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4 articles avec festival d'avignon

Festival d'Avignon 2014

Publié le par Mordue de theatre

Festival d'avignon 2014

Enfin, nous y sommes ! Après des conflits acharnés, de nombreuses délibérations, des manifestations, des mécontentements, mais pas encore de réussite dans ce combat maintenant bien connu des intermittents, le Festival d'Avignon a finalement débuté, et les rues de la ville sont déjà gorgées d'amateurs de théâtre venus savourer le délicieux mélange théatre-soleil avignonnais. 

En première partie de cet article, les critiques des spectacles vus au Festival OFF ; en seconde partie, celles des spectacles vus au Festival IN.

Pour plus de variété dans les choix des lecteurs, j'ai fait appel à ma complice, qui sera au Festival d'Avignon après moi, pour critiquer ce qu'elle voit. Ainsi ses critiques seront précédées d'une * pour la distinction.

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Racine par la racine (Théâtre de l'Essaïon)

On parlait de triomphe d'Avignon Off 2013, j'en avais beaucoup entendu parler. Et on ne peut pas être déçu d'un spectacle qui met en valeur les vers de Racine, non ? Et bien si. J'en attendais sûrement trop, au regard des critiques alignées sur le prospectus. Mais si le fil directeur est perceptible : l'enchaînement et la présentation des 11 tragédies de Racine, en sélectionnant pour chacune un passage bien connu, l'intention, elle, l'est moins. Qu'est-ce que cette présentation des scènes apporte ? Si on ne connaît pas les vers, ça nous apparaît comme un joyeux capharnaüm, et si on connaît, on est parfois déçus par la prestation. Pour Phèdre particulièrement, j'ai trouvé que ça manquait cruellement d'émotion... Bien dommage, car l'actrice qui l'interprète s'en était plutôt bien sorti en Andromaque. Ils sont quatre sur scène, et seule elle se détache du lot : l'autre actrice est satisfaisante, et je n'ai pas réussi à prendre au sérieux l'un des deux acteurs restants, son visage étant bien trop comique pour être convaincant dans du Racine.

Pas essentiel. ♥ 

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Lettre d'une inconnue (Théâtre du Chien qui fume)

Lorsqu'un écrivain connu rentre chez lui de voyage, ce soir là, il découvre une enveloppe dans laquelle douze pages, manuscrites, l'attendent. Cette enveloppe, c'est l'histoire d'une femme passionnée, une femme rongée par un amour si puissant qu'il la mènera jusqu'à la mort, une femme qui n'a vécu que pour cette homme qui ne la connaît pas. Dans son roman, Zweig met à nouveau en scène ces sentiments qu'on lui approprie souvent : une passion si forte qu'elle conduit l'être à la folie, à l'esclavage envers celui qu'il aime. Et ce sentiment intense, Sarah Biasini et Frédéric Andreau la retranscrivent avec une justesse incroyable : on la voit se transformer, et son excitation de petite fille devenir un désir de femme. On le voit s'étonner, parfois s'enorgueillir d'un tel amour, puis d'un air triste, songeur, penser à ce qui est passé à côté de lui sans qu'il s'en aperçoive. Les deux acteurs sont magistraux et le duo fonctionne à merveille.

Aux amoureux de Zweig, comme aux autres, voilà un spectacle du Off à ne pas manquer. Attention ! La salle est pleine.  ♥ 

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Le Nazi et le Barbier (Théâtre Cabestan)

J'avais déjà entendu parler de la pièce à Paris, et me laissant guider une nouvelle fois par les excellentes critiques de ce spectacle (et par mon programme de français de l'année prochaine, avouons-le, portant sur la Guerre - quelle originalité !), je me suis donc rendue au Cabestan cet après-midi. L'histoire est abominable, il faut le dire : Max Schultz, dont tout le monde dit qu'il a l'air d'un juif, mais qui ne l'est pas, vit avec sa mère en Allemagne, en face d'une maison où habitent des juifs. Il se lit d'amitié avec Itzig Finkelstein, le garçon de la famille d'en face, qu'il suivra partout jusqu'à la montée d'Hitler et du nazisme. Max Schultz s'engagera alors dans les armées d'Hitler, et ira jusqu'à tuer son vieil ami et toute sa famille. Lorsque la guerre se finira, il tirera profit de son physique et se fera passer pour Itzig le restant de ses jours. L'homme, d'abord naïf et innocent, puis génocidaire, finira sa vie ainsi, en tant que juif se battant pour sa religion. Mais si l'histoire est forte, le texte ne va pas assez loin : lorsqu'il aborde son engagement dans l'armée, ou sa lutte aux côté d'autres juifs, on aimerait en entendre plus, plus d'explications, de sentiments d'alors de Max. Car on sent que l'acteur a plus d'une corde à son arc, et qu'il pourrait nous emmener loin, bien plus loin que là où il nous emporte au Cabestan. On reste sur sa faim.

Approndi, j'aurais été totalement convaincue. Belle performance d'acteur.  

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Le Misanthrope (Théâtre Actuel)

Des trois Misanthropes vus cette saison dans les salles parisiennes, voici sans doute le meilleur : vu à la Cigale en début d'année dernière, il est repris ici à Avignon avec la même distribution à quelques exceptions près : Elodie Navarre reprend le rôle de Célimène, et Loïc Bon celui de Basque, le valet de Célimène. Et cette nouvelle distribution a su me convaincre encore davantage : Elodie Navarre est, en effet, une Célimène plus mondaine, peut-être aussi plus minaudière, et son humanité jure avec la misanthropie d'Alceste qu'incarne Arnaud Denis. Lui est un atrabilaire amoureux proche de la folie, parfois violent et brusque, parce qu'agité d'un amour jaloux et incontrolable. Les deux acteurs principaux, de même que le reste de la troupe, incarnent le chef-d'oeuvre de Molière avec brio. Une note aussi pour Catherine Griffoni, qui m'avait déjà enchantée en septembre, et qui ajoute avec toujours autant de talent son sourire ironique - parfois narquois - à sa voix dévastatrice. 

Un Misanthrope comme il s'en joue rarement dans le Off. A voir. ♥ ♥ ♥


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Souterrain Blues (Collège de la Salle)

Il est seul sur scène, et pendant presque toute la durée du spectacle, il assassinera verbalement tous ses collègues de voyage, ces hommes qui s'entassent dans le métro, tous laids à faire peur, dégradés, ridicules, en tout cas selon ses yeux. D'abord maladroit, Yann Collette s'approprie assez vite ce personnage misanthrope, en quête de la beauté, profondément déçu par ce qui l'entoure. Il crache sa haine avec tant de ferveur qu'il provoque aisément les rires dans la salle. Mais malgré ce mal qui le ronge, on s'attache à ce personnage solitaire, et la douceur de l'acteur, parfois mêlée à un sourire approbateur qui se transformera en sourire rêveur, sied parfaitement au personnage qu'il compose. A la fin de la pièce, il se retrouvera seul avec une femme (Véronique Sacri), qui dans sa robe rouge flamboyante, pourrait incarner la beauté : elle, il l'écoutera avec attention, et tel un petit garçon, peiné, fautif, il fera un premier pas vers elle, vers les hommes qu'il a tant critiqués. Il se sentait à part, mais après tout, l'était-il ?

Un beau moment de théâtre : Yann Collette porte la prose de Peter Handke avec une présence poétique, intriguante, captivante. ♥ ♥ ♥

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Le cas de la famille Coleman (Théâtre des 3 Soleils) 

Enfin ! Enfin, c'est une actrice dans la rue qui nous aborde et qui parvient à nous convaincre d'aller voir son spectacle l'heure d'après. Et le choix s'est avéré délicieux : l'histoire de la famille Coleman est totalement délirante : ils vivent tous entassés dans un petit appartement, avec leur grand-mère, leur mère ("Néné") dont l'âge mental ne dépasse pas 7 ans, et tous ses enfants, issus de plusieurs lits différents. Les acteurs se donnent à fond pendant plus d'une heure pour créer une atmosphère folle : un rythme effrené et surtout réglé à la 1/2 seconde près, des répliques heurtant tout bon sens, des situations incroyablement extravagantes, et la salle est comblée. On rit beaucoup des inventions les plus folles de cette famille, de ce capharnaüm géant. Seul petit bémol : on aurait bien poussé parfois le texte un peu plus loin, quitte à choquer encore plus - on y était prêt !

Un texte sur une famille envahissante et totalement délirante qui donne à rire sans compter ! ♥ ♥ ♥

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Mangez-le si vous voulez (Théâtre Actuel)

C'est une histoire saugrenue, tirée d'une histoire vraie qui s'est déroulée en France : un jour de 1870, Alain de Monéys se rend à Hautefaille pour la foire qui y a lieu, et blague à propos de la guerre ; l'ironie est mal perçue par son interlocuteur, qui commence à le battre et appelle les habitants du village à le battre avec lui : ils le tortureront à mort, le feront rôtir, et le mangeront. L'histoire est intéressante, le propos cru aurait pu captivant s'il avait été bien traité si ce n'était pas cris ininterrompus, mise en scène parfois incompréhensible et sans grand rapport avec la pièce : que fait cette cuisinière tout du long de la pièce ? Et, si la musique qui accompagne le spectacle nous casse constamment les oreilles, au moins on peut reconnaître le talent de Jean-Christophe Dollé qui incarne tous les personnages avec vigueur, précision, et un savoir-faire indéniable. Seul point positif du spectacle.

Ennuyeux et fatigant. Déconseillé.

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Trahisons (Théâtre du Chêne Noir)

Voilà un spectacle qui signe ma réconciliation avec Pinter ! Après la découverte de Ashes to Ashes et de The Birthday Party, qui toutes deux m'avaient peu convaincu, car trop dans l'évocation, dans le sous-entendu, et pas assez dans la clarté. Peut-être ces deux pièces ont mûri en moi, en tout cas le fait est que j'ai été emportée par ces Trahisons montées par Mesguich au Chêne Noir. Grâce à différents tableaux, on récupère diverses informations sur le passé d'Emma (la femme), de Robert (le marie), et de Jerry (l'amant). On reconstitue alors leur histoire commune, et l'histoire de chaque duo. On comprend peu à peu les relations qui les lient, et les sous-entendus, les non-dits sont mis en valeur avec brio, sans être non plus trop appuyés, par la mise en scène de Mesguich. Simple mais brillante et intelligente, elle traduit aisément la tension sous-jacente, et l'étude psychologique des différents personnages. Les trois acteurs sont impressionnants de justesse, et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé Sterenn Guirriec et Eric Verdin, charismatiques et fascinants, tout comme j'ai découvert le jeu Daniel Mesguich, simplement captivants.

Une perle du OFF. A voir. ♥ ♥ ♥

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Le Porteur d'Histoire (Théâtre des Béliers)

Ça faisait des mois et des mois que j'entendais parler de ce spectacle, et de cet auteur qui monte, Alexis Michalik. Mais manque de temps, ou douteuse face à ce succès trop "facile", je ne m'y étais encore jamais rendue. C'est donc grâce au Festival que j'ai découvert cette petite merveille. Car il n'y a plus de doute possible : c'est un excellent spectacle. Un spectacle durant lequel on nous raconte une histoire. L'histoire de deux femmes, qui se retrouve mêlée à celle d'un homme. Qui lui-même leur contera son histoire, passionnante, envoutante. On redevient enfant, quand on nous lisait un conte avant de nous endormir, mais ici c'est mieux encore, car on la voit, on la vit. C'est un phénomène presque magique qui se déroule sur scène, et qui nous emporte loin, très loin, avec les acteurs. Leur jeu, tout autant que l'histoire qu'ils racontent, est fascinant. Et à la sortie du spectacle, on en vient même à se demander : mais n'est-ce pas un fait historique avéré qu'ils nous ont conté ? C'est trop bien ficellé, trop bien écrit pour sortir entièrement de l'imagination d'un homme ! Mais non, les Saxe de Bourville n'existent pas. En tout cas, il n'existaient pas avant la création de ce spectacle. Aujourd'hui, grâce à ces formidables acteurs, ils prennent vie sur scène.

Superbe, dingue, prenant et merveilleux. Inrattable. ♥ ♥ ♥

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Les Cavaliers (Théâtre Actuel)

C'est à mon admiration pour Grégori Baquet que je dois la découverte de ce spectacle. Sans son nom sur l'affiche, je n'y serais probablement pas allée. Et j'aurais clairement manqué quelque chose. Adapté du roman de Kessel, Les Cavaliers racontent l'histoire d'Ouroz, fils du grand Toursène, qui succède à son père en tant que cavalier lors du Bouzkachi du roi. Mais contrairement à lui, il ne parvient pas à gagner le tournoi, tombe de cheval et se casse la jambe, et c'est sa fidèle monture, Jehol, montée par un autre cavalier de sa province, qui l'emporte. L'histoire se déroule en Afghanistan, et même si ce n'était pas mentionné par les personnages, l'ambiance seule suffirait à le comprendre. Les bruitages sonores, nous les devons à Khalid K, qui à lui seul recrée chaque atmosphère avec un talent, une fidélité, une réalité incroyable. Ainsi les bruits des chevaux, la prière du matin, la douleur d'Ouroz sont transmises avec une précision inouies. Et les acteurs suivent cette excellence : Grégori Baquet incarne un Ouroz orgueilleux tout d'abord, qui apprend la patience et le respect durant ce voyage initiatique, et Eric Bouvron, successivement Toursène et Mokkhi, son serviteur, passe de la sévérité et la fermeté pour l'un à la servitude, l'envie et une certaine forme de haine lorsqu'il incarne l'autre.

C'est littéralement un voyage en Afghanistan qui s'effectue pour les spectateurs des Cavaliers. Cette ambiance est unique, et époustouflante. Bluffant. ♥ ♥ ♥

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Les Perses (L'Albatros)

Programme de français oblige, c'est donc vers cette version des Perses, en grec surtitré français, que je me suis rendue pour mon avant-dernier spectacle. Je connaissais déjà l'oeuvre pour l'avoir déjà lue, et c'était une mise en scène que je cherchais. Avant le spectacle, le metteur en scène a tenu à adresser quelques mots aux spectateurs : il a expliqué sa vision des choses, sa manière de procéder. Ainsi, la tragédie passait par le corps, et tout corps se sentant menacé menaçait à son tour. Il a également utilisé des objets symboliques : par exemple des équerres, pour rappeler la grandeur mathématique de la Grèce Antique. Et c'est effectivement ce qui nous est donné à voir sur scène : les hommes, puissants athlètes, enchaînent les acrobaties. La diction, intense, peut-être trop criée, sied parfaitement à ce jeu si énergique. Mais passé ce jeu des corps, on reste un peu sur sa faim niveau mise en scène... Et c'est dommage.

Conseillé pour ceux qui s'y intéresseraient de près...
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Le Cabaret Blanche (Théâtre des Carmes)

Même si ce n'est plus sous leur premier nom qu'ils se présentent, Les Carboni, c'est ainsi que je les ai connus, et c'est la raison pour laquelle je me suis rendue à leur spectacle pour ma dernière soirée à Avignon. Je connaissais la moitié de la distribution, et la seconde moitié ne m'a pas déçue : Pippo, et son accent du sud à couper au couteau, se retrouve, par un hasard de circonstances, dans un Cabaret parisien dirigé par Blanche. Alternant parties parlées et chantées, ce spectacle est réjouissant et entraînant. L'acteur interprétant Pippo - qui pour moi reprend le genre de rôle attribués auparavant à Marc Pistolesi - est délicieux entre sa légère folie, sa vivacité, et son sourire en toutes circonstances. Mention spéciale à Mathieu Becquerelle, qu'on ne connaissait que comme pianiste, et qui nous a enchanté de son style clownesque et de sa jolie voix, ainsi que Benjamin Falletto, depuis toujours mon favori, à la voix tout simplement magnifique, et qui campe une Blanche entre tyran et femme fatale. Son interprétation finale de Où sont tous mes amants ? était juste sublime.

On ressort d'humeur joyeuse, entonnant à tue-tête dans les rues d'Avignon "le trou de mon quai". A voir ! ♥ ♥ ♥
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Fratricide (La Luna) *

Je suis allée voir cette pièce pour les deux vieux briscards qui la jouent (en compagnie d’un jeune, d’aillleurs excellent) : Pierre Santini et Jean-Pierre Kalfon. Du même âge, mais aussi différents que possible, l’un massif, solide, l’autre presque décharné, le regard brûlant, ils sont idéaux pour jouer deux personnages que tout oppose. En effet, l’auteur a imaginé deux frères qui se revoient chez le notaire, à la mort de leur père centenaire. L’un s’est engagé dans les guerres coloniales, a fait de la prison, l’autre, bourgeois,  a fait une belle carrière, et leur père a concocté une mise en scène post mortem qui va faire éclater quelques vérités, provoquer un affrontement, puis une réconciliation… Dans un décor canapé-table basse avec l’inévitable whisky, rien de très original : personnages qui ne sortent jamais du stéréotype, écriture assez banale et vieillote, mais ces deux beaux comédiens parviennent à nous tenir en haleine, et parfois à nous émouvoir.

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L'Odyssée de la Moustache (Théâtre des Béliers) *

J’ai découvert Ali Bougheraba dans Un de la Canebière, et depuis j’ai vu tous ses spectacles, sans jamais être déçue. Ce seul en scène a été créé l’an dernier au off, et sûrement enrichi cette année. Son fil directeur : le questionnement d’un jeune père qui se demande s’il va être à la hauteur de sa tâche, permet à Ali d’aborder plusieurs thèmes qui lui tiennent à coeur : la vieillesse, la différence, la double culture, et il fait merveille. Il sait camper un personnage en un clin d’oeil, il a un tel sens du rythme que ses formules font mouche à tout coup, il parvient à entrelacer observation satirique et émotion, il maîtrise des formes de comique très différentes, jamais vulgaires, il nous fait rire aux larmes quand il réécrit pour sa fille Blanche-neige en conte gay (avec comme héros Blanc-en-neige !). Surtout, ce grand professionnalisme est porté par une authenticité, une évidente générosité, et c’est pour cela que l’on quitte le spectacle profondément joyeux, « gaillard » et confiant en l’humanité ! Vivement que cette Odyssée monte à Paris ! ♥ ♥

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Bourlinguer (Théâtre des Trois Soleils) *

Là encore, c’est pour l’acteur que je suis allée voir Bourlinguer, ignorant tout de ce texte de Cendrars. Jean-Quentin Chatelain est un comédien singulier et puissant qui me fascine, et j’ai grâce à lui découvert l’écriture puissante aussi, et foisonnante, de Cendrars. Debout, planté dans le sol, dans le noir presque complet, son visage seulement éclairé par le haut, ne s’adressant pas à nous mais semblant traversé par la parole, Chatelain profère des extraits de Bourlinguer, surtout des souvenirs d’enfance près de Naples et du Pausilippe : les jeux sérieux des enfants dans une nature protectrice et inquiétante, la mort tragique d’une petite compagne de jeu… Les spectateurs sont pris dans une houle de mots qui imposent des images, des senteurs, des émotions. On comprend parfaitement le texte, mais ce n’est pas notre intellect qui est sollicité : quelque chose d’intime est frappé en nous, des sensations anciennes se déplient. Jean-Quentin Chatelain m’est apparu ce soir là comme un chamane. C’est très impressionnant. Je n’oublierai pas la façon délicate et torturée, magnifique, dont il a dit trois fameux vers de Baudelaire sur le vert paradis des amours enfantines. ♥ ♥ ♥

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Le Prince de Hombourg (Cour d'Honneur du Palais des Papes)

Ma deuxième fois dans la Cour d'Honneur. Cet endroit est magique, et Giorgio Barberio Corsetti l'a bien compris. Son Prince de Hombourg utilise avec intelligence l'espace qui lui est offert. Il sublime cette pièce de Kleist, parfois un peu indigeste à l'écoute ; en tout cas, quelques détails m'ont échappée. Mais ce n'est pas pour me démotiver, et le jeu des acteurs dépasse mes quelques incompréhensions pour me transporter plus loin.

L'histoire, je ne la connaissais pas. La plume de Kleist, parfois rugueuse et âpre, nous entraîne dans la veille d'une bataille contre les Suédois à laquelle Le Prince va participer. Mais troublé par une crise de somnambulisme qui lui laisse peu de souvenir sinon un gant de femme dans les mains, il n'est que peu attentif aux instructions d'attaque du Grand Electeur. Ainsi, quand, dans la bataille, il ordonne l'attaque sans en avoir la permission, il désobéit aux ordres qu'on lui avait donné. Cette faute, même si elle leur permet la victoire, se doit d'être punie : Le Prince est condamné à mort. D'abord terrifié à cette idée, l'angoisse se transforme peu à peu en un devoir qu'il affrontera avec honneur. L'acceptation de la sentence sera finalement pour lui signe d'un dénouement plus heureux.

Xavier Gallais est un Prince de Hombourg idéal : son dynamisme et sa curiosité irradient le plateau après cette crise de somnambulisme, qui est finalement la cause de son arrestation future. Puis l'angoisse, la crainte, la peur de la mort le déchirent de l'intérieur, et il en devient presque lâche, lui qui était un héros. Enfin l'honneur reprend le dessus, et l'homme que l'on avait découvert au début du spectacle réapparaît. Personnage en trois temps, donc, Xavier Gallais donne à son Prince une certaine originalité qui lui permet de sortir du lot du reste des acteurs ; ainsi le comédien est-il en quelque sorte détaché du reste de la distribution, au même titre que son personnage est déjà autre part, presque séparé des autres. Bien sûr, le reste de la distribution suit cette précision et cette justesse de jeu.

Mais le plus prenant dans ce spectacle, c'est sans doute l'art de la mise en espace, et particulièrement l'utilisation du décor magistral que constitue la Cour d'Honneur. Les projections ajoutent à ce spectacle réalisme et grandeur, et sont un véritable bonheur pour les yeux. Mieux encore, et plus inattendu, ces flammes qui descendent sur scène à une vitesse impressionnante, et qui apportent encore à ce spectacle un certain pragmatisme. La guerre, pas forcément traitée avec héroïsme, est en tout cas réalisée avec quelque chose d'authentique, une réalité stupéfiante pour nos yeux.

Un Prince sublimé par une mise en scène et une mise en espace digne de ce lieu prodigieux, hanté ce soir-là par le fantôme de Gérard Philippe, célèbre Prince des années 50.    

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Mai Juin Juillet (Opéra-Théâtre d'Avignon) *

Chistian Schiaretti a demandé à Denis Guénoun un texte sur la crise de mai 68 au théâtre, et de ce texte est né un spectacle de plus de trois heures, en trois volets. Au bout des deux premières parties du triptyque, j’'étais assez emballée. Puis l'’entracte est arrivé, et la troisième parte (« Juillet ») a beaucoup refroidi mon enthousiasme.

« Mai » est centré sur l’occupation de l’'Odéon, théâtre de Jean-Louis Barrault, par les étudiants et les ouvriers qui le considèrent comme théâtre du pouvoir et le transforment en agora. En contrepoint, on pénètre à l’'Elysée, où de Gaulle consulte ses ministres et le préfet de police (ces derniers excellemment joués par un comédien à transformation) sur la conduite à tenir. L'’ensemble est enlevé, clair, lisible, souvent drôle, l’'atmosphère d’'époque restituée (en plus sage…) grâce à de jeunes acteurs qui envahissent les loges latérales d'’où fusent des déclarations et des prises à partie. La position délicate de Barrault, entre protection de ce lieu sacré qu'’est un théâtre et sympathie pour l’'effervescence de la jeunesse, est bien rendue par Marcel Bozonnet: son texte lui permet de jouer sur la distance et l'’humour, car il est censé écrire à Vilar après les événements. Les débats organisés dans la salle de l’'Odéon occupée manifestent de la part de Schiaretti une volonté satirique: on se croirait au « Club de l'’Intelligence » de L’'Éducation sentimentale.

« Juin », partie plus austère, mais très intéressante, nous transporte à Villeurbanne, où sont réunis les directeurs de maisons de la culture, désignés par le nom de leur ville (Bourges, Strasbourg, Saint-Étienne…) ce qui évite de faire des personnalités (aux spectateurs de retrouver les noms) et leur donne l’'aspect de grands féodaux venus de leurs fiefs, des barons de la culture: là encore une pointe de satire allège le sérieux réel du fond. Ils sont à l’'affût des dernières nouvelles de Paris, collés à leur transistor, et s'’efforcent de dégager une position commune. Mai 68 a en effet remis en cause la place du public comme pur récepteur d’'un spectacle. Le problème est celui de la relation au public, du degré de sa participation : est-il invité à s'’élever grâce au contact avec les créations des poètes, ou est-il lui aussi à considérer comme créateur? L'’égalité a-t-elle un sens dans la relation théâtrale? La frontière scène-salle recouvre-t-elle un rapport de pouvoir inique? Questions politiques, difficiles, passionnantes, sur lesquelles plusieurs positions peuvent se concevoir, clairement exposées ici, avec un élément de distanciation créé par les interventions, souvent amusantes d’un personnage d’'auteur accompagnée de sa dramaturge (jouées par deux membres de la troupe de Schairetti, deux excellentes actrices qui incarnaient les deux filles aînées du « Roi Lear » au printemps).

Jusque là, le spectacle, porté avec rigueur et clarté didactique, mais aussi humour, n’'avait comme travers que de s’adresser à un public a priori intéressé par cet aspect-là des événements de mai 68, capable de mettre des noms sur des silhouettes politiques, public forcément … d'’un certain âge, et restreint. Du théâtre qui parle des conditions d'’exercice du théâtre quand la société change, cela n'’intéresse qu'’un petit cercle.

Mais après l’'entracte, tout change: terminé la netteté didactique et l'’alacrité. Le style se modifie, les plans se multiplient, avec un dialogue qui n'’en finit pas entre les ombres de de Gaulle et Malraux, avec la place grandissante prise par ce personnage d'’auteur déjà présente dans le deuxième volet, avec des allégories: Mai et Juin viennent parler, puis La Poésie et la Révolution se réconcilient autour d’'un verre de rosé (comique laborieux…) Le gâteau à plusieurs étages devient alors indigeste et écoeurant. « Juillet » pourtant se veut centré sur le personnage de Vilar. L'’angle d’'attaque est son conflit avec une compagnie américaine qui, pour défendre une autre pièce, avait décidé d’'ouvrir à tous la salle de son spectacle, devenu lieu de débat. L'’épisode n’'est pas inintéressant, mais long à exposer, ce qui ralentit un rythme déjà piétinant. À cela s’'ajoute la fiction de la rencontre nocturne entre Vilar et une jeune femme qui s'’avérera être l'’auteur de la pièce…. Robin Renucci ne parvient pas, malgré tout son talent, à donner vie à un texte profus, souvent emphatique. En fermant les yeux, on croirait entendre Jack Lang, tant il en fait des tonnes en séduction vocale pour faire passer ce texte délayé et verbeux. Tout s'’enlise, on s’'ennuie, on n'’en peut plus, alors même que Vilar semble bien être le héros de cette crise aux yeux de Guénoun et de Schiaretti, qui sollicitent autour de sa figure souffrante une émotion… qui ne vient pas.

Schiaretti, passionné par ce sujet, n'’a-t-il pas su imposer à son auteur des limites? Toujours est-il que la patience du spectateur est mise à l'’épreuve. Cette leçon d'’histoire culturelle aurait gagné à être plus concentrée et, à cultiver une certaine sécheresse didactique, pour faire réfléchir sur le bien fondé de la remise en question, par le mouvement de mai, de certaines formes de théâtre, sur les conditions d'’une éducation populaire par le théâtre.. L’'enflure du verbe est bonne chez les poètes, quand ils sont géniaux, mais inopérante et inappropriée ici.

Pour saluer l'ambition du spectacle :

Festival d'Avignon 2013

Publié le par Mordue de theatre

affiche-off-2013

Comme chaque année depuis trois ans, je me rends à ce festival de passionnés qu'est le Festival d'Avignon. Comme chaque année, la chaleur est harassante et les rues sont couvertes d'affiches. Néanmoins, cette année, quelques différences infimes se font sentir. Moins de classiques à l'affiche, à notre plus grand regret. On voit de plus en plus, sur les affiches, "d'après Molière", ou "d'après Feydeau". Oui mais, c'est Molière ou ce n'est pas Molière. Ce "d'après" me déplaît, et j'élimine d'office tout spectacle qui utilise ce procédé. On regrette aussi l'absence de certaines compagnies comme celle qui donnait Masques et Nez, excellent spectacle d'improvisation, ou encore la reprise de Sarvil des Carboni, que je n'irai pas voir l'ayant déjà vu 4 ou 5 fois ...

Comme chaque année, le festival est également l'occasion de rencontrer des artistes, et pour ma part d'aller quémander des autographes ... C'est avec un grand plaisir que j'ai par exemple demandé hier un autographe à Loïc Corbery, que j'ai vu il y a à peine une semaine dans Cyrano. Guetter des visages connus à travers les rues ensoleillées d'Avignon est une activité qui m'enchante toujours autant ...

4 jours ici et, je pense, 5 ou 6 pièces au programme. Mais, et ce pour la première fois depuis la création de mon blog, je travaillerai en collaboration. En effet, après mon départ, un proche dont les goûts théâtraux se rapprochent des miens prendra le relais, de manière à vous offrir un plus large panel de spectacle.

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Tom à la ferme, Théâtre du Chêne Noir

C'est le nom de Raphaëlline Goupilleau qui m'a donné envie de voir le spectacle. L'histoire est glauque, l'ensemble est noir. Il s'agit, en résumé, d'un jeune homme, Tom, qui se rend dans la ferme de la famille de son amant, décédé il y a peu. Il apprend alors que le frère du défunt, Francis, lui avait invité une vie avec une femme, pour cacher à sa mère son homosexualité. Tom va être contraint, sous la force des coups, à maintenir ce secret. Malgré un synopsis peu attrayant, le spectacle est plutôt réussi. Le jeu est acteurs y est pour beaucoup. En effet, le texte a parfois des longueurs, que la mise en scène ne parvient pas à ôter. Mais peut-être est-ce aussi dû à la dureté du spectacle, qui s'accroît jusqu'à devenir presque insupportable. Cependant, les acteurs sont irréprochables, et tout particulièrement celui qui incarne Tom, qui a une véritable maîtrise de son personnage et passe par tous les registres avec une extrême souplesse.

C'est une ambiance particulière qui s'installe au Théâtre du Chêne Noir chaque soir, et je ne conseille le spectacle qu'à ceux qui sont capables de soutenir violence morale et physique durant plus d'une heure. A ceux-ci, je recommande tout particulièrement le spectacle, bien construit et parfaitement interprété !

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Colorature, Théâtre du Chien qui Fume

Comme chaque année, je ne manque pas Grégori Baquet, bien que je connaisse déjà le spectacle qu'il présente. L'histoire est celle de Florence Foster Jenkins, cantatrice ... enfin, c'est ce qu'elle croit. Car elle chante horriblement faux et si sa popularité augmente, c'est que le bouche à oreille fonctionne dans le mauvais sens, et tous les spectateurs se moquent d'elle. L'histoire est touchante et merveilleusement servie par deux comédiens de talent, Grégori Baquet et Agnès Bove. Elle compose son personnage avec brio, et l'on s'attache peu à peu à la cantatrice, à sa petite folie et son caractère bien à elle. Lui, à ses côtés, narre l'histoire avec le talent qu'on lui connaît, accompagnant le tout au piano, avec quelques airs qui nous restent dans la tête après le spectacle.

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, voilà un petit bijou du Festival d'Avignon !

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Une Vie sur Mesure, Cinevox

C'est cette fois-ci sur les conseils de Gladscope que je suis allée voir ce spectacle. Comme l'indique le titre, le spectacle tourne autour de la musique : il s'agit de l'histoire d'un homme, Adrien, fou de batterie. Il nous raconte son enfance où naît sa passion dans un spectacle mêlant narration et performances de qualité à la batterie. Le spectacle est intéressant sur les deux points, c'est-à-dire qu'on s'attache au personnage et à son histoire, et on a envie d'en découvrir plus sur cet instrument trop souvent en retrait, mis en valeur ici par les talents de batteur de Cédric Chapuis. Mais l'acteur a plus d'un tour dans son sac, et il parvient à composer un personnage attachant, bien qu'un peu illuminé par son amour de l'instrument, et à aborder d'autres thèmes tels que la différence, avec une légéreté apparente auquel semble attachée une certaine amertume sous jacente.

Vivement conseillé !

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Pierre-Emmanunel Barré est un sale con, au Capitole

Se promener à Avignon pendant le festival est un véritable délice, car on y croise de nombreuses parades, prêtes à tout pour nous donner envie d'aller voir un spectacle. J'aime les parades originales. Alors cet homme qui accoste les festivaliers avec son air provocateur m'a intriguée, et je me suis rendue le soir-même à son spectacle. Il s'agit d'un one man show complètement décalé, et le titre convient parfaitement. Le comédien y aborde les thèmes les plus politiquement incorrects et rit de tout, du malheur des autres aux handicapés en passant par les génocides, sans jamais perdre son sérieux. Et cela marche bien, puisque la salle rit avec lui, malgré les horreurs qu'il déclame.

Je conseille à toute personne suffisamment ouverte d'esprit pour rire des pires atrocités qui peuvent sortir de la bouche de cet homme que rien n'arrête.

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L'Odyssée de la Moustache, Théâtre du Chêne Noir

Ali Bougheraba, c'est comme les Carboni, c'est une habitude du festival Off. Je ne manque aucun de leur nouveau spectacle. Cette année, après Ali au pays des merveilles où il nous racontait surtout son enfance, il revient dans son nouveau one man show avec ses angoisses de père, et aborde des questions existentielles telles que la vieillesse ou les différentes cultures auxquelles on peut être confronté. Durant plus d'1h, il se donne à fond devant nous, interprétant plusieurs personnages avec l'aisance qu'on lui connaît, sa gestuelle toujours aussi parfaite et son spectacle franchement bien écrit : on rit beaucoup !

Je prédis un grand avenir à cet artiste, et en attendant, je vous encourage vivement à réserver avant qu'il n'y ait plus de palce !

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A la Folie Feydeau, Présence Pasteur

Nous accostant dans la rue, un homme en costume de domestique et au fort accent belge ... Un Feydeau ? Après tout pourquoi pas ! J'appréhende un peu après le catastrophique Mais n'te promène donc pas toute nue d'il y a quelques années, mais il faut bien se relancer ! C'est donc trois saynètes de Feydeau qui nous sont présentées par quatre acteurs, trois hommes et une femme. Ils sont complètement dans leurs personnages et se donnent à fond, il n'y a aucun doute là dessus. Mais pourtant, cela n'a pas pris sur moi, et j'ai beaucoup moins ri que d'habitude, devant un Feydeau. Difficile d'en trouver la cause ... Peut-être en font-ils trop, ou les pièces sont mal choisies ... Ce ne sont pas les meilleures de Feydeau, et les deux premières se ressemblent beaucoup, basées sur le qui proquo ... Enfin, rajouter des intermèdes musicaux était-il nécessaire ?

Ne sait pas trop quoi en penser ... Mais je suis d'avis que Feydeau, dans le Off, n'est pas spectacle aisé.

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Rhinocéros, la Fabrik

Pour satisfaire la curiosité de mon accompagnateur, qui désirait connaître un peu mieux Ionesco, nous avons cherché dans le programme du Off et opté pour ce Rhinocéros qui se joue à la Fabrik'. Dès les premiers mots, il est clair que nous avons affaire à une troupe amateur, et la diction de certains acteurs laisse à désirer. Très vite, l'ennui se fait sentir et l'on n'entend plus le texte, qui n'est d'alileurs pas bien su. J'aurais continué dans le péjoratif si on ne m'avait pas signalé, après le spectacle, que la troupe avait été formée à partir de patients d'un hopital psychiatrique. Ceci explique sûrement cela.

Une expérience dont on peut se passer.

 

A présent, je quitte Avignon. Un festival un peu moins fourni que l'an dernier, mais dont je suis tout de même très satisfaite. Comme je l'ai indiqué en début d'article, je laisse la place à un autre critique en herbe, qui alimentera pendant encore quelques jours cet article.

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Les Mangeurs de Lapin, Collège de la Salle

Ce spectacle burlesque joue sur le thème des numéros de cirque et de music hall improbables ou ratés. La dramaturgie est fondée sur le rapport entre un meneur de jeu tyrannique et ses acolytes facétieux, complices avec le public. Un musicien les accompagne au clavier et batterie + cuivres quand il le faut. Même si les chutes des numéros sont parfois insuffisamment travaillées, le spectacle est généreux et réjouissant. Les artistes sont d'ailleurs de vrais circassiens, à preuve le fabuleux numéro de jonglage de la fin. Le comique, surtout visuel, tient beaucoup au physique d'un des interprètes, maigrissime, au visage effilé, et aux dons de contorsionniste. Il déclenche les rires, qu'il soit en ballerine (grand moment!), en mage oriental, en cornac, en robot, en "Toucan du Médoc"... J'ai pensé au Matamore du "Capitaine Fracasse", qui doit absolument entretenir sa maigreur pour faire rire... On rit donc beaucoup, c'est plein d'invention, parfois jusqu'à l'absurde.

Pour qui aime le spectacle pur, où les artistes n'ont d'autre ambition que de divertir toute la famille !

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Illumination(s), Théâtre des Halles

Quand on va voir du théâtre militant, on appréhende toujours que le sentiment du devoir accompli l'emporte sur le plaisir. Le succès que rencontre ce spectacle (salle pleine, liste d'attente...) rassure a priori, et en fin de compte, c'est l'enthousiasme qui domine.
Le spectacle commence par deux scènes violentes: un jeune homme tabassé par des vigiles, une scène de torture durant la guerre d'Algérie. Le strict costume noir que portent les acteurs est un uniforme grâce auquel ils interprètent les vigiles puis les soldats français. Après cette entrée en matière qui permet de marquer les limites chronologiques,  s'enchaînent des scènes qui vont évoquer sur trois générations, du bled au Val-Fourré, un emblématique "Lakhdar".
Le propos est attendu : les difficultés à trouver sa place dans une France globalement peu accueillante, tout en devenant un étranger dans son pays d'origine. Le texte est simple, poétisé malgré tout par un aspect choral (reprises, anaphores) et la réécriture finale du "Dormeur du Val (fourré)". Mais c'est la mise en scène qui s'impose : les interprètes, tous de jeunes hommes issus des cités, sont non-professionnels, A. Madani compense leur manque d'expérience par l'emploi de la voix off, et par le choix d'un certain statisme, mais il fait de ces contraintes un atout grâce au rythme et à la précision dans l'occupation de l'espace scénique, grâce aussi aux choix musicaux. Si le résultat est si emballant, on le doit au "casting", à la direction d'acteur et à l'engagement, à l'authenticité des interprètes. A. Madani a choisi des visages, parfois magnifiés par la vidéo en fond de scène: il y a le renfrogné, le rude, le fragile, le roublard, le tendre... Une fois de plus, et malgré la choralité du spectacle, on prend conscience qu'au théâtre tout se joue sur les visages humains, et c'est magnifique.
Un seul regret, ou plutôt deux : tout d'abord, que les rapports hommes-femmes soient très peu abordés (mais il paraît que ce spectacle est le premier d'une trilogie...). D'autre part, en ce théâtre des Halles, la scène est loin d'être le miroir de la salle: les festivaliers ne sont ni jeunes, ni immigrés, ni pauvres; à la fin, le texte joue avec cela: les interprètes jaugent les spectateurs; mais cela m'a paru trop timide, et flou dans l'intention.
Une travail très réussi, une mise en scène d'une grande rigueur, et des interprètes étonnants: un spectacle que l'on aimerait revoir pour en savourer toute la cohérence. Du très beau théâtre.

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Le festival d'Avignon est terminé, autant pour moi que pour ma complice ! Nous reviendrons l'an prochain avec, peut-être, une plus grande variété de spectacles, un séjour plus fourni en théâtre ? On l'espère.
A l'année prochaine !

Festival d'Avignon 2012 !

Publié le par Mordue de theatre

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Me voici de retour à Avignon pour le festival 2012. Cette année, je reste un jour de plus, et donc mon programme s'élargit un peu.
Quel plaisir de retrouver cette ambiance ! Les parades, sur la rue de la République, le soleil tapant dur lors des longues attentes devant les salles bondées, les affiches, placardées un peu partout dans la ville, les enchaînements de spectacle, parfois au détriment du déjeûner ... Et le théâtre, toujours le théâtre.
Cette année, comme l'année dernière, c'est difficile de faire un choix parmi les nombreuses pièces de la programmation du Off .. Et petite nouveauté : ma première fois dans le In ! En effet, j'assisterai le 20 juillet, soit vendredi, à la première de La Mouette, de Tchekhov, au Palais des Papes ... Grande impatience !
Mais ne tardons plus : je suis arrivée mardi, et j'ai déjà un spectacle à critiquer !

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Marsiho (Théâtre des Carmes)

"Même s'il lisait l'annuaire téléphonique, je serais venue voir Caubère", a dit quelqu'un de mon entourage. Pour moi, ceci n'a pas de sens. J'ai l'impression d'avoir vu un nom. Car le spectacle que nous présente Caubère n'est pas vraiment du théâtre. Il dit des passages de Marsiho, de Suarès ... Donc il décrit la ville de Marseille. Et pour qui connaît mal cette ville, le spectacle devient vite inintéressant, malgré le personnage présent sur scène. 2h autour d'une même ville, avec un seul acteur, et un texte plutôt difficile ... Apparemment, ce n'est pas pour moi. Et même si on m'avait dit "tu verras, il peut faire quelque chose de fou avec rien", je n'ai pas eu cette impression. Je me suis plutôt ennuyée, surtout que le spectacle dure 2 heures. Mais je pourrais dire "J'ai vu Caubère". Il paraîtrait qu'il FAUT voir Caubère, donc ça semble plutôt une bonne occasion. En revanche, pour qui s'intéresse à la ville en question, le spectacle doit être splendide, car le texte reste très beau ... presque poétique.

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Le pays des galéjeurs (Théâtre du Chêne Noir)
Maintenant qu'on les connaît, plus question de les laisser filer sous notre nez ! Donc comme l'an dernier, je suis retournée voir cette troupe marseillaise qu'est Les Carboni. Comme pour Un de la Canebière, ils nous présentent une opérette de Scotto et Sarvil. Mais ici, le texte n'est peut-être pas à la hauteur de nos attentes ... Et tout particulièrement nos attentes musicales ! En effet, j'avais adoré certaines chansons de la première opérette que j'avais vue (Le Cabanon, Le plus beau des tangos, La Canebière ...). Or là, elles sont un peu moins entraînantes, un peu moins marquantes qu'avant ... Dommage. Malgré tout, la troupe reste excellente, et donne tout sur scène pour le plus grand plaisir du public ! Un coup de coeur pour Marc Pistolesi, qui assure aussi bien en tant qu'acteur, que batteur, et que chanteur : un grand bravo ! Une valeur sûre du Off, à voir !
 
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Je ne sais quoi (Théâtre du Petit Chien)

J'adore la chanson, et tout particulièrement la chanson française ! C'est pour ça que dans le Off, je trouve souvent mon bonheur dans les spectacles musicaux. C'est également pour ça que j'avais vu Nos plus belles chansons. Mais bref. Petite salle, un piano, un décor un peu "oriental", rappelant, le tapis comme la robe de l'actrice, le bureau de Freud. Car c'est autour de la correspondance entre Yvette Guilbert et Freud que se dessine le spectacle ... Correspondance qui me paraissait douteuse avant, et dont je suis parfaitement convaincue à présent ! Mais c'est avant tout les chansons qui m'ont marquée ! Je ne connaissais pas Yvette Guilbert et ai eu un grand plaisir à découvrir ses chansons à textes. L'actrice a une voix merveilleuse, proche de la cantatrice, et chante probablement mieux qu'Yvette Guilbert qui, paraît-il, "n'avait qu'une octave" (Philippe Meyer). Les chansons sont entraînantes et restent dans la tête longtemps après le spectacle (Les grosses dames, Madame Arthur, Laissez faire le temps ...). Le pianiste est absolument excellent et chante aussi bien qu'il joue. A voir pour qui apprécie la chanson française !

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Colorature (Théâtre du Chien qui fume)

Tout comme l'an dernier, j'avais inclu dans mon programme personnel le spectacle dans lequel joue Grégori Baquet cette année. Immense famille de comédiens, c'est comme qui dirait une valeur sûre du Off. Et ce n'est pas peu dire ! Voici le genre de spectacle qui redonne confiance dans le Off ! Tout est tiré d'une histoire vraie : celle de Florence Foster Jenkins, femme milliardaire et convaincue de son talent vocal ... pourtant inexistant. L'histoire de cette cantatrice un peu folle (ou simplement têtue), interprétée par Agnès Bove, nous est contée par Grégori Baquet, son accompagnateur. On passe un moment formidable, riant d'un bout à l'autre ! J'admire Agnès Bove, véritable cantatrice, qui réalise un véritable exploit en chantant, tout le long du spectacle, magnifiquement faux. Car chanter faux, lorsqu'il est naturel de chanter juste, est extrêmement difficile ... Ce doit être une concentration de tous les instants pour ne pas dévier vers la note juste ... A ses côtés, Grégori Baquet n'en reste pas moins excellent. Il nous accueille dans la salle en improvisant (ou non ?) sur son piano et en chantant ... Puis accompagne merveilleusement la cantatrice au long de la pièce, ajoutant à son talent d'acteur et de chanteur, celui de pianiste ! Les "Bravo !" ponctuent le spectacle. Inratable, courez-y

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Ubu Roi (Théâtre des Lucioles)

Après un changement de programme de dernière minute, et comme j'avais repéré à plusieurs reprises cette affiche, un peu spéciale, dans la ville, j'ai finalement assisté à la représentation d'Ubu Roi hier soir. Jamais vu, jamais lu, j'étais assez curieuse de découvrir le monde de Jarry. Ici, c'est un Ubu boucher au début de la pièce. Pas mauvaise idée. Et ils vont jusqu'au bout de cette folie : dans la scène du passage des nobles à la trappe, ces derniers sont représentés par des Knackis qui finissent déchiquetés, ou encore les paysans sont représentés coiffés de persil ... Bref, ils osent tout, et cela s'applique parfaitement au texte. Malgré tout, la pièce et surtout son écriture ne m'ont pas convaincu ni franchement interessé ... Mais Jarry, il faut connaître, et je peux à présent dire que ce n'est pas forcément ma tasse de thé ... Intéressante mise en scène, conseillée pour qui aime ou souhaiterait découvrir Jarry.

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La Veuve (Théâtre du Roi René)

De comédie de Corneille, je ne connais que l'Illusion Comique, et je n'en ai pas grand souvenir. Pour moi Corneille, c'est essentiellement de grandes tragédies. Il a le don du texte tragique. Et même dans La Veuve, on le reconnaît, ce texte tragique ... qui, par je ne sais quel moyen, devient comique aux yeux du public. Mais voir des grands auteurs dans le Off, pour moi, c'est plutôt dangereux. Alors ici, quelle heureuse surprise ! Les alexandrins sont dits impeccablement, les acteurs sont excellents, la pièce est vraiment bien. Aucune longueur, aucune diérèse manquée, des rires, des bravos ... Le fameux traître trahi de la pièce a un jeu comique à mourir, et celui qui croyait être son ami semble réellement heureux et amoureux ... A voir absolument !

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La Mouette (Palais des Papes)
La Mouette est une pièce de Tchekhov qui doit durer au plus 2h. La Mouette doit se jouer avec émotion. La Mouette peut faire pleurer. La Mouette ne doit pas attirer d'ennui. Les dialogues de Tchekhov sont censés se rapprocher au plus près de la réalité, c'est-à-dire qu'ils sont relativement simples et doivent être prononcés naturellement. Alors pourquoi hier n'ai-je rien vu de tout cela ? Le spectacle, annoncé pour 4h, a duré 4h30. Le rythme était lent. Très lent. Les comédiens séparaient chaque mot de 3 secondes. Les déplacements étaient incompréhensibles. On se demande ce que venait faire le guitariste ... D'accord, il jouait, mais d'une musique si vide ... Qui n'avait rien à faire dans cette pièce ... Ou plutôt si : compléter la tonalité creuse, le manque d'inspiration et d'ingéniosité, la prétention, et l'ennui cruel qui s'échappaient de ce spectacle. Si le message n'est pas bien passé : ce spectacle fait partie des plus mauvais que j'ai vus dans ma vie. Ce que le metteur en scène a cherché à faire semble totalement opposé à ce que voulait Tchekhov. En cassant pareillement les dialogues, en brisant toute émotion, en allongeant les dialogues tant qu'il le peut, en ennuyant pareillement le public ... De plus, je plaignais les acteurs : pendant près d'une heure, certains sont restés immobiles sur scène, avec un mistral frigorifiant, pieds nus, jambes nues, gorge nue ... Pendant que les spectateurs s'emmitouflaient dans leurs couvertures en luttant contre leurs lourdes paupières. Enfin, comme on peut le voir sur les photos, à quoi bon faire porter des masques de mouettes aux acteurs ? Le titre n'est-il pas assez explicite pour que nous, simples mortels, le comprenions ? Pour ceux qui ont leurs places et qui resteront jusqu'au bout, réservez à cette mise en scène de Nauzyciel l'accueil qu'il mérite ... C'est-à-dire des applaudissements modérés pour les acteurs qui, malgré tout, se donnent à fond et ont du fournir un long travail, mais également peut-être pourrez-vous crier de vive voix ce que vous pensez intérieurement ... "C'est honteux !". Honteux d'oser présenter pareil spectacle. Honteux d'humilier ainsi Tchekhov. Honteux d'ennuyer ainsi le public.
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L'Italienne (Théâtre de la Luna)

Si le résumé de l'intrigue nous annonçait l'histoire d'une italienne (répétition sans ton, au théâtre) où la femme faisait preuve d'un peu trop de charme, j'ai eu l'impression d'assister à une toute autre histoire, bien mieux ! En effet, ici, le spectacle qui nous est présenté est une alternance de scène "vie réelle" / "répétitions", et ce mélange est si bien ajusté qu'on hésite parfois sur la véracité de la scène auquel on assiste ... est-on vraiment dans la réalité ou n'est-ce que factice ? Les acteurs servent au mieux cette pièce d'Eric Assous : ils sont deux, l'un incarnant l'auteur/metteur en scène/acteur de sa propre pièce, l'autre sa partenaire, choisie d'après photo. L'acteur incarne l'homme réfléchi, qui se questionne, qui cherche. L'actrice, poussant le cliché peut-être un peu trop loin, représente la femme un beu bebette, pas très dégourdie, maladroite mais attachante. Globalement satisfaite, la pièce est gentille dans son ensemble, parfois plus intéressante sur certains points. Pourquoi pas ?

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Voilà mon petit voyage en Avignon est terminé.
A l'année prochaine, et bonnes vacances à tous !  

Festival Off 2011 [Avignon]

Publié le par Mordue de theatre

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Comme tout critique passionné qui se respecte, je fais mon pèlerinage annuel au festival Off d'Avignon (je n'ai pas la chance d'aller au In) : 2 voire 3 pièces dans la journée, une ambiance théâtrale avec toutes ces affiches dans la rue, une bonne demi-heure d'attente devant chaque théâtre, (ou gymnase faisant office de salle pour l'occasion), tout cela me ravit. C'est donc 3 jours (j'essaierai de faire plus l'année prochaine, car j'ai trouvé que cela passe trop vite) de théâtre non-stop ... un bonheur !

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Mais la liste des pièces à voir est très dure à établir ; en effet, dans le Off, on trouve du très bon comme du très mauvais. La liste établie, on réserve, on attend, et on critique. Je regrouperai toutes mes critiques sur les pièces vues dans un seul articles ; les critiques seront courtes et se termineront pas un avis général : conseillé or not conseillé, car là est toute la question.

 

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Masques et nez (Théâtre des Béliers)

      "Ceci n'est pas un spectacle". Voilà comme Igor Mendjisky (déjà vu dans Nos Années Pension, metteur en scène de Hamlet), metteur en scène, accueille son public. Et quel public ; la salle était comble, certains spectateurs étaient même assis sur les escaliers. Puis ce jeune metteur en scène nous explique que nous allons assister à un cours de théâtre. Bien sûr, tous les apprentis acteurs seront joués par des acteurs confirmés, très bons dans la composition : car le principe est simple, après quelques exercices pour s'échauffer (occuper l'espace, imitations), chaque "élève" présente une petite scène. Bien évidemment, chacun met en avant un caractère spécifique à son personnage ; on peut assister à 3 distributions différentes, et je me souviens de l'acteur un peu lèche-botte et très sûr de lui, le chauffeur de taxi parisien renfermé (Eddy : Adrien Melin, toujours excellent), une racaille nommée Pistole jouant Agamemnon dans Iphigénie, accompagné d'un vieillard (très bien joué par un acteur relativement jeune ; il a d'autant plus de mérite) jouant Achille (vous imaginez donc le comique qui en ressort). Enfin, tous portent un masque de théâtre, et, il faut le dire, ils le portent très bien : cela complète leur personnage et les rend plus "réels". On est plié d'un bout à l'autre du spectacle, et on n'a qu'une envie : y retourner ... de plus, la 2e fois, il y a des places gratuites ! Verdict : vivement conseillé. 


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Dorian Gray (théâtre Buffon)

Adapté du roman d'Oscar Wilde, la pièce est centrée autour de Dorian Gray, ami du peintre Basil, qui lui a peint son portrait. Mais Dorian est jaloux de ce portrait, et lorsqu'il fait la connaissance de Lord Henry, dit Harry, il comprend alors qu'il ne sera pas éternellement beau et jeune tel qu'il l'est aujourd'hui. Il fait alors un pacte avec le diable, et vend son âme pour avoir l'éternelle jeunesse. Ici, la version présentée est musicale ; pour être honnête, ça aurait été tout aussi bien sans musique. Mais passons. Ce sont de bons acteurs devant nous ; Caroline Devismes, Gilles Nicoleau, Stefan Corbin, Laurent Maurel ... Grégory Benchenafi est peut-être un peu en-dessous des autres ... Mais ils ont tous une belle voix. En revanche, le travail ne semble pas fini, et, même si on est pris par l'histoire d'Oscar Wilde, il manque quelque chose au spectacle ; peut-être était-ce un peu lent parfois, ou trop confus. Pour revenir sur cette histoire de musique, cela gâche un peu la pièce ; les textes ne sont pas bons et beaucoup trop répétitifs. Enfin, la salle est remplie par des fans (surtout des femmes) de Grégory Benchenafi ; car c'est lui qui interprétait Mike dans Mike Laisse nous t'aimer, et il est possible que la troupe ait compté là-dessus pour sa pub, cela expliquerait également l'ajout des musiques. Verdict : pourquoi pas ?

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Mais n'te promène donc pas toute nue (Théâtre du Chène Noir)

Saviez-vous qu'il était possible de ne pas rire devant un Feydeau ? Pour moi, c'était impossible. Jusqu'à ce que je voie ça. Des acteurs qui ne savent pas jouer, un texte comique devenu trop vulgaire, un rythme bien trop lent, des musiques style "détente" qu'on peut vous passer dans l'avion ; le résultat, c'est une salle muette. Pas un rire n'a été entendu. Mais comment peut-on continuer de jouer un Feydeau lorsque personne ne semble s'amuser ? Mais les acteurs bougeaient, se trémoussaient, dansaient, et surtout : enlevaient leur pantalon ! Car oui, dès que c'était possible on pouvait admirer le caleçon de ces messieurs, les fesses de madame (est-ce si habituel de jouer la femme en guêpière noire ? Tsss ...). Enfin, le metteur en scène (Gelas) a continué dans sa pensée de monter le plus mauvais Feydeau possible, et a modifié le texte ! Peut-être ne le trouvait-il pas assez drôle ... C'est clair que ses modifications ont eu un grand effet : déconseiller ce spectacle, ce metteur en scène, et ces acteurs (Olivia Forest, Emmanuel Besnault, Guillaume Lanson, Marie Pagès) à tous les festivaliers ... et tous les amoureux du théâtre. Car Gérard Gelas est le directeur du Théâtre du Chène Noir ... VDM. Mais le public n'est pas dupe : lorsque le noir s'est fait, on a pu entendre plusieurs spectateurs huer ... ce qui a stoppé quiconque souhaitait applaudir. Verdict : je ne déconseille pas : j'ordonne à tous de ne pas y aller.

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Anne Baquet "Elle était une fois" (Théâtre du Balcon)

Décidément, j'aime beaucoup les acteurs Baquet : après avoir vu plusieurs fois Grégori Baquet (Le Timide au Palais, Colombe, Le K, L'échange ) à Paris, nous avons décidé de voir, au Festival Off, sa soeur : Anne Baquet. Elle nous présente un conte musical ; cela peut sembler enfantin, mais détrompez-vous ! Je pense que cela peut plaire à tout âge ; ce petit bout de femme fait des merveilles : elle nous raconte l'histoire d'un bébé née le jour de Noël, qui passe par l'enfance, l'adolescence, et souhaite devenir actrice : quel dur métier que celui d'acteur ! Tout cela est chanté ; et quelle voix ! C'est une pro, et cela s'entend tout de suite : en effet, elle est accompagnée au piano. Mais celui-ci joue une mélodie totalement différente de ce qu'elle chante : c'est un exercice extrêmement difficile, comme si vous chantiez Fame à côté de quelqu'un qui fredonne Frères Jacques... Mais son talent ne s'arrête pas au chant : elle joue merveilleusement bien (elle crée plusieurs personnages et les joue sans jamais s'emmêler les pinceaux), avec une gestuelle et des mimiques excellentes. En bref : Génial ! Verdict : à voir absolument  pour qui aime le chant !

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René Sarvil, l'oublié de la Canebière (Théâtre des Carmes)

Certains pourraient dire "ce sont des amateurs" (j'ai entendu un spectacteur, peut-être même acteur lui-même, dire ceci à la fin de Un de la Canebière. Il me semble avoir aperçu ce même spectateur lors de ce spectacle ; il avait l'air enchanté) ... Mais voilà bien un spectacle de professionnels ; quelque chose de brillant, avec beaucoup d'enthousiasme, de très belles voix, d'excellents comédiens, une histoire intéressante : une délicieuse soirée. Je connaissais Les Carboni grâce à leur dernier spectacle : Un de la Canebière (puis Ali au Pays des Merveilles, le seul en scène d'Ali Bougheraba) ; je connaissais leur talent pour rendre la salle joyeuse, mais là ... c'était encore mieux, car Ali Bougheraba donne réellement vie au grand parolier qu'est René Sarvil : il possède un grand talent comique, marqué par sa gestuelle et sa manière de dire les choses ... On ne peut s'empêcher de sourire en le voyant ! De plus, il est merveilleusement accompagné par Anthony Doux (à l'accordéon), et (dans l'ordre sur la photo) Benjamin Falletto, Mathieu Becquerelle, et Cécile Becquerelle. Ils nous présentent donc l'histoire de Sarvil, sa vie, et ses oeuvres : comme on pouvait s'y attendre, les différentes étapes de sa vie sont ponctuées de chansons, très bien chantées, dont le parolier n'est autre que ... Sarvil. Et cela nous en apprend énormément ; saviez-vous que « Ne frotte pas François », « Zou, un peu d’aïoli », « Au pays du soleil », « Les Pescadous Ouh ! Ouh ! », « Cane cane Canebière », « Adieu Venise provençale », « Le chapeau de Zozo », tout cela était de lui ? Et bien après le spectacle, vous le saurez ! Verdict : à voir impérativement, et même, comme moi, 2 fois (extrait vidéo) !

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Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (Théâtre Buffon)

Il faut vous l'avouer tout de suite : je suis loin d'avoir tout compris. Pour tout dire, je n'ai pas compris grand chose. Je n'irai pas jusqu'à dire que je n'ai rien compris, mais pas loin ... Car en effet, c'est indiqué sur le programme "à partir de 15 ans". J'ai 15 ans. Et je peux vous assurer qu'à moins d'être fan d'histoire des idées politiques - de philosophie politique - une personne de 15 ans ne peut pas saisir grand chose. Les termes, les allusions, les critiques, rien de tout cela n'a pu m'atteindre. Malgré tout, le talent des acteurs est remarquable : je pense notamment à Jean-Paul Bordes, que j'avais déjà vu dans Colombe (rôle de composition : Poête-Chéri), et qui excelle ici en Machiavel (qui se rapproche presque d'un rôle de composition) ... Je voyais les autres spectateurs, et il parvient à les tenir en haleine ... J'ai pu parler à des personnes que le sujet avait interessé, et elles le trouvent formidable. Il parvient à donner une âme et un corps à des idées est ce qui me semble le plus juste ... Mais je ne vous ai pas raconté la situation ... c'est un dialogue, vous l'aurez compris, de deux personnes qui n'auraient pu se rencontrer (l'époque diffère) ; ces deux penseurs échangent leurs idées sur la politique, et le moyen de posséder et de conserver le pouvoir. D'un côté Machiavel (c'est lui qui monopolise la parole, il est le personnage principal), partisan de la force et la ruse. De l'autre Montesquieu, penchant vers le droit et la Constitution. Verdict : pour quelqu'un qui est en mesure de comprendre et d'être interessé par le sujet, il me semble que c'est une pièce à ne pas manquer ! Mais ne vous surestimez pas ... disons plutôt "à partir de 18 ans" ou "nécessite une très bonne culture générale" ...

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Les Liaisons Dangereuses (Théâtre Essaïon)

Je n'ai pas grand chose à dire sur la pièce ... Déjà, je précise que c'est l'adaptation du roman de Laclos, ce n'est donc pas écrit pour le théâtre ... Ensuite, le metteur en scène s'est permis de rajouter quelques scènes, ce qui allonge la pièce - qui n'en avait pas besoin. Le résultat, c'est donc quelque chose d'assez long (1h30), d'ennuyeux, soutenu par des acteurs plus ou moins bons ... 3 sont bons voire très bons, mais deux (les deux atrices les plus à gauche sur la photo ci-dessous) récitent, ne jouent pas, ne sont pas dans leurs rôles ... C'est une mise en scène un peu trop scolaire ... Je ne crois pas avoir quelque chose à ajouter. Verdict : ne vaut pas le coup.

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Journal d'un curé de campagne (Théâtre des 3 Soleils)

Encore une pièce donc le titre n'est peut-être pas très attirant ... Pour tout vous dire j'avais un peu peur. Je connais cet acteur, Maxime d'Aboville, car je l'avais vu dans Tout est bien qui finit bien (vous me direz, ce n'est pas une référence ...). Mais certains l'avaient vu dans Henri IV et étaient convaincu de son talent. Et quel talent ! Dans ce seul en scène, il prouve qu'il a un quelque chose ; car ce n'est pas accordé à tout le monde de nous tenir autant en haleine, avec une histoire peu ordinaire ... un thème peu ordinaire ... quelque chose qui, dit autrement et par un autre acteur, aurait pu me laisser totalement de marbre. Mais là ! ... on est passionné par l'histoire de ce curé, qui voit son village ne presque plus croire en Dieu, malade d'un cancer qui le tuera, essayant d'apaiser les âmes alors que la sienne ne l'est pas vraiment ... Et c'est grâce à Maxime d'Aboville qu'on est touché, qu'on est ému, qu'on souffre. De plus, l'acteur semblait malade ce jour-là - une grippe, car il avait le nez pris, - et, même s'il se mouchait à plusieurs reprises, qu'il avait les yeux brillants de fièvre et quelque chose dans la voix qui rappelait son rhume, il parvenait à donner une grande intensité à son texte. Verdict : à voir !

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Le K (Théâtre Buffon)

Décidément, moi qui n'étais pas fan des seuls en scène avant le festival, je peux à présent changer d'avis ! J'avais déjà vu Le K à Paris, mais lorsqu'on aime une pièce et qu'on est mordue de théâtre, retourner voir ladite pièce se fait avec énormément de plaisir. Et comme je n'avais rien de prévu à cette heure là ... j'y suis retournée ! Et je n'ai pas été déçue ! Après avoir fait 50 minutes de queue, j'ai pu me placer (enfin !!!) au premier rang, milieu. Et monsieur Baquet est entré en scène. Tout le monde connaît Le K, célèbre recueil de nouvelles de Dino Buzzati. Ici, Grégori Baquet nous présente 12 de ces nouvelles, très bien choisies. La mise en scène est sans faute et rien ne manque, l'acteur est excellent (comme toujours), sa diction parfaite, et ses déplacements gracieux. C'est formidable de pouvoir revoir cela après plus d'un an ! Selon les histoires, on est angoissé, puis la suivante peut être plus légère, plus comique, et le changement d'humeur se fait sans problème. Les différentes nouvelles s'enchaînent très bien ; la fin est ponctuée d'un noir, une musique en accord avec la nouvelle histoire, le déplacement du meuble "K" qui constitue le décor (voir photo), et la suivante peut commencer. Enfin, c'est un acteur que je suis, que j'admire beaucoup, et à qui je vais d'ailleurs consacrer un article. Verdict : vous l'aurez compris, voici une pièce à ne pas rater. Mais attention, la salle est pleine !

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Voici donc venue pour moi la fin du Festival ...

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Ce Festival a aussi été l'occasion, pour moi, de rencontrer des acteurs ... dans la rue ! J'ai vu, par exemple, Adrien Melin, lorsque je faisais la queue pour Dorian Gray.
J'ai également pu obtenir un autographe d'Ali Bougheraba, et une photo dédicacée de Grégori Baquet - avec qui j'ai pu échanger quelques mots : c'est un instant de pur bonheur que de pouvoir parler à quelqu'un qu'on admire.
Vivement l'année prochaine !