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Comme un penchant pour Maître Perrin

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Comme un arbre, penché, de Lilian Lloyd, vu le 20 février 2014 au théâtre La Bruyère
Avec Francis Perrin, Gersende Perrin, et Patrick Bentley, dans une mise en scène de Jean-Luc Tardieu

C'est un véritable défi que d'arriver à remplir une salle sur un thème et une mise en espace pareils. Sur la scène trône un lit, dos au public, sur lequel est allongé un homme dont on ne voit que les cheveux dépasser. Autour de lui, tout est blanc, et on ne peut plus douter : on se trouve bien dans un hôpital. L'homme dans son lit ne bougera pas de la pièce, et l'on ne verra pas son visage. Il est atteint du locked in syndrome, ce même syndrôme d'enfermement qui est à la base du roman Le Scaphandre et le Papillon.

C'est l'infirmière qui nous apprend son état. Au début de la pièce, elle est seule avec le patient et s'occupe de lui, quand un homme arrive. Il se présente : il s'appelle Louis et il est un ami de Philippe, le malade. Il vient d'apprendre qu'il avait eu un accident, alors que les deux amis ne s'étaient pas revus depuis 12 ans. Petit à petit, on apprend à connaître Louis, Philippe, et même Mathilde l'infirmière. On comprend la relation qui liait Louis et Philippe, on découvre la cause de leur brusque séparation, on s'introduit dans leur quotidien, incertain, parfois distrayant, souvent émouvant. 

Ces sentiments, c'est surtout Francis Perrin qui nous les transmet. L'acteur est presque en monologue pendant 1h30, conversant avec son ami malade qui ne lui répond pas, et il est plus que convaincant : il porte entièrement et brillamment le spectacle. Il passe sans difficulté et tout en finesse d'un sentiment à l'autre, du rire au larme, et nous avec lui, le rire étant un apaisement de toute l'émotion qu'il nous a fait ressentir auparavant. Il est parfois bouleversant et son léger bégaiement ajoute encore une touche d'humanité au personnage. Avec Gersende Perrin, sa femme en ville, il forme un joli duo et une réelle complicité se sent sur la scène ; dans leurs regards, beaucoup de tendresse, ils s'ajustent l'un par rapport à l'autre et jouent vraiment ensemble. Enfin, j'ai tendance à penser que si ce n'était pas un véritable homme dans le lit mais seulement un mannequin, on n'aurait pas eu l'excellente prestation de Perrin, car même muet, il est une présence essentielle au spectacle, et au jeu du comédien.

Je ne suis pas vraiment fan des spectacles qui se déroulent sous forme de tableaux. Ici, pourtant, cela ne m'a pas gênée. À chaque noir, c'est une nouvelle visite de Louis qui commence, une nouvelle invention pour distraire son ami, un nouveau coup de théâtre sur leur vie passée. Francis Perrin parvient à capter notre attention dès son arrivée sur le plateau, et elle ne se relâche pas de toute la scène. La musique, évocatrice de souvenirs dans la pièce, a son importance, puisqu'elle est source d'émotion et pour le comédien, et pour nous, puisqu'elle est liée à l'histoire des personnages. La pièce est finalement assez poétique et pleine d'espoir, car malgré un ton de deuil, c'est une nouvelle histoire qui commence. Cette poésie là, liée tout d'abord au texte, est transmise par un jeu simple, attendrissant, parfois poignant, qui a su nous toucher sincèrement.

Lilian Lloyd signe une très bonne pièce, parfaitement équilibrée entre rire et émotion, portée au plus haut par l'excellent Francis Perrin. A voir♥ ♥ ♥

Publié dans Critiques

Vous êtes, monsieur Fau, un grand extravagant

Publié le par Mordue de theatre

Critique du Misanthrope, de Molière, vu le 18 février 2014 au théâtre de l'Oeuvre
Avec Julie Depardieu, Michel Fau, Édith Scob, Jean-Pierre Lorit, Jean-Paul Muel, Laure-Lucile Simon, Roland Menou, Frédéric le Sacripan, et Fabrice Cals.

Le Misanthrope tel qu'on le joue aujourd'hui est un homme qui certes, ne peut pas vivre en société en raison de son aversion de ses congénères, mais que l'on a quand même fini par comprendre, et on va jusqu'à le considérer comme réfléchi car conscient des hommes mauvais qui l'entourent. Ce Misanthrope-là n'est probablement pas celui qu'a créé Molière, qui était bien plus un homme fou et délirant constamment, qui ne méritait pas notre considération mais bien plus provoquait notre rire. Voilà donc le parti pris de Michel Fau en montant ce Misanthrope : le faire à l'idée de celui de Molière. Une réussite !

Rappelons brièvement l'intrigue, pour celles ou ceux qui auraient un brusque trou de mémoire. Alceste ne peut pas vivre dans cette société qui l'entoure et qu'il hait, composée d'hypocrites et misant tout sur l'apparence. Dès le début de la pièce, son caractère si particulier se fait sentir, et il se détache du reste des personnages. Cependant, c'est un homme qui se contredit sans cesse, et le paradoxe le plus important qu'il renferme est son amour pour la plus coquette et la plus mondaine des femmes, Célimène, qu'il tentera d'ailleurs de convaincre de s'exiler avec lui, loin des hommes.

Michel Fau est Le Misanthrope. Il compose un Misanthrope grotesque et ridicule, et pourtant touchant, car touché, blessé profondément par la nature humaine. On entend Molière comme rarement, et les mots qui sortent de sa bouche sont empreints d'amertume et de sincérité. Jamais je n'avais remarqué à quel point sa folie était poussée, et lorsqu'il déclame que Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte, ça n'apparaît plus seulement comme des paroles intelligentes, comme une vérité finalement naturelle, mais bien comme de la pure démence, comme s'il se plaisait à ne pas trouver ce qu'il y a de bon en chacun.

Et Michel Fau a su s'entourer des meilleurs comédiens, à commencer par celui qui interprète Philinte, son ami le plus proche : Jean-Pierre Lorit incarne... juste le meilleur Philinte qu'on puisse imaginer, au bas mot. Ce personnage est ingrat car il fait toujours face au fort caractère d'Alceste, et peut donc paraître bien simple à côté. Mais ici, quelle sagesse, quelle raison dans son discours, et quelle émotion il transmet. On l'écoute avec un plaisir qui ne s'estompe à aucun moment. Jamais ce vers : Ah ! cet honneur madame, est toute mon envie, et j'y sacrifirais et mon sang et ma vie ne m'a autant touché. Un Philinte d'exception. On pense également à Jean-Paul Muel, qui sait si bien faire la folle comme il nous l'a déjà prouvé, et à qui le rôle de l'hystérique Oronte va comme un gant.

Du côté des femmes, on est un peu moins convaincu. Mais comment réussir à soutenir la comparaison en Arsinoé, lorsque je voyais Catherine Griffoni briller dans le rôle il y a quelques mois ? Edith Scob semble trop âgée pour le rôle et la scène entre les deux femmes, qui devrait faire l'effet d'une bombe à retardement, peine à éclater. Là est le seul point négatif du spectacle. Julie Depardieu, en revanche, semble une Célimène-née : son côté légèrement excité, electrisé, qu'on lui connaît sied parfaitement au personnage et à sa mondanité, à ce désir qu'elle a de vivre et de plaire. Elle ne semble pas comprendre le mal que ressent Alceste et se plaît à lui tenir tête. Le duo fonctionne à merveille.

Par ce Misanthrope, Michel Fau nous montre non seulement son talent de comédien, mais également celui de metteur en scène. Quelle différence il y a entre un spectacle où l'on sent la main de fer du metteur en scène, et celui où les acteurs sont surtout guidés à l'instinct ! Là, on assiste à un l'accomplissement d'un travail réfléchi et intelligent : un tableau des Enfers fait office de décor durant certaines scènes, et place ainsi directement la pièce sous une dimension tragique, féroce, telle que peut l'entendre Michel Fau, qui avouait que dans le monde du théâtre, [il] se sent très seul, très à part, et que les hypocrisies, les malentendus, les malhonnêtetés [le] choquent. Cet aspect de vérité et de modernité du texte est brillamment retransmis, et c'est également grâce à l'insistance sur la folie et l'extravagance du Misanthrope qu'il parvient à faire rire. Le jeu de contraste des couleurs et de la luminosité fait également son effet : lumière comme costumes sont de couleurs qui jurent parfois, et le doré de la robe d'Arsinoé appuie son ridicule et sa fausse pureté, de même qu'Alceste, qui tente toujours de se démarquer, et grotesque dans ce costume vert, aux côté de Philinte et d'Éliante, bien plus sobres, et finalement seuls personnages qui tentent de construire véritablement quelque chose.

Michel Fau a dit : "Je redoute de devenir comme Alceste". Pari perdu monsieur Fau, car tous les soirs, le temps d'un spectacle, vous en prenez le corps. ♥ ♥ ♥

Publié dans Critiques, Oeuvre

Les singes d'une nuit d'été

Publié le par Mordue de theatre

Critique du Songe d'une nuit d'été, de Shakespeare, vu le 17 février 2014 à la Salle Richelieu
Avec Martine Chevallier, Michel Vuillermoz, Julie Sicard, Christian Hecq, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Adeline d'Hermy, Elliot Jenicot, Laurent Laffite, Louis Arène, Benjamin Lavernhe, Pierre Hancisse, Sébastien Pouderoux, Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matëj Hofmann, Paul McAleer, Pauline Tricot et Gabriel Tur, dans une mise en scène de Muriel Mayette-Holtz

La crainte de ne pas découvrir une Muriel Mayette inventive, délirante, un peu excentrique, enfin un metteur en scène adapté à ce genre de pièce, s'est fait sentir dès le début. En entrant dans le salle Richelieu, j'ai vu ce drap satiné qui fait office de décor durant tout le spectacle. Ce rien qui, pour le metteur en scène, fait office d'un tout ; cette première facilité qu'elle utilise durant le spectacle, première d'une longue liste - malheureusement. Je sais que la Comédie-Française fait des économies - c'est d'ailleurs pour ça que de plus en plus d'acteurs de la maison signent également des mises en scène - mais de là à se dire qu'un drap blanc permet toutes les imaginations possibles... Non. Le Songe d'une nuit d'été est une pièce féérique, et figurer la forêt par une toile blanche me semble juste être le reflet d'un manque flagrant d'idée de la part du metteur en scène.

Féérique, par son propos tout d'abord. Car oui, la pièce fait intervenir toutes sortes de personnages fantastiques issus du monde des fées : oui, du monde des fées et non de celui des singes, comme semblent le suggérer ces costumes laids et vulgaires que portent certains elfes. Féérique, car c'est un songe, un spectacle qui se doit d'être léger et enchanteur, d'avoir quelque chose d'un peu surnaturel et de merveilleux. Or on assiste plutôt à quelque chose de peu digeste car trop lourd, trop gras, trop gros. Mais laissez-moi vous expliquer...

La pièce se déroule à trois niveaux : tout d'abord, le monde des fées dont j'ai déjà un peu parlé ci-dessus. Le roi et la reine des fées, Obéron et Titania, sont en conflit car l'une possède un enfant que l'autre désire. C'est leur querelle qui créera des liens entre le monde des humains et celui des fées, car en poursuivant la reine dans la forêt, le roi tombera sur des humains, s'étant enfui d'Athènes. En effet, Hermia désire épouser Lysandre, quand son père veut la marier à Démétrius, qui l'aime et rejette Héléna pour elle. Lysandre promet à Hermia de s'enfuir avec elle, mais ils sont rejoints par Démétrius et Héléna puis trompés par les esprits de la forêt... Enfin, un troisième niveau est à considérer : celui des artisans, qui préparent une pièce pour la noce de Thésée et Hippolyta, duc d'Athènes et reine des Amazones. Parmi eux, Bottom, qui sera l'élément reliant ce dernier monde à celui des fées, par l'action de Puck, esprit malicieux et serviteur d'Obéron. Intrigue complexe donc, mais qui devrait couler facilement et sans accroc, sans lourdeur... Tâche plutôt ratée.

Et le manque de poésie se fait sentir à plusieurs reprises dans la mise en scène... A commencer par ces costumes dont j'ai déjà parlé, laids et vulgaires, en tout cas inappropriés. Que ce soit ces fées simiesques ou ces jeunes amants sortis de Carnaval, on ne comprend pas pourquoi de tels costumes ont été choisis : ils contribuent à briser le merveilleux du spectacle. Je pense aussi à ces chants un peu ridicules et qui brisent l'action, comme si la langue de Shakespeare n'était pas assez musicale en elle-même... Rajouter ces airs trop entraînants est, pour moi, une nouvelle erreur. Mais ce n'est pas tout : les facilités qu'on trouve et qui nous provoquent un rire trop gras pour le propos n'aident en rien à poétiser le tout. En fait, c'est même presque indigne et vexant pour Elliot Jenicot et Christian Hecq d'être constamment employés dans les mêmes rôles, utilisés aux mêmes fins comiques. Car c'est vrai qu'ils sont drôles : mais rire parce qu'Elliot Jenicot se gratte la fourrure ou que Christian Hecq a mal car on lui a marché sur la queue, ce n'est pas servir Shakespeare, c'est faire rire pour faire rire, car on n'a pas d'autre idée. C'est facile ! Et quelle horreur de faire une référence à Johnny Hallyday en plein milieu d'un tel texte ! Quelle honte... Voilà qui m'a sérieusement choquée. Ce Que je t'aime ! était de trop.

Cependant, on reste partagés durant tout le spectacle. Car certaines scènes sont vraiment réussies, comme celles de partage avec le public. Michel Vuillermoz et Julie Sicard, qui incarnent le duc d'Athènes et la reine des Amazones, ne sont pratiquement présents que dans le public (ils étaient juste devant moi), et jouent le jeu à fond. Ils parlent avec les autres spectateurs, se font des mamours, applaudissent, et c'est une réussite car ils sont parmis nous, c'est-à-dire qu'ils font parti du monde humain, tout en étant particuliers, car, acteurs pour nous spectateurs, car duc et reine pour nous gens du peuple. Et puis, disons-le, avoir Michel Vuillermoz à quelques centimètres de soi, c'est quelque chose ! Quelle puissance, quelle voix, quel talent ! La scène de la représentation théâtrale également - inratable de toute façon - est à mourir de rire, et on salue bien bas le grand Jérémy Lopez, remarquable Bottom, livrant une performance parfaite d'un bout à l'autre du spectacle, drôle et touchant comme il sait si bien le faire. Retenons également Benjamin Lavernhe, acteur montant du Français, et qui nous enchante à chacune de ses apparitions : à suivre ! C'est toute la troupe - ou presque - que j'aimerais encenser : Louis Arène qui est un Puck admirable, malicieux et étrange, inquiétant et attachant, dont le pas pressé et les couinements répétés marquent le passage, ou encore Suliane Brahim et Adeline d'Hermy, adorables jeunes femmes découvrant l'amour et ses lois, tantôt gaies tantôt tristes, et qui passent d'un sentiment à l'autre en un clin d'oeil. Petit bémol pour Sébastien Pouderoux, qui ne parvient toujours pas à exprimer plus d'une émotion, à changer de ton de voix - ce qui, pour un acteur, s'avère assez vite dérangeant.

C'est donc, et à mon grand regret, que je constate qu'à nouveau cette troupe sauve le spectacle, peut-être trop ambitieux pour l'administratrice du Français : le songe est mauvais, mais son jeu est bon... 

Même pas nul !

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Même pas vrai !, de Nicolas Poiret et Sébastien Blanc, vu le 15 février 2014 au Théâtre St-Georges
Avec Raphaëline Goupilleau, Bruno Madinier, Anne Bouvier, Christopher Guybet, Thomas Maurion, et Valérie Zaccomer

Je ne saurai pas dire depuis combien de temps je n'avais pas vu de boulevard. J'en ai vu à la télévision, ou du moins j'ai essayé d'en regarder lorsque certains étaient diffusés. Mais à croire que ce n'est pas si facile d'en écrire, et de faire rire, car il y a longtemps que je n'avais pas ri ainsi devant un vrai boulevard. L'écriture en était différente de ce que je connais : aujourd'hui, on parle beaucoup d'Éric Assous, et si c'est vrai que certaines de ses pièces sont très bonnes, on reconnaît tout de même sa plume et son style de comique. Là, c'était à l'opposé de ce qu'on peut percevoir chez Assous. Et ce n'était pas pour me déplaire.

En fait, c'est une écriture très jeune. Il n'y a pas vraiment de fil directeur de l'histoire, de situation franchement comique, mais tout est dans l'art de la réplique, dans le rythme, car tout passe par la vanne : c'est un mot bien renvoyé qui provoque le rire dans ce spectacle. Et je dirai même plus : ce sont des enchaînements de vannes qui composent la pièce. Dit comme cela, ça peut surprendre, mais le résultat est surprenant car comique et tout à la fois prenant !

L'histoire est la suivante : on se retrouve dans la vie d'un couple, Mathilde et Arnaud, et de leur fils, Michael. Elle est folle, ou du moins sérieusement atteinte. Elle n'aime pas qu'on lui cache un fait mais elle n'est pas capable de demander les choses clairement et emploie toujours un moyen détourné. Résultat : c'est une famille assez spéciale et on se plaît à s'incruster au coeur de ce mini-délire. Et puis, Mathilde semble aimer les coups de théâtre, et inventer les moyens les plus tarabiscotés pour attraper les membres de sa famille : c'est donc au cours d'un dîner que se révèleront les plus grands secrets que tous se cachent les uns aux autres. Et tout cela, sans lourdeur, sans longueur, sans ennui !

Il faut dire qu'il y a sur scène une actrice remarquable, une Comédienne avec un grand C, une femme renversante en la personne de Raphaëline Goupilleau, alias Mathilde. Toute la folie du personnage, toutes ses attentes et ses questions, tous ses manèges sont lisibles dans son regard, et elle nous fait rire par son sens du rythme inné et par ses airs toujours décalés lorsqu'elle répond à un personnage. Et puis n'oublions pas cette voix si caractéristique, cette voix si particulière, cette voix qui est un don pour un comédien, et qui nous enchante dès qu'elle dit un mot. A ses côtés, tous les comédiens sont excellents : on pense à Bruno Madinier, un Arnaud un peu mou face à cette femme tornade, ce genre d'homme qui tente d'apaiser les choses, et qui nous fait rire de ce côté nonchalant. On pense aussi à Valérie Zaccomer, un peu hystérique, un peu folle sur les bords également, qui a de belles scènes de colère sans tomber dans l'exagération. Thomas Maurion, qui incarne le fils de cette famille, se détache de la troupe par un jeu plus jeune, plus instinctif, mais il ne tombe à aucun moment dans le cliché et on l'en remercie.

Mais c'est l'écriture du spectacle qui m'a marquée, en ce qu'elle a de différent et de nouveau, comme si elle renouvelait presque l'idée que j'avais du boulevard : la scène du pré-dîner, où ne sont présents que les trois membres de la famille et une invité, est au bord de l'absurde, et c'est un véritable régal. Ce n'est pas une pièce spécialement prévisible, et c'est ce qui change de ce qu'on peut connaître du boulevard, où les situations peuvent être connues d'avance. Point positif pour les décors ingénieux également, qui permettent des changements de lieu facilement, sans non plus être trop tarabiscotés.

C'est un excellent spectacle en ce moment au théâtre St-Georges : qui refuserait une bonne dose de rire de 2h ? On reviendra. ♥ ♥ ♥

Publié dans Critiques

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, au Studio-Théâtre

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Candide de Voltaire, vu le 14 février 2014 au Studio-Théâtre
Avec Claude Mathieu, Laurent Stocker, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, et Laurent Lafitte, dans une mise en scène d'Emmanuel Daumas

Si, par le plus grand des hasards, je n'avais pas su quel spectacle j'allais voir, j'avais oublié le titre, il m'aurait suffi de quelques instants pour le deviner. C'est simple, lors de l'entrée en scène de Laurent Stocker, c'est comme si on avait devant nous l'incarnation du mot candide. La naïveté, l'insouciance, une certaine ignorance, un bon fond, une envie d'apprendre, tout est sur le visage, dans les gestes, dans le regard de l'acteur. Le spectacle s'annonce savoureux...

Bien vite, le style de la pièce se fait comprendre. Ce n'est pas une transposition théâtrale comme je l'imaginais, mais bien plus le roman dit par les comédiens : en fait, des passages entiers sont narrés par les différents personnages. Si ce parti pris peut être aussi intéressant, il n'est pas toujours mené au mieux, et on confond parfois l'acteur et son personnage, puisque chacun endosse plusieurs rôles. Déjà que dans le conte, certains personnages disparaissent puis ressucitent, il arrive qu'on se perde un peu. Mais honnêtement, ça n'a pas grande importance, car nous connaissons tous grossièrement l'intrigue, et ce n'est pas parce que certains détails nous échappent que l'on va perdre totalement le fil. Pour ceux qui auraient un doute, l'histoire rapporte donc l'histoire de Candide, qui va découvrir le monde et ses misères, et apprendre que peut-être, contrairement à ce que lui a toujours enseigné Pangloss, un grand philosophe, on ne vit pas dans le meilleur des mondes possibles.

Dans cette mise en scène, donc, les 5 acteurs incarnent chacun un ou plusieurs personnages. Serge Bagdassarian incarne un Pangloss ridicule à souhait, puis un Cacambo peut-être un peu moins recherché, mais l'acteur sait nous ravir par ses manières et ses mimiques scéniques qui provoquent aisément le rire chez le public. Julie Sicard est une Cunégonde sexy au début, puis laideronne à la fin, et surtout grande provocatrice ; la scène de séduction de Candide est à la fois raffinée et grotesque : le mélange des deux est à déguster sans modération ! Laurent Laffite campe plusieurs personnages, et on retient tout particulièrement le juif acheteur de Cunégonde, caricatural au possible, source de comique indéniable. Claude Mathieu, qui interprète La Vieille, est un peu moins intéressante dans ce lot d'acteurs formidables : si sa voix est toujours aussi agréable, elle ne parvient pas à toujours maintenir l'attention au top et le récit de son histoire est la seule longueur du spectacle.

Et que dire du grand Laurent Stocker ? Qu'il est un peu sous-utilisé : incarnant le rôle-titre, on s'attendrait à une plus grande partition pour cet acteur. Il est beaucoup battu et poussé dans tous les coins de la scène, nous montrant ainsi son agilité et la précision de ses mouvements. Il prendra une plus grande importance dans la fin de la pièce : en effet, pas un joli effet de mise en scène, on se retrouve devant les acteurs discutant du sujet de la pièce, et de sa morale, et, devant l'énonciation de tous les vices humains par Stocker, on ne peut que rester en admiration et écouter religieusement cette critique, ces pensées autour de ce conte qui donne tant à réfléchir.

Au Studio-Théâtre, c'est du théâtre comme on l'aime : quand il éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, la fatigue, et les problèmes. Lorsqu'il nous permet d'oublier la réalité le temps d'une soirée. Retrouvez-le bientôt au TOP... Et courez-y ! ♥ ♥ ♥

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