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43 articles avec comedie-francaise

Le Jeu de l'Amour et du Hasard, Marivaux

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Jeu de l'Amour et du Hasard, de Marivaux, vu le 25 octobre 2011 à la Comédie-Française
Avec Alexandre Pavloff, Léonie Simaga, Pierre Louis-Calixte, Christian Hecq, Suliane Brahim et Pierre Niney, mis en scène par Galin Stoev

Dorante et Sylvia sont promis l'un à l'autre. Mais tous deux connaissent les enjeux du mariage, et ne tiennent pas à épouser n'importe qui. Sur le point de se rencontrer, ils échangent chacun de leur côté de personnage : Dorante prend la place de son valet, Arlequin, et Sylvia prend celle de Lisette, sa coiffeuse. Cela créé un comique de situation d'un bout à l'autre. Puis, comme souvent chez Marivaux, c'est la femme qui finira par "poser problème" (comme dans Les Serments Indiscrets, ou La Dispute) ... Je ne vous en dis pas plus.

Ici, c'est une version assez ... différente ... de ce qu'on pourrait imaginer qui nous est présentée. Tout d'abord, les décors sont presques ... grotesques. Ils représentent une maison, je suppose, avec différentes pièces, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, dont les murs sont décorés de fleurs roses ... Les costumes sont très longs, parfois extravagants et assez surprenants (comme celui de Mario). En bref, ce n'est pas vraiment un cadre que l'on imaginerait pour un Marivaux.

La première approche de la pièce est donc assez déroutante dans l'ensemble. Mais lorsque la première scène débute, on est pris dans l'histoire et dans le jeu des personnages. Tout particulièrement, dans cette scène d'exposition, une actrice brille et se détache : Suliane Brahim. Je l'avais déjà vu à plusieurs reprises au Français, mais c'est la première fois qu'elle me paraît aussi parfaite ; sa gestuelle comme son ton et ses manières sans doute si travaillés paraissent extrêmement naturelles. Elle a une véritable présence sur scène, c'est indéniable. A ses côtés dans cette première scène, Léonie Simaga. Elle excelle également, mais me semble tout de même plus faite pour le tragique ; peut-être est-ce plus intuitif pour elle. En tout cas ici elle ne se détachait pas autant qu'elle avait pu le faire auparavant. Dommage (mais elle reste excellente). Puis apparaît Christian Hecq. Ce n'est pas un acteur que j'aime particulièrement, et je trouve qu'il a trop tendance à tirer la couverture à lui (comme dans Un Fil à la Patte) mais bien sûr je n'ai aucun mal à reconnaître que c'est un très bon acteur. Mais ici, il aurait presque tendance à "faire du Chrisitan Hecq" ... malgré lui. C'est-à-dire que dès qu'il entre, certains sourient, d'autres rient. Rien qu'en le voyant. C'est dommage car son rôle, celui d'Orgon, père de Sylvia, n'est pas spécialement comique : c'est le "bon père" qu'on voit souvent chez Marivaux. Mais comme il a un physique et des mimiques comiques, tout de suite il a tendance à en rajouter. De plus, certaines de ses répliques ne sont pas totalement compréhensibles... Venons-en à Pierre Niney, jeune pensionnaire, incarnant Mario, le frère de Sylvia. Ils lui ont donné un côté "savant fou" qui n'est pas franchement utile au texte. En fait on ne comprend pas vraiment le pourquoi du comment... Enfin, Alexandre Pavloff et Pierre Louis-Calixte (Dorante et Arlequin) forment un parfait duo ; c'était la première fois que je voyais Calixte et je n'ai pas été déçue ! Par contre c'est vrai que j'avais préféré Pavloff en Diafoirus ... Il ne paraissait pas assez amoureux, ici...

Encore une fois, il faut que je parle de la salle. Entre les parents qui expliquaient l'histoire à leurs enfants et ceux qui riaient dès qu'ils entendaient un imparfait du subjonctif ... Malgré tout, je crois que c'est la première fois que j'entendais une salle aussi calme et attentive (c'est pour dire !). Lors des applaudissements, j'ai été très surprise : ils étaient très fournis, et tous les spectateurs battaient des mains en même temps, ce qui donnait l'impression que nous étions deux fois plus que d'habitude ... ce qui n'était pas le cas (la salle était remplie, mais comme toujours). Enfin, cela montrait l'enthousiasme du public, et les acteurs ont eu droit à plusieurs rappels.

On m'avait dit énormément de bien sur la pièce. "Indépassable". Comme pour Badine (mais quand même un peu moins) j'ai tout de même été un peu déçue. C'était superbe, sans doute. Mais peut-être que lorsqu'on se prépare à quelque chose d'extraordinaire, alors on risque la déception ... Et après tous ces éléments assez étranges (dont un que j'ai oublié de citer : à un moment, Lisette et Orgon, respectivement coiffeuse et père de Sylvia, mangent des chamallow, sur scène. Orgon va même jusqu'à aller chercher un chamallow dans le décolleté de Lisette. Hmm ... Des explications ?) j'en viens à me demander si ce côté "décalé" n'a pas une signification précise : le metteur en scène ne chercherait-il pas à nous montrer que le texte se suffit à lui-même ?

Verdict : tout de même, ça vaut le coup !

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Le Malade Imaginaire, de Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Malade Imaginaire de Molière, vu le 4 Juillet 2011 à la Comédie-Française
Avec Julie Sicard/Muriel Mayette, Gérard Giroudon, Catherine Sauval, Michel Favory, Alain Lenglet, Alexandre Pavloff, Laurent Stocker, Léonie Simaga/Julie Sicard, Loïc Corbery/Laurent Stocker, Nicolas Lormeau, Adrien Gamba-Gontard,  Emma Cachau/Héloïse Giret/Maud Lamy/Cécile Vaubaillon, Nathalie Macé et Camille Turlot, Carole Ségura-Kremer, Valérie Wuillème, Laurent Bourdeaux/Christophe Grapperon, Christophe Ferveur, Jorris Sauquet, Emmanuelle Guigues/Marion Martineau

J’ai déjà vu la pièce, dans la même mise en scène, au même endroit, lorsque j’avais 6 ou 7 ans. J’étais malade, peut-être trop jeune aussi, et je n’ai donc pas pu apprécier pleinement la pièce. Aujourd’hui, bien que je n’aie certainement pas tout compris, j’ai beaucoup plus saisi l’importance de cette pièce, sa richesse, et surtout le fait que c’est une pièce complète : tout d’abord par rapport aux personnages – Molière met en scène un enfant, ce qui est quasi-inexistant dans le monde théâtral – mais aussi sur les thèmes abordés, sur le fait que ce soit une comédie autour de sujets sérieux, tels que l’argent ou la médecine. Enfin, c’est la pièce où Molière fait référence à lui-même, et ça … ce n’est pas permis à n’importe qui !

La mise en scène de Claude Stratz, décédé en 2007, est celle que la Comédie-Française reprend lorsqu’elle décide de jouer Le Malade Imaginaire : c’est très compréhensible, car c’est une mise en scène parfaitement au service du texte : chose rare à la Comédie-Française, il n’y a aucune complexité. C’est simple et complet, sans être superficiel.

Il faut aussi savoir que, lorsqu’on a pareille mise en scène jouée à la Comédie-Française, cela donnera forcément (au moins) quelque chose de bien. Mais quelques perturbations peuvent arriver, et qui empêcheront le spectacle d’être parfait … Le trou de Michel Favory (il jouait Monsieur Diafoirus) qui se remarque, par exemple … Oui, car monsieur Favory a, hier, eu un oubli de texte très visible, car il a commencé à bafouiller – alors que, sur cette pièce, ce n’est pas très dur d’improviser – puis on a entendu un souffleur quelconque lui dire sa réplique – le moins discrètement du monde. Cela entraine une peur chez les autres acteurs : ils craignent une récidive… Ainsi, quand Favory a fait une pause de quelques secondes entre deux phrases, lors d’une scène suivant « l’incident », Julie Sicard, craignant un second trou, a enchaîné directement sur sa réplique : mais cela a créé une confusion car Favory connaissait son texte cette fois-ci, et il a donc parlé en même temps que Julie Sicard … qui a dû répéter ce qu’elle venait de dire juste après la fin de la réplique de Favory : cela n’est donc pas passé inaperçu aux yeux du public. Un autre élément m’a un peu gâché la pièce – non, j’exagère : une seule scène : il s’agit de Louison. 4 enfants sont en alternance pour le rôle, je ne sais donc pas celle que j’ai vue hier… Mais elle n’était vraiment pas bonne. D’accord, c’est une enfant, mais je suis sûre qu’on peut trouver de meilleures actrices de 10 ans qu’elle … car enfin, elle parlait tout bas – je n’aurais rien entendu si je n’avais pas été à l’orchestre – on ne comprenait pas ce qu’elle disait car elle avalait certains mots … Enfin, heureusement qu’elle n’a pas grand chose à dire. Mais cette scène, qui devrait être comique, m’a ici surtout paru longue. Enfin, j’aimerais mentionner un nom, qui est sûrement connu de vous :  il s’agit de Loïc Corbery. Ce jeune acteur dont tout le monde chante les louanges, et que j’ai moi-même complimenté (voir ici) après Badine, semble restreint à un seul « ton de jeu » : il semblait jouer Perdican. En tout cas, je n’ai vu aucune différence de style, entre Cléante et Perdican … Bien que proches – jeunes amoureux, voulant se marier, obstacle à leur mariage – , les personnages ne sont pas non plus les mêmes : dans la version de Badine présentée par Yves Beaunesne, Perdican appairaissait un peu sombre, assez brutal … Ce qui n’est pas du tout le cas de Cléante ! Ce ton grave qu’il prend lorsqu’il est Perdican ne s’accorde pas avec le ton, beaucoup plus comique et léger, de Cléante. Bref, il ne faudrait pas que Corbery se mette à « faire du Corbery » … ce n’est pas parce qu’il est sociétaire de la Comédie-Française que tout est acquis … Je suis peut-être un peu dure, c’est vrai, mais c’est à cause d’une légère déception …

Mais finissons avec les notes négatives, et passons à ceux que j’ai trouvés « bons ». « Bons », c’est-à-dire qu’ils étaient dans leur personnage, qu’ils jouaient bien, mais que ce n’était pas transcendant : Catherine Sauval (Béline), et Alain Lenglet (Béralde).

Enfin, j’ai gardé le meilleur pour la fin : voici ceux qui m’ont beaucoup plu. Tout d’abord, Léonie Simaga, qui, malgré son petit rôle (Angélique), parvient à se détacher du lot des « bons » : c’est vraiment une actrice que j’apprécie énormément et qui, à chaque fois que je la vois, parvient à dépasser ce que j’attendais pour son rôle … Je dois également parler de Julie Sicard, parfaite en Toinette : physique idéal – elle est plutôt petite et très vive – elle a un je-ne-sais-quoi de comique, auquel on ajoute un grand talent de comédienne : voici une Toinette en bonne et due forme ! Parlons aussi de Gérard Giroudon, malade en barbotteuse, attendrissant dans ses moues, étonnant dans ses (quelques) instants de colère, surprenant lorsqu’il sort subitement de sa « mort » … Magique. C’est, somme toute, un excellent malade. Et enfin, vient celui que j’ai le plus apprécié ; il s’agit d'Alexandre Pavloff, qui incarnait Thomas Diafoirus, promis à Angélique. Eh bien, il était tout simplement extraordinaire : Thomas est un rôle de composition, et Pavloff s’est réincarné en un personnage ridicule à souhait : maquillé, plein de tocs, avec une démarche trop solennelle, c’est ici le meilleur Diafoirus que l’on puisse imaginer, à mon humble avis !

J’ai également remarqué une grande utilisation des bruitages : le vent, le chien, le tic-tac de l’horloge … Je ne suis pas fan, car leur utilisation n’était pas toujours nécessaire…

C’est donc, comme on pouvait s’y attendre, un excellent Malade Imaginaire, qui frôle le parfait … Mais peut-être que nous avons assisté à une des plus mauvaises sans le savoir – paradoxe, car ce serait une « plus mauvaise qui reste excellent »…

On ne badine pas avec l'amour, de Musset

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset, vu le 22 juin 2011 au Théâtre du Vieux Colombier

Devinez qui était présent dans la salle, ce soir là … Vous ne trouvez pas ? Je vous le donne en mille : Thierry Hancisse, sans doute venu pour assister à la performance de ses camarades… Mais fermons cette parenthèse et entrons dans l’histoire.

Perdican et Camille sont cousins, et amis d’enfance. Ils ont étudié loin l’un de l’autre ; Perdican est à présent Docteur. Camille, quant à elle, a passé sa jeunesse dans le meilleur couvent de France. Alors, quand ils reviennent au château du père du jeune homme, le Baron, qui a prévu de les marier, leur relation a bien changé ; d’un côté Perdican, heureux de revoir sa cousine qu’il aime, heureux de se marier, heureux de vivre ; de l’autre Camille, orgueilleuse, croyant le couvent qui la pousse presque à avoir peur des hommes.

Comme à l’habitude, au Français, nous n’avons ici que des acteurs de talent ; Loïc Corbery particulièrement, brille en jeune premier : c’est un Perdican plutôt noir et agressif, vœux du metteur en scène. Ce jeune acteur est très vif, et la scène où il bloque Camille et l’empêche de sortir montre la justesse de ses mouvements. Sa partenaire, Julie-Marie Parmentier, lorsqu’on fait abstraction de son timbre de voix toujours égal (et d'une légère particularité de diction sur ses [k]), joue bien l’orgueilleuse. Elle a, de plus, le physique que j’aurais imaginé en lisant la pièce : elle est petite et rousse (on aurait également pu l'imaginer blonde), et fait très « enfant sage » ; ainsi, elle paraît très sincère dans son rôle de fille qui veut devenir religieuse. Mais un troisième élément vient troubler ce couple : c’est Rosette, sœur de lait de Camille : c’est elle qui subit l’amour des deux jeunes gens, car c’est vers elle que se dirige Perdican après le refus de Camille. C’est Suliane Brahim, cette actrice très touchante, qui l’incarne. Je dis touchante, car elle possède un je-ne-sais-quoi dans sa voix et ses mimiques qui nous la fait aimer, qui nous pousse à vouloir son bien, alors qu’elle ne fait que souffrir durant la pièce. Elle a une voix très particulière, qui d’abord peut paraître désagréable, mais finalement, on s’y habitue et on ne peut plus s’en lasser. Voilà pour ce qui est du trio des jeunes ; mais un autre groupe, quatuor cette fois, est également présent ; il est en contraste avec le sérieux des jeunes gens, car il s’agit ici des personnes plus âgées, qui ont déjà fait leur vie, et cela créé donc des personnages plus légers : c’est d’ici que vient le comique de la pièce ; tout d’abord le Baron (Roland Bertin), père de Perdican, qui accueille chez lui Maître Bridaine, le curé (Pierre Vial) et Maître Blazius, le gouverneur de Perdican (Christian Blanc) : tous deux semblent avoir un problème avec l’alcool, et chacun accuse l’autre auprès du Baron. Ces trois acteurs, malgré leur grand âge, sont parfaitement dans leur rôles, il nous font rire et permettent à la pièce de « s’aérer » un peu entre deux scènes plus graves. Enfin, la gouvernante de Camille, Dame Pluche, incarnée par Danièle Lebrun, petite mais forte femme : elle aussi semble parfaitement en accord avec ce que demande le rôle (qualité et justesse, d’accord, mais aussi beaucoup de vivacité).

Enfin, parlons de ce qui m’a le plus gênée dans la pièce : tout d’abord, je m’attendais tellement à quelque chose d’extraordinaire, car tout le monde le présentait comme le Badine du siècle, que j’ai été presque déçue. Je précise d’ores et déjà que le metteur en scène a choisi de situer la pièce dans les années 1950 : les costumes et les accessoires rappellent l’époque (mange-disque …). Mais ce qui m’a assez déroutée, c’est la mise en scène ; n’ayant pas lu la pièce (c’est un choix : j’aurais eu largement le temps de la lire entre le moment où on a pris les places et le 22 juin), il y a quelques scènes que je n’ai pas entièrement saisies : les petites disputes entre Blazius et Bridaine ne m’ont pas paru toutes claires, et plusieurs scènes ne sont pas conformes au texte, ce qui nous embrouille un peu : normalement, il doit y avoir un chœur de paysans, mais le metteur en scène a distribué son texte entre Rosette et Blazius, et en a même supprimé une partie … Par exemple, dans la scène du début, Rosette assiste à l’arrivée de Perdican, elle le voit mais lui ne la voit (étrange, elle est dans la même salle que lui) jusqu’à leur scène de rencontre ; voilà un changement qui ne paraissait donc pas essentiel.  Autre chose : je n’aime pas beaucoup le « double-plateau » qu’il a créé : il sépare la scène en deux à l’aide d’un drap, et permet ainsi à tous les personnages d’être présents même s’ils n’ont pas à l’être : cette nouvelle mode de faire apparaître tous les acteurs en même temps me paraît totalement inutile. Cela crée même des confusions car, lors d’une scène entre Perdican et Camille, le Baron et père de Perdican est présent, sur une chaise, il dort. Où est l’utilité ? J’ai vérifié dans le texte, il ne doit pas être présent … ou même, il y a un instant où Perdican est censé être « sur la place, suivi par tous les polissons du village », et où on le voit, assis, adossé au billard. Pourquoi ?

Enfin, je trouve que la scène est trop souvent baignée dans l’ombre … Il me semble pourtant que, bien que grave par instants, ce n’est pas une pièce excessivement sombre … Mais ceci est un « truc » du metteur en scène ; il a mis en scène le Partage de Midi, où tout était déjà très sombre …

Tout ceci mêlé reflète un des plus grands défauts de la Comédie-Française : la complexité des mises en scène … Ils recherchent trop, et le résultat ne donne pas vraiment quelque chose au service du texte.

Dans l’ensemble, j’ai donc été presque déçue, et j’estime qu’ici, le jeu des acteurs est bien au-dessus de la mise en scène … Toujours faire attention à ne pas trop rechercher non plus…

L'Opéra de Quat'sous, de Bertold Brecht et Kurt Weil

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de L'Opéra de Quat'sous de Bertold Brecht, vu le 21 juin 2011 à la Comédie-Française
Avec  Véronique Vella, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Christian Gonon, Léonie Simaga, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudienah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Jérémy Lopez , et les Élèves-comédiens de la Comédie-Française : Armelle Abibou, Marion Lambert, Ariane Pawin, Antoine Formica, Samuel Martin, François Praud, Florence Pelly, Angélique Rivoux, Mélody Marie-Calixte, mis en scène par Laurent Pelly ; et l'orchestre ous la direction de Bruno Fontaine, avec Mathieu Adam, Jean-Philippe Audin, Osvaldo Calo, Lester Alexis Chio-Alonso, Daniel Ciampolini, Yannick Deborne, Hélène Dusserre, Marie Gondot-Abdoun, Daniel Gremelle, Olivier Innocenti, Marthe Moinet-Audin, Georges Porte, Mathieu Reinert

Quelle chance j’ai eue ! Car oui, vous l’avez vu, la pièce n’était à l’origine pas prévue dans mes choix (plus à cause de la difficulté d’obtenir des places que de l’envie – je ne demandais pas mieux qu’un billet qui tombe du ciel). Or, voilà que mardi, comme je vais réserver mes places pour l’année prochaine, une dame arrive, qui vend deux places (corbeille). Nous achetons, nous nous rendons donc à la Comédie Française le soir même, 21 juin, fête de la musique : nous ne pouvions mieux tomber ! J’ai été absolument ébahie par la voix des comédiens – et de tous ! Pas un ne fait tache, pas un ne reste en retrait ! Ils sont tous formidables.

Bertold Brecht a cette particularité, de toujours mettre une distanciation entre la pièce et les spectateurs – voilà par exemple l’explication à la « double fin » (ceux qui connaissent la pièce comprendront). Nous sommes à Londres, au moment du couronnement d’une reine (années 1920 – contemporain de l’écriture de la pièce), période très fournie en brigands de toute sorte : L’Opéra de Quat’sous semble être un « contre-opéra », dans le sens où il nous présente les bas-fonds du Londres de son époque, Londres qu’il aurait pu connaître (il était allemand). C’est donc avec l’aide de Kurt Weil, grand musicien allemand, qu’il met en scène divers malfrats : voleurs, voyous, et même putains.

Bien sûr, comme ça, l’histoire peut ne pas paraître alléchante ; mais je vous assure, que présentée par les acteurs du Français, il en résultait un bonheur intense – peut-être même trop par rapport à ce que désirait Brecht : le malaise du spectateur.

C’est donc dans cet environnement glauque et austère que Mackie Messer, chef de gang, enlève et épouse Polly, la fille de Mr Peachum, qui « fait profession d’accoutrer en infirme des hommes valides et de les envoyer mendier dans les rues de Londres » (on ne peut mieux dire : cela vient du fascicule donné par les Ouvreuses de la Comédie-Française). Polly, une fois mariée à Mackie, se voit confier par lui le soin de gérer sa « bande » en son absence (Mr Peachum le fait rechercher).  Ainsi, Polly, d’abord discrète devant ces hommes, associés de son nouveau mari, tous habillés de noir, un revolver sous leur manteau, change de profil et gère avec fermeté ces truands. Et pour changer aussi radicalement de caractère tout en restant crédible, il faut une très bonne actrice. Ils ont su la trouver : Léonie Simaga. Elle possède un talent … quelque chose d’indescriptible. Je l’avais vu dans Andromaque, où elle jouait Hermione, et où elle nous touchait dans sa tristesse et nous effrayait dans sa folie. Et là, elle revient, meilleure que jamais : sa voix est magnifique, comme si elle avait, derrière elle, une carrière de chanteuse. Sa gestuelle, son port, sa diction sont parfaits : et elle nous fait penser à une statue grecque tant elle a de charme. Son talent a-t-il des limites ? Pour l’instant, je n’en vois aucune. Son partenaire est également excellent, il s’agit de Thierry Hancisse, un acteur que je n’avais jamais vu mais que je connaissais de réputation (on me l’avait présenté comme quelqu’un d’extraordinaire) : et bien, je confirme, cette réputation est méritée. Tout comme Léonie Simaga, il a une très belle voix, à sa manière – baryton, je dirais. Il joue parfaitement les bandits séducteurs, les « mauvais-garçons » ; on a beau chercher, on ne peut rien lui reprocher. Ainsi, le couple principal est tout simplement rayonnant de justesse.

Mais les personnages « secondaires » n’en sont pas moins bons ! Au contraire, chacun parvient à se détacher ; on retient particulièrement Celia et Jonathan Peachum (Véronique Vella et Bruno Raffaelli) pour leur interprétation éclatante du couple caricaturé [mais aussi Jérôme Pouly en Matthias, et Marie-Sophie Ferdane en Lucy).

Enfin, ajoutons à tout cela un merveilleux orchestre, dirigé par Bruno Fontaine, et comprenant grand nombre d’instruments de la guitare-banjo aux percussions en passant par le piano et le bandonéon.

En conclusion ; quelle belle fête de la musique j’ai passé ! C’était également  la meilleure soirée de ces trois jours « Comédie-Française » [avec Agamemnon et Badine] : je me serais mordu les doigts si j’avais su ce que j’ai failli rater !

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Agamemnon de Sénèque

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Agamemnon de Sénèque, vu le lundi 20 juin 2011 à la Comédie Française
Avec Michel Favory, Cécile Brune, Françoise Gillard, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, et Hervé Pierre, mis en scène par Denis Marleau

Agamemnon rentre vainqueur de la guerre de Troie après 10 ans d’absence. Mais il ne rentre pas seul : il est accompagné de Cassandre, sa maîtresse troyenne, fille de Priam. Clytemnestre, sa femme, et Egisthe, son amant, préparent puis accomplissent son assassinat. C’est une tragédie que j’avais étudiée au début de mon année, et j’ai donc pu aisément suivre la pièce, bien que je ne sois pas experte en mythologie – car oui, cette pièce regorge de Noms Mythologiques …

J’ai donc pu, hier, grâce à un ami extraordinaire, aller voir Agamemnon, à la Comédie-Française. Le style est très particulier, on ne fait plus de pièces comme ça, avec chœurs, sans actes (pas d’actes dans le théâtre antique), avec des récits très longs en hypotypose. Le monologue domine très largement (j’inclus dans « monologues » les scènes où, même si plusieurs personnages sont présents, un seul parle – il fait un récit, en général ; comme le récit de la Tempête).

Ici, Denis Marleau nous présente une bonne version de cet Agamemnon ; il rend les chœurs peut-être moins « pesants » en utilisant à bon escient la vidéo : regardez la photo, c’est Clytemnestre qui s’interroge et qui hésite. Derrière elle, on peut apercevoir des visages. Il s’agit bien des chœurs : lorsqu’ils interviennent, on projette des vidéos de visages parlant sur les têtes modelées dans le mur, mur recouvert d’un drap sur ses parties planes. Je peux tout de même reprocher à cette mise en scène le reste des décors : malgré la bonne idée pour les chœurs, je m’interroge sur ces grands murs mobiles : quelle est leur utilité ? D’accord, ils servent à faire entrer les personnages (ils se cachent derrière un mur, avancent en même temps, puis se positionnent et le mur « repart sans eux »), mais cela aurait pu se faire plus facilement, d’une manière plus habituelle : sans rien !

J’ai été interloquée par la fin de la pièce : les personnages présents sont alors Cassandre (Françoise Gillard), Clytemnestre (Elsa Lepoivre), sa fille Electre (Julie Sicard), et enfin Egisthe (Hervé Pierre). Il parlent, chacun à leur tour (comme le veut le texte … et l’intelligibilité). Mais tout à coup, alors qu’ils se sont arrêtés et qu’il devrait y avoir un Noir, ils reprennent, le même texte qu’ils viennent de dire, mais tous en même temps : comme l’a dit une personne de mon entourage, cela fait alors « scène de famille », plus que « scène de Sénèque ».

Je reproche une dernière chose à la mise en scène : les acteurs portent des micros. Pourtant, cela ne leur est pas nécessaire ; ils ont des voix qui portent. De plus, cela change quelque peu leur ton, par exemple, moi qui adore la voix de Cécile Brune, j’ai été déçue par ce que j’entendais  lorsqu’elle parlait dans son micro … quelque chose d’infime avait changé.

Mais Agamemnon reste tout de même un spectacle de qualité ; le jeu des acteurs est digne du Français : j’ai particulièrement apprécié le récit de la tempête par Michel Vuillermoz (très bon acteur que j’avais déjà vu en Cyrano), car c’est un passage qui peut paraître ennuyeux lorsqu’il est mal dit … mais qui est particulièrement beau lorsqu’il est vu. Pas vu au théâtre. Vu par l’acteur. Car, hier, c’est l’impression que donnait Vuillermoz : son personnage, Eurybate, semblait réellement revivre la tempête : il découvrait, il observait, il craignait.

Je pense que la pièce peut être déroutante si on ne sait pas à quoi s’attendre – c’est du Sénèque, c’est entremêlé de chœurs longs et, pour certains, « sans grande utilité pour comprendre la pièce » (comme l’hymne à Hercule) c’est quasiment toujours très sombre, alors si vous y allez il ne faut pas vous endormir comme l’homme qui était derrière moi !

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