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150 articles avec critiques

Même pas nul !

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Même pas vrai !, de Nicolas Poiret et Sébastien Blanc, vu le 15 février 2014 au Théâtre St-Georges
Avec Raphaëline Goupilleau, Bruno Madinier, Anne Bouvier, Christopher Guybet, Thomas Maurion, et Valérie Zaccomer

Je ne saurai pas dire depuis combien de temps je n'avais pas vu de boulevard. J'en ai vu à la télévision, ou du moins j'ai essayé d'en regarder lorsque certains étaient diffusés. Mais à croire que ce n'est pas si facile d'en écrire, et de faire rire, car il y a longtemps que je n'avais pas ri ainsi devant un vrai boulevard. L'écriture en était différente de ce que je connais : aujourd'hui, on parle beaucoup d'Éric Assous, et si c'est vrai que certaines de ses pièces sont très bonnes, on reconnaît tout de même sa plume et son style de comique. Là, c'était à l'opposé de ce qu'on peut percevoir chez Assous. Et ce n'était pas pour me déplaire.

En fait, c'est une écriture très jeune. Il n'y a pas vraiment de fil directeur de l'histoire, de situation franchement comique, mais tout est dans l'art de la réplique, dans le rythme, car tout passe par la vanne : c'est un mot bien renvoyé qui provoque le rire dans ce spectacle. Et je dirai même plus : ce sont des enchaînements de vannes qui composent la pièce. Dit comme cela, ça peut surprendre, mais le résultat est surprenant car comique et tout à la fois prenant !

L'histoire est la suivante : on se retrouve dans la vie d'un couple, Mathilde et Arnaud, et de leur fils, Michael. Elle est folle, ou du moins sérieusement atteinte. Elle n'aime pas qu'on lui cache un fait mais elle n'est pas capable de demander les choses clairement et emploie toujours un moyen détourné. Résultat : c'est une famille assez spéciale et on se plaît à s'incruster au coeur de ce mini-délire. Et puis, Mathilde semble aimer les coups de théâtre, et inventer les moyens les plus tarabiscotés pour attraper les membres de sa famille : c'est donc au cours d'un dîner que se révèleront les plus grands secrets que tous se cachent les uns aux autres. Et tout cela, sans lourdeur, sans longueur, sans ennui !

Il faut dire qu'il y a sur scène une actrice remarquable, une Comédienne avec un grand C, une femme renversante en la personne de Raphaëline Goupilleau, alias Mathilde. Toute la folie du personnage, toutes ses attentes et ses questions, tous ses manèges sont lisibles dans son regard, et elle nous fait rire par son sens du rythme inné et par ses airs toujours décalés lorsqu'elle répond à un personnage. Et puis n'oublions pas cette voix si caractéristique, cette voix si particulière, cette voix qui est un don pour un comédien, et qui nous enchante dès qu'elle dit un mot. A ses côtés, tous les comédiens sont excellents : on pense à Bruno Madinier, un Arnaud un peu mou face à cette femme tornade, ce genre d'homme qui tente d'apaiser les choses, et qui nous fait rire de ce côté nonchalant. On pense aussi à Valérie Zaccomer, un peu hystérique, un peu folle sur les bords également, qui a de belles scènes de colère sans tomber dans l'exagération. Thomas Maurion, qui incarne le fils de cette famille, se détache de la troupe par un jeu plus jeune, plus instinctif, mais il ne tombe à aucun moment dans le cliché et on l'en remercie.

Mais c'est l'écriture du spectacle qui m'a marquée, en ce qu'elle a de différent et de nouveau, comme si elle renouvelait presque l'idée que j'avais du boulevard : la scène du pré-dîner, où ne sont présents que les trois membres de la famille et une invité, est au bord de l'absurde, et c'est un véritable régal. Ce n'est pas une pièce spécialement prévisible, et c'est ce qui change de ce qu'on peut connaître du boulevard, où les situations peuvent être connues d'avance. Point positif pour les décors ingénieux également, qui permettent des changements de lieu facilement, sans non plus être trop tarabiscotés.

C'est un excellent spectacle en ce moment au théâtre St-Georges : qui refuserait une bonne dose de rire de 2h ? On reviendra. ♥ ♥ ♥

Publié dans Critiques

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, au Studio-Théâtre

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Candide de Voltaire, vu le 14 février 2014 au Studio-Théâtre
Avec Claude Mathieu, Laurent Stocker, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, et Laurent Lafitte, dans une mise en scène d'Emmanuel Daumas

Si, par le plus grand des hasards, je n'avais pas su quel spectacle j'allais voir, j'avais oublié le titre, il m'aurait suffi de quelques instants pour le deviner. C'est simple, lors de l'entrée en scène de Laurent Stocker, c'est comme si on avait devant nous l'incarnation du mot candide. La naïveté, l'insouciance, une certaine ignorance, un bon fond, une envie d'apprendre, tout est sur le visage, dans les gestes, dans le regard de l'acteur. Le spectacle s'annonce savoureux...

Bien vite, le style de la pièce se fait comprendre. Ce n'est pas une transposition théâtrale comme je l'imaginais, mais bien plus le roman dit par les comédiens : en fait, des passages entiers sont narrés par les différents personnages. Si ce parti pris peut être aussi intéressant, il n'est pas toujours mené au mieux, et on confond parfois l'acteur et son personnage, puisque chacun endosse plusieurs rôles. Déjà que dans le conte, certains personnages disparaissent puis ressucitent, il arrive qu'on se perde un peu. Mais honnêtement, ça n'a pas grande importance, car nous connaissons tous grossièrement l'intrigue, et ce n'est pas parce que certains détails nous échappent que l'on va perdre totalement le fil. Pour ceux qui auraient un doute, l'histoire rapporte donc l'histoire de Candide, qui va découvrir le monde et ses misères, et apprendre que peut-être, contrairement à ce que lui a toujours enseigné Pangloss, un grand philosophe, on ne vit pas dans le meilleur des mondes possibles.

Dans cette mise en scène, donc, les 5 acteurs incarnent chacun un ou plusieurs personnages. Serge Bagdassarian incarne un Pangloss ridicule à souhait, puis un Cacambo peut-être un peu moins recherché, mais l'acteur sait nous ravir par ses manières et ses mimiques scéniques qui provoquent aisément le rire chez le public. Julie Sicard est une Cunégonde sexy au début, puis laideronne à la fin, et surtout grande provocatrice ; la scène de séduction de Candide est à la fois raffinée et grotesque : le mélange des deux est à déguster sans modération ! Laurent Laffite campe plusieurs personnages, et on retient tout particulièrement le juif acheteur de Cunégonde, caricatural au possible, source de comique indéniable. Claude Mathieu, qui interprète La Vieille, est un peu moins intéressante dans ce lot d'acteurs formidables : si sa voix est toujours aussi agréable, elle ne parvient pas à toujours maintenir l'attention au top et le récit de son histoire est la seule longueur du spectacle.

Et que dire du grand Laurent Stocker ? Qu'il est un peu sous-utilisé : incarnant le rôle-titre, on s'attendrait à une plus grande partition pour cet acteur. Il est beaucoup battu et poussé dans tous les coins de la scène, nous montrant ainsi son agilité et la précision de ses mouvements. Il prendra une plus grande importance dans la fin de la pièce : en effet, pas un joli effet de mise en scène, on se retrouve devant les acteurs discutant du sujet de la pièce, et de sa morale, et, devant l'énonciation de tous les vices humains par Stocker, on ne peut que rester en admiration et écouter religieusement cette critique, ces pensées autour de ce conte qui donne tant à réfléchir.

Au Studio-Théâtre, c'est du théâtre comme on l'aime : quand il éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, la fatigue, et les problèmes. Lorsqu'il nous permet d'oublier la réalité le temps d'une soirée. Retrouvez-le bientôt au TOP... Et courez-y ! ♥ ♥ ♥

Exerjean l'exigeant

Publié le par Mordue de theatre

Cette critique va être quelque peu différente de celles que j'ai l'habitude d'écrire. Différente, parce que si je mets toujours un peu de moi dans mes critiques, celle-ci en contiendra une plus grande part encore. J'ai eu la chance d'assister à la représentation de Du visible à l'invisible, une soirée autour de Jean Cocteau présentée au musée des lettres et des manuscrits. Le comédien qui donnait ce spectacle est un homme du nom d'Édouard Exerjean, un homme qui m'a beaucoup marquée, un Maître pour moi. Cet article est donc également un hommage à ce grand Monsieur, qui aime tant l'art, et qui sait si bien le partager.

Lorsqu'il entre, c'est déterminé, c'est déjà possédé par ce texte qu'il va nous dire d'ici quelques instants. Mais nous dire, vraiment ? Non, le vivre devant nous serait plus exact. Il s'empare des textes les uns après les autres avec une facilité et une aisance qu'on lui connaît mais qui nous frappe toujours autant. Il nous en fait découvrir certains, c'est avec plaisir qu'on en retrouve d'autres. Dans la salle, le souffle est retenu durant une tirade. A la fin d'un texte, on sent tout le monde reprendre son souffle pour le suivant, pour goûter à un nouveau plaisir.

Et Édouard Exerjean a plus d'une corde à son arc. Il quitte parfois la scène pour se mettre au piano, cet instrument à qui il est pour moi associé à vie. Je sais que le piano est pour lui un ami, et de même que sur scène, il nous transmet son plaisir qu'il a de jouer sans aucune difficulté. C'est un véritable délice que de l'écouter, même sur des morceaux plus modernes qui ne sont pourtant pas forcément ma tasse de thé.

A ce conteur, comédien, interprète, rêveur, pianiste, et artiste, à cet homme que j'admire depuis plus de 10 ans déjà, à ce Maître incontestable, je dis à nouveau merci. Et à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, je vous invite à découvrir ce génie de la parole, ce musicien de talent, ce cher Édouard Exerjean.

Publié dans Critiques

Duras à la cime des arbres

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Des Journées entières dans les arbres, de Marguerite Duras, vu le 8 février 2014 au théâtre de la Gaîté Montparnasse
Avec Fanny Ardant, Nicolas Duvauchelle, Agathe Bonitzer et Jean-Baptiste Lafarge

Ma rencontre avec Duras est récente : elle date de ce spectacle au Vieux-Colombier, La Maladie de la mort. La beauté du texte, des idées, du monde de Duras m'avait touchée et intriguée, je ne désirais plus qu'une chose : découvrir plus profondément cet auteur à la plume si particulière. C'est donc pour cette raison que je me suis rendu au théâtre de la Gaîté Montparnasse, pour un deuxième rendez-vous avec Duras. Une rencontre qui s'est avérée à nouveau belle et enrichissante.

Le propos, me semble-t-il, ne sera jamais gai chez Duras. Ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on y vient chercher. Mais bien plus une vision des relations humaines, une manière d'écrire et de relater les choses qui diffère de ce qu'on voit généralement. Une écriture entre l'apreté et la résignation. Les choses sont telles qu'elles sont, Duras ne fait que les pointer du doigt. Ici, c'est autour de la monstruosité des relations mère-fils que tourne la pièce : elle revient chez lui après 5 ans sans l'avoir revu, pour tenter entre autres de le convaincre de prendre sa succession à la tête d'une usine dans les colonies. Mais lui ne l'entend pas de cette oreille : il veut continuer sa vie de raté, à aguicher dans les bars et à dépenser tout l'argent au jeu. Sa mère va revenir sur le passé, sur son échec dans l'éducation de ce fils qu'elle privilégiait par rapport à ses frères, et qui l'a conduit à cette vie malheureuse, par sa faute.

Ce spectacle a été l'occasion pour moi de découvrir Fanny Ardant. L'actrice, dont j'avais entendu du bien comme du mal, a su me surprendre et me toucher. J'ai retrouvé en elle ce jeu un peu affecté dont on m'avait parlé, mais qui se mariait parfaitement à Duras et au rôle de mère torturée qu'elle incarne à merveille. Il y a beaucoup de tragique dans ses manières et je comprends d'ailleurs que ça puisse déplaire, mais il est indéniable que c'est une grande actrice, et j'ai du mal à imaginer meilleure interprétation pour ce rôle. Elle forme avec Nicolas Duvauchelle est très beau duo, quelque chose de malsain et de tendre à la fois, deux êtres passant leur temps à s'attirer puis se repousser, ne pouvant vivre ensemble, comme si un sentiment trop fort pour exister calmement les reliait. Car il est évident qu'il existe quelque chose d'autre entre eux. L'énervement et la tension qui émanent de Nicolas Duvauchelle participent à ce sentiment de l'existence d'un sentiment trop intense entre les deux personnages. C'est la première fois que je vois cet acteur au théâtre et il m'a bluffée : la scène ne déteriore en rien le talent qu'on lui connaît au cinéma, la diction sans défaut, une présence incroyable, une belle utilisation de l'espace scénique... Et surtout il donne énormément à ses partenaires, ce qui joue forcément en sa faveur. 

Les deux autres comédiens ne sont d'ailleurs pas en retrait. Agathe Bonitzer campe une Marcelle délaissée par son compagnon qui ne reste avec elle que pour ne pas être seul, une femme bête et gentille, dont l'amour ou du moins une certaine forme de compassion est parfaitement transmise sur scène. Jean-Baptiste Lafarge enfin, qui interprète Monsieur Dédé, le patron de la boîte dans laquelle Marcelle et son compagnon passent leurs soirées, est déterminé et inquiétant à souhait.

Le succès de ce spectacle réside également dans la mise en scène, et surtout dans la transition des différents tableaux. En effet, la musique d'Alex Beaupain est si belle, si agréable à l'oreille, tellement en accord avec le propos et l'atmosphère qui plane sur le spectacle, qu'on ne peut qu'être encore plus emporté lors de ces intermèdes musicaux. C'est rare d'arriver à choisir une aussi belle musique, et c'est un atout non négligeable.

C'est donc, pour ceux qui aiment Duras ou qui souhaitent découvrir cet auteur, un spectacle à ne pas rater. ♥ ♥ ♥

Publié dans Critiques

Parce que ce sont eux

Publié le par Mordue de theatre

Critique de Parce que c'était lui, de Jean-Claude Idée, vu le 1er février 2014 au Petit Montparnasse
Avec Emmanuel Dechartre, Adrien Melin, et Katia Miran, dans une mise en scène de Jean-Claude Idée

C'est à la mention d'Adrien Melin que la pièce m'a attirée : l'acteur que je suis depuis quelques années déjà revient sur les planches après La Folle de Chaillot de l'an dernier ? J'y cours. C'est un trio qui nous est présenté au Petit Montparnasse actuellement : on y retrouve Montaigne à la fin de sa vie, hanté par un La Boétie moralisateur, et qui le poursuivra jusqu'à sa mort. C'est également un temps de rencontre, puisque le troisième personnage est Marie De Gournay, une jeune femme passionnée de l'auteur qu'est Montaigne et littéralement folle de lui, qui l'accompagnera à la fin de sa vie. L'intrigue tourne donc autour de l'entrée dans sa vie de cette femme, des contacts entre Montaigne et les Grands de cette époque, et de sa culpabilité vis-à-vis de la non publication posthume des oeuvres d'Étienne de La Boétie.

L'histoire est donc intéressante, mais je pense qu'elle n'a pas été traitée au mieux. Jean-Claude Idée en a fait quelque chose de trop documentaire, moraliste, qu'on ne peut réellement se prendre au jeu des personnages. On a trop l'impression d'être devant un cours, obligés d'apprendre, d'écouter sans être assez passionnés pour être dedans. De plus, si la partition de Montaigne et de La Boétie sont honnêtes et relativement bien construites, celle de De Gournay est bien moins intéressant : le personnage ne semble là que pour faire des liaisons. Ceci dit, vu la performance de l'actrice, on se demande si on aurait pu apprécié un personnage de plus grande importance.

Car malheureusement, un autre problème de la pièce vient du jeu de cette actrice. C'est simple, à chacune de ses entrées en scène, je décrochais. Je ne voyais que trop son manque de métier et n'arrivais pas à m'en défaire, peut-être aussi à cause de mon état de nervosité et de fatigue ce soir-là ; mon exigence n'en était que rehaussée. Ce qui m'a surtout énervée, c'est les deux expressions qu'elle affichait constamment, sans parvenir à en faire une autre : les sourcils levés en guise d'étonnement, et un large sourire de bonheur. Surprise et joie, voilà donc les seules émotions de Marie de Gournay ? C'est dommage, car mis à part ce défaut, elle ne présentait pas d'autre problème sur scène : le port droit et gracieux, l'articulation sans faute, elle aurait tout à fait pu me convaincre. A travailler donc, ces expressions. 

Heureusement, autour d'elle, deux talents sont là. A commencer par Adrien Melin, La Boétie inquiétant et ténébreux, à la diction reconnaissable entre mille et qui fait beaucoup de son charme. Ses entrées sont réussies, le message passe sans problème, et il forme avec son partenaire Emmanuel Dechartre, actuel directeur du Théâtre 14, un très bon duo. On regrette d'ailleurs de ne pas voir plus souvent cet acteur, à la voix profonde, douce, et agréable, et au jeu d'excellente qualité. Il campe un Montaigne réaliste et intelligent, et on imagine tout à fait cet auteur ainsi à la fin de sa vie.

Cependant, malgré tout le talent qu'il peut nous présenter, le problème de texte se fait sentir, et on ne parvient à cerner parfaitement le personnage. Moi qui ne connaissait pas bien les relations des deux amis, ni leurs caractères propres, j'ai encore du mal à me faire une idée. Les idées sont brouillonnes, les dialogues manquent de fluidité, et l'histoire d'intérêt. Notons tout de même de très jolis costumes et une mise en scène tout de même relativement réussie, parvenant à recapter l'attention du spectateur égaré, encadrée par une musique très bien choisie. 

Pour redécouvrir ces acteurs qu'on ne voit pas assez, alors oui, je peux conseiller le spectacle. Aux amoureux de Montaigne, je crains que vous ne soyez déçus. 

Publié dans Critiques

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