquable. Et lorsqu'il se retrouve en face de Laurent Stocker, Mercure sombre, inquiétant, et sadique, on assiste à la meilleure scène du spectacle. Un excellent sens du rythme, un texte et une scène parfaitement maîtrisée et comique à souhait, un véritable régal ! On regrette par contre l'interprétation choisie de Mercure, trop noir à mon goût ... Mais Laurent Stocker nous livre une prestation impressionnante, comme à son habitude.

Plus haut placé, on trouve Jupiter (Michel Vuillermoz) et Amphitryon (Jérôme Pouly). Imposants du haut de leur grande taille et de leur air noble, ces deux acteurs retranscrivent à merveille les différents traits de leurs personnages. Et malgré leurs apparences plus que ressemblantes, les deux personnages parviennent à souligner leurs différences : l'un incarnant l'amour, la séduction, et le masque (thème ayant une grande importance au théâtre), l'autre la jalousie, le doute, et l'incompréhension. Enfin, tous les autres acteurs suivent cette excellence que nous connaissons au Français : plus je vois Benjamin Jungers, et plus j'admire cet acteur ...

Enfin, peut-être que les allées et venues par la salle (donc près du public) sont peut-être un peu abusives dans cette mise en scène. Se retourner une fois pour voir Sosie et sa lanterne arriver, d'accord. Mais se retourner 5 fois en une même soirée, c'est un peu lourd. Par contre, pour une fois, on trouve une utilisation de la fumée utile : c'est rare !

Malgré une importante erreur de casting et un rythme un peu trop lent, on passe une excellente soirée.  ♥ 


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Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, vu le 23 avril 2012 au théâtre éphèmère

[ Martine Chevallier, Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Christiant Blanc, Jérôme Pouly*, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Pierre Louis-Calixte*, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Elliot Jenicot, Romain Duthil, Guillaume Mika, Emilie Prevosteau, et Julien Romelard ]

« Figaro, c'est important pour la culture. » « Il faut pouvoir citer Beaumarchais au bac de français. »
Bref, les places ont été prises pour Le Mariage de ce célèbre valet.
Tout d'abord l'occasion de découvrir le théâtre éphèmère, qui remplace la Salle Richelieu durant les travaux de celle-ci. Grande salle, très agréable, permettant une bonne vision, quelle que soit votre place. Bref, un bon cadre, la pièce pouvait commencer.

Première surprise : le décor. Il est composé de portes suspendues dans la première partie (avec quelques meubles par-ci par-là), et varie un peu après l'entracte : il est alors composé des nombreux cerfs et autres animaux de la forêt semblant empaillés, et de deux chevaux assemblés comme sur un manège. C'est quelque peu déstabilisant et très différent d'un décor que l'on pourrait appeler "de base", c'est-à-dire simple et adapté à la pièce ... Ici, comme souve,t, on retrouve la mauvaise habitude qu'a la Comédie-Française à toujours en faire TROP pour les décors, et finalement aller trop loin.

En raison de mon manque de temps, l'article passera très vite sur les différents acteurs. Tous très bons, on regrette peut-être le fait qu'Anne Kessler soit un peu trop âgée pour le rôle de Suzanne. Malgré tout, elle reste excellente et forme avec Laurent Stocker un merveilleux duo. J'ai beaucoup aimé Elsa Lepoivre, dans son rôle de comtesse rejetée par son mari, jalouse de ses maîtresses parce qu'encore amoureuse... La jalousie et la tristesse du personnage ressortaient merveilleusement bien. Citons également Pierre Louis-Calixte, impeccable dans sa composition de Brid'oison, personnage le plus comique de la pièce : il a fait rire toute la salle grâce à son talent comique bien connu. Enfin, soulignons la belle performance de Benjamin Jungers, qui a parfaitement su saisir les différents éléments de son rôle de Chérubin.

Il est enfin important de parler de Figaro. Extraordinaire, sans doute. Inoubliable également. J'irais presque jusqu'à dire indépassable. Laurent Stocker nous présente ce valet à l'ingéniosité débordante avec un talent incroyable : débordant d'énergie, cet acteur, 2e dan de karaté, possède une extrême précision dans ses mouvements combinée à un immense talent. Cet assemblage de qualités est tel qu'on croirait que le rôle est fait pour lui : il incarne un Figaro intelligent et amoureux, ce qu'on peut aisément deviner par ses mimiques, malin et presque fourbe puisqu'il joue avec le Comte, mais inquiet sur sa relation avec Suzanne : n'est-ce pas l'introduction du fameux monologue ? Monologue qui paraît difficile et preque incompréhensible lorsqu'il est lu ... Mais quand il est dit et joué à merveille, tout s'éclaire : merci Laurent Stocker, je parviens à apprécier ce monologue depuis le soir où je l'ai entendu de votre bouche.

Une merveilleuse soirée dont je me souviendrai longtemps. Merci encore au Français.   ♥ 


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