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150 articles avec critiques

Le gros, la vache, et le mainate

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Le gros, la vache, et le mainate, vu le 1er Mars au théâtre du Rond-Point
Avec Pierre Guillois,Olivier Martin-SalvanJean-Paul MuelLuca OldaniPierre Vial, dans une mise en scène de Bernard Menez 

On m'avait prévenue. On m'avait prévenue que c'était spécial. Que c'était limite choquant. Qu'il fallait être très ouvert d'esprit. Que l'humour était un peu noir. Que les blagues étaient de mauvais goût. Mais on ne m'avait pas dit que ce serait aussi génial !

Une histoire abracadabrante, sans queue ni tête, un renouveau constant, une surprise tout de long ! Voilà un merveilleux spectacle. Et pourtant, question "théâtre dans le théâtre", le genre de mise en scène qu'habituellement je déteste, on est servi ... C'est-à-dire que d'un bout à l'autre, pas à un moment on ne sort de ce "jeu" là. Et comme je vous ai dit, malgré tout, c'est extraordinaire.

Ce spectacle hallucinant raconte donc l'histoire d'un homme qui doit bientôt accoucher. Il est enceint et vit avec son conjoint, mais deux tantes, ne pouvant pas se supporter, arrivent pour assister à l'accouchement. Enfin bref, une histoire étrange et qui ne tient pas debout. Mais qu'importe.

C'est vrai, dit comme ça ça ne fait pas envie. N'empêche. Si j'ai été hésitante au début, en raison du mauvais goût apparent de la pièce, ce malaise a été bien vite dissipé. Dès le premier coup de théâtre, on ne doute plus à un moment de l'excellente soirée qu'on va passer. Et pourtant, le spectacle aborde des thèmes sombres, tels que la mort ou encore la vieillesse, mais avec un tel détachement qu'on ne sort ni choqué ni déprimé. C'est extrêmement bien fait, parfaitement dosé, et les rires sont au rendez-vous. 

De plus, il faut tout de même avouer que la troupe est là, et amène aisément cette pièce à ses sommets. Il est clair que Bernard Menez réalise ici une prouesse considérable en tant que metteur en scène, en nous étonnant continuement. Les acteurs qu'il dirige sont tout aussi bons ; l'auteur de la pièce, qui joue également, du nom de Pierre Guillois, est aussi excellent que son partenaire, Olivier Martin-Salvan : ils forment tous deux un excellent duo, tant pour leurs chorégraphies que pour nous faire rire ! Un autre excellent duo est présent, il s'agit bien sûr de Jean-Paul Muel accompagné de Pierre Vial : ces deux grands acteurs incarnent en travesti les tantes, complètement délurées, qui sont probablement à l'origine du mot de "vache" dans le titre ... Malgré certains passages que certains peuvent trouver choquant, ils sont à mourir de rire : Pierre Vial, que j'avais vu dans un rôle beaucoup plus sérieux dans un Musset, ne se ressemble pas, et on se demande quelle folie l'a poussé à incarner ce rôle. Peu importe, grâce à son immense talent et à son plaisir de la scène, il est parfait. 

On passe une soirée excellente et inoubliable ! Spectacle à ne pas manquer !   

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Jacques et son maître, d'après Diderot

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Jacques et son maître, d'après Diderot, vu le 28 février 2012 à la Pépinière Opéra

 

Le titre aurait pu aussi être "Les aventures de Jacques et son maître" ... Car c'est là toute l'histoire. Y en a-t-il vraiment une ? Car c'est là un bel exemple du "nouveau roman", ou plutôt "d'antiroman" que le roman de Diderot ! Dans son roman, les personnages s'adressent clairement aux lecteurs. Ici, c'est à nous, spectateurs, que parlent Jacques et son maître, respectivement Nicolas Briançon et Yves Pignot. Ils nous expliquent qu'ils ne savent pas plus que nous là où ils vont, puisque tout est guidé par le poète, là-haut ... Tout ce qui se passe est écrit, et tout ce qui est écrit va se passer.

Étrange et déroutant, en effet. C'est spécial, ça fait presque penser à de l'absurde. Ça ne part de pas grand chose, et on n'arrive pas à quelque chose de concrêt ... on n'a pas avancé. Jacques, qui depuis le début de la pièce essaie de raconter "comment il est tombé amoureux", n'arrivera jamais à nous l'expliquer. Et ce n'est pas faute d'essayer ! (voir vidéo)

Pourtant, pas à un seul moment, on ne s'ennuie. Pas à un seul moment nous vient l'idée de penser à quelque chose. On est pris par ce rien, par cette histoire, et surtout par ses personnages ! Car quelles belles incarnations de Jacques et son maître que celles de Nicolas Briançon et Yves Pignot ! Le duo est extrêmement touchant, et on sent la sincérité de leur jeu : ils aiment jouer ensemble et ça se voit. Attachants et amusants, on ne les lâche à aucun moment. Si je connaissais Yves Pignot pour son talent d'acteur, et particulièrement pour le comique, il m'a tout de même impressionnée ici, car il passe aisément de ce registre à quelque chose de plus sérieux, de plus sombre peut-être. Mais la grande surprise est ici Nicolas Briançon, très grand acteur qui m'avait un peu déçue dans Le Songe d'une Nuit d'Été, et qui ici m'a parfaitement satisfaite : il est excellent du début à la fin, extrêmement naturel dans ses réactions, dans sa gestuel et a une véritable présence sur scène.

Mais les autres acteurs ne sont pas au même niveau : sans être mauvaises, il y a quand même un écart assez important entre le jeu des acteurs féminins et masculins. Enfin, une actrice se détache tout de même du lot : l'actrice qui joue l'hôtesse de nos deux personnages est extrêmement convaincante, et même plus : elle parvient sans difficulté à attirer tous les regards vers elle et à les conserver fixés ainsi. Lorsqu'elle est sur scène et qu'elle raconte ses histoires, les spectateurs sont simplements scotchés.

Un spectacle à ne pas rater !   

 

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Publié dans Critiques

Oh les beaux jours, de Samuel Beckett

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Oh les beaux jours de Samuel Beckett, vu le 22 février 2012 au théâtre de la Madeleine
Avec Catherine Frot et Pierre Banderet, dans une mise en scène de Marc Paquien

Les deux seules pièces que j'avais vues à la Madeleine étaient Diplomatie et Fin de Partie. Soit deux excellents spectacles, proches de la perfection. J'avoue que je partais avec un très bon a priori ... Et que je n'ai pas été déçue !

Winnie, incarnée par Catherine Frot, semble être seule sur scène. Enterrée jusqu'au ventre, elle se réveille lorsque le rideau s'ouvre. Alors commence une nouvelle journée. Pour quelqu'un qui ne peut bouger que le haut du corps, on pourrait s'attendre à une pièce tirant sur le tragique, profonde et noire. Mais non : Winnie est une femme optimiste, qui même si elle répète les mêmes actions à longueur de journée, semble le faire avec une réelle joie de vivre. Toujours le sourire aux lèvres, le simple fait de sortir une brosse à dents de son sac réveille en elle son imagination, ses souvenirs. Winnie semble heureuse. Et encore plus lorsqu'on son mari, Willie, donne des signes de vie ... Lui est caché derrière le décors, mais n'est pas enterré.

Lors du second acte, nous retrouvons Winnie enterrée jusqu'au cou. Elle ne prie plus. Mais elle s'amuse toujours. Faisant la mou, observant son visage comme elle le peut, et parlant, toujours parlant ... Parlant pour se souvenir, parlant à Willie en epérant une réponse, parlant sans s'arrêter ... Et si ses yeux se ferment à un seul instant, une sonnerie retentira, de manière à la maintenir éveillée ... Étrange ...

Quelle chose étrange ... Ce n'est qu'un monologue. Le monologue de Winnie, Winnie qui nous raconte, Winnie qui se souvient, Winnie qui espère, Winnie qui prie. Winnie qui vit. Et ici, enterrée comme elle l'est, l'actrice ne peut pas tromper le spectateur : elle n'a que sa voix, ses mimiques, et, au début, ses mains, pour permettre à son monologue de prendre vie. Je n'ai pas douté de Catherine Frot ... et j'ai eu raison. Elle l'a fait. Elle nous enchante. À aucun moment, l'ennuie ne se fait connaître. Juste l'envie. L'envie d'en entendre encore, l'envie d'en savoir plus sur leur vie passée, sur ce fameux Piper dont elle évoque le nom à plusieurs reprises ... Catherine Frot, entre sa diction parfaite et sa maitrise tout aussi excellente des parties de son corps "à l'air libre", excelle ici. 

Le décor, simple, augmente l'impression de vide autour du couple. Ils semblent n'être nulle part. Le désert, peut-être. Personne d'autre ne viendra, ils finiront leur vie ici. Telle peut-être la signification du revolver, que Winnie sort de son sac aussi simplement que sa brosse à dent. Tout objet a une signification, un besoin, une explication. Pierre Banderet, en Willie, bien qu'il n'apparaisse que peu, parvient à faire courir une vague d'émotion dans la salle lors de sa dernière parole ... Très belle performance, pour un seul mot ...

Décidément, le théâtre de la Madeleine est fortement conseillé : courez voir ce spectacle, car je ne sais pas si elle sont nombreuses, les excellentes Winnie ...   

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Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg, vu le 21 février 2012 au théâtre du Rond-Point

[ Avec Pierre Arditi et Catherine Hiegel, dans une mise en scène de Charles Tordjman ]

 

Je n'étais jamais allée au Rond-Point. Quelle belle salle ! Splendide ! Et vaste ... Nous étions plutôt bien placées, 4e rang, un peu trop sur le coté peut-être. Mais les acteurs sont talentueux, devraient avoir une certaine présence sur scène, leurs voix portent sûrement, le spectacle peut donner quelque chose de bien.

Le rideau s'ouvre. La scène est à la hauteur de la salle : longue et imposante. Le décor est blanc, assez simple : des murs, un canapé au centre. De belles lumières entourent Catherine Hiegel et Pierre Arditi. Les deux acteurs sont assis sur le canapé. Elle lit le journal Télé. Il semble réfléchir. Et le spectacle commence : "Moi j'crois pas que les fayots font péter". Le public rit. Je m'insurge intérieurement mais ne dis rien. Le dialogue continue. Les répétitions sont au rendez-vous. "Moi j'crois. - Tu crois quoi ? - Je crois que les fayots font péter. - Tu crois que les fayots font péter ? - Oui." On pourrait espérer une amélioration. Mais non. Les erreurs de dialogue sont énormes. C'est inintéressant, bas, lourd, redondant ... vulgaire. En effet, quel besoin de ponctuer les phrases d'un "t'es conne" ou d'un "t'en as rien à branler" ? Franchement aucun. Même quand on sent une idée, un brin d'inspiration derrière leurs paroles, ce manque de vocabulaire fait tout retomber.

Le principe est simple : un vieux couple est assis sur le canapé, et va s'affronter sur 11 idées, formant 11 sketchs, l'un "croyant" et l'autre "ne croyant pas". Chaque sketch commence par l'habituel "Moi j'crois pas ..." du mari, sa femme répond, ils dialoguent, finissent par se questionner sur le repas et le programme télé, puis allument cette dernière, et le sketch se finit. Déjà, rien que l'idée de base, j'ai du mal... c'est en effet assez étrange de commencer toujours par cette phrase, qui en général est plutôt l'aboutissement d'une pensée, que nous, spectateurs, ne connaissons pas ... On se prend donc un sujet en pleine face, plus ou moins intéressant (vous savez, moi, les fayots ...), mais qui sera traité de manière telle qu'il deviendra, de toute façon, ennuyeux, répétitif, lent : en un mot, ce n'est pas du tout ce qu'on attendait d'un tel spectacle.

Car les acteurs en scène sont des Noms du théâtre : qui n'a jamais entendu parler de Pierre Arditi ou de Catherine Hiegel ? Il suffit que le menton de l'un apparaisse sur l'affiche de La Vérité la saison dernière pour attirer les foules, quand l'autre met magnifiquement en scène Le Bourgeois Gentilhomme à la Porte Saint-Martin. Leur talent est incontestable... ou du moins, l'était ...

Ce n'est effectivement pas la première fois que Pierre Arditi me déçoit. Déjà dans la pièce de Florian Zeller, j'avais trouvé cela étrange qu'il choisisse un tel texte ... Mais à côté du texte de Grumberg, celui de Zeller s'approchait d'un Feydeau. Ici, Arditi "fait du Arditi", tout comme dans le Zeller. Si il arrive à redresser un peu le texte à l'aide de sa partenaire, son jeu reste un peu "fade" et on en attendait plus de sa part. Quant à Catherine Hiegel, que je voyais jouer pour la seconde fois (quelle désastreux souvenir que celui des Oiseaux à la Comédie-Française ...), elle est dans le ton, évidemment, mais ça paraît si facile ... Elle n'a qu'à approuver ou contrer son mari, il n'y a pas de véritable performance d'acteur, quelle déception ...

Rien que de me dire que je n'ai pas ri une fois ... C'est à peine si j'ai esquissé un sourire. Le seul moment qui m'a fait tirer la bouche en un vague sourire, c'est lors de leur apparent fou rire : peut-être se rendaient-ils compte du niveau de la pièce qu'ils nous présentaient ? 
Décevant et déconseillé. 

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Publié dans Critiques

Le Bourgeois Gentilhomme, Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Bourgeois Gentilhomme, de Molière, vu au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 27 janvier 2012

 

Je pense qu'on peut mesurer la qualité d'une comédie de Molière au nombre de rires dans la salle .. et tout particulièrement le rire des enfants. Ça devait faire plusieurs années que je n'ai pas entendu ces rires-là ... Mais dans la salle, ils étaient nombreux : quel souvenir agréable ! quelle beauté, des rires francs, enthousiastes, clairs, qui accentuent l'ambiance joyeuse et presque enfantine du spectacle !

Et pourtant, Le Bourgeois Gentilhomme n'est pas une pièce que je porte spécialement dans mon coeur ... On sent que Molière l'a écrite un peu à la va-vite, avec la contrainte de la musique, comme c'est une comédie-ballet, et cela ressemble plus à un assemblage de sketchs plutôt qu'une histoire continue. L'histoire, je pense que tout le monde la connaît, mais ça ne coûte rien de la répéter une fois encore : Monsieur Jourdain est un bourgeois, riche, qui cherche à tout pris à vivre comme un noble.

On peut envisager ce personnage de plusieurs façons. Ici, Catherine Hiegel choisit de nous montrer un bourgeois naïf et presque enfantin, qui attire à lui la sympathie de chaque spectateur, et qui finalement conquiert aisément toute la salle ! Il faut dire que l'acteur y est pour quelque chose : en effet, François Morel a vraiment un quelque chose qui empêche quiconque de le châtier ... un air d'innocence dans le regard ... des mimiques bien à lui, soulignant son inexpertise en la matière, sa découverte de tous les instants ... rien n'est trop exagéré, tout est dosé de manière à attirer le rire du spectateur à tous moments ... Par exemple, les scènes avec le maître de philosophie, excellent Alain Pralon, touchant, semblant être retombé en enfance, sont absolument hilarantes !

Mais ils sont tous excellents dans leur jeu, que ce soit celui de Nicole, lors de la célèbre scène du rire, qui parvient à rendre tout à fait euphoriques les specateurs, Cléonte et Covielle, le duo "maître-valet" dont le premier cherche à séduire la fille de Monsieur Jourdain, ou encore Mme Jourdain, représentée dans une attitude complètement hystérique. On regrette peut-être l'interprétation de Dorimène, femme que Mr Jourdain cherche à séduire par son célèbre "Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour", rendue ici totalement cruche, on ne sait trop pourquoi ... mais son personnage étant secondaire, cela ne choque pas non plus.

Puisqu'on en est au aspects négatifs, je poursuivrais par un certain contraste entre la première partie du spectacle et celle qui se déroule après l'entracte. En effet, on a un peu de mal (mais je suis vraiment pointilleuse) à totalement "entrer dans" la pièce, et la scène entre le Maître à danser et le Maître de musique, une des premières scènes pouvant être hilarante grâce à leur comportement ridicule, n'est pas tordante ... Peut-être à cause de trop d'exagération ... En revanche, directement après l'entracte, on est pris dans cette histoire absurde de Turcs, de grand Mamamouchis, et on rit d'un bout à l'autre !  

Enfin, pour ce qui est du décor : personnellement je l'ai trouvé assez laid, mais il est plutôt représentatif de la mode de l'époque, dans les couleurs et les motifs. Il est également conçu de manière à mettre en valeur la richesse du Mr Jourdain, avec de part et d'autre de la scène des fausses fontaines ... et quant aux musiques, et bien elles sont magnifiques ! Lully, c'est quelque chose ! Et la chanteuse a une voix absolument merveilleuse ...

Un excellent Bourgeois, comme on en voit de plus en plus rarement ... à ne pas rater !


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Publié dans Critiques

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