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Garde-toi d’Amélie !

Publié le par Complice de MDT

Critique d'Occupe-toi d’Amélie, de Feydeau, mise en scène d’Henri Lazarini, Théâtre 14, Vu le 21 Novembre 2013
Ceci est un article écrit par une complice de MDT

« Occupe-toi d’Amélie » est la dernière pièce de Feydeau en trois actes. Seul son titre est dynamique et pétillant. Pour le reste, on y ressent une certaine usure de l’inspiration et de la technique dramatique. L’exposition est interminable, les personnages à effets sont peu renouvelés par rapport aux pièces antérieures, le dialogue est répétitif.

Pour donner du peps à cette pièce, on choisit généralement de supprimer le troisième acte, où la pantalonnade (double constat d’adultère) tire vraiment en longueur.
Henri Lazarini, lui, a choisi la version longue, et retient (piège, devrait-on dire) ses spectateurs deux heures durant devant une scène où s’agitent des acteurs à peine dignes d’une troupe de seconde zone. Sans doute a-t-il pensé que faire courir, taper du pied et crier ses comédiens était le secret du dynamisme et du rythme, et que pour le reste, une gestuelle vulgaire et quelques clins d’œil à l’actualité ajoutés au texte emballeraient le public ?
C’est peu dire que le soufflé retombe très vite : dès le début, rien ne prend, et l’on sait que rien ne prendra. Il faut pour Feydeau un metteur en scène et des acteurs qui insufflent un rythme endiablé, des effets calculés avec une précision horlogère, une folie qui emporte tout. et qui ne se relâche jamais. Il faut donc des artistes extrêmement talentueux et maîtres de leur art. On en est loin : Bernard Menez, sur le nom duquel repose la publicité du spectacle, ne se fatigue pas dans le seul rôle un peu original de la pièce : ce gendarme à la retraite qui gère la carrière de cocotte de sa fille a quelques répliques qui pourraient faire mouche avec un acteur plus investi. Frédérique Lazarini, beaucoup trop âgée pour le rôle d’Amélie, ne donne aucun relief à son personnage, et n’a rien du charme faubourien nécessaire. Marc-Henri Lamande en Van Putzeboom, personnage à accent, se contente de crier. Kevin Dargaud en maharadja se croit sur une scène de café théâtre et prolonge ses effets en espérant tirer la couverture à lui. Le reste de la distribution est à l’avenant : tous les acteurs naviguent à vue et leur abattage se réduit à des cris et galopades désordonnés, sans aucune des nuances et des ruptures de ton qui pourraient apporter quelque charme à l’ensemble.
Quand on pense au formidable « Homme et galant homme » qui a ouvert la saison du Théâtre 14, on se dit qu’il y a là une vraie erreur de programmation. Que le nom de Feydeau n’abuse pas ceux qui souhaiteraient se divertir pour les fêtes : rien de plus ennuyeux qu’un vaudeville raté et la vie est trop courte pour perdre ainsi sa soirée.

Le VaudevilLaurentdez-vous du Vieux-Colombier

Publié le par Mordue de theatre

Critique du Système Ribadier, de Feydeau, vu le 16 novembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Martine Chevallier, Christian Blanc, Laurent Stocker, Julie Sicard, Nicolas Lormeau, et Laurent Lafitte, dans une mise en scène de Zabou Breitman.

En entrant dans la salle du Vieux-Colombier, un premier choc. J'ai stoppé net. Sur scène, l'exacte tableau que je viens de franchir. Étrange impression que de se retrouver devant le lieu qu'on a laissé derrière soi. Devant moi donc, la rue du Vieux-Colombier et son théâtre, ses beaux immeubles, et ses bruits ambiants. La surprise passée, l'étonnement atténué, c'est l'interrogation qui prend le relais : pourquoi ? Ne viens-je pas voir Feydeau ? Me suis-je fait à nouveau entourlouper par la Comédie-Française ? Que nenni ! Tout prend sens lors du début du spectacle, quand un premier sourire s'est formé sur mon visage, et qu'il ne m'a quitté pendant les 2h suivantes seulement pour me permettre de reprendre mon souffle entre deux esclaffements. 

C'est donc tout naturellement qu'un homme entre sur scène, un chien pas loin derrière lui. Ce serait gâcher la surprise, ou du moins l'invention, que de trop détailler, alors admettez simplement que le plateau tourne, avec toute la maîtrise que l'on connaît au regretté Jean-Marc Stehlé, maître des décors, cédant alors la place au salon des Ribadier. L'action se déroule ici, dans cet appartement bourgeois. On découvre une femme d'une méfiance maladive envers son deuxième mari, le premier (Robineau) étant mort et ayant laissé derrière lui une livre contenant toutes ses techniques employées pour tromper sa femme. C'est donc pour éviter d'autres cocufiages qu'Angèle (Julie Sicard) file Eugène (Laurent Lafitte) nuit et jour. Seulement lui a son propre système, bien plus inventif que ce qu'on peut trouver dans les livres : par un talent qui lui est propre, il hypnotise sa femme et peut alors vaquer à ses occupations... Mais c'est sans compter l'arrivée de Thommereux, ancien ami de Robineau et amoureux d'Angèle, et qui va perturber l'équilibre qui régnait officiellement dans le couple ...

On retrouve donc dans cette pièce le meilleur de Feydeau, de son rythme effrené et de ses comiques de situation. Comme ça paraît facile, mais qu'est-ce qu'ils sont drôles lorsqu'ils sont bien joués ! J'ai rarement autant ri devant un Feydeau. Peut-être parce que le texte parle ici de lui-même : il n'y a aucune astuce pour faire rire en plus, aucune ruse dans la mise en scène qui n'aurait pas sa place dans la pièce. Tout y est excellent, du choix des acteurs au moindre geste qu'ils exécutent. Je parle de Martine Chevallier, divine femme de chambre à la forte poitrine et au rire si gai, tintant comme des clochettes, et qui, lorsqu'il n'en finit pas, amène de lui-même, naturellement, le rire dans la salle. Que dire de Christian Blanc, de son air constamment éberlué et de ses facéties animalières ? Julie Sicard, quant à elle, nous enchante par son air sévère qui s'éteint souvent pour laisser place à une geignardise comique à souhait ! Nicolas Lormeau, la bedaine en avant, le nez rouge, incarne le mari de la maîtresse d'Eugène, et son jeu de voix est un délice.

C'est dingue, car chaque acteur compose un personnage bien à lui, caractériel, et complètement à l'opposé des autres. Et pourtant, loin de jouer solo, on assiste réellement à un travail de troupe, qui permet les scènes les plus réussies, où l'on rit à s'en décrocher la machoire. Je pense tout particulièrement alors au jeu des deux Laurent, qui portent, en quelque sorte, le spectacle. Je suis convaincue que tout est dans le rythme. Les deux acteurs sont réglés à la microseconde ; les gestes, executés à une vitesse folle, restent d'une netteté impressionnante. Certains aspects de leurs compositions jouent aussi sur l'appréciation de leur jeu : je pense au rire bête de Ribadier qui fait dire à sa femme qu'il a l'air d'un crétin, ou des brusques changements de ton de Thommereux - la spécialité de Stocker ! - qui sont à mourir de rire. Tout est réalisé à la perfection ; je pense par exemple à l'entrée de Thommereux, remarquable, sans défaut : à peine a-t-il franchi la porte que tout l'espace lui appartient, et que les rires fusent... Et cette excellence se retrouve jusque dans le moindre détail : même hors de la maison des Ribadier, Thommereux-Stocker reste génial ! Enfin, ajoutons à cela la folie Feydeau, et l'on trouvera ça normal de voir nos deux Laurent mêlés lors d'une danse savoureuse et tordante !

Le succès, que dis-je, l'ovation ! - qui accueille le spectacle est donc pleinement mérité pour ce qui est de la troupe. Mais ce n'est pas tout ! Le tout est dirigé d'une main de maître par Zabou Breitman, qui en respectant en premier lieu le texte, a su en tirer le meilleur, et ajouter seulement après une touche personnelle en arrière plan : on pense non seulement au clin d'oeil au théâtre, flagrant dans la première scène, et qui est toujours présent en fond de scène le reste du temps, mais aussi à l'utilisation des accessoires - on n'oubliera pas l'utilisation farvelue du furêt empaillé - et la consommation entière du talent des comédiens : Stocker est un maître en gestuelle et en précision ? Il n'a de cesse de nous le montrer : mais je n'en dis pas plus ! Il faut le voir, pour le croire !

C'est 1h50 de rire pur qui nous sont proposés en ce moment au Vieux-Colombier : un Feydeau comme on les aime, élevé au plus haut par une troupe, qui, lorsqu'elle n'abuse pas de son titre de premier théâtre de France, nous prouve à nouveau qu'elle peut faire des merveilles. Courez-y ! ♥ ♥ 

Les Seigneurs de l'anneau ?

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Ring, de Léonore Confino, vu le 31 octobre 2013 au théâtre du Petit St-Martin
Avec Sami Bouajila et Audrey Dana, dans une mise en scène de Catherine Schaub

Le froid commence à se faire sentir et la queue s'allonge bien au-delà de l'entrée du théâtre du Petit St-Martin. Cela fait maintenant près d'une demi-heure qu'on attend dehors - je déteste attendre -, il est 21h, l'heure de début de la pièce, et toujours aucun signe à l'intérieur. Pour moi qui ne suis pas très patiente, voilà un spectacle qui commence mal. On finit tout de même par entrer, mais j'avoue que mon humeur est un peu amochée : le spectacle a intérêt à être bon, sinon voilà qui va encore plus m'énerver ...
Le décor est plutôt simple : une piste blanche qui remonte en fond de scène, sur lequel sont disposés un banc (qui deviendra baignoire), puis un lit. Tout est blanc, tout est pur. J'ai trouvé ce décor vraiment ingénieux : les 18 saynètes se déroulent avec seulement ces deux accessoires, parfaitement utilisés. La scénographie est également très esthétique : il arrive aux deux comédiens de danser, ou tout comme, sur scène, et lui utilisera alors cette "scène qui remonte" pour des petites cabrioles. Ça donne encore plus de vie au spectacle, et c'est joli à voir. L'élégance des acteurs participe également au côté "décoratif" du spectacle : bien que leurs chorégraphies soient relativement simples, le résultat est également un agréable moment visuel.
On est donc là pour 1h20 de vie du couple. Le couple, on connaît, c'est un sujet dont on a déjà tiré tout ce qui était possible. La pièce sur le couple, ça paraît donc plutôt dangereux à tenter. Le pari est presque gagné. Le spectacle tient parfaitement la route : il aborde des clichés, c'est vrai, mais nous ne sommes plus étudiants pour faire des remarques pareilles : tous les clichés sont vrais. Le spectacle s'ouvre sur Adam et Êve, et tout de suite on sent une complicité entre les acteurs qui ne tarira pas durant les scènes. Après cette excellente ouverture, les histoires de couple s'enchaînent. Camille et Camille. Ils auront successivement des problèmes, des joies, un enfant, ils feront face à l'avortement, à la tromperie, à la mort ... Des saynètes plus ou moins réussies. Certaines très belles, d'autres un peu trop en surface, c'est aléatoirement bon et moins bon. Mais qu'importe, puisque l'on a face à nous deux très bons comédiens, donnant le meilleur d'eux-mêmes durant 1h20.
Elle est survoltée, elle interprète la femme impatiente de dévorer la vie à pleines dents, regorgeant d'énergie, parfois trop. On s'inquiète un peu pour la voix de l'actrice qui semble ne pas supporter les cris qu'elle peut enchaîner durant la pièce. Mis à part ce détail, on n'a rien à lui reprocher. A ses côtés, Sami Bouajila excelle également. Lui est plus calme qu'elle, il canalise son énergie et est plutôt dans la retenu durant tout le spectacle. Mais ses démons sont là aussi, et il sait le faire passer. Le moment de nostalgie est parfaitement joué, il manipule ses émotions sans difficulté. De même, la tension croissante dans la scène de découverte de l'adultère est maîtrisée tant sur le plan vocal que gestuel, rien n'est en trop, l'acteur est superbe.
Cependant, on reste sur sa faim. Certaines saynètes sont décevantes : le spectacle oscille entre le très bon et le mauvais sur le plan textuel. Parfois lourd, parfois s'étirant en longueur, ce sont autant de choses qu'on aurait pu éviter en donnant simplement un très bon spectacle d'1h.

Pourquoi pas ? Le spectacle peut être vu en couple ou non, traitant autant de la femme, de l'homme, que de l'union qu'ils peuvent former. ♥ 

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