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3 articles avec poche-montparnasse

Legs ? Go !

Publié le par Mordue de theatre

Critique du Legs, de Marivaux, vu le 3 mai 2014 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Bernard Menez, Valérie Vogt, Marion Bierry/Marie Réache, Gilles Vincent Kapps, Estelle Andréa, et Sinan Bertrand

Marion Bierry est un metteur en scène très oscillant : j'avais applaudi à tout rompre La Veuve qu'elle avait monté en Avignon il y a deux ans, mais je n'avais pas caché ma déception face à son Tartuffe monté sur les seuls noms de Chesnais et Brasseur. Des idées, je ne doute pas qu'elle en a. Mais dans cette nouvelle mise en scène qu'elle signe, on ne voit pas toujours où elle veut en venir : dans quel but alterner le texte de Marivaux et des sonnets de Ronsard, si ce n'est pour un plaisir auditif certain ? Une fois cette interrogation passée, cependant, on ne peut que se prendre au jeu de cette intrigue marivaudienne interprétée avec finesse et intelligence sur la scène du Poche-Montparnasse.

On reconnaîtrait Marivaux simplement en découvrant l'histoire : mêlant intrigues amoureuses et problèmes liés aux milieux sociaux, elle nous peint les obstacles élevées contre le mariage du Marquis et de la Comtesse. En effet, le Marquis est légataire d'un testament, et a reçu 600 000 francs à charge d'épouser Hortense ; dans le cas où il ne souhaiterait pas conclure le mariage, il doit lui verser 200 000 francs. Voulant rester bénéficiaire de ce legs, il joue tout de même le jeu en la demandant en mariage, tout en espérant secrètement son refus. Hortense, elle aussi éprise d'un autre homme, tente, par l'intermédiaire des valets du Marquis et de la Comtesse, Lépine et Lisette, de faire avouer le Marquis et de le faire renoncer à ce mariage, en le pressant d'avouer sa flamme à la Comtesse. Seulement les caractères bien trempés de chacun des personnages rendra la chose plus difficile, et les faux semblants sont rois. 

Il faut avouer que la mise en scène est facile : en fait, il n'y a pas grand chose. Il y a beaucoup de grandes caisses déplacées, on ne sait pas pourquoi, et beaucoup d'allées et venues, mais pas vraiment d'idée particulière, de mise en lumière de certains aspects de la pièce, de transcendance du texte. Cependant, j'ai quand même été prise dans ce spectacle gai et vivifiant : l'entrain des acteurs, le rythme du jeu, les intermèdes musicaux, le texte de Marivaux et la beauté des poèmes de Ronsard font qu'on adhère à ce spectacle, qu'on s'intéresse à leurs colères et leurs déceptions. 

Et on adhère à cette proposition tout d'abord grâce au talent comique indéniable de Bernard Menez. Il n'a qu'à ouvrir la bouche, faire un pas, regarder de côté, pour qu'un rire soulève la salle. Ses changements de tons, brusques et précis, sont excellents, et il continue cette loufoquerie jusque dans les parties chantées. J'ai retrouvé le Bernard Menez qui m'avait tant plu dans Le Gros la Vache et le Mainate, et c'était une très bonne surprise. Le reste de la distribution m'était parfaitement inconnue, et j'ai pu découvrir en Marion Bierry, le metteur en scène, une actrice de talent. Elle incarne une Hortense intelligente et parfois amère, et sa voix est de celles qu'on n'oublie pas. Le duo des valets est délicieux, et plus encore lors des parties chantées : en effet, Estelle Andréa, qui m'a d'abord un peu rebutée à cause de son jeu, a su me charmer totalement par sa voix soprano d'une maîtrise totale, se lâchant plus lors des intérmèdes musicaux. Sinan Bertrand interprète un Lépine joueur et vif, dont l'oeil malicieux s'accorde à merveille avec son rôle de valet un peu voyou. 

Finalement, ce spectacle s'apparente à une découverte du texte de Marivaux presque nu, comme si on assistait à une italienne. Avec du recul, le manque de mise en scène provoque un souvenir trop flou de ce spectacle, qui a pourtant su me ravir sur l'instant. Je continue de me questionner sur l'utilité de l'ajout des vers de Ronsard entre les scènes, qu'on distinguait du texte de Marivaux par un placement spécial des acteurs. Car si tous les poètes savent parler d'amour, Marivaux lui-même le fait tout aussi bien, avec sa langue aux distinctions et à la finesse si reconnaissables.

Pourquoi pas ? ♥ ♥

Le Poche en Magruscule

Publié le par Mordue de theatre

Critique des Dramuscules de Thomas Bernhard, vu le 7 décembre 2013 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Catherine Salviat et Judith Magre, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

C'est uniquement sur des noms que le spectacle m'a attirée : Catherine Hiegel, sociétaire honoraire du Français, ex-doyenne de la Maison de Molière, et remerciée pour des raisons peu valables, est une immense actrice, et une grande metteur en scène. Ici, elle s'entoure des plus grandes, à savoir Judith Magre et Catherine Salviat, deux actrices d'expérience et de renom. Le seul nom qui m'attirait moins, dans ce spectacle, c'est celui de Thomas Bernarhd : j'avoue que je ne le connaissais que de nom, et son oeuvre ne m'attirait pas particulièrement.

Les Dramuscules qui nous sont présentés ne m'ont pas vraiment parlé, ne m'ont pas touchée. Il y est question, entres autre, de racisme.. Un premier tableau dans lequel deux femmes découvrent un corps mort dans la rue en sortant de l'Église, qui s'avère finalement être des affiches nazis, ce qui a pour conséquence de les rassurer - inquiétant ! -, un deuxième se déroulant au cimetière, deux femmes déblatérant autour d'un homme qui vient de mourir, écrasé par un Turc, source de haine chez les deux commères, et un dernier dans la maison d'un vieux couple, où la femme repasse les habits troués de son mari, policier, et qui s'est une nouvelle fois battu lors d'une manifestation qui a mal tourné. Soit, mais après ? Le racisme est omniprésent, les scènes apparemment quotidiennes, familières, regorgent de propos déplacés, dérangeant... mais la langue n'est pas convaincante. Elle ne touche pas comme elle devrait le faire. Les propos ne m'ont pas assez atteinte ; j'ai eu plutôt du mal mal à rentrer dans ces Dramuscules.

Mais j'ai tout de même pu admirer une performance d'acteur ... impressionnante. A quelques pas de moi seulement, Judith Magre, 87 ans, en paraît 15 de moins. Elle a conservé sa voix, si belle, profonde et grave, et bien qu'un peu enrhumée ce soir-là, elle était pleine de vie et interprétait avec simplicité mais exactitude cette femme aux propos, cruels pour nous, naturels à ses yeux. A ses côtés, Catherine Salviat campe une femme toujours bien d'accord avec son amie, et, si elle semble passive, ce n'est qu'une intériorisation de ses pensées les plus sombres... Qui finiront par déborder, et la faire exploser à la fin de la 2e saynète, et hurle le fond de ses pensées avec une telle vigueur qu'on sursaute de surprise. On aurait peut-être aimé plus découvrir leur complice, Antony Cochin, surtout présent lors des courtes transitions entre les scènes, comme une espèce de métalleux fou, qui finira assis devant sa télé à maugréer des "quel con !" dans son coin. 

J'aimerais dire que je n'ai rien à reprocher à la mise en scène de Catherine Hiegel. Mais je ne peux pas : un détail me turlupine. Le voici : entre la 2e et la 3e saynète, Judith Magre sort de scène pour aller changer de costume. Catherine Salviat reste donc seule, sort ses lunettes, son calepin, et commence un "quizz interactif" : elle lit des citations d'hommes politiques, écrivains... en tous les cas, de personnalités célèbres, ayant toute comme point commun un caractère raciste évident, et nous, spectateurs, devons deviner qui a dit quoi. Je n'ai vu en ce quizz, je dois l'avouer, qu'une tentative de remplissage... C'est vrai qu'on passe un bon moment, que Catherine Salviat s'amuse avec nous et se plaît à entendre des réponses farfelues : mais quel besoin d'interrompre pareillement le spectacle ? Ce n'était pas nécessaire. De plus, une des citations me semble mal choisie : elle est extraite de De l'esclavage des nègres, de Montesquieu et, effectivement, sortie de son contexte, elle paraît raciste : mais c'est à prendre au second degré. Et ça, tous les spectateurs ne le savent pas forcément - peut-être serait-il bon de le préciser, non ?

Mis à part ce détail, il faut reconnaître que la mise en scène est à la hauteur de nos espérance. L'ambiance, le cadre, sont définis dès notre entrée dans la salle du Poche-Montparnasse : en effet, c'est par une musique militaire que nous sommes accueillis. Par la suite, je pense que sa réussite réside dans la simplicité : un unique décor, mobile, pour les 3 scènes, un texte, et des acteurs, on ne cherche pas la complication ou les rires par des gestes appuyés ou des sous-entendus dans un regard. Rien que des acteurs de haut talent, faisant de leur mieux avec ce texte, pas toujours brillant.

Malgré quelques réticences devant l'oeuvre de Thomas Bernhard, c'est pour cette performance d'acteur indéniable qu'on vous conseille ces Dramuscules. ♥ ♥

Soirée indistincte et ombreuse au Poche

Publié le par Mordue de theatre

AFF-LE-GARCON

Critique du Garçon sort de l'ombre de Régis de Martrin-Donos, vu au théâtre de Poche-Montparnasse le 18 mai

[ Avec Virginie Pradal, Sylvain Dieuaide, Sophie Lequenne/Chloé Olivères, et Marc Arnaud, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset ]

Petite salle que celle du Poche, mais qui pourtant accueille plusieurs spectacles. Au bar, peu avant l'entrée dans la salle, on y croise Judith Magre, Régis de Martrin-Donos, ou Jean-Marie Besset. J'aime cette ambiance, et observer les différents groupes qui se forment dans cette petite pièce acueillante. Puis nous entrons dans la salle, à peine quelques minutes avant l'heure de début de la pièce. Nous ne sommes qu'une petite trentaine. Sur scène, pas de décor à proprement parler. A cour, un réverbère, à jardin, une petite estrade faisant tantôt office de lit, tantôt office de tertre. On attend encore un peu, et finalement les lumières s'éteignent. 

Régis de Martrin-Donos a écrit la pièce lorsqu'il avait 20 ans. Est-ce en rapport avec sa propre histoire ? Je ne sais pas. Il met en scène un jeune homme, Jean, à peine majeur, s'apprêtant à passer son bac. Il vit seul avec sa mère, un peu folle et hystérique, alors que son père est parti en mer il y a longtemps. Le jeune homme sort beaucoup, à des heures tardives, espionnant l'entrée d'un cabaret, attendant des heures devant, faisant des rencontres. Peu de personnages donc, et une intrigue somme toute un peu tordue, on ne sait pas forcément où l'auteur veut en venir et c'est dommage.

Si l'histoire semblait bien débuter, rapidement, on lâche prise. Il y a beaucoup de cris, et des dialogues inutiles. On ne comprend pas tout, certains détails se mélangent. L'histoire ne prend pas vraiment, on a du mal à y croire, la vraisemblance n'est bientôt plus de mise. La pièce s'étire un peu en longueur : 1h30 aurait suffit, quelques coupes dans les dialogues auraient allégé ces 2h de spectacle. La mise en scène est légère, presque invisible. Les rares cas où elle est apparente, les "sous-entendus incestueux" par exemple, sont pour moi de trop.

La pièce commençait pourtant bien. Il faut dire que c'est Virginie Pradal qui entre en scène en premier. Une présence, une voix, un maintien et une personnalité, Virginie Pradal possède tous les atouts d'une grande actrice. Que fait-elle alors dans pareil spectacle ? Lorsque Virginie Pradal n'est pas sur scène, on l'attend. Lorsqu'elle y est, il n'y a pas à dire, elle est formidable. Malgré un texte parfois faible, elle parvient à maintenir notre attention et on lui doit les rares rires de la salle. On préfère néanmoins voir l'actrice dans des rôles plus intéressants, où elle peut encore mieux dévoiler son talent.

Les autres acteurs sont bons aussi. Sylvain Dieuaide, incarnant le personnage principal, est convaincant sans non plus briller : peut-être toujours un peu sur le même ton ? Malgré tout, il me semble qu'il est présent dans toutes les scènes de la pièce, ce qui n'est pas évident. De plus, il paraît réellement un adolescent de 18 ans, et c'est avec surprise que j'ai appris qu'il en avait plus de 30. Sophie Lequenne incarne une prostituée avec une certaine élégance, une fille de joie plutôt classe, finalement. Même si j'aurais aimé voir Chloé Olivères, que j'aime beaucoup, j'ai été heureuse de découvrir cette actrice piquante, au corps musclé et au regard ravageur. Marc Arnaud, enfin, endosse avec aisance le rôle d'un jeune homme libre, parlant de la zone du cabaret comme de "son territoire" et là pour mettre Jean dans l'embarras. Il est plutôt impressionnant et inspire à la foi curiosité et crainte. Non, décidément, je n'ai pas grand chose à reprocher aux acteurs.

Je suis partagée. Ce n'est ni tout noir ni tout blanc, mais on attendait mieux. D'après moi, Jean-Marie Besset devrait plutôt monter ses propres textes. 

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