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Dom Juan, de Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Dom Juan, de Molière, vu le 29 septembre au Théâtre Éphémère (Comédie-Française)

[ Avec Alain Lenglet, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Clément Hervieu-Léger, Pierre Louis-Calixte, Suliane Brahim, Jennifer Decker, Jérémy Lopez, et Jean-Michel Rucheton, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent ]

Je disais dans ma précédente critique, qu'il existait ce genre de pièce où il fallait trouver L'Acteur. Il me paraît évident que Dom Juan en fait partie. Le personnage éponyme mène le jeu, il est en quelque sorte le metteur en scène de cette histoire. Du moins pense-t-il l'être. Il doit tout de même guider ses personnages, et donc jouer avec eux. D'après moi, c'est impératif. Et l'un des principaux problèmes était que, ce soir là, lors du 1er acte surtout, les acteurs n'étaient pas ensemble.
Séparément ? Un régal. Mention spéciale à Serge Bagdassarian, très grand Sganarelle. Peureux, craignant le Ciel et son courroux, mais attachant, j'ai découvert une facette de son personnage que je ne connaissais pas : il semblait très attaché à son maître. Mais LA scène de Sganarelle, son petit moment de gloire à lui, toujours relégué derrière son maître, c'est sans doute la scène où il cherche à démontrer le fond de sa pensée à ce dernier, et où, embrouillé, il finit par tomber. D'une légereté impressionnante, il se met à danser devant nous, à sautiller, de plus en plus vite, toujours avec autant de précision : la salle rit aux éclats, c'est vraimnet réussi. On retrouve également une excellente Suliane Brahim, sa voix et son jeu si touchants se prêtant ici merveilleusement à son rôle d'Elvire, femme épousée puis rejetée, qui suit Dom Juan alors qu'il la fuyait. Comme à l'habitude, j'ai adoré Julie Sicard, qui, avec Jérémy Lopez, compose une paysanne tellement crédible qu'on a du mal à croire que Dom Juan puisse en tomber amoureux. Ou même la trouver jolie, puisqu'elle se crée même un visage, boudeur et renfermé, peu séduisant. Jérémy Lopez, quant à lui, est vraiment ... adorable. Je ne saurais trouver d'autre mot. Son amour pour Charlotte (Julie Sicard), compromis par Dom Juan, le rend tout triste, tout peiné, et la manière dont il cherche à la reprendre à Dom Juan, peu convaincante, reste touchante.
Pour ce qui est des personnages un peu plus secondaires à présent .. Clément Hervieu-Léger est parfait. Il joue Don Carlos (frère d'Elvire) avec tant de conviction et de vivacité qu'on pourrait prendre son personnage pour le rôle principal. Son timbre de voix, ses intonations de fin de phrase, et sa diction, sont parmi les plus belles du Français. Enfin, c'est là un de ses nombreux talents, et il est avant tout un excellent comédien. Comme à son habitude également, Pierre Louis-Calixte compose différents personnages comiques très réussis.
Oui mais, vu comme ça, le spectacle a l'air très bon. Ce n'est pas le cas. En effet, comme je l'ai souligné précédemment, les acteurs ne jouent pas franchement ensemble (enfin, soyons honnête, plus le spectacle avance et mieux c'est !). Et puis, point négatif assez important : Loïc Corbery. Embêtant lorsqu'on incarne le rôle principal. Dérangeantes, l'articulation bien trop exagérée et les intonations "fausses" de fin de phrases. Agaçant, ses cris incessants. Décevantes, ses longues tirades dont le sens n'est pas bien mis en lumière. C'est dommage, car il peut être très bon, mais ce défi, de lui confier le rôle, semblait perdu d'avance ... Il n'est définitivement pas convaincant.
Et puis ... Comment interpréter la fin ? Oui, car Jean-Pierre Vincent a décidé que, après avoir serré la main au Commandeur et s'être effondré sur le sol, Dom Juan se relèverait, comme si de rien était. J'ai pensé un instant que cette fin signifiait une absence de "Ciel", mais cela ne convient pas, puisque le Commandeur est présent dans la pièce, et que Dom Juan lui serre la main à la fin. L'idée semblait bonne, mais malheureusement assez mal menée ...
Enfin, pour conclure sur une note (un peu) positive, on ne peut pas dire qu'on s'ennuie durant ces 3 heures. C'est un Dom Juan plus comique que sombre, ce qui rappelle le Tartuffe de Marion Bierry : serait-ce à la mode de traiter Molière de manière légère ? 

Assez délicat pour moi de noter ce spectacle ... Je n'en ai pas un immense souvenir, mais ce n'était pas non plus mauvais. De plus, j'aurais vraiment souhaité voir un très bon Dom Juan, pour me réconcilier avec cette pièce que j'ai du mal à apprécier ... Peut-être en attendais-je trop ? ♥ 

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Volpone, de Ben Jonson

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Volpone, de Ben Jonson, vu le 15 septembre 2012 au Théâtre de la Madeleine

[ Avec Roland Bertin, Nicolas Briançon, Anne Charrier, Philippe Laudenbach, Grégoire Bonnet, Pascal Elso, Barbara Probst, Matthias Van Khache, et Yves Gasc, dans une mise en scène de Nicolas Briançon ]

Regardez Roland Bertin se tordre de douleur sur son faux lit de mort. Volpone, c'est lui. Un vieil homme en parfaite santé, riche, et qui se fait passer pour extrêmement malade en se jouant des différents personnages venant chez lui pour une chose : apparaître comme héritier sur son testament. A droite de cette photo, c'est Mosca, le parasite de Volpone. Peut-être un des êtres les plus noirs et les plus affreux du théâtre, avec Iago. 
L'histoire est sombre, vraiment sombre. Tous les personnages présents sont des ordures, qui ne pensent qu'à l'argent. Pourtant, on rit beaucoup. Jusqu'à la scène finale, le rire est au rendez-vous. Sans doute dû et aux quelques retouches du texte par Nicolas Briançon, et à la troupe formidable qu'il a réunie sur scène. Les deux ensemble donnent un spectacle parfait. 
Tout d'abord, le décor. Haut, sombre, composé de nombreux coffres, contenant les biens de Volpone ... Au début de la pièce, les 3 danseurs que nous retrouverons à plusieurs reprises par la suite nous présentent ce décor, ouvrant les coffres pour nous montrer l'importance des possessions de Volpone. Ouverts, ces coffres scintillent de par l'or qu'ils contiennent, et sont presque la seule source de lumière dans l'appartement de Volpone : sont-ils toute sa vie ? Sûrement. 
Il y a ce genre de pièce éponyme, dans lesquelles il faut trouver L'Acteur, comme l'Avare, Le Malade Imaginaire ... En Roland Bertin, Nicolas Briançon a su trouver un excellent Volpone : hilarant lorsqu'il joue le faux malade, ce personnage pourtant infect parvient, par le jeu de l'acteur, à nous toucher, et nous émouvoir ... J'ai eu pitié de lui, lors de la scène finale ... c'est son visage qui possède un je-ne-sais-quoi d'enfantin et d'innocent qui fait que nous nous attachons à lui, malgré ses manières infâmes. Mais si Roland Bertin m'a beaucoup impressionnée, que dois-je dire de la prestation de Nicolas Briançon, qui signe également la mise en scène ? Le premier mot qui me vient à l'esprit est : Waaaw. Cet homme a quelque chose. Il s'est entièrement approprié son rôle de Mosca, et même s'il paraît joyeux lorsqu'il s'adresse aux autres personnages, il reprend sa véritable nature dès que l'attention n'est plus sur lui. La tête haute et le port droit, son regard de faucon, inquiétant et froid, renforcé par la forme étroite de ses lunettes, tuerait quiconque le croiserait. Diction parfaite, gestes d'une précision impeccable, Nicolas Briançon est parfait. Parfaitement effrayant.
Bien sûr, il faut que je mentionne les autres acteurs, qui sont tout aussi bons. Gregoire Bonnet, Pascal Elso, et Yves Gasc, forment un "trio des intéressés" formidable : tous ont composé leur personnage, tous sont différents : l'un trop énergique, agité, stressé, prêt à donner sa femme pour de l'argent, l'autre inquiétant, rappelant un mafieu, pour lequel toutes les méthodes sont bonnes pour arriver à ses fins (ou du moins la fin de Volpone), et le dernier, plus léger, puisqu'incarnant un vieil homme complètement sourd, et donc entraînant de nombreux comiques de situation. Du côté des rôles féminins, j'ai découvert avec plaisir Anne Charrier, fabuleuse prostituée, dont le jeu est aussi beau que ses traits. Les deux acteurs incarnant les "jeunes" suivent la qualité d'ensemble : un peu niais, avec une grande part d'innocence, on a parfois tendance à les oublier, car ils sont bien moins durs et horribles que les autres rôles. Les ordures ne sont-elles pas bien plus intéressantes que les êtres parfaits ? Enfin, Philippe Laudenbach, tout tremblant (sans doute de trac) lors de sa première apparition, est bien plus convaincant lors de la seconde, interprétant un juge perdu et ne sachant qui croire.
Nicolas Briançon fait désormais parti de ces acteurs/metteurs en scène, dont je suivrai les différents spectacles. Et pour cause : après l'excellence de Jacques et son maître, il signe en Volpone un spectacle inoubliable, inquiétant, drôle, et génant. Incroyable.

Une leçon de Théâtre. A voir impérativement.    ♥ 

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Tartuffe, de Molière

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Tartuffe de Molière, vu le mercredi 12 septembre 2012 au Théâtre de Paris

[ Avec Claude Brasseur, Patrick Chesnais, Chantal Neuwirth, Beata Nilska, Emilie Chesnais, Julien Rochefort, Arnaud Denis, Marcel Philippot, Guillaume Bienvenu, Roman Jean-Elie, Alice De La Baume, et Jacqueline Danno, dans une mise en scène de Marion Bierry ]

"Couvrez ce sein que je ne saurais voir !". Réplique culte, n'est-ce pas ? Tout le monde la relie immédiatement au si célèbre Tartuffe de Molière, considéré comme l'une de ses plus grandes oeuvres, et relatant l'histoire sombre d'une famille presque soumise à cet homme, ce fameux Tartuffe, qui a réussi à aveugler Orgon, le père de famille. Il a fait du faux dévôt son petit protégé, et depuis qu'il vit auprès de lui, il affirme qu'il verrait mourir "frère, enfant, mère, et femme" sans que cela l'atteigne.

J'étais un peu appréhensive en raison du choix qu'avait fait Marion Bierry, metteur en scène, de faire porter à Patrick Chesnais et Claude Brasseur les lourdes responsabilités qu'accompagnent les rôles principaux. Mes craintes portaient principalement sur la portée de leur voix, la précision de leur geste ... enfin en gros, la qualité de leur jeu. Je sais, partir avec un a priori au théâtre n'est pas une bonne chose, je suis la première à le dire. Néanmoins, lorsque notre a priori se révèle faux, quel heureuse surprise c'est ! Brasseur est un formidable Orgon : sa naïveté, sa foi envers Tartuffe, mais son profond bon fond malgré tout sont parfaitement retransmis sur scène. Il est émouvant lorsqu'il s'adresse à sa fille ou encore lorsqu'il serre son fils dans ses bras après l'avoir chassé de la maison. Il a de plus une véritable présence. Enfin, ses "le pauvre homme !" sont les plus vrais, les plus beaux, les plus sincères que j'ai pu entendre : leur résonnance est parfaite. En bref, il m'a totalement convaincue. Mais j'étais au 4e rang, et n'ai pas pu vérifier si sa voix portait clairement jusqu'au fond de la salle. En ce qui concerne Chesnais ... C'est un très bon Tartuffe, c'est un indéniable, même si parfois un peu trop impassible à mon goût, mais il semblait tirer la couverture à lui, avec certains mouvements, certaines mimiques ... Il semblait essayer de créer quelque chose de nouveau dans son personnage, mais ça ne semblait pas fonctionner, alors que Brasseur était un Orgon "habituel", sans trop de recherche, mais vraiment excellent. Parfois, il ne faut pas trop réfléchir.

Mais, s'ils sont les deux "têtes d'affiches", des noms accrocheurs pour certains spectateurs, il n'en reste pas moins que le reste de la troupe, ou du moins la plupart, est excellent lui aussi. Tout d'abord, quel "Bravo !" j'ai crié lorsque Chantal Neuwirth est venue saluer le public : quelle Dorine parfaite ! C'est exactement ainsi que le personnage a été pensé, elle est absolument ... je manque de superlatifs, et j'aurais peur de me répéter. Le fait est que son personnage est si drôle et pourtant si simple, qu'elle possède un sens du rythme remarquable, que ses répliques tombent toujours à point, que ses mimiques provoquent le rire ... De même, Julien Rochefort, incarnant le frère d'Elmire, semblant toujours pressé, stressé, impatient, est excellent ! Comme quoi, certains "fils de" n'ont pas que le nom ... Mais on ne peut pas dire cela pour tous : en effet, Emilie Chesnais, qui incarne la fille d'Orgon, n'est pas à la hauteur du reste de la troupe. Voix trop haute, mimiques ridicules, jeu moyen ... Pourquoi l'a-t-on choisie pour incarner ce rôle ? Il devient fade et inintéressant. Bien dommage. En revanche, c'est avec plaisir qu'on retrouvait Arnaud Denis en Damis : énergique à souhait, il endossait à merveille le rôle du fils au fort tempérament. Mais il sait également jouer avec ses humeurs, et calme et émotion étaient au rendez-vous lors de la "retrouvaille" avec son père. 

C'était donc globalement un bon Tartuffe. Mais puisqu'il faut critiquer, critiquons : la pièce était traitée de manière un peu légère ... On en venait presque à oublier le sujet sombre qui est la base de la pièce. On en venait presque à oublier l'horrible homme qu'est Tartuffe. On rit trop. Mais c'est un parti pris, et c'est ainsi que Marion Bierry doit voir la pièce : une pure comédie. Pourquoi pas ?

On passe un très bon moment, ponctué de rires nombreux.  ♥ 

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Publié dans Critiques

Jean-Marie Besset

Publié le par Mordue de theatre

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Jean-Marie Besset est un auteur que j'ai découvert il y a 2 ans, lors de la première de Ce qui arrive et ce qu'on attend (25 août 2010). Je n'ai pas immédiatement apprecié l'écriture, le style. Malgré tout, j'étais intriguée, persuadée que quelque chose m'avait échappé, et comme j'avais tout de même apprécié la pièce, j'y suis retourné à plusieurs reprises. Il m'a fallu plusieurs représentations pour comprendre l'excellence de ce que je venais de voir. Après cette pièce, j'ai voulu en découvrir d'autres, et j'ai lu, vu des DVDs, et d'autres de ses pièces (Il faut je ne veux pas) ...

Cet auteur m'a également interessée par son parcours. En effet, poussé par ses parents, il a d'abord fait une grande école de commerce avant de se diriger vers le théâtre. Ce passé, ces études qu'il ne souhaitait peut-être pas, tout ceci se ressent beaucoup dans son oeuvre : je ne crois pas me souvenir d'une pièce où l'univers des grandes écoles n'est pas mentionné. Une de ses oeuvre a d'ailleurs pour titre Grande École (je n'ai vu que le film, que je n'ai pas beaucoup aimé, mais je pense lire la pièce d'ici peu).

De Besset, j'ai donc beaucoup lu. Certaines pièces m'ont beaucoup plu (Commentaire d'amour, Perthus, Je ne veux pas me marier), d'autres moins (Fête Foreign, RER). Mais j'en élève une bien plus haut que tout ce que j'ai pu lire, ou voir ... J'ai longtemps pensé que Ce qui arrive et ce qu'on attend était indépassable. Puis j'ai lu Un coeur français. Dans cette pièce, on découvre Janvier lors de sa transplantation cardiaque. Je ne veux pas m'essayer à résumer plus que cela, car la pièce est bien trop complète pour pouvoir être résumée. Le fait est que cette pièce est grandiose. Jean-Marie Besset y mêle avec brio les sujets de la mort, de l'amour, et de la politique, entre autres. On y retrouve cette tension sous-jacente qui m'avait tant marquée dans Ce qui arrive et ce qu'on attend. De la tension liée à la mort comme aux choix importants devant lesquels se retrouve Janvier. De la tension par les actions qui s'y déroulent, comme par les mots qui s'y disent. Et quel titre : Un coeur français. L'expliquer, ou l'analyser, briserait sa beauté. Il faut lire, pour comprendre. Voir aurait été mieux, mais la pièce ne se donne pas en ce moment. Dans tous les cas, cette pièce m'a vraiment touchée. J'ai pleuré en la lisant, ce qui est plutôt rare. S'il y a une oeuvre de Besset à lire, je pense que c'est celle-ci. J'aimerais beaucoup lire d'autres avis !

De plus, Jean-Marie Besset n'est pas seulement auteur de théâtre. Il est également adaptateur. Par exemple, c'est lui qui a traduit le texte de Will Eno, Thomas Chagrin. C'est également lui qui signe la traduction de The Importance of being Earnest en L'importance d'être sérieux (Oscar Wilde), qui se jouera dès janvier 2013 au TOP. Enfin, à tous ses talents, ajoutons qu'il est également l'un des fondateurs du festival NAVA auquel j'ai assisté cette année. 

[Article en cours de rédaction]