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Festival NAVA 2012 !

Publié le par Mordue de theatre

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Si le festival d'Avignon est connu de tous (n'est-ce pas ?), ce n'est pas forcément le cas pour le festival de Limoux, cette petite ville près de Carcassonne. Ce festival a pour particularité de présenter des lectures ... comme si le travail était toujours en cours, nous assistons donc à des spectacles où les comédiens tiennent leur texte dans leur main, y jetant des coups d'oeil de temps à autres. Etonnant, mais finalement pas si génant que ça.

Je n'ai pu assister qu'à 2 spectacles, celui du 27 et du 28. Deux spectacles vraiment très différents.

Tout d'abord, le vendredi, j'ai découvert Car tu es poussière. Dans la continuité de mes découvertes de vacances (après Jarry et Genêt), voici maintenant Pinter qui s'ajoute à ma petite liste. Pinter, c'est spécial, c'est plutôt compliqué, plutôt implicite, plutôt difficilement compréhensible à vrai dire. Je pense même que plusieurs interprétations sont possibles, étant donné que rien n'est clairement explicité. De plus, les deux comédiens étaient sur scène, sans mise en espace, juste lisant leur texte sur leur pupitre ... Peut-être qu'avec une plus grande mise en scène, l'histoire se comprendrait mieux (y a-t-il des ellipses entre chaque intervention de la femme ? Difficile à dire ici ...). Mais c'est le principe de NAVA, qui met en avant le texte avant la mise en scène.

Le lendemain, c'était au tour du Kiné de Carcassonne d'être présenté, en plein air cette fois-ci. La pièce, écrite à 4 mains, relate une histoire de famille, française, Carcassonnaise, qui à la suite du decès du frère du père de famille, se rend à New-York où il résidait et cherche à obtenir l'héritage de ce dernier ... Et particulièrement certains tableaux. Mais son colocataire (et ancien compagnon) ne l'entend pas de cette oreille ... Entre guerre familiale et troubles dans les vies privées de chacun, la pièce reste pourtant comique, chose plutôt rare chez Jean-Marie Besset qui nous avait habitués à des sujets profons et souvent noirs. Elle est soutenue par d'excellents acteurs, et tout particulièrement Raphaëlline Goupilleau et sa voix si marquante, irrésistible en mère totalement perdue et dépassée par les évènements, ou encore Arnaud Denis et Chloé Olivères, des "valeurs sûres" qui continuent de m'étonner par leur talent ... Ces deux comédiens parlent durant toute la pièce avec un accent américain prononcé, allant parfois jusqu'à dialoguer dans la langue, et gardent malgré tout leur aisance et leur naturel sur scène. J'ai également été très heureuse de découvrir un David Zeboulon meilleur que dans Pour un oui ou pour un non, plus assuré, et bien plus crédible. Enfin, l' acteur Félix Beaupérin m'a beaucoup impressionée : malgré son jeune âge, il semble sûr de lui et joue comme s'il avait déjà du métier derrière lui. J'espère vraiment que la pièce montera à Paris !

Ce festival possède une autre particularité : après chaque spectacle, les spectateurs sont invités à déguster de la blanquette (spécialité de la région), et peuvent ainsi discuter avec d'autres passionnés de théâtre, et même donner leur avis aux acteurs ... Cela permet de passer de très bons moments, d'essayer de reconnaître certaines têtes connues (Virginie Pradal et Jean-Michel Ribes était présents, par exemple), ou encore de constater la simplicité de certains grands acteurs !

En bref, ce festival de théâtre fut une très bonne expérience, si ce n'est que la ville manque un peu d'attractivité, et que la journée peut se faire longue, en attendant le spectacle du soir.

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Publié dans Critiques

Les bonnes, de Jean Genet

Publié le par Mordue de theatre

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Critique des Bonnes de Jean Genet, vu le 24 juillet 2012 au théâtre du Lucernaire

[ Avec Marie Fortuit, Odile Mallet, et Violaine Phavorin, dans une mise en scène de Serge Gaborieau et Armel Veilhan ]

Que de découvertes cet été ... Après Jarry, voici maintenant Genet. J'en ai souvent entendu parler, mais jamais lu, jamais vu ... Mais ayant reçu l'invitation, et débordant toujours de l'envie de découvrir de nouveaux auteurs et de nouvelles pièces, c'est avec un bon a priori que je me suis rendue au Lucernaire, mardi dernier.

Les Bonnes, c'est l'histoire de deux soeurs, aux relations parfois ambigues, qui servent pour Madame, et qui projettent de la tuer. Ainsi, à plusieurs reprises, elles jouent leur projet, le mettent en scène, le répètent, de manière à ne pas faillir quand viendra le moment fatal. Mais l'alternance entre les scènes "réelles" et les scènes de "jeu" se fait assez mal ici, et j'ai eu du mal à percevoir la différence ... Quand les deux filles se projettent-elles dans le futur (ou plutôt l'irréel du futur) ? Quand reviennent-elles à la réalité ? Quand Claire est-elle dans son rôle de Madame ? Quand revient-elle à elle-même ? Difficile à déterminer. Voulu ou non, j'ai trouvé cela dommage.

De plus, je me suis vite rendue compte que je n'accrochais pas vraiment à l'histoire, et que le texte me semblait parfois trop peu naturel, un peu trop poétique, pour que je puisse vraiment l'apprécier. Et pour tout dire, les deux jeunes actrices incarnant les deux bonnes semblaient un peu vertes : trop de récitations, peut-être trop d'application ... Mais rapidement intervient Odile Mallet, actrice ayant bien plus de métier (qui se fait sentir), et tout devient plus intéressant, plus brillant. La scène où elle apparaît, trop courte à mon goût, se détache du reste de la pièce. Une grande actrice.

Pourquoi pas ?

  

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Festival d'Avignon 2012 !

Publié le par Mordue de theatre

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Me voici de retour à Avignon pour le festival 2012. Cette année, je reste un jour de plus, et donc mon programme s'élargit un peu.
Quel plaisir de retrouver cette ambiance ! Les parades, sur la rue de la République, le soleil tapant dur lors des longues attentes devant les salles bondées, les affiches, placardées un peu partout dans la ville, les enchaînements de spectacle, parfois au détriment du déjeûner ... Et le théâtre, toujours le théâtre.
Cette année, comme l'année dernière, c'est difficile de faire un choix parmi les nombreuses pièces de la programmation du Off .. Et petite nouveauté : ma première fois dans le In ! En effet, j'assisterai le 20 juillet, soit vendredi, à la première de La Mouette, de Tchekhov, au Palais des Papes ... Grande impatience !
Mais ne tardons plus : je suis arrivée mardi, et j'ai déjà un spectacle à critiquer !

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Marsiho (Théâtre des Carmes)

"Même s'il lisait l'annuaire téléphonique, je serais venue voir Caubère", a dit quelqu'un de mon entourage. Pour moi, ceci n'a pas de sens. J'ai l'impression d'avoir vu un nom. Car le spectacle que nous présente Caubère n'est pas vraiment du théâtre. Il dit des passages de Marsiho, de Suarès ... Donc il décrit la ville de Marseille. Et pour qui connaît mal cette ville, le spectacle devient vite inintéressant, malgré le personnage présent sur scène. 2h autour d'une même ville, avec un seul acteur, et un texte plutôt difficile ... Apparemment, ce n'est pas pour moi. Et même si on m'avait dit "tu verras, il peut faire quelque chose de fou avec rien", je n'ai pas eu cette impression. Je me suis plutôt ennuyée, surtout que le spectacle dure 2 heures. Mais je pourrais dire "J'ai vu Caubère". Il paraîtrait qu'il FAUT voir Caubère, donc ça semble plutôt une bonne occasion. En revanche, pour qui s'intéresse à la ville en question, le spectacle doit être splendide, car le texte reste très beau ... presque poétique.

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Le pays des galéjeurs (Théâtre du Chêne Noir)
Maintenant qu'on les connaît, plus question de les laisser filer sous notre nez ! Donc comme l'an dernier, je suis retournée voir cette troupe marseillaise qu'est Les Carboni. Comme pour Un de la Canebière, ils nous présentent une opérette de Scotto et Sarvil. Mais ici, le texte n'est peut-être pas à la hauteur de nos attentes ... Et tout particulièrement nos attentes musicales ! En effet, j'avais adoré certaines chansons de la première opérette que j'avais vue (Le Cabanon, Le plus beau des tangos, La Canebière ...). Or là, elles sont un peu moins entraînantes, un peu moins marquantes qu'avant ... Dommage. Malgré tout, la troupe reste excellente, et donne tout sur scène pour le plus grand plaisir du public ! Un coup de coeur pour Marc Pistolesi, qui assure aussi bien en tant qu'acteur, que batteur, et que chanteur : un grand bravo ! Une valeur sûre du Off, à voir !
 
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Je ne sais quoi (Théâtre du Petit Chien)

J'adore la chanson, et tout particulièrement la chanson française ! C'est pour ça que dans le Off, je trouve souvent mon bonheur dans les spectacles musicaux. C'est également pour ça que j'avais vu Nos plus belles chansons. Mais bref. Petite salle, un piano, un décor un peu "oriental", rappelant, le tapis comme la robe de l'actrice, le bureau de Freud. Car c'est autour de la correspondance entre Yvette Guilbert et Freud que se dessine le spectacle ... Correspondance qui me paraissait douteuse avant, et dont je suis parfaitement convaincue à présent ! Mais c'est avant tout les chansons qui m'ont marquée ! Je ne connaissais pas Yvette Guilbert et ai eu un grand plaisir à découvrir ses chansons à textes. L'actrice a une voix merveilleuse, proche de la cantatrice, et chante probablement mieux qu'Yvette Guilbert qui, paraît-il, "n'avait qu'une octave" (Philippe Meyer). Les chansons sont entraînantes et restent dans la tête longtemps après le spectacle (Les grosses dames, Madame Arthur, Laissez faire le temps ...). Le pianiste est absolument excellent et chante aussi bien qu'il joue. A voir pour qui apprécie la chanson française !

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Colorature (Théâtre du Chien qui fume)

Tout comme l'an dernier, j'avais inclu dans mon programme personnel le spectacle dans lequel joue Grégori Baquet cette année. Immense famille de comédiens, c'est comme qui dirait une valeur sûre du Off. Et ce n'est pas peu dire ! Voici le genre de spectacle qui redonne confiance dans le Off ! Tout est tiré d'une histoire vraie : celle de Florence Foster Jenkins, femme milliardaire et convaincue de son talent vocal ... pourtant inexistant. L'histoire de cette cantatrice un peu folle (ou simplement têtue), interprétée par Agnès Bove, nous est contée par Grégori Baquet, son accompagnateur. On passe un moment formidable, riant d'un bout à l'autre ! J'admire Agnès Bove, véritable cantatrice, qui réalise un véritable exploit en chantant, tout le long du spectacle, magnifiquement faux. Car chanter faux, lorsqu'il est naturel de chanter juste, est extrêmement difficile ... Ce doit être une concentration de tous les instants pour ne pas dévier vers la note juste ... A ses côtés, Grégori Baquet n'en reste pas moins excellent. Il nous accueille dans la salle en improvisant (ou non ?) sur son piano et en chantant ... Puis accompagne merveilleusement la cantatrice au long de la pièce, ajoutant à son talent d'acteur et de chanteur, celui de pianiste ! Les "Bravo !" ponctuent le spectacle. Inratable, courez-y

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Ubu Roi (Théâtre des Lucioles)

Après un changement de programme de dernière minute, et comme j'avais repéré à plusieurs reprises cette affiche, un peu spéciale, dans la ville, j'ai finalement assisté à la représentation d'Ubu Roi hier soir. Jamais vu, jamais lu, j'étais assez curieuse de découvrir le monde de Jarry. Ici, c'est un Ubu boucher au début de la pièce. Pas mauvaise idée. Et ils vont jusqu'au bout de cette folie : dans la scène du passage des nobles à la trappe, ces derniers sont représentés par des Knackis qui finissent déchiquetés, ou encore les paysans sont représentés coiffés de persil ... Bref, ils osent tout, et cela s'applique parfaitement au texte. Malgré tout, la pièce et surtout son écriture ne m'ont pas convaincu ni franchement interessé ... Mais Jarry, il faut connaître, et je peux à présent dire que ce n'est pas forcément ma tasse de thé ... Intéressante mise en scène, conseillée pour qui aime ou souhaiterait découvrir Jarry.

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La Veuve (Théâtre du Roi René)

De comédie de Corneille, je ne connais que l'Illusion Comique, et je n'en ai pas grand souvenir. Pour moi Corneille, c'est essentiellement de grandes tragédies. Il a le don du texte tragique. Et même dans La Veuve, on le reconnaît, ce texte tragique ... qui, par je ne sais quel moyen, devient comique aux yeux du public. Mais voir des grands auteurs dans le Off, pour moi, c'est plutôt dangereux. Alors ici, quelle heureuse surprise ! Les alexandrins sont dits impeccablement, les acteurs sont excellents, la pièce est vraiment bien. Aucune longueur, aucune diérèse manquée, des rires, des bravos ... Le fameux traître trahi de la pièce a un jeu comique à mourir, et celui qui croyait être son ami semble réellement heureux et amoureux ... A voir absolument !

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La Mouette (Palais des Papes)
La Mouette est une pièce de Tchekhov qui doit durer au plus 2h. La Mouette doit se jouer avec émotion. La Mouette peut faire pleurer. La Mouette ne doit pas attirer d'ennui. Les dialogues de Tchekhov sont censés se rapprocher au plus près de la réalité, c'est-à-dire qu'ils sont relativement simples et doivent être prononcés naturellement. Alors pourquoi hier n'ai-je rien vu de tout cela ? Le spectacle, annoncé pour 4h, a duré 4h30. Le rythme était lent. Très lent. Les comédiens séparaient chaque mot de 3 secondes. Les déplacements étaient incompréhensibles. On se demande ce que venait faire le guitariste ... D'accord, il jouait, mais d'une musique si vide ... Qui n'avait rien à faire dans cette pièce ... Ou plutôt si : compléter la tonalité creuse, le manque d'inspiration et d'ingéniosité, la prétention, et l'ennui cruel qui s'échappaient de ce spectacle. Si le message n'est pas bien passé : ce spectacle fait partie des plus mauvais que j'ai vus dans ma vie. Ce que le metteur en scène a cherché à faire semble totalement opposé à ce que voulait Tchekhov. En cassant pareillement les dialogues, en brisant toute émotion, en allongeant les dialogues tant qu'il le peut, en ennuyant pareillement le public ... De plus, je plaignais les acteurs : pendant près d'une heure, certains sont restés immobiles sur scène, avec un mistral frigorifiant, pieds nus, jambes nues, gorge nue ... Pendant que les spectateurs s'emmitouflaient dans leurs couvertures en luttant contre leurs lourdes paupières. Enfin, comme on peut le voir sur les photos, à quoi bon faire porter des masques de mouettes aux acteurs ? Le titre n'est-il pas assez explicite pour que nous, simples mortels, le comprenions ? Pour ceux qui ont leurs places et qui resteront jusqu'au bout, réservez à cette mise en scène de Nauzyciel l'accueil qu'il mérite ... C'est-à-dire des applaudissements modérés pour les acteurs qui, malgré tout, se donnent à fond et ont du fournir un long travail, mais également peut-être pourrez-vous crier de vive voix ce que vous pensez intérieurement ... "C'est honteux !". Honteux d'oser présenter pareil spectacle. Honteux d'humilier ainsi Tchekhov. Honteux d'ennuyer ainsi le public.
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L'Italienne (Théâtre de la Luna)

Si le résumé de l'intrigue nous annonçait l'histoire d'une italienne (répétition sans ton, au théâtre) où la femme faisait preuve d'un peu trop de charme, j'ai eu l'impression d'assister à une toute autre histoire, bien mieux ! En effet, ici, le spectacle qui nous est présenté est une alternance de scène "vie réelle" / "répétitions", et ce mélange est si bien ajusté qu'on hésite parfois sur la véracité de la scène auquel on assiste ... est-on vraiment dans la réalité ou n'est-ce que factice ? Les acteurs servent au mieux cette pièce d'Eric Assous : ils sont deux, l'un incarnant l'auteur/metteur en scène/acteur de sa propre pièce, l'autre sa partenaire, choisie d'après photo. L'acteur incarne l'homme réfléchi, qui se questionne, qui cherche. L'actrice, poussant le cliché peut-être un peu trop loin, représente la femme un beu bebette, pas très dégourdie, maladroite mais attachante. Globalement satisfaite, la pièce est gentille dans son ensemble, parfois plus intéressante sur certains points. Pourquoi pas ?

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Voilà mon petit voyage en Avignon est terminé.
A l'année prochaine, et bonnes vacances à tous !  

Arlequin valet de deux maîtres, de Goldoni

Publié le par Mordue de theatre

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Critique d'Arlequin valet de deux maîtres, de Goldoni, vu le 3 juillet 2012 à la Comédie Italienne

[ Avec ... ]

 

J'aime le théâtre, c'est incontestable. Tout comme la musique. Et comme dans cet art, il y a des genres que j'apprécie, comme le romantisme, et d'autres moins, comme la musique un peu trop moderne. Au théâtre, je sais déjà ce que j'aime : les grands pièces tragiques, le vaudeville, et même le moderne. En fait, il y a peu de chose que je n'apprécie pas. Et il me semble qu'avec une seule pièce, je peux dire que je n'aime pas la commedia dell'arte.

Il ne m'a pas fallu très longtemps pour le comprendre. Dès le début, et ceci est mon avis, qui n'a rien à voir avec le talent des comédiens ou leur direction, ce style où les gestes sont exagérés, l'histoire relayée en second plan derrière la gestuelle, tout ceci ne m'a pas plu. 

Pourtant, les comédiens semblent excellement dirigés. Tout est très bien travaillé, précis, et me rappelle mes cours de français sur la Commedia Dell'Arte. Arlequin, peut-être un peu jeune, se débrouille très bien. Le reste de la troupe semble plus accompli, des acteurs ayant déjà du métier, connaissant parfaitement leurs rôles, et improvisant sans problème.

Mais malgré toute cette excellence, je n'ai pas esquissé un rire, ni un sourire. Pourtant il ne me semble pas que j'ai perdu mon âme d'enfant ... Mais dès le début, on assiste à une mise en scène "théâtre dans le théâtre", ce qui me rend déjà grognon.  Puis toute cette agitation, cette histoire à peine intéressante et qui ne tient pas debout, ce Arlequin qui me fait penser à Guignol, ces farces avec le public ... Non, vraiment, pas ma tasse de thé.

Je pense que c'est une excellente pièce pour qui apprécie la Commedia Dell'Arte. Mais dans le cas contraire, le spectacle peut vite devenir ennuyeux et presque caricatural.

 

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Publié dans Critiques

Nos plus belles chansons, de Philippe Meyer

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Nos plus belles chansons de Philippe Meyer, vu 2 fois, au Théâtre Éphémère

[ Avec Michel Favory, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Laurent Natrella, Julie Sicard, Loïc Corbery, Léonie Simaga, et Clément Hervieu-Léger, dans une mise en scène de Philippe Meyer ]

 

Faire chanter les comédiens du Français, en voilà une merveilleuse idée ! Surtout que beaucoup sont dotés d'une voix plus qu'agréable ! C'est Philippe Meyer, journaliste que l'on peut entendre à la radio les samedis dans son émission "La prochaine fois je vous le chanterai" qui est à l'origine de cette idée.

Le plateau est presque vide. Des chaises pour les excellents musiciens, un micro central, une guirlande façon cabaret et une lumière travaillée, tout est en place pour attendre nos acteurs. Les comédiens ont préparé 37 chansons, et varient ce qu'ils présentent suivant les jours, en choisissant dans cette liste. Pour faire simple, et même si j'ai utilisé cette même technique pour mon précédent article, je vais critiquer chaque comédien séparément.

Le premier à entrer en scène, lors de la première, a été Michel Favory. Un Favory peu assuré comme on le connaissant dans Le Malade Imaginaire. Un Favory victime de trous de mémoire dans cette touchante chanson qu'est le Moucheur de Chandelles. Un Favory qui, semble-t-il, n'a pas assez travaillé son texte, et ne comptait que sur sa (magnifique, il est vrai) voix. Malheureusement, ça ne suffit pas, et lorsqu'il revient pour sa deuxième chanson, Totor t'as tort, il bafouille, il tremble beaucoup, il se reprend, il laisse des blancs, tout en nous faisant de grands sourires. De temps à autres, il jette des coups d'oeil à droite : oui, c'est bien son texte qu'il tient dans la main. Pour sa troisième apparition, dans La Branche, c'est le premier vers qu'il modifie, ce qui le destabilise sûrement pour le reste de la chanson. Il la reprendra plus tard, lors d'un rappel du public, et la chantera bien mieux, encouragé de ses camarades. Malgré tout, cela reste vraiment dommage, car sa voix profonde et grave peut faire des merveilles, lorsqu'il est sûr de lui ... Après avoir revu la pièce, c'est un Michel Favory plus assuré qui monte en scène ... Peut-être simplement le trac d'une première ; malheureusement nous n'en connaîtrons jamais les véritables causes : cela fait partie des mystères du théâtre !

C'est avec une immense joie que j'ai écouté Cécile Brune, ce soir. Cette actrice, à la voix si caractéristique, vit sa chanson, transmet aisément ses émotions, et a un talent comique évident. C'est lors de ses deux premières chansons, Les progrès d'une garce et L'enterrement de belle-maman, que c'est le plus visible. Alors, la salle rit aux éclats, tout en écoutant cette voix, rauque et puissante mais pourtant douce comme une caresse. Elle excelle également dans les chansons plus tragiques, aux paroles peut-être plus profondes, à la mélodie plus noire. Quand elle chante Les cimetières militaires, la salle écoute sans oser remuer un sourcil. Cette voix seule remplit toute la salle d'émotion. Et peut-être de larmes. Une actrice complète, puisqu'elle réussit dans tous les genres.

Comment ne pas mentionner la voix si particulière de Clément Hervieu-Léger ? Il possède un timbre extrêmement aigu pour un homme, ce qui fait sa singularité. De plus, il n'est pas inutile de le mentionner, il chante extrêmement bien, et lors de son interprétation de Merde à Vauban, m'a tiré les larmes. Pourtant, je la connais bien cette chanson, puisqu'elle est dans le premier CD de l'émission. Elle me touche habituellement, mais pas jusqu'à en pleurer. Mais à croire que le direct augmente les sensations, j'étais réellement émue. Et ce à chacune de ses apparitions. Même lors de chansons plus joyeuses et drôles, telle que Le tango stupéfiant, il est absolument remarquable ! J'aime énormément sa voix et ses intonations, ses appuis marqués sur certaines voyelles, cette voix "ouverte" est ensorcelante. Merveilleuse.

En voilà une actrice qui commençait à me manquer : Léonie Simaga. Cela faisait un bon moment que je n'avais pas eu cette comédienne à l'immense talent devant mes yeux. Je l'avais entendue à la radio, dans l'émission, chanter Les p'tits enfants d'verre, et j'avais alors reconnu qu'en plus de l'art de jouer, elle possédait l'art de chanter. Ce n'était rien à côté de l'entendre et la voir chanter devant soi. Elle semble possédée par la chanson, très émue parfois, mais à aucun moment sa voix ne tremble. Le public, lorsqu'elle entonne cette même chanson, reste sans voix (évidemment, me direz-vous) mais surtout suspendu à ses lèvres. Passionné. Envouté. Sa voix, grâcieuse, légère, mais toujours surprenante, nous emmène loin, très loin. Lorsqu'elle revient pour Tant pis pour la rime, chanson moins émouvante, elle semble prendre un réel plaisir et s'amuser sur scène : elle joue avec ses mots et avec le public, qui rit avec elle. Merci pour ce moment inoubliable.

Tout comme lors de mon précédent article, j'ai encore du mal avec Loïc Corbery. Lorsqu'il est entré sur scène ce soir-là, il était déjà trop cabotin. Il se met en valeur dès qu'il le peut ... D'accord, ça lui réussit. Mais c'est génant. Il pourrait se faire un peu plus petit ... M'enfin. Puisqu'ici c'est sa voix qui compte, commentons la ! De tous les acteurs présents sur scène, il est sans doute celui qui a le moins de voix. Qu'importe, il compense en jouant sans cesse lors de ses chansons ! Par exemple, lorsqu'il entamme Tout est au duc, il faut avouer qu'il la joue extrêmement bien, qu'il est plein d'entrain, et que cela plaît beaucoup au public ... Et ose se reprendre lorsque le trou arrive : il demande au pianiste de revenir au début de la chanson, sans gène. Bravo ! Il a d'ailleurs fait un duo avec Julie Sicard : On s'ra jamais vieux. Moment émouvant, duo réussi, belles voix : que dire de plus ?

Julie Sicard m'étonne toujours ... Ce petit bout de femme a donc une telle voix ? Une voix si puissante et si riche en émotions ? Oui. Quand elle chante Si tu me payes un verre, elle ne se ressemble plus. Elle n'est plus cette petite femme pimpante et enthousiaste, elle a changé et semble réellement en attente de ce fameux verre. Mais lorsqu'elle revient pour entonner La gérontophile, je la reconnais mieux. Rieuse, jouant de tout, chantant avec un rythme parfait, mimant dès qu'elle le peut ... Le public n'en attendait pas moins, et, pour moi qui ne connaissait pas la chanson, je riais aux larmes (oui, j'ai beaucoup pleuré ce soir là !).

Ah ! Laurent Natrella et sa voix (et ses cheveux) magnifiques ! On l'entendait déjà beaucoup dans les CDs de Philippe Meyer ! Ici, en quelques apparitions, il séduit le public. Il alterne des chansons comiques, comme Ne me dis pas, dans laquelle il semble réellement s'énerver, puis déclame à merveille le "coup de théâtre" de cette chanson, et des chansons parlant d'amour, au ton plus doux, et sa voix suit très bien cette tonalité ... J'ai beaucoup aimé son interprétation de L'Amour en 19 ponts, par exemple. Et je regrette de ne pas le voir plus souvent sur la scène du Français, c'est un excellent acteur !

Il ne reste plus qu'une actrice ... Une actrice au grand talent, la fille d'un grand monsieur Arsène Lupin ... Oui, Sylvia Bergé, c'est elle. Cette grande blonde que je ne connais que très peu brille également dans ce spectacle. Voix douce, comme une berceuse. Voix tendre et chaleureuse. Elle interprète avec beaucoup d'émotion, et tout particulièrement lors de Bilou. Émotion qui gagne bien vite le public ... et même si je l'avais déjà entendue à la radio, ça m'a fait encore plus d'effet de la voir chanter, devant moi. Une voix splendide également, bravo.

Soirée magnifique. Les comédiens chantent également ensemble à plusieurs reprises, et cela donne très bien : j'ai particulièrement apprécié Méli Mélo, où chaque comédien semble vouloir se démarquer, avec beaucoup d'humour, c'est excellent ! Courez-y !  ♥