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Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, vu le 23 avril 2012 au théâtre éphèmère

[ Martine Chevallier, Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Christiant Blanc, Jérôme Pouly*, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Pierre Louis-Calixte*, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Elliot Jenicot, Romain Duthil, Guillaume Mika, Emilie Prevosteau, et Julien Romelard ]

« Figaro, c'est important pour la culture. » « Il faut pouvoir citer Beaumarchais au bac de français. »
Bref, les places ont été prises pour Le Mariage de ce célèbre valet.
Tout d'abord l'occasion de découvrir le théâtre éphèmère, qui remplace la Salle Richelieu durant les travaux de celle-ci. Grande salle, très agréable, permettant une bonne vision, quelle que soit votre place. Bref, un bon cadre, la pièce pouvait commencer.

Première surprise : le décor. Il est composé de portes suspendues dans la première partie (avec quelques meubles par-ci par-là), et varie un peu après l'entracte : il est alors composé des nombreux cerfs et autres animaux de la forêt semblant empaillés, et de deux chevaux assemblés comme sur un manège. C'est quelque peu déstabilisant et très différent d'un décor que l'on pourrait appeler "de base", c'est-à-dire simple et adapté à la pièce ... Ici, comme souve,t, on retrouve la mauvaise habitude qu'a la Comédie-Française à toujours en faire TROP pour les décors, et finalement aller trop loin.

En raison de mon manque de temps, l'article passera très vite sur les différents acteurs. Tous très bons, on regrette peut-être le fait qu'Anne Kessler soit un peu trop âgée pour le rôle de Suzanne. Malgré tout, elle reste excellente et forme avec Laurent Stocker un merveilleux duo. J'ai beaucoup aimé Elsa Lepoivre, dans son rôle de comtesse rejetée par son mari, jalouse de ses maîtresses parce qu'encore amoureuse... La jalousie et la tristesse du personnage ressortaient merveilleusement bien. Citons également Pierre Louis-Calixte, impeccable dans sa composition de Brid'oison, personnage le plus comique de la pièce : il a fait rire toute la salle grâce à son talent comique bien connu. Enfin, soulignons la belle performance de Benjamin Jungers, qui a parfaitement su saisir les différents éléments de son rôle de Chérubin.

Il est enfin important de parler de Figaro. Extraordinaire, sans doute. Inoubliable également. J'irais presque jusqu'à dire indépassable. Laurent Stocker nous présente ce valet à l'ingéniosité débordante avec un talent incroyable : débordant d'énergie, cet acteur, 2e dan de karaté, possède une extrême précision dans ses mouvements combinée à un immense talent. Cet assemblage de qualités est tel qu'on croirait que le rôle est fait pour lui : il incarne un Figaro intelligent et amoureux, ce qu'on peut aisément deviner par ses mimiques, malin et presque fourbe puisqu'il joue avec le Comte, mais inquiet sur sa relation avec Suzanne : n'est-ce pas l'introduction du fameux monologue ? Monologue qui paraît difficile et preque incompréhensible lorsqu'il est lu ... Mais quand il est dit et joué à merveille, tout s'éclaire : merci Laurent Stocker, je parviens à apprécier ce monologue depuis le soir où je l'ai entendu de votre bouche.

Une merveilleuse soirée dont je me souviendrai longtemps. Merci encore au Français.   ♥ 


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[MDT divague] On est écolo chez les théâtreux !

Publié le par Mordue de theatre

On ne le sait que trop peu, mais ici, tout est expliqué : pourquoi ce geste, comment cela se passe ?

Oh, vous ne comprenez rien de ce que je raconte ? Alors je vais m'expliquer un peu. J'avoue n'y avoir jamais pensé, mais ce n'est pas bête : internet contribue à la pollution de la planète. Etonnant, non ? Pourtant,  "d'après une étude d'Alexander Wissner-Gross, diplômé en physique de l'université américaine de Harvard, la consultation d'une page web conduit en moyenne à l'émission de 20 milligrammes de CO2, soit 0.02 grammes".

Ainsi, comme il y a un problème, on nous propose une solution : faire de son blog un espace neutre en carbone. Pour cela, il suffit de planter un arbre (ou, dans le cas présent, de demander de planter un arbre pour son blog), qui régulera les émissions de CO2 de votre blog, puisqu'il est capable d'absorber 5kg de CO2 par an (une histoire de photosynthèse, ou je ne m'abuse ?) !

Alors adhérez, c'est rapide et ça aide tout le monde :) .

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(merci à Minyu grâce à qui j'ai eu connaissance de ce projet "un blog, un arbre")

Publié dans MDT divague

Les Liaisons Dangereuses, d'après Choderlos de Laclos

Publié le par Mordue de theatre

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Critique des Liaisons Dangereuses, d'après Choderlos de Laclos, vu au Théâtre de l'Atelier le 18 avril 2012

[ Avec Sophie Barjac, Rosa Bursztein, Jina Djemba, Lazare Herson-Macarel, Mabô Kouyaté, Yannik Landrein, Pauline Moulène, Julie Moulier, Lola Naymark, dans une mise en scène de John Malkovich ]

 

C'était un vrai défi que s'était lancé John Malkovich, l'homme qui avait donné corps à Valmont dans les célèbres Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, en mettant en scène cette même histoire avec, pour seuls acteurs, des jeunes - exceptée Mme Rosemonde -, tout juste sortis du Conservatoire. Pas de grand nom, pas de "fils de", seulement des talents en herbe. Je crois n'avoir qu'une chose à dire : bravo.

Diffile à résumer ... Le roman (et donc la pièce) relate l'histoire de Valmont, et Mme de Merteuil, des personnages qui se permettent tout, jouent de tous, tout le temps. On découvre leur caractère au fil du texte, puisque Valmont séduit et couche avec bon nombre de femmes, au même titre que la marquise de Merteuil. Parmi les femmes désirées par Valmont, se trouve une jeune femme vertueuse, du nom de Mme de Tourvel. Mais à force de trop jouer, il se prend au jeu et tombe amoureux ... S'ensuit de nombreuses péripéties, que je ne citerai pas, de peur de vous gâcher l'histoire.

L'adaptation est pourtant plus moderne, et aurait pu être déconcertante ... il n'en est rien ! Moi qui étais pourtant réticente lorsque j'avais appris la présence d'iPad sur scène, j'ai trouvé au contraire que l'idée était bien trouvée et s'adaptait parfaitement au reste de la mise en scène. Loin d'être abusive, l'utilisation de cette nouvelle technologie est justifiée et presque nécessaire : par exemple, la célèbre scène avec Émilie, prostituée sur les cuisses de laquelle Valmont écrit des lettres à madame de Tourvel, est à peine transformée : en effet, c'est à présent Émilie qui tape, sur la tablette, le message à Mme de Tourvel, pendant que Valmont cherche son inspiration en jouant avec le corps de la fille de joie.

Cette scène est d'ailleurs d'une grande réussite ! En effet, je pense que jouer nu est d'une grande difficulté, au théâtre, et peut-être encore plus pour de jeunes acteurs : ici, Lola Naymark, qui incarne Emilie, est d'une grande justesse, très naturelle, malgré sa - très légère - tenue. L'actrice, qui revient quelques scènes plus tard, réussit également un très beau rire, chose difficile à rendre naturelle, lorsque qu'elle croise Mme de Tourvel. Pour cette dernière, qui est peut-être le personnage le plus troublant de la pièce, par ses sentiments, ses expressions, ses paroles, ses remords, et ses regrets, c'est Jina Djemba qu'on remercie, puisqu'elle parvient à transmettre toutes les émotions de cette femme, torturée par ses actes et ses pensées. Je l'avais déjà vu dans Nos Années Pensions, ou encore 11 Septembre 2011, mais c'est encore autre chose sur scène : plus vivant, (donc ?) plus fort. Dommage que son rôle ait été un peu restreint par rapport au roman, où elle a plus d'importance.

Du côté des personnages plus comiques, on retrouve Cécile de Volanges et sa mère, alias Rosa Bursztein et Pauline Moulène. La première est peut-être trop souvent dans le registre comique, c'est-à-dire même dans les instants plutôt sombres. Néanmoins, le rôle le veut, puisqu'elle incarne une jeune fille naïve, qui a encore tout à apprendre. Amoureuse de Danceny, c'est pourtant Valmont qui se chargera de son éducation ... Dans le but de servir leurs amours, bien évidemment. Sa mère, si elle n'est pas moins naïve, à mon avis, reste plus restreinte et ne se confit pas à tout le monde ... Mais malheureusement, elle ne choisit pas toujours les bonnes personnes. Ces deux actrices traduisent bien le décalage entre le caractère manipulateur des personnages principaux, et le leur, bien plus effacé, bien plus en retrait, bien moins réfléchi. 

C'est Sophie Barjac qui interprète Mme de Rosemonde, la tante de Valmont. Si son rôle n'est pas des plus importants, le personnage est malgré tout est souvent présent, et nécessite donc un bon acteur ... Ici, aucun problème, Sophie Barjac a parfaitement saisi son personnage ! 

Concernant les hommes à présent, eh bien j'ai été très heureuse de retrouver Lazare Herson Macarel, que j'avais découvert au cours des Journées du Conservatoire de l'année dernière (classe de Daniel Mesguich). Il interprète ici Azolan, le valet du vicomte de Valmont. Il joue également le rôle du "maître de cérémonie", puisque c'est lui qui introduit et clot le spectacle, et organise les changements de scène. Ce jeune acteur a un réel talent, et un véritable amour de la scène, qui se ressent jusque dans le public ! On retrouve également, chez les acteurs masculins, Mabô Kouyaté, qui incarne le jeune Danceny, l'amant de Cécile de Volanges. Tout en niaiserie comme elle, et semblant également tout droit sorti d'un roman à l'eau de rose, ce personnage est une réussite : ses gestes et ses mimiques sont parfaitement au service de ce personnage, qui a, comme son amante, tout à apprendre, et pour qui les habitudes du monde sont tout à fait étrangères. 

Il me reste donc à parler du duo principal de la pièce, les manipulateurs. Parmi ces deux personnages, l'un se laisse manipuler, sans s'en rendre compte. Un seul personnage dominerait donc l'histoire ? Fort possible. Ici, Valmont et la Marquise de Merteuil sont interprétés par Yannik Landrein et Julie Moulier. Cruels, jouant de tout et de tous, se lançant des défis affreux, trahissant sans remord, les deux acteurs ont tout compris et retranscrivent à merveille les faits et gestes de leurs personnages respectifs. Si Mme de Merteuil semble souvent sur un même ton, c'est que son personnage s'est lui-même créé un personnage. Ce double-jeu se ressent parfaitement. Les deux acteurs ont très bien saisi l'horreur qu'exprime l'histoire que mènent leurs personnages, et cela se sent. Ils nous comptent une histoire où leurs actes n'ont pas de limite. Et leur jeu n'a pas de limite : dans la scène dont j'ai déjà parlé, avec Emilie, Valmont est parfaitement naturel et cela accentue encore l'atrocité de son acte. Dans la scène finale entre Valmont et Mme de Merteuil, cette dernière déclare avec une grande dignité "La Guerre", nous donnant la chair de poule. 

J'ai beaucoup apprécié la scène de combat entre Valmont et Danceny, qui prennent réellement les armes sur scène, ce qui est plutôt rare car cet acte demande une grande précision et un grand travail : ici, le travail a été fourni puisque cette scène est simplement parfaite. Je note également un choix du metteur en scène qui, d'habitude, me déplaît, mais qui ici a su me convaincre : les acteurs, après avoir fait leur sortie, au lieu de retourner en coulisses, s'assoient sur des chaises entourant la scène. Cette technique, de plus en plus utilisée, est en générale injustifiée. Ici, au contraire, elle sert beaucoup : elle permet en effet aux personnages d'appuyer leurs propos et de jouer avec les personnages, censés n'être pas présents, afin d'amuser ou d'expliciter l'implicite. Une belle trouvaille.

Une réussite totale, pour la mise en scène comme pour le jeu des acteurs ! Des noms à suivre. Bravo.  ♥  

 

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Pour suivre le parcours de la troupe, c'est ici.

Publié dans Critiques

Le Fils, de Jon Fosse

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Fils, de Jon Fosse, vu le 17 avril 2012 au théâtre de la Madeleine

[ Avec Catherine Hiegel, Michel Aumont, Stanislas Roquette et Jean-Marc Stehlé, dans une mise en scène de Jacques Lassalle ]

 

"Spécial ..." 

Telle a été ma première réaction au sortir de la pièce. Jon Fosse, c'est spécial. Une sorte de mélange entre Beckett et de Tchekhov. Le premier, car l'histoire part de pas grand chose et n'arrive nulle part. Le second, car les personnages déclarent devant nous que leur vie est monotone et qu'il ne s'y passera pas grand chose. Caricatural, mais pas si faux quand on y réfléchit.

L'histoire, donc, se passe en Norvège. Une Norvège sombre, froide, inquiétante, dans laquelle un vieux couple vit, presque seul, loin de tout. Nous peinons à comprendre ce qu'ils attendent, ce qu'ils espèrent et ce qu'il craignent. La mort est-elle souhaitable ou plutôt rejetée ? Difficile à percevoir : ils ne parlent que peu, souvent pour ne pas dire grand chose, et se répètent beaucoup. Toutefois, un élément de leur vie semble plus clair que le reste : ils ont un fils. Un fils en prison d'après le voisin, un fils dont ils n'ont plus de nouvelles depuis 6 mois, un fils passionné de musique, un fils qui leur est peut-être devenu inconnu après tant d'absence ... Et voilà que ce fils revient. Sans prévenir, du jour au lendemain, il retourne chez ses parents, loin de tout.

L'intrigue donc, en elle-même, n'est pas très gaie ... Dès le début de la pièce, l'ambiance est froide, et menaçante. Les lumières aident à créer cette atmosphère inquiétante, puisque la scène est presque plongée dans l'obscurité. Michel Aumont et Catherine Hiegel ouvrent la pièce. Lui lit le journal, elle défait un ourlet à l'aide de ses ciseaux. Si ils parlent, ce n'est que pour dire des choses succintes. Leur conversation n'est pas très animée. Et pourtant, malgré ces "il fait de plus en plus sombre" - "oui" - "ce n'était pas comme ça avant" - "oui", dialogue pouvait paraître pauvre et ennuyeux, ces deux acteurs parviennent à transmettre quelque chose ... Le spectateur, s'il n'est pas passionné par ce qu'il voit, garde tout de même ses yeux scotchés sur ces deux personnages ... Sûrement grâce au talent de ces deux Grands : elle, nous dévoilant une belle palette de sentiments, que l'on avait presque oublié après Moi j'crois pas !, et lui qui, en répétant toujours la même phrase, parvient à toujours la prononcer d'une manière nouvelle, comme s'il redécouvrait chaque fois l'obscurité de son lieu d'habitation ...

Mais ils ne sont pas seuls, et les deux autres acteurs ne tardent pas à faire leur entrée ... Tout d'abord, parlons du voisin, un vieil homme constamment saoul, incarné par Jean-Marc Stehlé. Il faut savoir que cet homme est décorateur de métier, et acteur à l'occasion, si j'ai bien compris. Eh bien je n'ai qu'une chose à dire : bravo ! Son personnage est absolument parfait dans sa gestuelle, sa manière de parler, ses déplacements, ses mimiques ; tout soutient parfaitement l'ivrognerie du personnage, tout est là sans en faire trop non plus. De plus, comme, finalement, c'est lui qui apporte un peu de lumière et de sourire chez le spectateur, par son décalage avec le reste de la pièce beaucoup plus sombre, on se laisse plus facilement entraîner dans son jeu. Et bien sûr, le dernier acteur, Stanislas Roquette, incarne LE fils : démarche de jeune - nonchalante - , visage ne laissant rien transparaître, parlant rarement et ne disant finalement pas grand chose, la composition de son personnage est excellente. Entouré de tous ces grands du théâtre, ce jeune acteur ne se laisse pas enfoncer, et parvient à tirer son personnage assez haut : tout comme les autres, on le regarde faire, on le suit des yeux sans savoir vraiment pourquoi, on attend. Mais on ne se déscotche pas. 

Finalement, ce spectacle ne s'éclaircit pas au fil de la pièce, bien au contraire. On s'y pose de nombreuses questions auxquelles aucune réponse n'est apportée : quelles sont les relations entre le fils et ses parents ? Pourquoi est-il réellement revenu ? Était-il en prison ? Ses parents souhaitaient-ils son retour ? Le visage des acteurs ne laisse rien transparaître des intentions des personnages. Tout est fait pour être inquiétant, tout comme cette musique de fond, qui ne gène en rien, mais accentue cette atmosphère de tension. Le décor, derrière ce qu'on peut imaginer être la maison des personnages, est magnifique. Mais malgré la beauté du paysage, le tableau que l'auteur nous fait de la Norvège ne nous donne pas envie de s'y ballader. 

A voir, ne serait-ce que pour le jeu des acteurs, et pour dire "j'ai vu du Jon Fosse".   

 

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Publié dans Critiques