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150 articles avec critiques

C'est beau, c'est brillant, c'est grandiose, que dis-je c'est grandiose, c'est ex-cep-ti-on-nel !

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand, vu le 2 juillet 2013 à la Salle Richelieu

[ Avec Véronique Vella / Anne Kessler / Julie Sicard, Cécile Brune / Nelly Pulicani, Sylvia Bergé / Carine Goron, Éric Ruf / Loïc Corbery, Éric Génovèse / Stéphane Varupenne, Bruno Raffaelli / Jérôme Pouly, Christian Blanc / Sébastien Pouderoux, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Michel Vuillermoz, Andrzej Seweryn, Hervé Pierre, Nicolas Lormeau, Gilles David, Nâzim Boudjenah, Adeline d'Hermy / Marion Malenfant, Samuel Labarthe, et Pierre Hancisse ]

Cyrano de Bergerac est un des personnages les plus connus du répertoire français, je pense n'apprendre rien à personne en disant cela. Ni en rappelant l'immense interprétation de Daniel Sorano dans le film de Claude Barma. Ou celle de Gérard Depardieu. Mais peut-être que je vais vous faire découvrir, par cet article, le spectacle qui se joue actuellement au Français, et - mais ce serait me vanter - peut-être vous donner envie de réserver, le plus rapidement possible, pour l'un des plus beaux spectacles de la saison.
Est-ce nécessaire de rappeler le propos de la pièce ? Le panache de Cyrano n'est-il pas connu partout dans le monde ? Le rôle est des plus lourds, puisqu'il compte plus de 1600 vers. Mais il n'en faut pas moins pour saisir la portée dramatique du personnage, qui se dévoile tout au long de la pièce, grandit et monte en puissance, jusqu'à mourir seul, de manière si dérisoire face à l'ampleur de son humanité, à son dévouement et son âme profondément bonne. Car Cyrano aime Roxane, mais il est laid et elle ne le voit pas. Elle n'a d'yeux que pour Christian, qui lui est jeune et beau. Mais l'esthétique ne fait pas tout, et lui est dénué de toute aisance à manier les mots. Devant elle, il ne sait que dire. Alors pour la séduire, il va trouver sa complémentarité chez Cyrano, qui écrira les mots qu'il dira pour sa belle ... Tout en passant sa vie à l'aimer en secret. Si c'est l'amour qui anime essentiellement l'âme de Cyrano, la pièce regorge de tirades brillantes et magnifiques, de la tirade du nez aux sept moyens d'aller sur la Lune, en passant par les plus belles déclarations d'amour pour la belle Roxane ...
Pour servir un texte si riche, et si beau, la mise en scène se doit d'être exemplaire. Autant dire que Denis Podalydès est tout à fait à la hauteur. On entend tous les vers, leur grâce et leur noblesse résonnent dans le théâtre, sublimés par un silence religieux. Rarement silence aussi pieux au Français, événement à souligner. La réussite de Podalydès réside en un service parfait du texte, c'est-à-dire que tout est utile et rien n'est de trop. La mise en scène est poétique à souhait, portant au plus haut la finesse des paroles prononcés. Les décors ne sont pas trop lourds, toujours utilisés à bon escient, de même que cette vidéo en début de spectacle. Moi qui me fais parfois qualifier de "réac" à cause de ma réticence devant la modification des textes, j'avoue que le remaniement de Podalydès est simple, modeste et intelligent. Le début de la pièce, qui nous présente l'entrée dans un théâtre d'un père et son fils, est ici un hommage aux grand acteurs du Français. L'ajout est court et ne dérange rien par la suite, mais il fallait y penser. Et puisque Denis Podalydès signe aussi la distribution, on ne peut que s'incliner.
Lorsqu'on le voit, il paraît évident que Michel Vuillermoz est taillé pour ce rôle. Sa noblesse d'âme se reflète dans ses regards bienveillants, mais il sait également prendre cet air fou lorsqu'il débite à toute vitesse des vers tout en combattant ses adversaires. Tout comme on lit l'amour intense dans ses yeux lorsqu'il s'adresse à Roxane dans cette sombre nuit. Plusieurs masques qu'il s'octroie puis ôte sans difficulté, tout en déployant sa partition impressionnante et si dense avec une facilité presque déconcertante. Que c'est agréable de l'entendre dire ces vers si connus, transcendés par une âme réelle, entièrement possédé par son personnage ! Voilà un Cyrano d'anthologie, un Cyrano à qui l'on n'a rien à redire, car il est tout simplement parfait. Mais il faut dire que feindre l'amour pour Roxane est chose plus aisée quand c'est Françoise Gillard qui l'interprète. Moi qui la croyais trop âgée pour la rôle, elle m'a complètement bluffée. Sur scène, avec maquillage et perruque, elle paraît 20 ans de moins. Et surtout, son interprétation est excellente ; j'ai redécouvert la grâce et la naïveté de ce personnage. Elle n'est pas, comme Cyrano, ancrée dans la pièce, c'est-à-dire qu'elle la survole, n'apparaissant que pour parler de son amour pour Christian. Mais ces instants sont magiques, car son amour est tellement puissant qu'on aimerait qu'elle ne se trompe pas. Mais tout le côté plus dramatique du personnage se dévoile dans la scène finale ; pour qui ne la connaîtrait pas, je dirai simplement que j'ai pleuré d'un bout à l'autre ... Françoise Gillard incarne superbement la légèreté durant toute la pièce, puis soudain quelque chose s'éclaire, elle comprend et tout s'effondre ... Son visage se durcit brusquement et le regret comme le remords tordent soudain ses traits.
J'avais vu il y a quelques années Christian par Éric Ruf. Lorsque j'ai appris que ce serait Loïc Corbery qui interpréterait le rôle de cet amant à la faible faconde, j'avoue avoir été déçue. Et puisque le temps est aux aveux, je me confesse ici : il était, au même titre que ses camarades, parfait. Tout particulièrement dans la scène précédent le balcon, son manque de répartie est si crédible qu'il en paraît encore plus pitoyable. Il s'énerve contre lui-même et durant toute la pièce, se bat contre sa conscience qui l'encouragerait plutôt à avouer la supercherie à Roxane. Cette bataille intérieure qui le ronge jusqu'à la mort est parfaitement perceptible dans le jeu sans défaut de l'acteur. Parmi les prétendants de Roxane, on trouve aussi De Guiche, un homme assez antipathique, qui se transformera au fil de la pièce, et impeccablement interprété par Andrzej Seweryn, sociétaire honoraire. Malgré sa beauté, il parvient à être repoussant par un ton dédaigneux et des manières déplaisantes. Puis soudain, un peu de son âme s'éclaire et l'on en vient à apprécier le personnage. L'acteur est imposant et puissant, d'une présence indéniable, et le retournement de situation se fait avec brio.
J'aimerais continuer, tous les décrire, mais il n'y aurait alors plus aucune surprise. Rapidement alors, mentionnons que la perfection se répand jusqu'aux personnages à partition moins importante. Le plus bel exemple est peut-être celui du capucin, personnage que l'on voit tout au plus 3 minutes, et que Gilles David interprète à merveille. Il respire alors la crédulité, la naïveté, et la profonde gentillesse, et le personnage n'en est que plus comique. Il faut être très attentif pour reconnaître Véronique Vella ou Sylvia Bergé, changeant de personnages comme de costumes tout au long de la pièce, se transformant entièrement pour incarner des opposés. Et puis Hervé Pierre, adorable Ragueneau ... qui vient m'offrir une tartelette amandine dans la scène correspondante !
Bon, le choix est simple. Au Français, une des plus grandes pièces du répertoire se joue actuellement. Elle est portée par des comédiens brillants, qui se donnent corps et âme durant plus de 3 heures. Oui mais, n'y croyez pas trop à ces 3 heures, car lorsque le Français connaît le succès, il a ce pouvoir de raccourcir le temps, et j'ai eu l'impression de ne rester assise qu'une petite demi-heure. Ah oui, car à la fin j'étais debout, pour saluer la prestation de ces comédiens de génie, applaudissant à tout rompre pendant 10 bonnes minutes.

On pourrait dire bien des choses en somme ... Mais je me contenterai, sur un ton admiratif et complètement comblée, de vous conseiller de courir voir ce nez avant qu'il ne se casse ...  ♥ 

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Repas amer mais savoureux au Palais-Royal

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Repas des Fauves de Vahé Katcha, vu le 13 juin 2013 au Théâtre du Palais-Royal

[ Avec Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Cédric Chevalme, Jochen Hägele, Jérémy Prévost, Julien Sibre, Barbara Tissier, et Caroline Victoria, dans une mise en scène de Julien Sibre ]    

Et oui, c'est bien après tout le monde, longtemps après sa première sur les planches théâtrales, que j'ai enfin vu ce Repas des Fauves dont on a tant parlé. La pièce avait totalement surpris aux Molières il y a deux ans, car on ne s'attendait pas du tout à ce qu'elle rafle 3 prix. Mais puisqu'elle durait encore et encore, je ne me pressais pas à la voir, me disant qu'elle se jouerait toujours quand j'aurais plus de temps. Le temps, je l'ai eu, et même une invitation grâce à Gilles Lanchantin et Gladscope, que je remercie chaleureusement : vous m'avez permis de passer une soirée horriblement délicieuse.

Je tiens d'abord à souligner l'excellent début du spectacle. On entend une radio quelque peu brouillée, nous rappelant Radio Londres et ses "Andromaque se parfume à la lavande" ou encore "Clémentine peut se curer les dents". Ici, ingénieusement, les messages sont plus facilement décodables : "Les portables sont éteints". Bonne idée ! Bien que, malheureusement, cela n'a pas empêché mes voisins de jeter de temps à autre un coup d'oeil à leur smartphone si précieux ...

L'histoire, je pense que tout le monde la connaît. Un couple (Sophie et Victor) reçoit des amis à dîner pour l'anniversaire de Sophie. Ils arrivent tous les uns après les autres, et je vous les présente rapidement : il y a Pierre, un ancien militaire désormais aveugle, Jean-Paul, un médecin avec qui les autres convives évitent de parler politique, Vincent, un professeur de philosophie qui, on l'apprendra plus tard, est homosexuel, Françoise, ayant perdu son mari à la guerre et souhaitant entrer dans la résistance, et enfin André, pour qui la guerre ne semble pas un problème, et qui est prêt à collaborer pour vivre tranquillement sa paisible existence. La soirée est joviale, André ayant apporté des mets succulents (car rares) en abondance, jusqu'à ce qu'un officier nazi soit tué en bas de l'immeuble. Alors la Gestapo monte dans l'immeuble et choisit deux otages par appartement ... Jusqu'à arriver chez Sophie et Victor. Mais Victor et le commandant se connaissent, donc celui-ci offre aux personnes présentes le choix suivant : choisir, parmi eux, 2 otages. Ils ont deux heures.

L'histoire, racontée ainsi, est dure. Si j'hésitais à prendre mes places, c'est également pour cela : supporter un spectacle qui tourne autour des horreurs de la 2nde guerre mondiale, ce n'est pas évident. C'est pourquoi j'ai été plutôt surprise d'autant rire. Et d'un rire franc, dû à certaines situations ou certaines répliques. C'est à cela qu'on reconnaît une pièce bien construite : si le thème et l'enjeu de l'histoire ne sort pas une seconde de notre esprit, le rythme et les répliques parfaites de la pièce parviennent tout de même à faire rire le public. Porté de plus par d'excellents acteurs, la soirée n'en devient que meilleure.

 Le personnage que j'ai préféré est peut-être André, car il est le plus honnête de tous, lâche peut-être mais il ne se voile pas. Il apparaît comme le pire personnage sur scène, mais tous ont la même idée que lui en tête, à savoir sauver leur peau, il n'est que le plus franc. C'est Pascal Casanova qui l'interprète, et le choix est judicieux : le naturel de l'acteur sied parfaitement au personnage, et son côté sans-gène n'en ressort que mieux. Jean-Paul, ses gestes pressant et son air stressé, sont décuplés par Cyril Aubin. Le duo formé par Olivier Bouana et Caroline Victoria, époux hôtes, renforce à la fois la tension présente en arrière plan, par les actes cruels qu'ils accomplissent, mais aussi le comique, par la naïveté enfantine de Sophie. Le côté dandy de Vincent ressort à merveille dans l'interprétation de Julien Sibre. Jochen Hagele et son fort accent allemand impose respect et crainte, de même que Barbara Tissier, presque résistante, semblant courageuse et forte. Mention spéciale à Jérémy Prévost, incarnant Pierre, l'aveugle : le jeu est si précis, la gêne aux yeux si présente, qu'on en vient à croire à l'infirmité de l'acteur. Bravo. 

On en sort en se disant "Mince, comment ai-je pu autant rire pour quelque chose d'aussi affreux ?" On n'en sort pas indemne. A voir.  ♥ 

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Publié dans Critiques

Accord parfait sous la Pyramide

Publié le par Mordue de theatre

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Critique du Cabaret Boris Vian, vu le 8 juin 2013 au Studio Théâtre

[ Avec Véronique Vella, Cécile Brune, Florence Viala, Françoise Gillard, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Stéphane Varupenne et Jérémy Lopez, dirigés par Serge Bagdassarian ]

Quel plaisir de retrouver un de ces Cabarets que monte le Français chaque année. Cette fois, c'est autour d'un seul auteur que se focalise le spectacle ; je vous le donne en mille : Boris Vian, auteur-compositeur plutôt inconnu de moi, qui l'associais surtout à ses romans, comme L'Écume des Jours ou L'Arrache-Coeur. Pas forcément ma tasse de thé d'ailleurs, parfois trop original, mais qu'importe, j'ai confiance dans les Cabarets présentés à la Comédie-Française, et je trépignais d'impatience depuis plusieurs semaines. Impatience légitime, et récompensée ce soir par ces superbes comédiens.
L'idée vient de Serge Bagdassarian. Séduit par l'écriture de Vian, rapide, parfois drôle, ou encore excentrique, il a voulu monter le spectacle à l'image du style de l'auteur : pressé  d'écrire, pressé par la mort, et par l'envie de vivre. Cet empressement rend à merveille. Le seul bémol, c'est qu'à cause de cela, le spectacle passe peut-être trop vite ! J'aurais pu rester à les écouter pendant plusieurs heures encore.
Malgré cette rapidité, jamais vitesse et précipitation ne sont confondues. Tout est très bien ficelé, chaque détail est travaillé, chaque chanson parfaitement maîtrisée. Les comédiens comme les musiciens se donnent à fond et semblent prendre un réel plaisir à partager leurs chansons avec nous. On regrette peut-être la présence de ces énormes micros ... Micros, d'accord, mais on doit bien trouver quelque chose de moins voyant ? Enfin, ce n'est qu'un détail technique. On retrouve des comédiens-chanteurs que l'on connaît bien et qu'on apprécie déjà, et on en découvre de nouveaux ... Pour notre plus grand bonheur ! Sur tous les cabarets que j'ai vu pour l'instant, Cécile Brune n'en a manqué aucun, et pour cause ! Sa voix toujours aussi envoutante, son talent d'actrice indéniable, forment un mélange des plus délicieux. Ajoutons à cela son air sarcastique et moqueur, et elle était idéale pour interpréter Une bonne paire de claque. Les rires fusent, la réussite est totale ! Mais polyvalente, l'émotion est aussi au rendez-vous lorsqu'elle chante Ne te retourne pas, et j'en ai eu les larmes aux yeux. Toujours dans les voix connues, il y a Serge Bagdassarian, qui malheureusement n'a pas autant chanté que ce qu'on attendait, sûrement parce qu'il supervisait le spectacle. Mais sa voix, dont on sent une maîtrise parfaite, résonne merveilleusement dans le théâtre en entraînant les applaudissements. On sent la salle entière parcourue d'un frisson lorsqu'il entonne T'es à peindre
Il y a également ceux qu'on connaissait déjà un peu, et qu'on est heureux d'entendre à nouveau. Véronique Vella, que je n'avais encore jamais vue aux cabarets mais que j'ai entendue chez Meyer, dans La Voix Humaine ou encore dans René Guy Cadou. Pour qualifier cette actrice, j'utilise sans hésiter le mot "extraordinaire". Elle a une formation de chanteuse, et cela s'entend : elle entre en scène, et parvient à captiver la salle entière dès sa première note. C'est une ovation à la fin de Mozart avec nous, qui, en plus de souligner le potentiel vocal de l'actrice, nous dévoile l'excellente comédienne qu'elle est. Car si elle a une voix particulièrement belle, ce n'est pas là son seul atout. Lorsqu'elle dit le poème Je voudrais pas crever, le silence est presque religieux. Elle vit le texte sur scène, avec une présence et une puissance remarquable, digne des plus grands. Elsa Lepoivre, qu'on découvre sur la scène d'un cabaret mais qu'on avait aussi déjà entendue à plusieurs reprises, excelle dans les chansons plus douces et émouvantes, comme Barcelone qu'elle interprète à merveille. Mais elle surprend aussi en chantant la Complainte du Progrès, en duo avec Stéphane Varupenne. Si la chanson est des plus connues de Vian, elle n'en reste pas moins sublimée par l'interprétation des deux acteurs. Leur ton sérieux, contrastant avec le côté décalé de la chanson, est excellent. Varupenne interprète également J'suis snob avec le talent qu'on lui connaît bien, ce côté naturel et presque nonchalant qui le caractérise seyant parfaitement avec le personnage. Ajoutons que lorsqu'il ne chante pas, il est très souvent dans l'orchestre, tromboniste (et mon oreille attentive n'aurait pas su faire la différence entre son jeu et celui d'un tromboniste de profession).
Et il en reste trois, qu'on attendait beaucoup moins. Françoise Gillard, à la voix aussi menue qu'elle, et que j'ai senti un peu mal à l'aise dans Sans Blague (mais il faut dire que la difficulté de la chanson est facilement audible). Je reproche à son interprétation de Fais-moi mal, Johnny, bien que sans défaut, le ton choisi : si on a l'habitude d'entendre la chanson surjouée, elle est ici effleuré comme dans une boîte à musique, et le parti pris est pour moi moins intéressant. Néanmoins, sa voix reste toujours très agréable à écouter. De Florence Viala, je retiens surtout une chanson, en raison de sa beauté et de la douceur et du talent avec lequel elle l'a interpretée : Rue Watt. On est alors suspendu à ses lèvres, et la chanson coule plutôt doucement et très gracieusement. Mais elle change aisément de genre, ajoutant à la voix le talent du jeu dans J'coûte cher, où son côté traînant provoque les rires.  Et il y a Jérémy Lopez. Cet acteur qui ne cesse de nous surprendre dans toutes ses apparitions au Français, nous prouve une fois de plus sa virtuosité. Ouvrant brillamment le spectacle avec un Rock and Roll Mops endiablé, il excelle par la suite dans un tout autre registre. En effet, lorsqu'il nous raconte l'histoire du Gosse, la salle est comme scotchée, impressionnée par tant de génie à raconter une simple histoire. Débutant plutôt gaiement, elle évolue rapidement vers une fin sombre, et lorsqu'il mentionne un jeune garçon mis à mort sur le sol, l'émotion le gagne comme elle gagne la salle : l'histoire fait écho à un fait divers récent, et l'hommage est puissant (non intentionnel au départ, puisque l'événement date d'après la création du spectacle...). Comme pour ses partenaires, sa voix s'ajoute à son talent d'acteur, et j'ai rarement aussi bien entendu On n'est pas là pour se faire engueuler, qu'il interprétait avec brio, en duo avec Varupenne.

Ai-je besoin de résumer ? Dingue, superbe, magistral et brillant. Un moment de pur bonheur.  ♥ 

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Un Tabou Treize enivrant

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Bande du Tabou, vu le 7 juin 2013 au Théâtre 13

[ Avec Claire Barrabès, Fiona Chauvin, Sol Espeche, Antonin Meyer-Esquerré, Pascal Neyron, Yoann Parize, Lorraine de Sagazan, Jonathan Salmon, Guillaume Tarbouriech, Cédric Barbier, Delphine Dussaux, et Lucas Gaudin, dans une mise en scène de Antoine Millian ]

L'odeur du pop corn a déjà envahi la salle quand on y entre. Non, ce ne sont pas des spectateurs impolis, mais bien les acteurs qui préparent eux-même, sur scène, leur pop corn. De la musique en fond sonore, des acteurs plus qu'accueillants, et l'ambiance est déjà posée. Quelques minutes plus tard, une annonce est faite, invitant les spectateurs à partager le pop corn avant le début du spectacle. Inhabituel, mais après tout pourquoi pas ? Après ces quelques tentatives d'amadouement du public, avec passages dans les rangs et embrassades, on entre dans le vif du sujet.

Le sujet, c'est le St Germain des Prés des années 1950, et plus particulièrement un cabaret à la mode. Ce n'est pas quelque chose de scolaire, le but n'est pas de nous gaver d'informations. Juste de nous raconter une histoire à travers des chansons et des personnalités de l'époque. Devant nous, chaque comédien devient une célébrité : Gréco, Gainsbourg, Sartre, Beauvoir, Prévert, Vian, Mouloudji ... Entre les parties chantées, à quelques reprises, un peu d'Histoire nous est contée. Mais rien qui doit faire fuir. L'essentiel, c'est l'ambiance et la musique.

Et la musique, ils la maîtrisent, ils en jouent, ils en vivent. Et surtout, ils refont vivre l'ambiance de l'époque sur scène. Tous sont jeunes, plein d'entrain, plein de joie, et cet enthousiasme, cette gaieté, ils la transmettent peu à peu au public. Un sourire s'élargit de plus en plus sur mon visage. Les chansons s'enchaînent, les intermèdes amènent le rire, les chorégraphies maintiennent le rythme. Les musiciens sont excellents, et c'est surtout la pianiste qui m'a impressionnée, par tant d'aisance. Elle prend un réel plaisir à jouer, regardant ses mains de temps à autres alors que nous sommes incapables de les discerner tant elles sont rapides. Elle regarde aussi beaucoup ses camarades, entonne quelques refrains, participant pleinement aux chansons.

Mais les comédiens aussi prennent leur pied. Les personnages qu'ils incarnent semblent ressusciter sur scène. L'acteur incarnant Gainsbourg (Yoann Parize), par exemple, en fait une excellente imitation, autant dans les parties parlées que chantées, clope au bec, et un peu apathique. Pour ce qui est du mimétisme, Claire Barrabès, alias Françoise Sagan, est tout aussi professionnelle. Son personnage, à l'instar de la réalité, parle très rapidement, butant sur quelques mots, réclamant souvent du whisky. Pour ce qui est de l'inteprétation des chansons à présent, on retient tout particulièrement Sol Espeche dans Deshabillez-moi, complètement sensuel et tout simplement parfait. Enfin, tous les moments de groupe sont extrêmement réussis, comme C'est le be-bop ou encore Il n'y a plus d'après. Petit bémol peut-être à l'acteur incarnant Mouloudji, dont la technique vocale semble un peu inférieure à celle des autres : Le Déserteur qu'il aurait pu être plus touchant... Mais ce n'est qu'un détail ! Les chorégraphies ajoutent aussi quelque chose, un peu de "punch" en plus qui nous donne envie de nous lever et de danser avec eux (ce que certains chanceux pourront d'ailleurs faire à la fin du spectacle ... Mais je n'en dis pas plus).

Si la musique est omniprésente, certaines scènes inattendues et absoluments géniales se glissent dans le spectacle. Je pense particulièrement à une "danse des doigts" : un homme mime une scène uniquement avec ses doigts ... Dis comme ça, cela paraît étrange, mais le résultat est étonnant et très efficace : les applaudissements fusent. Une scène rappelant un film noir et blanc, muet, est également bien réussi. Enfin, si les allers-retours dans le public sont peut-être un peu trop fréquents, c'est que l'ambiance du spectacle "dynamique" le veut ainsi !

Le mot de "spectacle vivant" prend tout son sens en ce moment au théâtre 13. A voir !  ♥ 

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Lamy puissance 4

Publié le par Mordue de theatre

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Critique de La Vénus au Phacochère, de Christian Siméon, vu le 6 juin 2013 au théâtre de l'Atelier

[ Avec Alexandra Lamy, dans une mise en scène de Christophe Lidon ]

C'est par pure curiosité que j'ai décidé d'aller voir ce spectacle : Alexandra Lamy sur scène, qu'est-ce que ça pouvait bien donner ? Bien que la pièce semblait peu attrayante, j'ai tout de même tenté les places de dernier moment au théâtre de l'Atelier (10€ pour les -26 ans, super offre !), et j'ai donc assisté hier à la première de la reprise de son spectacle : La Vénus au Phacochère. Peu attrayante, car la pièce est une succession de lettres, et fonctionne uniquement ainsi : tout d'abord entre 3 personnages, Misia, une de ses amies Geai Simpson, et son mari Thadée, auquel viendra s'ajouter plus tard Alfred Edwards, le fameux phacochère. Misia est pianiste, Thadée est fondateur de la Revue Blanche et nous sommes au début du XXe siècle. Elle est fidèle à son mari, parfois un peu trop soumise même, affirmant cependant sa liberté peu à peu ... Mais sa rencontre avec Edwards risque de chambouler son mode de vie : cet homme, infect, va prendre une place grandissante dans sa vie au fil de la pièce.
Si il y a un spectacle dans lequel je n'attendais pas Alexandra Lamy, c'est bien celui-ci. Choix étonnant que cette pièce épistolaire au sujet inhabituel, et surtout seule en scène. Je la voyais plutôt dans une comédie. Mais l'actrice a plus d'une corde à son arc et m'a totalement scotchée. A peine quelques mots prononcés qu'on est emportés dans son histoire, elle jongle avec facilité entre ses lettres et ses différents rôles ... Qu'elle tient à merveille, soulignons-le ! En tout, 4 personnages, dont un plus tardif que les autres. On reconnaît aisément Alexandra Lamy dans le rôle de Misia, c'est sa voix, ses intonations, son port. Pas de composition particulière pour ce rôle là. Mais lorsqu'elle incarne Geai, par exemple, quels changements ! Une voix plus imposante, des inflexions nouvelles, plus de liberté dans les gestes ... Tout en elle semble changé, même la carrure de l'actrice, qui nous apparaît soudainement avec plus de force et de hauteur. Changement tout aussi radical dans son interprétation de Thadée, que l'on identifie immédiatement comme un homme mondain et surchargé, misogyne sur les bords, mais malgré tout amoureux. 
Le jeu d'Alexandra Lamy est donc impressionnant sur tous les points. Elle nous raconte cette histoire avec un talent que je ne lui connaissais qu'au cinéma, peut-être même plus encore. Elle est comme transcendée par la scène, créant rires et angoisses dans la salle, jouant aisément avec les différentes émotions de ses personnages et du public, jonglant avec brio entre télégrammes et lettres plus ou moins longues, parvenant à tisser un fil continu sans coupes ni temps mort, même lors des transitions entre les lettres. La mise en scène sobre permet une certaine liberté dans l'évolution des personnages, et probablement dans le jeu de l'actrice qui peut alors dévoiler pleinement son talent.

Une Vénus pareille ne se manque pas ... Courez-y !  ♥ 

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