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150 articles avec critiques

Unhappy Birthday Party

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de L'Anniversaire, de Harold Pinter, vu le 28 septembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez et Marion Malenfant, dans une mise en scène de Claure Mouriéras.

J'ai découvert Pinter lors d'une lecture au festival Nava il y a deux ans, et déjà l'auteur m'avait laissée de marbre. Texte ambigu, tout est dans le sous-entendu mais rien n'est jamais expliqué : on peut s'imaginer tout et son contraire, et le metteur en scène lui-même n'est pas sûr de savoir de quoi il s'agit réellement. Monter un auteur pareil s'avère, d'après moi, dangereux. Et malgré l'excellente distribution qu'a rassemblé Claure Mouriéras sur la scène du Vieux-Colombier, le spectacle ne décolle pas.
Meg Boles et son mari Peter (Cécile Brune et Nicolas Lormeau) tiennent une pension dans un lieu somme toute peu décrit, en bord de mer. Ils n'accueillent qu'un unique pensionnaire depuis un an, Stanley, dont les relations avec Meg sont totalement ambigues. Un jour, deux nouveaux habitants arrivent, qui vont chambouler la vie tranquille de nos trois personnages. Ce sont deux hommes, qui semblent venir dans l'optique de régler leurs comptes avec Stanley. Et justement, ce jour-là, c'est son anniversaire ... Ou du moins, c'est ce que prétend Meg, alors que lui le dément. L'histoire dans sa globalité est donc assez compréhensible. Mais les détails, les explications, ne sont jamais données. Qui sont réellement ces deux hommes ? Qu'a fait Stanley ? Meg se doutait-elle de quelque chose ? Pourquoi a-t-elle décidé de ce jour précis pour imposer son anniversaire à Stanley ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse.
Sur le plan du jeu, rien à reprocher. Cécile Brune interprète une Meg soumise, dont l'attention ne se tourne plus vers son mari mais bien plus vers Stan, à qui elle semble trop dévouée pour une simple relation d'hôte à maîtresse de maison. Sa composition est de qualité, mais le rôle reste bien plat pour une actrice de cette envergure, on l'attendrait dans des pièces où la tension dramatique est plus présente. Jérémy Lopez incarne Stan avec le talent qu'on lui connaît : composant un homme désagréable à la démarche lourde, le ventre gonflé en avant, profitant de la gentillesse de son hôte, mais s'affaiblissant au fil de la pièce avec la venue de ces deux hommes. En maffieux sans scrupule, Nâzim Boudjenah et Éric Génovèse sont parfaitement crédibles. Génovèse joue beaucoup sur sa voix puissante mais calme et posée, aux côtés d'un Boudjenah plus intrigant, semblant attendre les ordres de celui qui semble son supérieur.
Malgré tout le talent de nos acteurs, la tension reste sur la scène. L'émotion ne parvient pas à passer du plateau aux spectateurs, et c'est bien dommage. Le premier problème vient sûrement du texte, que je n'ai pas su apprécier. L'ambiguité, pourquoi pas, mais le manque de compréhension pèse sur le spectacle, et vient un moment où on ne sait plus quoi croire. Les thèmes abordés sont très anglais, et l'importance de la religion dans l'histoire, thème que l'on retrouve moins dans le théâtre français, crée un décalage entre la scène et le spectateur. La mise en scène semble également un problème. Alors qu'on attend quelque chose de très opressant, une montée en puissante ravageuse, les tentatives d'oppression paraissent plutôt faibles, comme si le metteur en scène n'était pas allé au bout des choses. Quitte à monter Pinter, je pense qu'il faut y aller carrément. Que l'angoisse se fasse réellement sentir. Ce qui n'était malheureusement pas le cas ici.
Néanmoins, certaines scènes sont plutôt réussies, comme la fête d'anniversaire de Stanley. Tous les personnages à l'exception de Peter sont présents, l'alcool joue son rôle, et le plateau présente alors un tableau bien conçu : de part et d'autre de la table centrale, où l'on peut voir un Stanley dépité, nos deux mafieux s'amusent en musique avec les femmes présentes. La scène est des plus captivantes du spectacles.

Que ce soit un problème de texte ou de mise en scène, le spectacle tient surtout grâce à la performance d'acteur. Je le conseillerai surtout aux amateurs de l'auteur. 

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Voyage en Villégiature au Français

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Trilogie de la Villégiature, de Goldoni, vu le 21 septembre 2013 à la Salle Richelieu

Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Georgia Scalliet, Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun et Benjamin Lavernhe, dans une mise en scène d'Alain Françon.

Françon. Il est pour moi, comme Peter Stein, un metteur en scène à placer parmi les plus Grands. Pour la troisième fois, en signant la mise en scène de La Trilogie de la Villégiature, il me fait passer un moment inoubliable, privilégiant le texte et sa mise en valeur, recréant l'atmosphère de cette Italie du XVIIIe siècle avec aisance et simplicité. Une fois de plus, il touche à la perfection.
Le spectacle, il faut avoir envie de le voir : 4h30 de spectacle, c'est spécial. Je n'avais testé les spectacles à longue durée qu'une fois, avec Peer Gynt, et j'en gardais un excellent souvenir. Alors, avec une telle distribution et un metteur en scène pareil, l'envie de voir La Trilogie ne s'est pas fait attendre. Si le spectacle est si long, c'est que le metteur en scène a choisi de regrouper les trois comédies en un seul spectacle, à la suite : nous passons donc tout un été en compagnie d'une famille bourgeoise vivant au-dessus de ses moyens mais cherchant à passer outre. Des histoires de mariage, de jalousie, d'amour et d'honneur entrent en jeu. On assiste à la vie de ces personnages entre le moment où ils décident de partir en Villégiature, puis leur séjour à Monténero, et leur retour à Livourne. 
Je me rends compte que j'aime de plus en plus ce genre d'histoire. Ou peut-être est-ce la mise en scène de Françon qui me les fait apprécier ? J'aime voir une tranche de vie se dérouler sous mes yeux, la vie avec ses moments intenses où une certaine tension se fait sentir, avec des choix importants à faire, mais également des moments d'ennui, de paresse et de lenteur. La vie, monotone et pourtant si imprévue, c'est ce qu'on retrouve dans cette Trilogie. Plusieurs histoires de mariages et de couples en parallèles, paraissant si banals, et pourtant ayant chacun sa spécificité, sa beauté ou sa raison.
Et au même titre que ces histoires, chaque personnage est unique, chacun a son propre caractère et se définit sous nos yeux. Je l'avoue, j'ai eu du mal à détacher mes yeux de Laurent Stocker, qui est pour moi un immense acteur. Touchant et attachant, il compose ici un Leonardo jaloux et amoureux, mais qui n'obtient pas l'amour qu'il désire en retour. Entre angoisse et énervement, il ne semble pas un instant accéder au véritable bonheur. Il ne crie pas sur scène, il s'énerve réellement. Il n'aime pas Georgia Scalliet, il dévore Giacinta des yeux. Le talent de ce comédien est incontestable, et il est pour moi un pilier du spectacle. Il forme avec Anne Kessler un très bon duo, qu'on avait déjà su apprécier dans Le Mariage de Figaro. Elle incarne sa soeur, Vittoria, et compose une jeune fille immature et hystérique comique à souhait ... dans ses moments de crise. Lorsqu'elle se voit prise en dépit d'une autre, en revanche, des larmes noient ses yeux et sa petite voix tremble. Hypocrite comme il convient de l'être dans la société où elle se trouve, elle tente de cacher son visage de peste lorsqu'elle est en présence de Giacinta, entre autres, mais les apartés sont hilarantes. Scalliet ... fait, comme à son habitude, du Scalliet : une voix monocorde, dénuée de toute intonation ... qui, pour une fois, s'accorde assez bien au personnage. Il faut avouer que son jeu m'a moins dérangée qu'à l'habitude : peut-être commence-je à m'y faire ? Il faudra bien, puisqu'elle est "la découverte" de Françon et que je compte bien suivre ses futurs mises en scène ! Si Leonardo aime Giacinta et la demande en mariage, celle-ci est également aimée de Guglielmo, incarné par Guillaume Gallienne. Voici un rôle dans lequel je ne l'attendais pas, et où il excelle. Semblant sombre et inquiétant dans la première partie de la pièce, il se dévoile comme amoureux et mélancolique, on finit par s'attacher au personnage et le prendre en pitié. Gallienne est séduisant et impressionnant de tant de retenue, comme s'il voulait se mettre à pleurer à chaque moment de la pièce.  
Pour équilibrer ce côté quelque peu sinistre de la pièce, des personnages à tendance plus comique sont présents. Je pense particulièrement à la si géniale Danièle Lebrun, composant une Sabina se jouant des situations de chacun, taquinant sans limite, abusant des sous-entendus, se complaisant dans la critique d'autrui. A chacune de ses apparitions, un éclat de rire. [J'attends avec grande impatience La Visite de la Vieille Dame en février : elle interprétera le rôle titre.] L'actrice était, comme à son habitude, au sommet. A son bras, un Michel Vuillermoz bien détaché de tous les malheurs qui arrivent autour de lui. Toujours gai, s'amusant aussi des circonstances, mais peut-être avec moins de cynisme, il est un type de personnage à lui tout seul : on ne sait pas grand chose de lui, si ce n'est qu'il profite des situations des autres et que c'est un bon vivant. Le personnage est lui aussi très réussi. Dans cette catégorie "à part", on retrouve également Hervé Pierre, père adorable et souhaitant principalement le bonheur de sa fille - ne pouvant en tout cas rien lui refuser. Sa tendresse et sa gentillesse, trop poussées, font de lui un homme faible, et l'acteur sait jouer de tout cela pour nous rendre son personnage comique et charmant.
On trouve aussi chez Goldoni les vies des valets. Ici, c'est Eric Ruf et Elsa Lepoivre : là encore, on ne les attendait pas dans de tels rôles, qu'ils interprètent pourtant à merveille. Le malheureux Paolo en voit de toutes les couleurs par les demandes contraires de son maître, quand Brigida tente de réconforter sa maîtresse en proie à une passion amoureuse. Ils sont sans cesse occupés et leurs rares moments de libre sont destinés à l'échange de mots doux ... Moments calmes et doux, ils contrastent avec les difficultés qu'ont leurs maîtres à entretenir une relation simple. Sur le même plan, on retrouve Rosina et Tognino (Adeline d'Hermy et Benjamin Lavernhe) qui rient de tout et s'opposent radicalement au reste des couples : pas un instant sombre, que des sourires et des échanges amoureux, les deux tourtereaux sont ravissants et Lavernhe incarne un Tognino à la gestuelle impeccable et remarquable, vif, et au caractère insupportable !
Si la réussite du spectacle réside donc en partie dans la distribution, la mise en scène y est aussi pour beaucoup. L'évolution de la situation, lente, est visible. La tension devient de plus en plus présente, les lumières s'assombrissent, les personnages parlent plus lentement. La gêne des autres, la honte de soi, le choix entre honneur et amour, tous ces sentiments se font omniprésents. Les déplacements se font plus rares, l'entrain se perd. On sombre peu à peu. De la comédie, on passe au drame, et rien n'indiquait qu'on pouvait s'y attendre. 

Un Goldoni sublimé par une performance impeccable. L'esprit de troupe est là. A voir.  ♥ 

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La Cigale fort bien pourvue...

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Misanthrope, de Molière, vu le 3 septembre à La Cigale

Avec Jonathan Bizet, Hugo Brunswick, Arnaud Denis, Catherine Griffoni, Jules Houdart, Laetitia Laburthe-Tolra, Sébastien Lebinz, Hervé Rey, Stéphane Ronchewski, Jean-Laurent Silvi, Elisabeth Ventura, mise en scène de Michèle André

On dit que les trois plus grandes pièces de Molière sont Le Tartuffe, Dom Juan, et Le Misanthrope. Trois pièces autour d'un certain caractère. Du trio, je n'en connaissais que deux. Mais à l'annonce d'un Misanthrope avec pareils acteurs, ni une ni deux, les places furent prises ... et pour la première s'il vous plaît ! Je mourais d'envie de découvrir la pièce ... Et le moins qu'on puisse dire est que je n'ai pas été déçue.
A ceux qui ne connaîtraient pas l'intrigue, je peux la rappeler brièvement. Alceste n'aime pas l'hypocrisie des hommes et souhaite presque se retirer de la société. Mais ce personnage aux penchants si contradictoires aime la femme peut-être la plus conforme aux normes du monde dans lequel il vit, mondaine à souhait, recevant chez elle toutes sortes de personnes et feignant un intérêt pour chacun. C'est pour moi en cela que réside la meilleure définition d'Alceste, et son plus grand paradoxe : en ce personnage mystérieux qu'est Célimène. Mystérieux car on ne sait rien de ce que pense réellement la jeune femme. On comprend au fil de la pièce qu'elle dit de belles choses à chacun, et qu'elle n'entretient pas seulement une relation avec Alceste ... Mais qui aime-t-elle véritablement, nous n'en savons rien.
C'est peut-être un des rôles les plus délicats du répertoire français : comment parvenir à maîtriser le rôle d'un personnage qu'on ne connaît pas vraiment, et sur lequel on a peu de certitudes ? Difficile. Pour cela, on pardonne la légère faiblesse de Laetitia Laburthe Tolra, moins juste que ses camarades, mais restant tout à fait honnête. Elle est principalement mise en valeur dans sa scène avec Catherine Griffoni, alias Arsinoé. Ce personnage s'oppose en quelques points à Célimène : plus âgée, aux moeurs différentes, elle reçoit moins et ne semble avoir de vues que sur un seul homme : Alceste. La scène dont je parle oppose les deux femmes, qui s'envoient des piques tout en feignant l'amitié. Catherine Griffoni est au sommet de son art : l'air agacé, les bouche pincée, les sourcils légèrement froncés, n'en levant qu'un de temps à autre, les gestes lents, la bouche à peine ouverte, elle incarne le personnage avec brio, et permet également à son interlocutrice de briller à ses côtés en lui donnant pareillement la réplique.
Je ne peux écrire mon article sans aborder le jeu d'un certain acteur. Présent pendant une grande partie de la pièce, il faut un bon Alceste pour que le spectacle soit réussi. C'est vrai qu'on aurait plutôt tendance à choisir un acteur quadragénaire pour interpréter le rôle, mais le confier à Arnaud Denis reste cependant une excellente idée. Tout simplement car l'acteur sait saisir un rôle, le comprendre dans ses profondeurs et le posséder, le sublimer sur scène. Habitué à ce genre de personnage, "à part" (on se souvient de lui dans Nils Abott ou Trissotin), il brille pour la première fois sur la scène de la Cigale, composant un personnage plutôt sombre, à la limite de la folie. Sa passion entraîne des accès de violence, et sa raison de longs discours ... que l'on entend merveilleusement. Et ce grâce aussi à la mise en scène qui met en valeur le sublime texte de Molière, brisant légèrement l'alexandrin pour rendre le tout plus naturel, n'ajoutant aucun geste de trop, favorisant l'opposition entre Alceste de Philinte (son meilleur ami) en brusquant les déplacements de l'un ainsi que sa voix, lorsque l'autre est plus calme et moins empressé ... Michèle André n'a rien ajouté au texte, qui parle de lui même : tout ce qu'elle crée est entièrement au service de ce texte : là est le bon parti, car il ne peut alors que résonner sans encombre et, porté au plus haut par sa simple existence, il enchante l'esprit du spectateur qui boit les paroles des personnages.
Le reste de la troupe n'en demeure pas moins bon. On connaissait déjà Jonathan Bizet et Elisabeth Ventura. Lui campe un marquis "hype" (tel serait mon expression au vu de ses habits), Acaste, persuadé que Célimène l'a choisi (de même que Hervé Rey, en Clitandre). Elle est peut-être légèrement moins bonne que d'habitude (poussant trop sa voix ?) dans son interprétation d'Eliante, cousine de Célimène. J'ai également découvert un véritable talent comique : Stéphane Ronchewski joue Oronte, un autre marquis qu'Alceste remettra à sa place après avoir entendu un de ses sonnets (dont la lecture est un moment hilarant). Philinte enfin, incarné par Jean-Laurent Silvi, seconde excellement Alceste lors de leurs scènes en duo, tentant de le raisonner sans pourtant réellement y croire. Il faut dire qu'Alceste crée une coupure entre leurs deux personnages dès la première scène ...

Je ne veux pas en dire plus, car ce serait risquer de gâcher un tel texte. Il ne reste qu'à prendre des places et ... applaudissez, maintenant !  ♥ 

Publié dans Critiques

Farré fait fort

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Ferré Ferrat Farré, vu le 30 août 2013 au Vingtième Théâtre

Avec Jean-Paul Farré, Florence Hennequin, et Benoît Urbain

Quel plaisir de commencer ainsi la nouvelle saison théâtrale : une salle que j'aime beaucoup mais où je n'étais pas allée depuis un petit bout de temps, un grand acteur et chanteur sur cette scène que je connais si bien, et des chansons à texte ... Cela ne pouvait être que bien. Mais à quel point, finalement ?
Jean-Paul Farré est un véritable personnage ; voix particulièrement reconnaissable, cheveux longs, petite personne, il ne faut pas longtemps à qui ne le connaît pas pour tomber sous son charme. Dès qu'il entre sur scène, il sait capter notre attention ; sa présence est indéniable. Son talent ne se limitant donc pas à la musique (on l'avait adoré dans Les 12 pianos d'Hercule il y a quelques années), le spectacle se déroulera également autour d'une petite histoire. Farré se transforme en candidat à la présidence de la chanson poélitique : les chansons porteront donc sur plusieurs thèmes définis en début de spectacle, et l'alternance entre Ferré, Ferrat, et Farré se fait sans choquer nos oreilles sensibles, puisque les chansons sont entrecoupées de brefs dialogues.
Comme on pouvait s'y attendre, tout ce qui est chanté est impeccable ... en excluant 2 légers trous du comédien, après tout nous étions à la première et l'erreur est humaine, je pense n'avoir rien à redire. Les chansons sont excellement choisies, c'est-à-dire qu'il parvient à montrer la variété d'écriture des deux auteurs qu'il nous présente : je ne connaissais Ferrat qu'en belles chansons d'amour, et je lui ai découvert d'autres facettes bien inattendues (mais je n'en dis pas plus !). Et puis il faut avouer que Farré a une superbe voix, profonde, roulant ses [r], transmettant chaque émotion jusqu'à me mettre la larme à l'oeil. Une petite objection cependant : il nous présente lors de son spectacle des chansons qu'il a lui même composées (musique et paroles). Si c'est un très bon parolier, et qu'on salue particulièrement sa chanson sur le guide parisien des théâtres, ce n'est pas un excellent compositeur, et la mélodie manque de quelque chose. Bien dommage, car aux côtés de Ferré et de Ferrat, cela fait tache.
Aux côtés de Farré, la violoncelliste et le pianiste jouent le jeu : ils donnent la réplique à Farré lorsqu'ils ne l'accompagnent pas à l'instrument. Inutile de préciser que chacun maîtrise parfaitement son domaine ... par contre, j'ai beaucoup apprécié leur participation aux spectacle, vivante et pleine d'entrain ! Malgré tout, je reste un peu sur ma faim. Le spectacle m'apparaît comme "brouillon", il ne semble pas totalement terminé et quelques arrangements seraient encore appréciés. Une histoire tournant autour d'un meeting, pourquoi pas, mais peut-être pourrait-on aller plus au fond des choses ? 

Un spectacle très conseillé pour qui aime la chanson française, ou souhaite découvrir un grand acteur français quelque peu extravagant ! ♥ 

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Festival d'Avignon 2013

Publié le par Mordue de theatre

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Comme chaque année depuis trois ans, je me rends à ce festival de passionnés qu'est le Festival d'Avignon. Comme chaque année, la chaleur est harassante et les rues sont couvertes d'affiches. Néanmoins, cette année, quelques différences infimes se font sentir. Moins de classiques à l'affiche, à notre plus grand regret. On voit de plus en plus, sur les affiches, "d'après Molière", ou "d'après Feydeau". Oui mais, c'est Molière ou ce n'est pas Molière. Ce "d'après" me déplaît, et j'élimine d'office tout spectacle qui utilise ce procédé. On regrette aussi l'absence de certaines compagnies comme celle qui donnait Masques et Nez, excellent spectacle d'improvisation, ou encore la reprise de Sarvil des Carboni, que je n'irai pas voir l'ayant déjà vu 4 ou 5 fois ...

Comme chaque année, le festival est également l'occasion de rencontrer des artistes, et pour ma part d'aller quémander des autographes ... C'est avec un grand plaisir que j'ai par exemple demandé hier un autographe à Loïc Corbery, que j'ai vu il y a à peine une semaine dans Cyrano. Guetter des visages connus à travers les rues ensoleillées d'Avignon est une activité qui m'enchante toujours autant ...

4 jours ici et, je pense, 5 ou 6 pièces au programme. Mais, et ce pour la première fois depuis la création de mon blog, je travaillerai en collaboration. En effet, après mon départ, un proche dont les goûts théâtraux se rapprochent des miens prendra le relais, de manière à vous offrir un plus large panel de spectacle.

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Tom à la ferme, Théâtre du Chêne Noir

C'est le nom de Raphaëlline Goupilleau qui m'a donné envie de voir le spectacle. L'histoire est glauque, l'ensemble est noir. Il s'agit, en résumé, d'un jeune homme, Tom, qui se rend dans la ferme de la famille de son amant, décédé il y a peu. Il apprend alors que le frère du défunt, Francis, lui avait invité une vie avec une femme, pour cacher à sa mère son homosexualité. Tom va être contraint, sous la force des coups, à maintenir ce secret. Malgré un synopsis peu attrayant, le spectacle est plutôt réussi. Le jeu est acteurs y est pour beaucoup. En effet, le texte a parfois des longueurs, que la mise en scène ne parvient pas à ôter. Mais peut-être est-ce aussi dû à la dureté du spectacle, qui s'accroît jusqu'à devenir presque insupportable. Cependant, les acteurs sont irréprochables, et tout particulièrement celui qui incarne Tom, qui a une véritable maîtrise de son personnage et passe par tous les registres avec une extrême souplesse.

C'est une ambiance particulière qui s'installe au Théâtre du Chêne Noir chaque soir, et je ne conseille le spectacle qu'à ceux qui sont capables de soutenir violence morale et physique durant plus d'une heure. A ceux-ci, je recommande tout particulièrement le spectacle, bien construit et parfaitement interprété !

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Colorature, Théâtre du Chien qui Fume

Comme chaque année, je ne manque pas Grégori Baquet, bien que je connaisse déjà le spectacle qu'il présente. L'histoire est celle de Florence Foster Jenkins, cantatrice ... enfin, c'est ce qu'elle croit. Car elle chante horriblement faux et si sa popularité augmente, c'est que le bouche à oreille fonctionne dans le mauvais sens, et tous les spectateurs se moquent d'elle. L'histoire est touchante et merveilleusement servie par deux comédiens de talent, Grégori Baquet et Agnès Bove. Elle compose son personnage avec brio, et l'on s'attache peu à peu à la cantatrice, à sa petite folie et son caractère bien à elle. Lui, à ses côtés, narre l'histoire avec le talent qu'on lui connaît, accompagnant le tout au piano, avec quelques airs qui nous restent dans la tête après le spectacle.

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, voilà un petit bijou du Festival d'Avignon !

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Une Vie sur Mesure, Cinevox

C'est cette fois-ci sur les conseils de Gladscope que je suis allée voir ce spectacle. Comme l'indique le titre, le spectacle tourne autour de la musique : il s'agit de l'histoire d'un homme, Adrien, fou de batterie. Il nous raconte son enfance où naît sa passion dans un spectacle mêlant narration et performances de qualité à la batterie. Le spectacle est intéressant sur les deux points, c'est-à-dire qu'on s'attache au personnage et à son histoire, et on a envie d'en découvrir plus sur cet instrument trop souvent en retrait, mis en valeur ici par les talents de batteur de Cédric Chapuis. Mais l'acteur a plus d'un tour dans son sac, et il parvient à composer un personnage attachant, bien qu'un peu illuminé par son amour de l'instrument, et à aborder d'autres thèmes tels que la différence, avec une légéreté apparente auquel semble attachée une certaine amertume sous jacente.

Vivement conseillé !

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Pierre-Emmanunel Barré est un sale con, au Capitole

Se promener à Avignon pendant le festival est un véritable délice, car on y croise de nombreuses parades, prêtes à tout pour nous donner envie d'aller voir un spectacle. J'aime les parades originales. Alors cet homme qui accoste les festivaliers avec son air provocateur m'a intriguée, et je me suis rendue le soir-même à son spectacle. Il s'agit d'un one man show complètement décalé, et le titre convient parfaitement. Le comédien y aborde les thèmes les plus politiquement incorrects et rit de tout, du malheur des autres aux handicapés en passant par les génocides, sans jamais perdre son sérieux. Et cela marche bien, puisque la salle rit avec lui, malgré les horreurs qu'il déclame.

Je conseille à toute personne suffisamment ouverte d'esprit pour rire des pires atrocités qui peuvent sortir de la bouche de cet homme que rien n'arrête.

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L'Odyssée de la Moustache, Théâtre du Chêne Noir

Ali Bougheraba, c'est comme les Carboni, c'est une habitude du festival Off. Je ne manque aucun de leur nouveau spectacle. Cette année, après Ali au pays des merveilles où il nous racontait surtout son enfance, il revient dans son nouveau one man show avec ses angoisses de père, et aborde des questions existentielles telles que la vieillesse ou les différentes cultures auxquelles on peut être confronté. Durant plus d'1h, il se donne à fond devant nous, interprétant plusieurs personnages avec l'aisance qu'on lui connaît, sa gestuelle toujours aussi parfaite et son spectacle franchement bien écrit : on rit beaucoup !

Je prédis un grand avenir à cet artiste, et en attendant, je vous encourage vivement à réserver avant qu'il n'y ait plus de palce !

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A la Folie Feydeau, Présence Pasteur

Nous accostant dans la rue, un homme en costume de domestique et au fort accent belge ... Un Feydeau ? Après tout pourquoi pas ! J'appréhende un peu après le catastrophique Mais n'te promène donc pas toute nue d'il y a quelques années, mais il faut bien se relancer ! C'est donc trois saynètes de Feydeau qui nous sont présentées par quatre acteurs, trois hommes et une femme. Ils sont complètement dans leurs personnages et se donnent à fond, il n'y a aucun doute là dessus. Mais pourtant, cela n'a pas pris sur moi, et j'ai beaucoup moins ri que d'habitude, devant un Feydeau. Difficile d'en trouver la cause ... Peut-être en font-ils trop, ou les pièces sont mal choisies ... Ce ne sont pas les meilleures de Feydeau, et les deux premières se ressemblent beaucoup, basées sur le qui proquo ... Enfin, rajouter des intermèdes musicaux était-il nécessaire ?

Ne sait pas trop quoi en penser ... Mais je suis d'avis que Feydeau, dans le Off, n'est pas spectacle aisé.

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Rhinocéros, la Fabrik

Pour satisfaire la curiosité de mon accompagnateur, qui désirait connaître un peu mieux Ionesco, nous avons cherché dans le programme du Off et opté pour ce Rhinocéros qui se joue à la Fabrik'. Dès les premiers mots, il est clair que nous avons affaire à une troupe amateur, et la diction de certains acteurs laisse à désirer. Très vite, l'ennui se fait sentir et l'on n'entend plus le texte, qui n'est d'alileurs pas bien su. J'aurais continué dans le péjoratif si on ne m'avait pas signalé, après le spectacle, que la troupe avait été formée à partir de patients d'un hopital psychiatrique. Ceci explique sûrement cela.

Une expérience dont on peut se passer.

 

A présent, je quitte Avignon. Un festival un peu moins fourni que l'an dernier, mais dont je suis tout de même très satisfaite. Comme je l'ai indiqué en début d'article, je laisse la place à un autre critique en herbe, qui alimentera pendant encore quelques jours cet article.

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Les Mangeurs de Lapin, Collège de la Salle

Ce spectacle burlesque joue sur le thème des numéros de cirque et de music hall improbables ou ratés. La dramaturgie est fondée sur le rapport entre un meneur de jeu tyrannique et ses acolytes facétieux, complices avec le public. Un musicien les accompagne au clavier et batterie + cuivres quand il le faut. Même si les chutes des numéros sont parfois insuffisamment travaillées, le spectacle est généreux et réjouissant. Les artistes sont d'ailleurs de vrais circassiens, à preuve le fabuleux numéro de jonglage de la fin. Le comique, surtout visuel, tient beaucoup au physique d'un des interprètes, maigrissime, au visage effilé, et aux dons de contorsionniste. Il déclenche les rires, qu'il soit en ballerine (grand moment!), en mage oriental, en cornac, en robot, en "Toucan du Médoc"... J'ai pensé au Matamore du "Capitaine Fracasse", qui doit absolument entretenir sa maigreur pour faire rire... On rit donc beaucoup, c'est plein d'invention, parfois jusqu'à l'absurde.

Pour qui aime le spectacle pur, où les artistes n'ont d'autre ambition que de divertir toute la famille !

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Illumination(s), Théâtre des Halles

Quand on va voir du théâtre militant, on appréhende toujours que le sentiment du devoir accompli l'emporte sur le plaisir. Le succès que rencontre ce spectacle (salle pleine, liste d'attente...) rassure a priori, et en fin de compte, c'est l'enthousiasme qui domine.
Le spectacle commence par deux scènes violentes: un jeune homme tabassé par des vigiles, une scène de torture durant la guerre d'Algérie. Le strict costume noir que portent les acteurs est un uniforme grâce auquel ils interprètent les vigiles puis les soldats français. Après cette entrée en matière qui permet de marquer les limites chronologiques,  s'enchaînent des scènes qui vont évoquer sur trois générations, du bled au Val-Fourré, un emblématique "Lakhdar".
Le propos est attendu : les difficultés à trouver sa place dans une France globalement peu accueillante, tout en devenant un étranger dans son pays d'origine. Le texte est simple, poétisé malgré tout par un aspect choral (reprises, anaphores) et la réécriture finale du "Dormeur du Val (fourré)". Mais c'est la mise en scène qui s'impose : les interprètes, tous de jeunes hommes issus des cités, sont non-professionnels, A. Madani compense leur manque d'expérience par l'emploi de la voix off, et par le choix d'un certain statisme, mais il fait de ces contraintes un atout grâce au rythme et à la précision dans l'occupation de l'espace scénique, grâce aussi aux choix musicaux. Si le résultat est si emballant, on le doit au "casting", à la direction d'acteur et à l'engagement, à l'authenticité des interprètes. A. Madani a choisi des visages, parfois magnifiés par la vidéo en fond de scène: il y a le renfrogné, le rude, le fragile, le roublard, le tendre... Une fois de plus, et malgré la choralité du spectacle, on prend conscience qu'au théâtre tout se joue sur les visages humains, et c'est magnifique.
Un seul regret, ou plutôt deux : tout d'abord, que les rapports hommes-femmes soient très peu abordés (mais il paraît que ce spectacle est le premier d'une trilogie...). D'autre part, en ce théâtre des Halles, la scène est loin d'être le miroir de la salle: les festivaliers ne sont ni jeunes, ni immigrés, ni pauvres; à la fin, le texte joue avec cela: les interprètes jaugent les spectateurs; mais cela m'a paru trop timide, et flou dans l'intention.
Une travail très réussi, une mise en scène d'une grande rigueur, et des interprètes étonnants: un spectacle que l'on aimerait revoir pour en savourer toute la cohérence. Du très beau théâtre.

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Le festival d'Avignon est terminé, autant pour moi que pour ma complice ! Nous reviendrons l'an prochain avec, peut-être, une plus grande variété de spectacles, un séjour plus fourni en théâtre ? On l'espère.
A l'année prochaine !

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